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Francis louis noël marie GORÉ

  • Numéro : 2940
[2940] Le R.P. Francis Goré

Son activité apostolique et ses écrits sur tout ce qui intéresse les Marches Tibétaines lui ont valu une notoriété qui dépasse le cadre de la Société des Missions-Etrangères.
Né le 25 décembre 1883 à Saint-James (Manche), Francis-Louis-Noël Goré manifeste de bonne heure une intelligence ouverte, une application sérieuse au travail et un caractère posé qui lui valent des succès constants au cours de ses études. Entré laïque au Séminaire des Missions-Etrangères et après la réception des Ordres Mineurs, il est envoyé au Collège Général de Penang (1906), car une loi militaire à effet rétroactif décide les Directeurs du Séminaire à anticiper le départ d'un groupe de minorés, qui vont à Penang terminer les études théologiques. Ordonné prêtre le 7 août 1907, le P. Goré est destiné à la Mission du Tibet qu'il rejoint, après un long voyage, par Hongkong, Shanghai, les jonques chinoises du Fleuve Bleu et les pistes muletière de la frontière sino-tibétaine.

A Tatsienlu (actuellement: Kangting), Mgr Giraudeau l'accueille et remarque vite ses heureuses dispositions à l'étude des langues; il est nommé au district important de Chapa.

Chapa (1908-1914). -Le P. Goré rayonne sur les deux rives du T'ông-hô où est inégalement distribuée une population de 800 chrétiens, et chaque année il cueille une belle gerbe de nouveaux baptisés. Il profite du calme de ces années pour développer les oeuvres: agrandissement de son école de filles, établissement d'un hospice de vieillards dans les locaux du presbytère qu'il remplace par une nouvelle résidence.

A Chawan (15 km au nord), il installe un oratoire. Encore plus au nord (45 km) sur le nid d'aigle de Tchang-kia-chan, qui domine de mille mètres la vallée, il fait bâtir une chapelle autour de laquelle se groupent de vieux chrétiens réfugiés de Chengtu, rudes défricheurs de terres ingrates et bordées de précipices vertigineux. Du Bas-Yutong il ouvre ainsi la porte vers le Haut-Yutong qu'évangéliseront ses successeurs, et établit la liaison - 7 étapes - avec Tampa que vient de fonder le P. Charrier. Deux fois par an il visite ses annexes et, crayon et boussole en main, il établit des relevés cartographiques.

En 1912 la révolution persécutrice des \Lanternes Rouge\" l'oblige à un repli momentané devant une invasion par le sud; dans une autre circonstance ce sont les confrères du nord qui se replient chez lui fuyant une menace tibétaine. L'ordre revient lorsqu'il apprend sa nomination à la cathédrale de Tatsienlu.

Tatsienlu (1914-1920). - Si le P. Ouvrard lui laisse une belle cathédrale gothique flambant neuf, par contre restent les ruines provoquées par le terrible incendie du jour de l'an lunaire 1914. Bientôt un nouveau presbytère et une école de garçon se dressent. L'influence du P. Goré, qui connaît parfaitement le chinois parlé et écrit, est très grande auprès des lettrés, de gros commerçants et des fonctionnaires; ses écoles sont prospères et la population catholique augmente, en cinq ans, d'une centaine de néophytes. Malheureusement les guerres civiles font baisser le commerce et quelques gros négociants catholiques émigrent vers les grandes villes du Szechwan. Regretté de tous, le Père est alors destiné à Yerkalo.

Yerkalo (Yentsing- 1920-1930). - Le district de Yerkalo est situé à une trentaine d'étapes à l'ouest de Tatsienlu ; il se compose d'une chrétienté de trois cents âmes de race tibétaine ; le P. Goré devra apprendre une nouvelle langue, ce qu'il va faire avec une rapidité déconcertante. Tout livre tibétain qui lui tombe sous la main est assimilé, il se documente dans les lamaseries et fait venir des livres de bibliothèques indiennes. Bientôt le folklore tibétain n'aura plus de .secret pour lui.

Parallèlement sa chrétienté est soigneusement administrée malgré les troubles locaux qui rendent les voyages dangereux. Toute autorité décline et les ordres émanant de Nanking ou de Lhassa sont de moins en moins obéis. Le P. Goré, fin Normand, sait manoeuvrer pour être au mieux avec tous et il profite d'un répit pour aller visiter Bonga, le berceau de la Mission qui avait dû être abandonné il y a une quinzaine de lustres sous la pression des lamas tueurs. En récompense de ses travaux géographiques et culturels, il est nommé Officier d'Académie (1922) et Chevalier du Dragon d'Annam (1924).

Il réunit quelques jeunes gens bien doués pour perfectionner leur instruction religieuse et leur donner un vernis de littérature tibétaine, \"Université' en miniature qui doit remplacer l'école ruinée à la débâcle de 1905. A cette époque troublée, la calomnie ne lui est pas épargnée, car certains interprètent mal ses interventions tantôt auprès des autorités tibétaines, tantôt auprès des autorités chinoises. Il serait fastidieux de détailler ses démêlés épiques avec Kongkha-lama ou autres qui veulent déposséder la Mission de ses biens, unique source de subsistance des chrétiens.

Tsechung (1931-1951).- C'est le district principal des Marches Tibétaines avec huit cents chrétiens, tibétains ou aborigènes divers. Le 6 mars 1931 le Père y accueille les Chanoines du St-Bernard appelés par Mgr Giraudeau pour suppléer au manque de missionnaires. Il se fait leur mentor et les initie à. la langue tibétaine. Il assiste à la fondation d'un hospice-refuge sur un col enneigé entre le Mékong et la Salouen. Plus tard il installe à Weisi et Siao-Weisi, leur confiant toutes les oeuvres qui y existaient.

Administrateur actif, le P. Goré n'en continue pas moins ses travaux linguistiques qui lui valent d'être nommé Membre Correspondant de la Société Géographique de Philadelphie (E.U. ) et de France. Il publie une série d'articles au Bulletin de la Société des M.E.P. et Missionnaires d'Asie, dont il est le correspondant assidu. Il compose une remarquable Grammaire Tibétaine, à l'usage des Tibétains, grammaire qui attire l'attention du gouvernement. chinois et des polyglottes allemands. Il entreprend le gros oeuvre de réviser et mettre à jour le Dictionnaire Français-Tibétain de Mgr Giraudeau, travail de profonde érudition, unique en son genre, qui l'occupera jusqu'à la veille de sa mort. Comme il connaît tout ce qui se publie sur le Tibet, il en apprécie la valeur on signale les erreurs, n'hésitant pas à redresser les calomnies de tel ou tel voyageur prévenu ou mal informé au sujet de la Mission, l'auteur fût-il un de ses amis. Que d'explorateurs ont été séduits par sa courtoisie : Brigadier-Général Pereira, MM. Bacot, Guibaud, Liotard, Pasteurs protestants et même Madame David-Néel, etc. . . sans oublier le P. Simonnet en quête d'un livre sur le Tibet et le Loutzekiang du P. André !

1935-36 : les armées communistes en retraite déferlent sur les Marches Tibétaines et les troupes de Hôlong et Siaoké menacent les districts du Mékong. Le P. Goré organise un repli temporaire, expédie ses volumineuses archives en lieu sûr (Hongkong), mais grâce à Dieu et Ste Thérèse, le danger est écarté, les Rouge prenant une route plus directe pour opérer leur jonction, au nord de Tatsienlu, avec les débris de l'armée Maotsetung.

En 1937 le P. Goré se rend à Hongkong pour soigner sa vue et surveiller l'impression d'un livre de 450 pages intitulé : Trente ans aux portes du Tibet interdit, livre d'une densité exceptionnelle, dans lequel, d'une plume alerte et concise, il raconte la récente histoire de la Mission du Tibet ; il dépeint le cadre géographique et politique, scrute les arcanes de la religion lamaïque et des légendes, décrit les scènes de la vie indigène et des voyages pleins d'aventures, etc . . .

Il part subitement pour Marseille, où il est opéré, par un spécialiste, d'une décollation de la rétine ; le résultat est satisfaisant.

Après un repos de quelques mois, il revient à Hongkong, prend l'avion jusqu'à Chungking, passe par Chengtu et arrive à Tatsienlu qu'il avait quitté depuis quinze ans. Il règle les questions pendantes avec Mgr Valentin et, par un voyage de 48 étapes, rejoint Tsechung, où il reprend ses fonctions de Vicaire Délégué et d'administrateur régional. Esprit large, coeur au-dessus de toutes les mesquineries, il reste pour tous un guide et un conseiller précieux.

Ce dernier supériorat est attristé par le meurtre du P. Nussbaum, assassiné par des brigands que les lamas avaient soudoyés (1940), par la mort inopinée du P. Burdin, par la main-mise des persécuteurs sur la malheureuse chrétienté de Yerkalo et par. l'assassinat du Chanoine Tornay, perfidement trahi au cours d'une mission en pays tibétain (1949).

Déjà le communisme fait tache d'huile sur toute la Chine et atteint les Marches Tibétaines. Chacun connaît les tracasseries policières, les promesses mensongères, les perfides accusations qui précèdent la brutale expulsion. En janvier 1952, le P. Goré et sept confrères ou Chanoines sont accompagnés de force dans un exode douloureux de plusieurs semaines par Yunnanfu, Chungking, Canton et la frontière. Le 12 mars ils arrivent à Hongkong, la pensée tournée vers leurs chrétiens laissés à l'abandon, vers le P. André, malade, et deux Religieux qui, eux aussi, ne tarderont pas à être expulsés.

Un mois après son arrivée en France, le P. Goré est désigné comme adjoint du P. Samson à la Procure de Genève. Sa plume ne faiblit pas. Il donne des cours de tibétain au Collège Champittet de Lausanne. En 1954, à Voreppe, il se fait aider par les PP. Le Corre et Pecoraro pour achever le fameux \"Dictionnaire Francais-Tibétain\", il prend part à la retraite sacerdotale de Bièvres (juillet) plein d'entrain, il visite Mgr Valentin à Usson-en-Forez (fin septembre) ; il se sent indisposé au début d'octobre, une pancréatite cancéreuse est décelée, une opération douloureuse à l'hôpital de Voiron ne. laisse aucun espoir et, le 14 octobre, réconforté par le Viatique, ce travailleur infatigable; est appelé à la récompense éternelle

Écrits du P. Goré :
Le P. Goré, au cours de sa longue carrière de missionnaire et de savant, publia surtout des articles ou de grandes études dans diverses revues, soit notre Bulletin ou Missionnaires d'Asie, soit aussi des publications spécialisées françaises et étrangères. Quelques mois à peine avant sa mort on pouvait encore lire sous son nom une étude historique sur le Tibet, dans la \"Revue de Politique Étrangère\". Pour nous en tenir aux seuls travaux qu'il signa dans notre Bulletin ou dans Missionnaires d'Asie, signalons: Mission du Tibet, aperçu historique, 1933; Le Tibet à vol d'oiseau, 1926; L'Angleterre au Tibet, 1926; Le Lamaïsme et le Bouddhisme indien, 196; Introduction. aux Etudes tibétaines, 1928; De la Chine aux Indes à travers le Tibet, 1929; A la frontière du Tibet, passim; Les lépreux du bord du Mékong, 1949; Les Missions tibétaines, 1950; La conquête du Tibet 1950, etc. . .

Signalons aussi \"Trente ans aux portes du Tibet interdit\" 450p. 1939, Hongkong; et le grand \"Dictionnaire français-tibétain\" qui paraîtra aux Éditions Maisonneuve, Paris.

BEFEO Notes sur les Marches Tibétaines du Seu-Tch'ouan et du Yun-nan Paris 1923, 80 p.

BME La mission au Thibet: aperçu historique 1923 p. 33-40. La mission au Thibet: état au 1° janvier 1923 1923 p. 100-107. Un coin de la mission du Thibet 1924 p. 625-636. Un coin de la mission du Thibet: Au berceau de la mission 1924 p. 625-630. Un coin de la mission du Thibet: dans le Loutsekiang chinois 1924 630-634. Un coin de la mission du Thibet: sur les rives du Mékong 1924 p. 634-636. Le Thibet à vol d'oiseau: Le Thibet dans l'espace 1926 p. 4-12. Le Thibet à vol d'oiseau: Le lamaïsme est-il le bouddhisme? 1926 p. 71-84. Le Thibet à vol d'oiseau: L'Angleterre au Thibet 1926 p. 648-658. Visite au gouverneur thibétain de Kiangkha 1927 p. 606-615. Les missions protestantes et le Thibet 1928 p. 544-552. Introduction aux Etudes Thibétaines 1928 p. 672-679. Lettre des Marches Thibétaines: de la Chine aux Indes à travers le Thibet 1929 p. 269-280. A la frontière sino-thibétaine (1900-1905) 1930 p. 324-336. A la frontière sino-thibétaine (1900-1905) 1930 p. 388-399. A la frontière-sino-thibétaine: en flânant de Yerkalo à Batang (1930) 1932 p. 158-171. A la frontière-sino-thibétaine : I. 1906-1911 1933 p. 259-266, 340-347. A la frontière-sino-thibétaine : II. 1911-1913 1933 p. 410-415, 501-509. A la frontière-sino-thibétaine : III. 1913-1920 1934 p. 317-321, 339-345, 615-622. Les races non chinoises à la frontière sino-tibétaine 1935 p. 478-487, 554-564. La peur rouge 1936 p. 568-572. Proverbes et apologues 1937 p. 777-781, 1938 p. 166-170, 1939 p. 31-32, 104-106, 1939 p. 315-318. Le meurtre du Père Nussbaum (extrait du journal de F. Goré) 1941 p. 141-149. Les Marches Yunnanaises du Thibet (extrait du journal de F. Goré) 1941 p. 375-380. Dans les Marches thibétaines: derniers jours de la mission (1949-1952) 1961 p. 261-276.
Trente ans aux portes du Thibet interdit 1908-1938 Nazareth Hong-kong 1939, 388 p.Trente ans aux portes du Thibet interdit (liminaire de Christian Simonnet) Kimé Paris 1992 397 p.
GEO Dans le Tibet indépendant: 6-13 septembre 1920 Paris 1920 p. 237-251. A la frontière Yunnano-thibétaine Paris 1924 p. 597-609. La Chine au Tibet Paris 1924 p. 209-234.

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