Mission Etrangère de Paris - Archives

Clément BONNAND

  • Numéro : 353
[353]. BONNAND, Clément, un des plus remarquables vicaires apostoliques de la Société des M.-E. et des missions de l'Inde, dans lesquelles il eut pendant plus de 20 ans un rôle très important. Né à Saint-Maurice-sur-Dargoire (Rhône) le 20 mai 1796, prêtre le 17 juin 1821, il fut vicaire à Ambérieux jusqu'à ce qu'il se présentât au Séminaire des M.-E. le 14 novembre 1823. Il partit pour la mission Malabare (Pondichéry) le 4 février 1824, commença ses travaux dans le district de Piranguipouram, et y construisit plusieurs chapelles ; il passa ensuite dans la région de Punganour où il établit de petites écoles en vue de former de bons catéchistes. Ces deux districts dépendent actuellement du diocèse de Madras. Choisi pour coadjuteur par Mgr Hébert dès 1831, il hésita longtemps avant d'accepter ; enfin il consentit, et fut sacré évêque de Drusipare à Oulgaret, le 8 novembre 1833. Il commença par visiter à peu près toute la mission et se rendit compte de ses besoins.
A la mort de Mgr Hébert, le 3 octobre 1836, il prit le gouvernement de la mission qui, depuis le 8 juillet précédent, était devenue le vicariat apostolique de la Côte de Coromandel. Cette même année, il eut à traiter, contre le Préfet apostolique, Calmels, la question de la juridiction des vicaires apostoliques sur les Indiens habitant le territoire de la colonie française. Après avoir exposé à Rome les motifs qui l'obligeaient à réclamer cette juridiction, il déclara nettement que, si on ne la lui conservait pas, lui et ses missionnaires quitteraient le territoire français. Il obtint gain de cause par un décret de la Propagande du 28 février 1841.
Le 2 mai 1837, il reçut juridiction sur les Maldives qu'il ne conserva pas longtemps. En 1837 également, il aida les Jésuites à s'établir dans leur ancienne mission du Maduré, qui leur avait été rendue en 1836 ; il alla lui-même les conduire et leur donna des prêtres pour guider leurs débuts.
C'était l'époque des grandes difficultés des missionnaires avec les Portugais et les Goanais. Ces difficultés provenaient du patronage portugais, c'est-à-dire de l'ensemble des privilèges concédés au Portugal par les Souverains Pontifes. Rome avait peu à peu essayé de diminuer ces privilèges qui ne répondaient plus aux nécessités, et dont le Portugal ne pouvait remplir les conditions. Mais la cour de Lisbonne prétendait toujours que ses droits anciens conservaient leur valeur.
Tant que les missionnaires furent peu nombreux, il n'y eut que des escarmouches légères ; mais lorsque, par suite de leur augmentation, Rome eut créé des vicariats apostoliques, dont les limites englobèrent une partie des anciens diocèses portugais délaissés par leurs titulaires, les tenants du Portugal ou, comme on les appelait, les Goanais, s'insurgèrent. Ils refusèrent de reconnaître les délimitations nouvelles et les droits accordés aux vicaires apostoliques, et excitèrent les chrétiens contre les missionnaires que, par dérision, ils appelèrent \ Propagandistes \".
En 1838, le 24 avril, parut le célèbre bref de Grégoire XVI Multa præclarè (Jus Pont. de Prop. Fid., v, p. 195), qui prescrivit aux Goanais d'obéir aux vicaires apostoliques. Bonnand prit à tâche d'en assurer l'exécution. Le 24 septembre 1838, il publia une longue et importante pastorale à ce sujet, donna des ordres en conséquence à ses missionnaires, et partit en 1839 pour le Marava et le Maduré où la lutte était vive. A la fin de 1841, il visita une partie du Maïssour et, en 1842, tout le Coïmbatour. Les agissements de Mgr Silva y Torrès, archevêque de Goa, compliquèrent bientôt la situation qui ne devait s'éclaircir que beaucoup plus tard (Voir LAOUËNAN.)
A cette même époque, la délimitation du vicariat de la Côte de Coromandel appela toute l'attention de l'évêque. Elle fut difficile et longue à fixer, par suite des réclamations des Jésuites du Maduré, qui voulaient tantôt le Maïssour, tantôt le Coïmbatour, avec un changement de limites du côté du fleuve Vettar. Cette question, que l'on put croire tranchée en 1843, ne fut terminée qu'en 1845 (Lettres de la Propagande du 12 mai et du 2 octobre), dans le sens voulu par l'évêque.
Pendant les travaux exigés par ces graves affaires, Bonnand prépara le synode qui se tint à Pondichéry du 18 janvier au 13 février 1844, et dont l'importance fut considérable par les questions traitées, et par son influence sur les missions de l'Inde. A la clôture de ce synode, un missionnaire, J. Luquet, fut envoyé à Rome pour obtenir la création de la hiérarchie catholique dans l'Inde. La question n'était pas mûre, mais elle fut mise à l'étude ; en attendant qu'elle aboutît en 1886, plusieurs vicariats apostoliques furent créés, et le 16 mars 1845 le vicariat apostolique de la Côte de Coromandel fut divisé en trois missions : Pondichéry, Maïssour et Coïmbatour. La mission de Pondichéry, dont Bonnand demeura le chef, comprenait 20 missionnaires français, 4 prêtres indigènes, 102 catéchistes, 82 000 à 83 000 catholiques et environ 8 millions d'infidèles. Annuellement, 350 à 450 païens adultes étaient baptisés, et on comptait à peu près 30 000 communions pascales.
Le développement de cette mission fut relativement rapide, grâce à l'exécution des mesures décrétées par le synode : construction d'un nouveau séminaire ; progrès dans le recrutement du clergé indigène et dans son éducation ; fondation de Congrégations de Religieuses enseignantes ; multiplication des écoles ; établissement d'un séminaire-collège à Karikal. Une imprimerie avait été installée à Pondichéry en 1841 ; elle répandit les livres de prières et de doctrine parmi les chrétiens. Enfin, quand le collège royal fut proposé par le gouvernement français à la mission, l'évêque l'accepta (1845-1846), et, pour supprimer toute cause de conflit avec le Préfet apostolique, de qui dépendait la ville blanche où était situé le collège, il demanda et obtint, par un décret de Rome du 2 mai 1847, la juridiction directe et exclusive sur cet établissement.
En janvier 1849, il tint un second synode qui compléta l'uvre de celui de 1844. Il élabora ensuite un plan général d'administration que recommandent des vues nouvelles et de sages dispositions, mais qui ne fut qu'incomplètement appliqué. Le 3 avril 1850, il obtint par le bref Pastorale ministerium (Jus Pont. de Prop. Fid., vi, 1re part., p. 89), l'érection en vicariats apostoliques des trois missions de Pondichéry, Maïssour et Coïmbatour ; il eut alors le titre de vicaire apostolique de Pondichéry. Il procéda à une nouvelle division des districts, donna à ses missionnaires des ordres très nets au sujet des rites indiens dont Mgr de Marion-Brésillac attaquait la licité, et renseigna la Propagande par un mémoire sur cette question, ce qui termina des discussions troublantes. Toutes ces uvres ne s'accomplissaient pas sans beaucoup de travail ; mais Bonnand était un grand travailleur, et il avait autour de lui quelques missionnaires d'élite, dont l'initiative et la persévérance l'aidèrent beaucoup.
En 1854, il se rendit à Ceylan, afin d'y terminer les différends survenus entre les deux vicaires apostoliques, Bravi et Bettachini ; la Propagande, qui l'avait chargé de ce soin, adopta la solution proposée par lui. En 1855, il fit établir un catéchisat à Ariancoupam, un orphelinat à Karikal, un autre à Vellore, et, en 1858, un hôpital à Pondichéry. Du 10 juillet 1855 au 3 avril 1857, il remplit les fonctions d'administrateur du Coïmbatour.
Cependant la lutte entre les missionnaires et les Goanais s'était perpétuée ; les ordres envoyés de Rome, et dont les plus importants firent l'objet du bref Probè nostis (Jus Pont. de Prop. Fid., vi, 1re part., p. 167), du 9 mai 1853, étaient entièrement méconnus par les tenants du patronage ; le concordat du 21 février 1857 ne termina aucune difficulté. Ces troubles, la diversité des prescriptions sur le jeûne et l'abstinence, le besoin d'étendre les dispenses de mariage, la rareté des conversions dans plusieurs vicariats apostoliques, déterminèrent Pie IX à prescrire une visite apostolique qu'il voulut confier à Mgr Bonnand. Par le bref Apostolicæ servitutis (Jus Pont. de Prop. Fid., vi, 1re part., p. 292), du 13 août 1858, il le nomma visiteur apostolique de toutes les missions de l'Inde. L'évêque quitta Pondichéry le 29 novembre de l'année suivante, visita le Coïmbatour, le Maduré, Ceylan, Quilon, Verapoly, Mangalore, le Maïssour, etc., etc. Il tomba malade à Bénarès ; comme on lui demandait, le jour de la fête de saint Joseph, quelle grâce spéciale il fallait solliciter pour lui, par l'intercession du saint, il répondit : \" Une complète résignation à la volonté de Dieu. \" Il mourut deux jours plus tard, le 21 mars 1861. Ses restes, inhumés dans l'église de Bénarès, ont été en 1896 rapportés à Pondichéry et déposés dans le cimetière des missionnaires.
Doué d'un bon sens supérieur, riche de solides vertus, très judicieux, très pénétré de ses devoirs, toujours calme et digne, il fut un grand évêque. Il avait beaucoup de bonté, mais savait être ferme. Il ne négligea rien pour maintenir la discipline parmi ses missionnaires, et il inspira le respect à ses chrétiens, tout en les traitant paternellement. Dans ses rapports avec les autorités, il sut maintenir ses droits, sans jamais se départir d'une parfaite urbanité. C'est grâce à ses réclamations, que les cipayes chrétiens ne furent plus forcés d'assister aux fêtes païennes, et que l'administration cessa d'employer les soldats du génie à la construction et à la réparation des pagodes. Par son uvre administrative, par ses travaux de tout ordre, par son action contre les Goanais, par son influence, il rendit à l'Eglise des Indes d'insignes services, et l'un de ses successeurs, Mgr Laouënan, a pu écrire avec vérité : \" C'est lui qui a jeté l'Inde dans le mouvement catholique. \"
Armes. - Après 1836 : D'azur au monogramme des M.-E. d'argent.
Bibliographie. - Quoique les opuscules, dont l'indication suit, ne soient pas, excepté l'Allocution, l'uvre particulière de Mgr Bonnand, nous les insérons ici, parce que l'évêque y eut une part importante et qu'ils furent publiés sous son administration.
Synode de Pondichéry (1844) et Instruction de la S. C. de la Propagande sur la formation du clergé indigène. Acta synodi Pudicherianæ. [Traduction latine faite par M. Voisin, directeur du Séminaire des M.-E.] - Imprimé par les soins du Séminaire des M.-E., in-8, pp. 32.
Règlement particulier des missionnaires. Coutumier du vicariat apostolique de Pondichéry, et renseignements à l'usage des missionnaires et des prêtres indigènes qui y sont employés, principalement de ceux qui sont dans l'intérieur du pays. - Imprimerie de la mission, Pondichéry, 1852, in-8, pp. 40.
Allocution de Mgr Bonnand à son clergé, après la retraite qui fut donnée à Pondichéry, par Mgr Godelle, en août 1859. - In-8, pp. 40. [Autographié].
Examen de quelques difficultés théologiques que rencontrent assez souvent les ouvriers évangéliques dans le vicariat de Pondichéry. - Imprimerie des missionnaires apostoliques de la Congrégation des M.-E., Pondichéry, 1859, in-8, pp. 85.
Notes bio-bibliographiques. - C.-R., 1896, p. 305. - A. P. F., iii, 1828-29, pp. 71, 74, 80, 85, 87 ; iv, 1830-31, pp. 147, 149, 156 ; v, 1831-32, pp. 10, 18, 26, 725, 726 ; vii, 1834-35, p. 49 ; Ib., Célébration des fêtes par les Indiens, p. 52 ; Ib., p. 58 ; xii, 1840, p. 460 ; xiv, 1842, pp. 478, 479 ; xvi, 1844, p. 261 ; Ib., Admiration pour Mgr Imbert et ses compagnons martyrs, p. 283 ; xviii, 1846, p. 328 ; xxviii, 1856, pp. 259, 263 et suiv. ; xxxiii, 1861, pp. 395 et suiv. - A.S.-E., i, 1843, p. 110. - M. C., xi, 1879, Sa mort à Bénarès en 1861, p. 147. - B. O. P., 1897, p. 670. - Am. de la Rel., nouv. sér., ix, 1861, p. 197.
Hist. miss. Inde, Tab. alph. - Hist. gén. Soc. M.-E., Tab. alph. - Vie de la R. M. Javouhey, ii, p. 402. - Vie de Mgr de Marion-Brésillac, pp. 82 à 470 passim ; Ib., Des extraits de ses Lettres, pp. 379, 409, 414, 427, 450, 458. - Lett. à l'év. de Langres, pp. 456 et suiv. - Les miss. cath. dans l'Inde, Tab. alph. - La Franc. pont., ii, p. 718. - Arm. des Prél. franç., p. 245.
Eloge historique de Mgr Clément Bonnand, vicaire apostolique de Pondichéry, prononcé le 30 juillet 1861 à la distribution solennelle des prix du petit séminaire, par M. A. Maury, m. a., supérieur de cet établissement. - P. E. M. Saligny, imprimeur, Pondichéry, 1861, in-8, pp. 16.
Collect., 9 avril 1837 : n° 1189 ; 18 mars 1838 : nos 1359, 1875 ; 3 avril 1838 : n° 1317 ; 13 mai 1838 : n° 635 ; 17 avril 1839 : nos 316, 1516 ; 9 mars 1841 : n° 1865 ; 20 nov. 1841 : n° 1866 ; 28 mai 1843 ; n° 2032 ; 3 juill. 1844 : n° 1808 ; 22 juill. 1845 : n° 128 ; 26 juill. 1845 : nos 106, 418, 597, 1809, 1877 ; 26 juill. 1846 : n° 478 ; 22 avril 1847 : n° 1810 ; 7 juin 1853 : nos 81, 1172, 1296, 1658 ; 17 juin 1853 : n° 286 ; 14 déc. 1853 : n° 1542 ; 1er avril 1854 : n° 2129 ; 22 nov. 1854 : n° 2101 ; 12 sept. 1855 : n° 1543 ; 9 déc. 1855 : n° 917 ; 28 avril 1857 : n° 1095 ; 12 juin 1858 : n° 287 ; 20 juin 1858 : n° 1412 ; 5 juill. 1860 : n° 2111.
Portrait. - Au Séminaire des M.-E. : peint à l'huile, en 1872-73, par un aspirant du Séminaire, M. Suchet, né à Saint-Germain-au-Mont-d'Or (Rhône) le 11 mars 1843, et qui, en sortant du Séminaire des M.-E., entra au séminaire d'Orléans. - Hist. miss. Inde, v, p. vii.


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