Mission Etrangère de Paris - Archives

Rapport n ° 1877

  • Mission : SINGAPORE
  • Population Catholique : 0
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  • Nombre de conversions : 0
  • Nombre de baptêmes EF : 0
  • Rédacteur :
  • Pays : Singapour
  • Année : 0
RAPPORT SINGAPORE


Situation politique et sociale

En dépit de la crise du pétrole et de linquiétude suscitée par les événements dIndochine, le monde dans lequel nous travaillons na pas subi de changement radical depuis 1974. Ce qui frappe plutôt lobservateur, cest limpression de paix et de sécurité que lon y trouve. La prospérité générale du pays et des habitants, loin de se démentir, est devenue au contraire de plus en plus évidente. Il faut noter cependant quun certain nombre de phénomènes que lon pouvait déjà noter en 1974 se sont accentués.
Le programme durbanisation sest accéléré. Plusieurs nouvelles villes sont sorties de terre ou même quelquefois de la mer et dautres ont été complétées. Les calculs officiels estiment que, en 1979, 70 % de la population habitent déjà dans des villes nouvelles développées et contrôlées par des organismes semi-gouvernementaux tels que le H.D.B. (Housing and Development Board), le H.U.D.C. (Housing and Urban Development Corporation) ou le J.T.C. (Jurong Town Corporation).
Cela nest pas sans conséquences sur le tissu familial et social de Singapore. Sil est difficile de rendre cette urbanisation rapide entièrement responsable de tous les phénomènes sociaux qui se sont accentués ces dernières années, il nen est pas moins vrai quelle y a joué et y joue encore un rôle déterminant.
Il faut noter par exemple que les communautés naturelles de race et de culture ont été largement dispersées. Cette dispersion correspondait au départ à la volonté politique nettement affirmée de casser les particularismes culturels et les loyautés vis-à-vis de la Malaisie ou de la grande Chine tout en essayant dinculquer à la population un patriotisme singapourien. Si le premier but est largement acquis et les risques daffrontements raciaux ou religieux sont aujourdhui pratiquement négligeables, il nen est pas de même pour le second qui reste, lui, loin dêtre acquis bien quon puisse noter quelques progrès. De manière générale, le nationalisme singapourien reste un patriotisme basé sur lintérêt économique et ne porte pas une vision de la société qui dépasse un matérialisme primaire. Cest sans doute la raison pour laquelle, ces derniers mois, le gouvernement sest attelé à renouveler le système déducation dans les écoles en mettant laccent sur léducation morale.
Cette dispersion des communautés naturelles a aussi été aidée par langlicisation continue de léducation au détriment des autres langues nationales et du chinois en particulier. Il faut noter dans ce domaine que la plupart des écoles chinoises sont en perte de vitesse, à lexception de quelques grandes écoles qui se sont spécialisées dans le bilinguisme et accueillent les enfants les plus doués.
Par ailleurs cette dispersion a accentué lisolement de la petite unité familiale et sa vulnérabilité aux mass media et à la propagande du gouvernement qui latteignent maintenant directement sans le filtre régulateur du village ou de la communauté naturelle et sans le contrepoids dune éducation différente. Cest sans doute là, avec le pragmatisme dun pays dimmigrants, une des raisons de la passivité si souvent mentionnée des citoyens de Singapore de même que celle de leur acceptation sans contestation morale des différents règlements concernant lavortement, la stérilisation, etc.
Il faut noter cependant quun certain nombre de projets communautaires imaginés par le gouvernement pour ces villes nouvelles, semblent avoir plus de succès quil y a quelques années : les « Community Centres » et les associations de résidents en particulier. Ces projets communautaires semblent donc correspondre à un besoin réel de la population. Cependant un certain nombre de règlements concernant la vie sociale dans les villes nouvelles ne favorisent guère la communication entre les gens. Il est par exemple interdit à un visiteur de garer sa voiture dans les parkings publics des villes nouvelles après 10 heures du soir, ce qui ne facilite guère la vie sociale et les visites tardives.
Parmi les phénomènes sociaux qui se sont accentués ces dernières années, en plus de la drogue et des suicides dont les chiffres sont très difficiles à connaître mais qui sont certainement en augmentation sensible, il faut surtout noter laugmentation extraordinaire des divorces (de lordre de 400 % depuis 1972). Cette accélération est allée de pair avec lurbanisation et sexplique sans doute en grande partie par elle.
Par ailleurs le type dindustrialisation pratiqué jusquà présent à Singapore y a amené un grand nombre de travailleurs immigrés, en particulier malaisiens, attirés par des salaires plus élevés. Les règlements très stricts qui les tiennent ont pu faire penser quils devenaient peu à peu des citoyens de deuxième classe, exploités au maximum pendant leur présence, jouissant dun minimum de droits, limités à certains travaux seulement et renvoyés dans leurs foyers au moindre signe de récession. On pourrait parler de la création dune nouvelle classe sociale. Les travailleurs immigrés forment 1/8e des travailleurs manuels avec une plus grande concentration dans certains secteurs tels que le bâtiment et moindre dans dautres tels que les chantiers navals.
Cependant, récemment, il semble que le gouvernement de Singapore soriente vers un nouveau type dindustrialisation à haute technicité qui, à terme, rendrait inutile la présence dun fort contingent de travailleurs immigrés sans qualification.

LÉglise

En ce qui concerne létat de lEglise à Singapore un certain nombre dévénements importants se sont produits depuis 1974.
En particulier, tout au long de lannée 1976, une crise assez grave a secoué le clergé et les milieux militants de lEglise, concernant lattitude de la hiérarchie vis-à-vis de la politique du gouvernement dobliger un certain nombre de couples à bas salaire et les travailleurs immigrés en particulier à se faire stériliser après leur deuxième enfant. Sil ny a guère eu de résultat apparent dans le domaine précis de la stérilisation, il nen reste pas moins vrai que cest toute lattitude générale de conformisme de lEglise vis-à-vis du pouvoir politique qui a été remise en question pour la première fois. Cette attitude na sans doute guère changé depuis lors mais la question restera posée, ce qui constitue déjà un résultat positif.
Si cette crise a montré une certaine division dans le clergé, elle ne la sans doute pas créée et de toute manière ne semble pas avoir les graves conséquences que certains champions de lunité semblaient lui donner.
Lautre événement important a été la démission de Mgr Olçomendy en 1977 et la nomination dun Singapourien pour le remplacer. Cest la prise en charge de lEglise de Singapore par les Singapouriens qui se complète de cette manière. Cette nomination va de pair avec le rôle de plus en plus important joué dans lEglise par les religieux et les prêtres locaux. Pratiquement tous les postes de responsabilité sont entre leurs mains autant dans le domaine de ladministration que dans celui de la formation ainsi que dans beaucoup de paroisses. Par ailleurs les religieuses sintéressent de plus en plus à lapostolat tout en gardant leur intérêt pour leur vocation première en particulier dans le domaine de lenseignement et des activités caritatives.
En ce qui concerne le rôle des laïcs dans lEglise, on peut aussi noter une plus grande participation dans la liturgie et le catéchuménat, tout en constatant aussi que les mouvements daction catholique en général ne rencontrent quun succès, non négligeable certes, mais plus limité quil y a une dizaine dannées. Il nest pas certain que cela signifie un manque dintérêt pour les domaines qui devraient leur être plus familiers, à savoir les problèmes du travail et les questions familiales, sociales ou politiques. Il y a en effet de plus en plus de jeunes qui sintéressent à la Bible dune part et dautre part à une réflexion chrétienne sur tous ces problèmes-là. Mais ils se montrent sans doute plus réticents quauparavant à lenrôlement dans des mouvements organisés. Peut-être sagit-il là dune réaction de saturation à lembrigadement qui marque la vie sociale en général à Singapore.
Parmi les phénomènes importants qui ont émergé ces dernières années, il faut aussi mentionner le Renouveau Charismatique dont les réunions de prière semblent correspondre à des besoins réels chez beaucoup de gens. Le Renouveau étant relativement récent à Singapore, il est difficile de juger de son avenir. Si lon y trouve des éléments assez négatifs du moins pour linstant, il ny manque pas non plus déléments positifs. Beaucoup de ses membres montrent en effet un intérêt accru pour la Bible et sans doute le style des réunions charismatiques fournit-il un exutoire salutaire à lultra-rationalisation de la vie à Singapore.
Dune manière générale on peut constater que depuis larrivée du nouvel archevêque, lEglise de Singapore essaie non sans mal de se donner des structures efficaces. Cet effort de réorganisation qui rencontre de grosses difficultés met aussi en évidence un certain nombre dautres caractéristiques ; par exemple, il paraît important de noter que, pratiquement à tous les niveaux de la hiérarchie et du clergé, lEglise de Singapore se comprend principalement comme une Eglise « nationale » beaucoup plus que comme lexpression particulière de lEglise universelle. De ce point de vue il est assez révélateur que tous les secteurs de lEglise, de lévêque jusquaux organisations daction catholique et à la commission « Justice et Paix » aient gardé un silence complet sur la question des réfugiés vietnamiens dans la région.
Par ailleurs ce souci de réorganisation de lappareil de lEglise en même temps que la volonté accrue de donner la priorité à lapprofondissement de la formation chrétienne des catholiques laissent peu de place à une ouverture sur lextérieur, non seulement sur les pays de la région, mais même sur les différents secteurs de la population qui nappartiennent pas à la sphère dinfluence de lEglise. De ce point de vue il est assez significatif quun des rares prêtres locaux qui faisait un travail missionnaire dans un secteur ouvrier totalement en dehors de la sphère dinfluence de lEglise soit peu à peu revenu dans les structures traditionnelles et ait accepté des responsabilités importantes dans ladministration diocésaine. On peut donc dire que pour un certain temps encore lEglise de Singapore va surtout se préoccuper delle-même.

Les Missions Etrangères

Le groupe M.E.P. quant à lui est encore relativement nombreux (23) à lintérieur de cette Eglise de Singapore. Il a connu cependant un certain vieillissement ces vingt dernières années, le renouvellement ayant été assez limité. La totalité des missionnaires M.E.P. de Singapore est engagée soit dans un travail paroissial à plein temps, soit de manière plus générale dans la pastoration des communautés existantes de lEglise locale. Ce travail-là est fait en collaboration étroite avec le clergé local.
Il faut constater que jusquà une date récente lidéal du missionnaire M.E.P. était de refuser toute orientation spécifique, de sintégrer aussi complètement que possible dans le clergé local et dêtre au service unique de la hiérarchie locale. Reconnaissons tout de suite que dans ce domaine lentreprise M.E.P. a été un succès remarquable.
Il nen reste pas moins quun certain nombre de problèmes se posent aujourdhui du fait, dune part, du vieillissement du clergé M.E.P. et de la réduction notable de ses responsabilités due à la prise en charge de lEglise par le clergé local, et dautre part du fait que les missionnaires se rendent bien compte que le type de présence missionnaire quils ont incarné jusquà présent na plus davenir à plus ou moins court terme. Il faut donc se résigner à mourir ou bien il est urgent de redéfinir une spécificité M.E.P. qui nous donne une raison dêtre et, à des successeurs éventuels, une raison de venir. Cette spécificité doit sincarner dans un nouveau type de présence missionnaire.
Il y a cependant un certain nombre dobstacles qui se présentent. Tout dabord il est difficile aux missionnaires M.E.P., habitués depuis si longtemps à travailler pour et dans le contexte de lEglise locale, de prendre du recul vis-à-vis delle et de sortir de la problématique « pastorale de lEglise locale » : Que diront les prêtres locaux ? » « Que dira lévêque ? », etc. Pourtant cette prise de recul est nécessaire si nous pensons réellement quen tant que missionnaires M.E.P. nous sommes dabord au service de la Mission universelle de lEglise avant dêtre au service de la communauté ecclésiale particulière de Singapore. Sur le plan théorique en effet, cest à partir de là que doit commencer notre réflexion sur notre spécificité missionnaire dans le contexte de cette Eglise.
Un autre obstacle, peut-être encore plus important, est labsence de réflexion sur notre identité missionnaire due au fait que nous navons, en pratique, jamais fonctionné comme un groupe missionnaire. Nous ne nous comprenons pas comme tel et nous napparaissons pas comme tel aux yeux de lévêque et du clergé local. La preuve en est, parmi dautres, le peu dusage que nous faisons du contrat diocésain et des institutions régionales des M.E.P.
Il serait urgent par conséquent de renforcer la cohésion du groupe M.E.P. de façon à conduire une réflexion soutenue sur notre rôle missionnaire et de façon aussi à négocier éventuellement avec les représentants de lEglise locale pour mettre en uvre des activités missionnaires nouvelles.
Si lon fait un tour dhorizon rapide des activités présentes des missionnaires M.E.P. à Singapore, on découvre que beaucoup ont déjà une spécificité missionnaire dans la mesure où ils sont engagés dans des secteurs marginaux de la pastorale diocésaine comme les hôpitaux, les groupes charismatiques, les prisons, les drogués, aumônerie décole, engagement dans des groupes plus ou moins marginaux, etc. On pourrait penser à première vue que ces domaines-là peuvent fournir à ceux qui y travaillent une spécificité et une identité missionnaires. Mais ce sont là des secteurs qui, bien que marginaux, se trouvent cependant à lintérieur de linstitution ecclésiale ou sur sa périphérie immédiate et dont les M.E.P. soccupent parce quil ny a pas de prêtre local pour sen occuper ou quils ne veulent pas sen occuper. Dans tous les cas le missionnaire engagé dans ce genre dactivité joue un rôle de bouche-trou de la pastorale diocésaine. Sil a en effet une spécificité et une identité ce sont dabord celles du bouche-trou. Il reste complètement inséré dans lEglise locale et à la limite, du point de vue M.E.P., son insertion missionnaire noffre aucune espèce davenir. Certains pourraient même dire, en exagérant un peu, quen soccupant de ces secteurs marginaux, ils empêchent lEglise locale de prendre ses responsabilités.
Il faut cependant être raisonnable. Il nest guère possible que la grande majorité des missionnaires M.E.P. de Singapore puisse changer dactivités et de ligne du jour au lendemain, dabord parce que lEglise locale a encore besoin deux là où ils sont, ensuite parce que lâge de beaucoup de confrères ne le permettrait pas. Il est donc normal quils continuent à mettre leur sens missionnaire au service dune pastorale diocésaine qui nen a pas toujours beaucoup.
Il nen reste pas moins impossible de fonder une spécificité et une identité missionnaire M.E.P. à partir des activités même extra-paroissiales et marginales que nous avons maintenant. Par ailleurs il est impensable quon puisse proposer cela à des jeunes qui seraient éventuellement volontaires pour nous rejoindre à Singapore.
Il nous faut donc faire preuve dimagination. Une rapide analyse de la situation de lEglise dans la société singapourienne nous montre quelle touche essentiellement un milieu anglicisé appartenant généralement aux classes moyennes chinoises de fonctionnaires, employés, enseignants, etc. La présence de très nombreux catholiques dans les secteurs les plus dynamiques de la société pourrait faire illusion sur sa présence réelle dans cette société. Mais la majorité de la population de Singapore est non seulement en dehors de lEglise mais aussi en dehors de sa sphère dinfluence. Cest donc de ce côté-là quil nous faut nous tourner si nous voulons trouver un travail missionnaire spécifique pour certains dentre nous aussi bien que pour des nouveaux venus éventuels. Parmi ces différents secteurs il faut citer la très grosse minorité malaise musulmane (environ 17 %) totalement ignorée par lEglise. Il y a encore tout le secteur de la religion populaire chinoise qui est très mal connue et marque pourtant, sans doute à leur insu, le comportement religieux de beaucoup de catholiques. Citons encore les milieux ouvriers et immigrés généralement déducation chinoise. Il y a enfin des milieux plus limités en nombre et qui demanderaient des qualifications très spéciales tels que les milieux intellectuels et universitaires.
Il est certain quil nous faudra dans le futur analyser les possibilités dans ces différents domaines et instituer une réflexion missionnaire de groupe centrée sur ces questions.
En même temps que du soutien actif et de la réflexion missionnaire du groupe de Singapore, le missionnaire qui se lancera à plein temps dans ce genre daventure aura sans doute besoin dune insertion civile ou semi-civile. Ce sera à lui de la trouver selon ses moyens. Il semble quil y aurait cependant des possibilités du côté de lAlliance Française qui a un recrutement local.
Peut-être aussi la Société M.E.P. devra-t-elle accepter de financer le nouveau missionnaire pendant quelque temps.
Reste bien sûr le problème de la négociation avec lEglise locale et larchevêque. Elle ne peut être possible que si le groupe missionnaire M.E.P. existe réellement et devient une force de proposition pour un projet missionnaire. A ce moment-là il ny aura pas de raison pour que lEglise locale nentérine pas ce projet.

Les confrères

Quelques chiffres montrent combien nous restons intégrés au clergé diocésain, mais aussi combien ce statut devient fragile, et sans issue à moyen terme.
A lexclusion des religieux, le diocèse compte 65 prêtres.
Parmi eux, les M.E.P. sont 23, dont :
 sept curés de paroisse sur vingt (un tiers),
 onze vicaires sur vingt et un (la moitié),
 cinq prêtres résidents  ni curés ni vicaires en titre  sur quatorze (un tiers).

Proportions harmonieuses, donnant aux M.E.P. des fonctions équilibrées avec leur nombre dans le clergé diocésain.

Mais regardons-y de plus près.
 Les confrères qui, outre leur poste de curé ou vicaire, assurent des fonctions officielles au plan diocésain (aumôniers, commissions, mouvements...) ne sont que onze sur 39. La moitié des M.E.P., sans doute, mais seulement le quart du nombre total.
 Voici peu dannées, les confrères curés de paroisse étaient onze et les vicaires sept : les chiffres se sont inversés. Parmi les postes diocésains les M.E.P. ont « perdu » : archevêque, vicaire général, chancelier, procureur, supérieur et professeurs de séminaire... Ils nont plus en mains aucun poste de commande.
 Par ailleurs la moyenne dâge M.E.P. monte à 58,3 contre 45,5 au clergé local. On recense onze M.E.P. sur les quinze prêtres de 60 ans et plus, dont quatre sur les cinq de plus de 70 ans. Par contre nous navons que six confrères en dessous de 50 ans, et encore, cinq de ceux-ci évoluent entre 47 et 50 ans, de sorte que, tout au bout de la chaîne, nous ne trouvons quun M.E.P. de moins de 47 ans contre 22 locaux.
En somme, dans le diocèse nous représentons les quatre cinquièmes des plus de 70 ans, les deux tiers des 60-70, le cinquième des moins de 50 ans... et le vingt-troisième des moins de 47 ans !
On peut tirer de ces chiffres deux conclusions opposées :
 ou bien dire : sil en est ainsi partout, la Société a terminé sa tâche, nous navons plus quà mourir en douceur, conscience tranquille ;
 ou bien : belle occasion de faire le point en tant que Société, de réévaluer notre place et notre rôle dans la mission de lEglise, et de prendre un nouveau départ à son service. Ou du moins essayer...
Ceci dit, si lon passe aux personnes elles-mêmes, on voit que le bois dont sont faits les anciens est de bonne qualité. Aucun retraité parmi eux. Tous au travail. Tel le P. HUC, notre doyen : il préside au développement de sa paroisse qui, de rurale, sera dans quelques années la plus grande ville satellite de lîle. Il y cherche un terrain pour la future église. Ses qualités ont ému le gouvernement français. Résultat : un soir de réception à lambassade lOrdre national du Mérite vint orner sa soutane blanche.
Le P. BERTHOLD lui aussi sest développé. Par centaines de milliers les nouveaux venus ont afflué chez lui : des cochons, le secteur étant devenu zone délevage industriel de ces utiles animaux. Déchargé des frustrations du vicariat général, et à limage de son environnement, notre Hippolyte se veut économiquement productif, et sest lancé à son tour dans lélevage intensif : des lapins. Débouchés assurés : la colonie étrangère, notamment française. Malgré la concurrence, ses paroissiens ne doivent pas se sentir négligés, car on a bien limpression quils adorent leur curé.
Le P. MAGNIN, retour de France, a rejoint le P. AMIOTTE à Saint-François-Xavier. Les deux Louis doivent se compléter bellement, car ce tandem de personnalités fortes ne donne aucun signe de vouloir verser dans un quelconque fossé. En attendant une église dans un futur indéterminé, le P. AMIOTTE organise activement un centre social dans la grosse ville nouvelle dAng Mo Kio.
Le P. BOUTTAZ, silencieux et discret, continue à Sainte-Bernadette ce quil a toujours fait : catéchismes, contacts, conseils, aide aux marginaux et personnes à problèmes, et visites des malades.
Le P. MEISSONNIER, réceptionniste parfait à lévêché, de là rayonne un peu sur toute lîle : il connaît tant de monde, quil a baptisés, confirmés, mariés ! Petits malaises de temps en temps, mais toujours prêt à catéchiser, visiter, et défendre par bec et ongles le lien matrimonial au Tribunal diocésain.
Le P. BOURCART a abandonné la cathédrale et, à son retour de congé, est devenu vicaire du P. ABRIAL à Toa Payoh, la dernière très grosse paroisse encore administrée par des M.E.P. (6 500 personnes à la messe). Le P. ABRIAL y règne en pasteur dévoué, bourru et tendre, bourru parce que tendre. Le P. TROQUIER, lui, y conscientise les membres du C.F.S.M. et autres chrétiens lancés dans laction sociale. Il fait sûrement beaucoup de bien car il ne fait pas du tout de bruit. De tous les confrères cest le plus silencieux sur ses activités. Toa Payoh occupe ses pasteurs à plein temps, cependant beaucoup espèrent que le P. BOURCART pourra continuer ses visites des hôpitaux, apostolat qui le rend si précieux aux yeux des curés des paroisses excentriques.
Le P. NICOLAS remplace le P. BOURCART à la cathédrale, mais comme vice-recteur, la cure étant passée à un prêtre local. A la cathédrale également réside le P. CHARBONNIER. Avec le P. MEISSONNIER cest le seul confrère qui puisse être dit extravagant de pleine définition, cest-à-dire sans aucune attache officielle ou officieuse avec une paroisse. En titre :
aumônier au Catholic Junior College. Activités parallèles : aumônier de la colonie et professeur à lAlliance française, enfin à ses temps libres fervent de la planche à voile. Mais comme elle lui impose les joies sous-marines alors quil préfère celles de surface, il sest reconverti au bateau. Qui, à son tour, lui procure de virils émois et, à voir les bordées comme elles vont, finira bien lui aussi par aboutir au sous-marin.
Autre transfuge de la cathédrale, le P. CHRISTOPHE a rejoint le P. BARRETEAU tout juste nommé curé de Saint-Michel. Encore un tandem théoriquement complémentaire, le vicaire trépidant, fonceur, le curé soigneux planificateur.
Le P. FORTIER cultive avec un soin égal sa communauté malayalie et les massifs de son jardin ; il peut senorgueillir davoir créé pour son église le plus bel écrin végétal de tout le diocèse. Au centre de lîle le P. BRYGIER aide un prêtre chinois. Cest notre troisième grand silencieux, discret, solide et apprécié ; nest-il pas lun des conférenciers réguliers des Carmélites, quil édifie et récrée à la fois ?
Rivé depuis deux décennies au petit séminaire, en 1972 le P. BARTHOULOT décida de découvrir le diocèse par expérience directe et depuis lors larpente en tous sens. Dabord curé intérimaire de Toa Payoh, curé puis vicaire à Holy Family, il poussa une pointe vers SainteAnne de Ponggol, amorça un repli sur Paya Lebar, remonta sur Seletar, et enfin vint se poser dans la cité... mais en plein territoire de Padroado : à la paroisse portugaise. La vocation de bouche-trou à son sommet ! Serait-elle à bout de souffle ? Car notre voltigeur devrait en principe sancrer à Clementi New Town pour aider le P. CHIA à créer la communauté paroissiale de cette ville nouvelle. Le P. MUNIER achève la construction de léglise quil offrira sur un plat au tandem CHIA-BARTHOULOT avant de partir en congé au printemps. Basé à la maison régionale, notre Lorrain bâtisseur rend également des services divers aux paroisses du district est, et se distingue en trois apostolats peu recherchés du reste du clergé : les prisons, les drogués et lcuménisme. Un peu machine haut-le-pied lui aussi, « préposé » à la maison régionale et « intendant fidèle » du groupe M.E.P., le P. DUFAY bricole sur le district est et dans le renouveau charismatique.
Le P. SAUSSARD, après avoir bâti léglise et organisé la paroisse de Saint-Vincent-de-Paul à Seletar, sest replié sur son ancien centre de Jalan Kayu ; en effet un cur capricieux à ses heures réclame certains ménagements. Cela donne au Père plus de temps pour représenter avec distinction et aussi souvent quil en discerne le besoin, le clergé M.E.P. auprès de la colonie française. Il y a gagné une modeste satisfaction : rejoindre cette année le P. HUC dans les rangs de lOrdre du Mérite. A quand le ruban rouge ?
Le P. JEANNEQUIN, revenu très satisfait de son congé en France, a retrouvé avec une non moindre satisfaction ses chers jeunes, ses catéchumènes, et les trois prêtres chinois avec lesquels il travaille à Serangoon.
Le P. AROTÇARENA (la 23e partie du clergé en dessous de 47 ans) est très occupé : cheville ouvrière de léquipe sacerdotale qui assume en commun certaines tâches des trois paroisses du district est. La paroisse comme paroisse ne semble pourtant pas son inclination de cur : il rêve dinsertion chez les marginaux, surtout ceux qui, pour motifs culturels ou sociaux, se sentent mal à laise dans lEglise telle quelle est.
Enfin les deux personnages majeurs de notre communauté :
Le P. LOISEAU, représentant des confrères au conseil régional et sénateur, donne limage de la calme solidité, administre sereinement sa paroisse de Paya Lebar et apporte un soin particulier à lapostolat des jeunes. En trois ans il a organisé trois missions pour eux, chacune approfondissant sur la précédente un nouvel aspect de la vie chrétienne.
Et « last but not least », notre vice-supérieur régional et conseiller diocésain, le P. ARRO. Lui aussi a abandonné les responsabilités curiales à son vicaire, dont il est devenu lassistant. Il sen félicite : plus dadministration, mais une liberté élargie de faire ce quil adore : la visite des familles, surtout les nouvelles venues dans la ville satellite qui sachève, le catéchisme dans les écoles, les sessions de formation, sans compter sa participation active au renouveau charismatique, à la commission liturgique et au conseil épiscopal.
Pour terminer signalons que, en conséquence peut-être de notre glissement vers les fonctions dappoint, le groupe M.E.P. a resserré sa cohésion. Nous avons des réunions plus fréquentes et mieux suivies quautrefois. On y « échange » sur les documents venus de Paris, sur les problèmes de lEglise locale, ceux du groupe à loccasion. Enfin, et ce nest pas le moindre progrès, on a réintroduit la prière en commun  en fait la récitation de lHeure du Jour  dans nos rencontres hebdomadaires à Ponggol.

Le Renouveau charismatique à Singapore

Comment suis-je devenu « charismatique »
De nombreux témoignages attestent que pour beaucoup le renouveau charismatique dénoua une crise spirituelle, quelquefois très grave. Ce ne fut pas mon cas ; jy suis entré par décision mûrie après étude, observation et méfiante approche.
De vagues rumeurs couraient sur le développement du pentecôtisme dans les Eglises protestantes, impliquant aussi des catholiques ici où là. Quelques-uns de ces derniers me tarabustent afin que je my joigne. Finalement, par curiosité mais aussi pour vérifier leur orthodoxie, je commence à lire la littérature charismatique... et celle qui attaque cette nouvelle mode. Puis observation directe des réunions de prière (protestantes). Conclusion : cest assez mélangé, mais indéniablement positif. En février 1976, lors dune session interdénomina-tionnelle, je demande à être « baptisé » dans lEsprit par un moine bénédictin, un pasteur luthérien, un pasteur baptiste et une dizaine de laïcs protestants ou catholiques.
Du coup, quelques catholiques se regroupent autour de moi : un prêtre avec eux, cest la sécurité et la légitimation de leur propre engagement dans le renouveau ! Durant des mois, nos réunions de prière restent quasi confidentielles, vu notre petit nombre. Mais peu à peu la curiosité, lintérêt ou lhostilité séveillent dans le clergé et chez les fidèles. Deux ou trois réunions dinformation pour le clergé et les religieux disséminent davantage le « problème » charismatique. Mais le vrai départ se fera par un prêtre local, revenu charismatique de Manille. Notre petit groupe émigre chez lui, sétend et bientôt déborde sur les autres paroisses. Lessaimage commence. Aujourdhui nous avons une quinzaine de groupes sur autant de paroisses, qui touchent plusieurs milliers de personnes mais dont leffectif régulier total se situe peut-être autour de 1 000 à 1 200 membres. Quelques religieux, un bon nombre de Surs, et une dizaine de prêtres, dont quatre M.E.P., les PP. ARRO, HUC, AMIOTTE et moi-même. A noter que durant un an et demi, considéré comme le porte-drapeau du renouveau, je suis redevenu un simple membre du groupe de leaders qui président à ses destinées. Point final. Fin de mon histoire.
Mais quest-ce que le renouveau charismatique ?
La meilleure description existentielle men a été donnée par un évêque anglican : « Pendant trente ans, comme prêtre et évêque, jai servi lEglise de tout mon cur et, je crois, de toutes mes forces, mais bien plus par devoir que par intimité avec la personne du Christ. Cétait comme un beau et majestueux cierge, magnifiquement sculpté mais éteint... Et tout dun coup il sest allumé, depuis lors il brille haut et clair... » Ou encore cest ce groupe de prêtres, à Paris, qui entre eux parlent du Seigneur et de leur travail à son service, avec la spontanéité, la tendresse et lenthousiasme dun amoureux pour sa bien-aimée. Dans les deux cas climat du Cantique des Cantiques.
Essentiellement le renouveau charismatique, cest un fait, une expérience spirituelle qui a la consistance du roc : le Christ Vivant, une personne (pas un idéal ni une doctrine) concrète impliquée dans ma vie à tous ses niveaux, pour la gloire du Père dans la puissance de lEsprit.
Cest le donné primitif, théologique si lon veut. Une initiative divine gratuite.
A partir de là, notre réponse sera plus ou moins saine et droite, plus ou moins éclairée, plus ou moins moulée dans les catégories humaines qui nécessairement la conditionnent : mentalités et traditions religieuses, culturelles, sensibilité personnelle, orientation fondamentale de lêtre, etc.
Ce nest plus, ce ne peut plus être lor pur du don divin, car tous ces éléments colorent inévitablement notre réponse, la canalisent, et sils laident, ils peuvent aussi linfléchir, voire la tordre dangereusement. La théologie classique, la morale se retrouvent ici en terrain connu, les sciences humaines aussi.
Dautre part, le renouveau souffre dun « péché originel » : il nous est venu par le canal pentecôtiste, cest-à-dire que le don était accompagné dun mode demploi qui privilégie certains axes, certains aspects au détriment de la synthèse harmonieuse requise par la foi catholique : par exemple linsertion du don dans, par et pour la vie de la communauté sacramentelle.
Là réside la cause des controverses. Tel lirritant (et faux) problème du « parler en langues », tel encore celui du « baptême dans lEsprit ». Sans compter les phénomènes spectaculaires et autres manifestations « excentriques ». Toutes ces choses sont bonnes et vraies, et appartiennent au don primitif, lexpérience du Dieu Vivant. Mais sur leur compréhension et usage il pourrait y avoir plus dune fois beaucoup à dire.
En somme, on trouve beaucoup de charismatiques qui vivent une expérience spirituelle authentique, mais quils comprennent et traduisent parfois maladroitement. Leur perception peut même être si confuse quelle devient spirituellement dangereuse. Des rémanences pentecôtistes indésirables (certaines par contre sont bonnes) demandent un émondage.
Sauf opinion mieux informée, je croirais assez que lintégration du renouveau dans la grande tradition spirituelle de lEglise dépend de la théologie (encore à faire) du « baptême dans lEsprit ». Là-dessus, on bégaie, du moins jusquà ce jour. Si josais une idée personnelle, je dirais que la clé se trouve dans le baptême du Christ, événement mystérieux dont on na peut-être pas épuisé la richesse. Mais le baptême du Christ situé dans son contexte immédiat en amont et en aval. Je penserais volontiers que ce travail enrayerait le danger illuministe et réconcilierait les plus sourcilleux théologiens avec cette bénédiction merveilleuse quest le renouveau pour notre temps.
En tout cas, puisque la « conversion » ne dépend pas darguments mais de la seule rencontre personnelle avec le Seigneur, on ne peut que dire à ceux qui se sentent attirés, comme Jésus aux disciples, comme la Samaritaine à ses compatriotes : « Venez et voyez... » !

François DUFAY.

Mission pour les Jeunes

Léglise du Cur-Immaculé de Marie à Singapore fut construite pour une population de 60000 habitants dont 3 000 catholiques. Les cinq messes du dimanche y amènent 2 000 pratiquants. Parmi les 850 hommes et 1 150 femmes les jeunes sont un bon tiers.
Ces jeunes de 13 à 25 ans ont reçu ou reçoivent une éducation chrétienne dans des écoles catholiques (98 % au primaire ; 90 % au secondaire).
Ces jeunes toutefois vivent dans une atmosphère matérialisante où le succès est la grande préoccupation des jeunes comme des plus âgés ; le succès doit donner largent, et largent le bonheur et la respectabilité.
10 % de ces jeunes ont des activités religieuses ou apostoliques : Légion de Marie, J.E.C., S.V.P., groupes de prière.
La plupart de ces jeunes sont de familles aisées où les loisirs peuvent se trouver à la maison et en petits groupes damis.
Cest pour aider ces jeunes à progresser dans leur foi que je fis appel aux Rédemptoristes. Le P. ONEIL, un Australien, organisa le travail en demandant la collaboration de divers religieux et religieuses, en tout une petite équipe de 16 personnes dont quelques-unes faisaient leur apprentissage de lapostolat direct. En 1979 le groupe grossit jusquà 25 missionnaires.
Avec la collaboration très active dun groupe de jeunes, déjà organisé sur la paroisse, des contacts furent pris avec les jeunes pour leur annoncer à tous et chacun le programme de la mission.
1. Mission à chaque maison : pendant 6 à 8 semaines.
2. Visite générale.
3. Mission à léglise.
4. Mission dans chacune des deux écoles secondaires catholiques (filles et garçons).

La mission dans les écoles touchait plus de 800 élèves dont beaucoup appartiennent aux paroisses limitrophes. La mission comprenait trois entretiens par grands groupes, une messe pour tous ou par classe et une entrevue individuelle. Le succès était prévisible, mais il dépassa nos espérances.

La mission dans les familles avait nécessité la division en groupes divers :
a) ceux qui sortaient du secondaire ; b) ceux qui suivaient des cours pré-universitaires ; c) ceux qui étaient au service national ; d) les filles de 16 à 21 ans qui travaillent ; e) les jeunes (garçons et filles) de 21 à 25 ans. Un petit groupe de 30 à 40 groupait les enfants élèves des écoles non catholiques.
Il fut décidé de visiter chaque jeune chez lui après lavoir fait avertir de la visite. Ce fut relativement aisé. Les parents dûment avertis coopérèrent en se retirant dans une autre pièce.
Le lendemain et surlendemain de la visite, les jeunes étaient conviés à se grouper chez lun deux pour une discussion sur un sujet préparé ou pour une messe.
Les horaires de travail firent que la participation à ces groupes ne dépassa guère 50 % des 567 jeunes.
La mission à léglise regroupa plus de la moitié des jeunes pendant sept jours.
Il y avait messe, sermon et réponse aux questions. Les confessions furent entendues chaque soir en plus de la cérémonie pénitentielle organisée pour tous.
On peut penser que la mission à léglise permit un enseignement simple qui plut et en même temps donna une nouvelle chance à certains de rencontrer les missionnaires auxquels ils sétaient déjà confiés.
Le Thème des missions fut en 1978 : du légalisme à lamour ; et en 1979 : pour une prière en esprit et en vérité.
Les missionnaires assurèrent aussi la prédication des dimanches de façon à parler aux parents de leurs devoirs et espoirs.
En 1979, pendant les huit semaines de la mission, des messes de jeunes furent célébrées chaque dimanche qui permirent ainsi un enseignement supplémentaire et une occasion de rencontres.
Une troisième année est prévue pour 1980 entre le nouvel an chinois et Pâques comme précédemment. On pense y introduire la vie en communauté chrétienne et le devoir missionnaire.
Depuis la seconde année une messe spéciale pour les jeunes a été introduite ; un groupe de réflexion et prière fonctionne régulièrement et certains jeunes rencontrent leurs missionnaires.
Nombreux sont les indices que la mission porte ses fruits intérieurs mais laissons-en le jugement au maître de la moisson.

L. LOISEAU.

Travail paroissial

Lessentiel de ma vie et de mon activité missionnaire de 1972 à 1979 a eu pour cadre la paroisse de Toa Payoh dabord de 1972 à 1974, puis celle de la Nativité de 1974 à 1979.
Evidemment la paroisse de Toa Payoh et celle de la Nativité à Serangoon ne se présentent pas comme la brousse birmane où jai fait mes premières armes dans les années 50 ! Y est-on moins missionnaire ? Je ne le pense pas.
Sur 2 300 000 Singapouriens au total, il y en a plus de 2 000 000 qui ne connaissent pas le Christ. Je vois donc mon travail missionnaire comme lanimation dune communauté paroissiale et plus précisément de différents groupes daction catholique en vue dune ouverture sur le monde païen qui nous entoure pour essayer de le christianiser.
Nous avons, pour ainsi dire, sous la main de grosses communautés riches en générosité. Beaucoup de jeunes sont attirés par la Bible et ils aiment se retremper ensemble dans la prière, que ce soit dans des mini-retraites, des récollections dun dimanche ou simplement des réunions de partage.
Nest-ce pas un travail missionnaire de tout premier choix que danimer ces groupes, dessayer de découvrir le Christ avec eux et ce que le Christ attend de nous dans le contexte matérialisé et non chrétien de Singapore en 1979 ?
Avant mon expulsion de Birmanie, jétais curé de la paroisse chinoise de Rangoon, et jai toujours considéré ces quelques années dintense vie missionnaire comme les meilleures de ma vie. Maintenant, avec le recul de quelques mois de congé et 10 000 kilomètres de distance entre Rangoon et moi, je me demande au fond si le fait dêtre vicaire nest pas une situation dapostolat privilégiée, débarrassé que je suis de toute paperasse ou comptabilité administrative !
Je reconnais avoir eu la chance de travailler avec des Pères chinois dont japprécie la gentillesse et la compréhension. Ça ne veut pas dire que tout est rose tous les jours ! Disons que nos personnalités, notre façon de concevoir le travail pastoral sont complémentaires, comme les pièces dun jeu de patience  des pièces quil faut continuer à rogner, tailler, arrondir pour quelles sadaptent parfaitement les unes aux autres, et signifient finalement quelque chose de lEglise du Christ, de lEglise universelle.

Donc deux choses en résumé :
 travail paroissial avec le désir continuel douvrir les groupes daction catholique au témoignage en milieu non chrétien ;
 collaboration avec des Pères chinois en essayant dépouser les contours de leurs activités et de garder ma vie et mon activité missionnaires, cest-à-dire damener les non-chrétiens au Christ.

Joseph JEANNEQUIN.

Communautés de quartier

La paroisse de Notre-Dame du Perpétuel-Secours, située dans la partie est de lîle de Singapore à environ dix kilomètres du centre de la ville, compte 5 500 à 6 000 paroissiens, chinois à 60 %, eurasiens et indiens. Un peu moins du tiers habite dans deux quartiers résidentiels et la majorité, quelque 1 200 adresses recensées, dans les H.L.M. dune ville satellite en voie de finition et qui aura une population totale denviron 230 000 habitants. Lensemble de la population appartient à la classe moyenne, enseignants, employés de bureaux, professions para-médicales. Un petit groupe de gens ayant fait des études universitaires augmente en nombre, tandis que le nombre de paroissiens appartenant au prolétariat diminue.

Mission paroissiale : avril-juillet 1976

Dans cette paroisse à la pratique dominicale élevée, 4 300 personnes assistaient aux messes dominicales en mars 1979, beaucoup de paroissiens ne se connaissent pas. Chacun vit chez soi, ils partent tôt le matin et rentrent tard le soir, viennent à léglise en voiture et en repartent dès que la messe est terminée, laissant un groupe de 200 à 250 paroissiens animer les uvres et organisations daction catholique.
Aussi, de manière à promouvoir un esprit de communauté, les trois prêtres de la paroisse décidèrent-ils dinviter les Pères Rédemptoristes pour une mission paroissiale basée sur les groupes de quartiers. 99 groupes de quinze familles environ furent constitués et les laïcs acceptèrent très volontiers la responsabilité dinformer les familles de leur quartier et de les rassembler. Six Pères Rédemptoristes visitèrent groupes et familles pendant plus de trois mois et aujourdhui, trois ans après la mission et les réajustements nécessaires, nous avons environ vingt-cinq groupes de quartiers se réunissant régulièrement, certains tous les mois, la plupart tous les deux ou trois mois.

Groupes de quartiers

Les groupes qui avaient été constitués au moment de la mission ne correspondaient guère à la réalité sur le terrain, mais pour des questions pratiques, en particulier la visite des familles, les groupes devaient rester assez petits. Après la mission, à la demande des leaders de groupes, lensemble fut restructuré, tenant davantage compte de la réalité des quartiers, et les 25 groupes daujourdhui correspondent aux 99 existant au temps de la mission.
Les leaders de groupes pour la mission avaient été choisis par les prêtres de la paroisse. Aujourdhui, à la demande des leaders eux-mêmes, les groupes ont été rassemblés en 7 districts, ce qui facilite les communications, leaders de groupe  leaders de district  conseil paroissial  prêtres, et une nouvelle génération de leaders a émergé, les paroissiens choisissant leurs leaders. Ainsi quelque chose qui était venu du sommet est maintenant repris et adapté par la base. Faut-il parler dinculturation ?

Activités de ces groupes

Le but que lon cherche à atteindre cest bâtir la communauté chrétienne. Aussi essayons-nous de travailler au niveau de la foi et du service, les réunions étant différentes daprès les groupes. La célébration de lEucharistie reste une des activités principales des groupes, célébration adaptée au groupe avec partage dévangile et prières spontanées. Lorsquil y a messe il y a davantage de monde et les temps forts pour ces célébrations eucharistiques de groupe restent lAvent et le Carême. Leffet de ces célébrations se ressent au niveau des célébrations à la paroisse qui sont devenues plus vivantes. Discussions dévangile et parfois problèmes de quartier vont aussi être lobjet de ces réunions, qui restent un peu trop « « religieuses » à notre gré, ne débouchant pas assez sur la vie et dépendant trop de la présence du prêtre. Il faut sans doute être patient.
De plus certaines activités paroissiales, kermesse  arbre de Noël  fête patronale  qui étaient organisées par divers groupes déjà existants, sont devenues maintenant la responsabilité des groupes de quartiers. Ainsi des paroissiens beaucoup plus nombreux prennent une part active à la vie paroissiale et à travers eux les prêtres peuvent enfin sentir les aspirations et besoins de lensemble des paroissiens, car les groupes paroissiaux organisés peuvent facilement tourner sur eux-mêmes et parfois faire écran. Des gens vivant dans le même quartier, et qui ne se connaissaient pas commencent à se rencontrer et à sapprécier, dépassant les barrières des races et des cultures ; des initiatives sont prises au niveau des groupes créant une atmosphère de partage et de coresponsabilité. On en est encore au début, mais on sent le Seigneur présent et bâtissant son peuple, une expérience qui donne un nouvel élan à la communauté et encourage ses prêtres.

Michel ARRO.



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