Mission Etrangère de Paris - Archives

lettre n°

Lettre commune

Paris le 22 Avril 1847.

Nos Seigneurs & Messieurs,

Le retard quont éprouvé nos lettres communes de cette année na eu dautre cause que la maladie grave et la longue convalescence de Mr. Legrégeois qui, en sa qualité de secrétaire, est chargé se leur rédaction. Comme il nest pas encore dans un état de parfaite santé, il éprouve, en mettant la main à luvre, le besoin de réclamer votre indulgence.
Il est dusage de commencer cette lettre par le précis des nouvelles reçues des missions ; nous le ferons avec toute la brièveté possible.
Mgr de la Brésillac a été sacré le 4 8bre dernier sous le titre dÉvêque de Pruse. Il soccupe avec beaucoup de zèle à organiser sa mission du Coimbatour. Mgr Charbonneaux travaille dans le Maysour pour le même but et avec non moins dardeur. Mgr de Drusipare nous dit dans une lettre du 11 mars que nous venons de recevoir : « Jusquici nos MM. Du collège ont un succès qui a dépassé leurs espérances. Ils ont 32 pensionnaires, une douzaine de demi-pensionnaires et quelques externes. On leur promet encore quelques pensionnaires du dehors Précédemment il ny avait pas un seul pensionnaire. Vous voyez par là un effet de la confiance que nos Missres inspirent au public. » Lexigence de cette nouvelle charge, qui déjà demande la présence de 3 confrères, na fait quaugmenter le vide que la mort de deux excellents Missres, MM. Virot et Garnier, avait laissé dans la mission de lInde. Nous ajouterons pour ceux dentre vous qui pourraient trouver étranges nos fréquents et nombreux envois dans cette mission, que lintention de nos confrères est de semparer de tous les postes non-occupés par les Schismatiques Goanais, et de leur faire perdre, par une sainte concurrence, le crédit dont ils jouissent encore auprès de certains chrétiens dans les lieux de leur résidence.
Létat de demi-paix dont jouit le Tonquin est très favorable à la religion. Jamais peut-être nos chers confrères ny avaient été aussi occupés quaujourdhui, ni avec autant de consolation. Leur dernier tableau dadministration portait 5,526 baptêmes denfants de payens in art. mortes, 1,328 dadultes et 226,413 confessions dans le courant de lannée.
La Cochinchine est encore en pleine persécution. Mgr LeFebvre et Mr. Duclos sont tombés de nouveau entre les mains des mandarins. Ce dernier a eu le bonheur de terminer en prison, chargé de précieuses chaînes, une vie déjà glorieuse. Il est mort de l manière la plus édifiante, dune fièvre cérébrale, peu de jours après son arrestation. Quant à Mgr le Febvre, il a été conduit à la capitale et condamné à mort par le tribunal chargé dinstruire son procès, avec tous les hommes de la barque, y compris 3 élèves ; mais le roi na confirmé lexécution de cette sentence que pour le pilote seul, sans toutefois la révoquer pour les autres. Nous extrayons ces détails dune relation de ce Prélat que nous avons reçu aujourdhui. Il lavait accompagnée dune lettre adressée à Mr. Langlois, portant la date du 1er mars et écrite de Singapore. Voici en quels termes il parle de sa délivrance : « Thieu-Tri a craint quun ou plusieurs navires de guerre venant me réclamer ne lui suscitassent quelques querelle ; cest pourquoi par précaution il ma renvoyé à Singapore par un de ses navires. » Sa Majesté Annamite ne sétait point trompée dans ses prévisions. Mr. Libois nous écrit à ce sujet en date du 25 février : « Des ordres du Ministre lobligent (Mr. Cécile) de se rendre de suite à Bourbon. Il ne peut, à son grand regret, aller lui-même en Cochinchine ; mais Mr. La Pierre (son successeur) va y aller et il est disposé à traiter cette affaire de son mieux. La prise de Mgr Le Febvre, loin de nuire, comme nous le craignions, à cette expédition, est, disent ces MM., une excellente occasion pour entrer en matière. »
Quoique nous ne connaissions pas les intentions de Mr . La Pierre, nous espérons quil ne se tiendra pas pour satisfait de la grande générosité du roi de Cochinchine à légard de Mgr Le Febvre ; quil demandera que sa Gr. Puisse rentrer dans sa mission, ou tout au moins la tolérance de lexercice de notre Ste religion dans lEmpire annamite. Les conseils de Mgr Forcade, qui accompagne Mr. La Pierre dans cette expédition, pourront être dune grande utilité. Quel quen soit le résultat, Mgr Le Febvre est déterminé à profiter de la 1re occasion favorable pour rentrer dans sa mission, et sans doute quil ne négligera aucune des précautions que réclame la prudence pour ne pas se trouver de nouveau en face de ces mêmes juges qui lont déjà condamné 2 fois à mort. Sa Gr. a nommé Mr. Miche pour son Coadjuteur et doit, à son retour, lui donner la consécration épiscopale.
Les lettres que nous avons reçues de haute Cochinchine sont de vieille date. Mgr Cuenot nous y faisait part dun projet dexpédition au Laos et chez les sauvages ; nous ignorons sil a pu le mettre à exécution. Nos confrères étaient extrêmement gênés dans leur administration, et cinquante-cinq chrétiens exilés ou prisonniers pour la foi étaient à la charge de la mission.
Le Sut-chuen nous fournit chaque année un nouveau motif de consolation dans le nombre si extraordinaire du baptême des enfant dinfidèles en danger de mort. Le dernier tableau dadministration porte ce nombre à 57,447 ; et Mgr de Mascula fait remarquer que 38,633 sont déjà en possession de la gloire des bienheureux. Il y a eu dans cette mission plus de 1000 conversions de payens. Grand nombre dautres nattendent que la publication de lédit impérial concernant le libre exercice de notre sainte religion pour se déterminer à se faire chrétiens. Les mandarins du Sut-chuen lont jusquici tenu secret, et on a même remarqué que les persécutions locales y ont été plus fréquentes lannée dernière que les précédentes.
Mr. Cécile, avant de faire ses adieux à la Chine, a fortement réclamé auprès de Ki-in la publication générale et lexécution de cet édit. On ignorait encore la réponse de ce haut fonctionnaire à la date des dernières lettres de Mr. Libois.
Le Yun-Nan a aussi eu sa bonne part de vexations antipathiques des mandarins. Plusieurs chrétiens y ont été soumis à de cruelles tortures, et le catéchiste le plus marquant de la mission a subi la peine de lexil, néanmoins il y a eu augmentation dans les chiffres du tableau de son administration, et notamment dans celui des baptêmes tant dadultes que denfants dinfidèles en danger de mort.
Mgr Verrolles va partir dans quelques jours pour Rome. Il espère être de retour en Mandchourie au mois de 7bre. Sa mission sans doute a dû souffrir de son absence ; mais nous avons tout lieu de croire que cette absence était dans les vues de la Providence. Nous ne répéterons pas ici ce que nous vous disions à ce sujet lannée dernière. Quant aux nouvelles de la mission, voici ce que nous en dit Mr. Berneux en date du 22 janvier 1846 : « Notre Leao-tong sort un peu du cahos : grâce à Dieu, les mauvais chrétiens reviennent à résipiscence, quelques payens se convertissent. Nous aurons, jespère, cette année un millier denfants dinfidèles baptisés à larticle de la mort. »
Après avoir échappé comme par miracle à plusieurs naufrages, la barque qui portait Mgr Ferréol est ses compagnons de voyage devait être capturée au port doù elle était partie, si la Providence qui veillait sur elle ne leût fait aborder sur une côte éloignée et à labri de tout danger. Sa Gr. nous écrivit peu de temps après son entrée en Corée, et ne nous donna que peu de nouvelles. Mr. Maistre qui avait tenté de pénétrer dans cette mission par la voie de terre fut reconnu pour Européen la veille du jour où son entrée devait avoir lieu conduit au tribunal du mandarin, ce cher confrère ne lui cacha ni sa qualité dEuropéen, ni celle de prédicateur de la religion chrétienne, et, au lieu des tortures quil attendait de la part de ce magistrat, il nen reçut que des égards. Bientôt même il fut rendu à la liberté ; mais alors il était loin de la Corée, car deux soldats lavaient ramené vers la Chine. Depuis lors Mr. Maistre sest occupé à réaliser le projet de Mgr Imbert qui est aussi celui de Mgr Ferréol, davoir au Leao-tong un séminaire pour les jeunes Coréens qui auraient de la vocation pour létat ecclésiastique.
Mgr Forcade, Évêque de Samos, a été sacré à Hong-Kong le 1er dimanche de carême par Mgr Rizzo-latté, Vre Apostolique du hou-Kouang. « Voilà Mgr Forcade sacré, nous dit Mr. Libois, mais que dobstacles lui restent à vaincre pour quils puisse travailler au salut de son troupeau ! Le roi de Lou-tchou vient de faire de nouvelles réclamations auprès du gouvernement chinois qui prétend toujours que Lou-tchou lui appartient, et le roi de Lou-tchou se reconnaît officiellement sujet de la Chine. Ki-in pressa Mr. Cécile daccomplir la promesse quil lui a fait de retirer les français quil y a fait déposer. Mr. Cécile craint, sil le refuse, dautoriser le gouvernement à manquer aux promesses quil a faites en faveur de la religion en Chine et de perdre ainsi un bien certain pour un bien minime en comparaison et très incertains. Puis, si le roi de Lou-tchou sobstine à refuser les Missres, on ne peut les lui imposer de force, et quand on le ferait, quy gagnerait-on ? Tout cela est fort embarrassant. Mgr espère que le temps fournira quelquexpédient ; plus tard il vous écrira à ce sujet. » Les deux Missres actuellement à Lou-tchou sont MM. Adnet et Le Turdu. Il était convenu avec le roi que ces chers confrères y demeureraient en paix et que même on leur fournirait des maîtres de langues. Cet engagement avait été pris en face du pavillon français, ce qui pouvait faire craindre quil ne fût pas de longue durée.
« La Propagation de la Foi, nous dit Mgr Pallegoix, fait ici beaucoup de progrès parmi les Chinois ; nous commençons à avoir quelques succès parmi les Siamois. Le roi, les princes et les mandarins estiment les chrétiens et leur laissent très libre exercice de leur religion. Nous avons tout lieu despérer que les progrès iront en croissant.
Les conversions des Chinois ont aussi été nombreuses dans la Malaisie, surtout à Singapore et à Batoucassan ; Ce quil y a de bon parmi les chrétiens de Malacca est à nous ; mais pour les conserver et en arracher dautres au Schisme une église est nécessaire. Le peu de ressources de la Mission na pas encore permis de mettre la main à luvre. La dépense sera considérable. MM. La Crampe et Plaisant travaillent avec ardeur à la conversion des Cariants. Nous venons dapprendre que MM. Ducotey et Borie qui étaient allés à Juncelan, dans lespoir de sy établir ont été forcés par le gouvernement Siamois den sortir et quils sont attendus prochainement à Pinang.
Mr. Libois nous annonce quil vient de faire lacquisition dun terrain à Hong-Kong dans lintention dy bâtir une maison et dy transporter son domicile. Il a reconnu de graves inconvénients à rester à Macao qui est dans une complète décadence et noffre plus même assez de sécurité. Dailleurs il était obligé de faire de fréquents voyages à Hong-Kong pour ses affaires ou de les confier à des étrangers. Ce cher confrère évalue à 50,000 fr. la dépense quil lui faudra faire à cette occasion. Nous en avons prévenu les Conseils de la Propagation de la Foi, mais il ny a aucun lieu despérer quils viennent à notre secours. Cest donc sur les fonds communs des missions que cette somme devra être prise.
Nous avons eu enfin la satisfaction de pouvoir livrer à limpression le règlement de notre société. Cest une uvre incomplète, comme vous le verrez par les lacunes qui restent encore à remplir ; mais nous navons pas cru devoir nous arrêter devant cette pensée qui nous avait dabord préoccupés, en présence des désirs empressés et souvent réitérés de plusieurs de nous Vres Apost. Dailleurs les points sur lesquels il reste encore à statuer pourront former un supplément à part, sans quil soit nécessaire de rien modifier ou changer dans les autres. Ces points encore indécis se rapportent, comme vous savez déjà, à 3 chefs, le collège de Pinang, lexercice du droit qua chaque mission denvoyer à Paris un député pour y exercer les fonctions de Directeur du Séminaire, et le choix et lenvoi dun procureur à Rome. Quant à ce dernier nous nous en référons à la lettre spéciale promise antérieurement et qui doit accompagner celle-ci.
Tout nest pas à faire pour ce qui concerne le collège de Pinang. Ses 7 missions (nous nen avions pas alors un plus grand nombre) auxquelles le projet de règlement fut soumis décidèrent que la haute direction de cet établissement continuerait dappartenir au séminaire de Paris. Son titre de collège général lui fut disputé par quatre de nos missions ; les trois autres le maintinrent, et le Séminaire de Paris prit parti pour ces dernières. Cette égalité des suffrages pour et contre na pu, à notre avis, dépouiller le collège de Pinang dun titre quil porte depuis son origine et quil est à propos aujourdhui plus que jamais de ne pas lui contester. Notre société, tant par le but de son institution que par ses constants efforts, et ses succès bien connus dans léducation dun clergé indigène sest toujours maintenue à la tête des autres congrégations. Nous avons comme elles des collèges particuliers dans nos missions, et de plus quelles un collège général en toute évidence. Abdiquer cet avantage, porter à ce collège un coup mortel au moment où il donne les plus belles espérances ; quand nos missions acquièrent presque chaque année de limportance par leur nombre et leur étendue ; lorsque la S. Congrégation renouvelle ses instances les plus vives auprès des Vicaires Apostoliques pour la formation dun clergé indigène, serait, selon nous, plus que de la mauvaise administration, ce serait une faute. Il est vrai cependant, comme nous vous le disions dans notre circulaire de lannée dernière, que le collège de Pinang na pas mérité son titre de collège général ; mais ce nest pas une raison pour quil en soit privé dès lors que ce titre est reconnu comme la condition essentielle de son existence. La preuve en est évidente. Faites-en un collège particulier et obligez en conséquence les Vres Apostoliques qui y ont des élèves à lui fournir les maîtres et les dépenses nécessaires, et vous le verrez mourir de sa belle mort le jour où la persécution cessera en Cochinchine. Les autres missions nauront pas attendu si long-temps à rappeler leurs élèves. Que le collège de Pinang continue dêtre collège général, puisque sa vie est dans son titre ; quil le soit de droit et quil puisse le devenir de fait, sans que dans lun et lautre cas il tourne au profit de certaines missions et au détriment des autres. Cest le but que nous nous sommes proposé dans les articles que nous soumettons à votre approbation. En attendant nous espérons que Mgr Cuénot donnant son adhésion aux mesures provisions que nous lui avons proposées, prendra sur lui une partie des dépenses occasionnées par ses nombreux élèves. Sur les 149 qui composent le collège de Pinang 117 appartiennent à la Cochinchine et en grande majorité au vicariat apostque de Mgr Cuenot. Les autres sont du Sutchuen, du Yun-nan et de la Malaisie. Mgr Pallegoix se propose aussi dy envoyer une dizaine de Sino-Siamois. Voilà donc six missions qui profiteront du collège de Pïnang. Si quelques autres imitent leur exemple, nous nous en réjouirons, et il ne dépendra pas de nous quil ne mérite la confiance générale par sa bonne tenue et ses fortes études. Nous vous devons compte, Nos Seigneurs et Messieurs, de ce que nous avons déjà fait dans ce but. Mr. Duclos étant allé chercher une mort glorieuse dans les prisons de Cochinchine, nous nous sommes empressés de le remplacer par Mr. Jourdain qui professait la théologie au grand Séminaire de Dijon avant de venir chez nous. Le choix ne pouvait être meilleur, vu les excellentes qualités de ce cher Confrère. Mais, quoiquà notre recommandation les classes les plus élémentaires eussent été confiées à quelques-unes des élèves les plus avancés, il restait encore trop de besogne pour nos trois Confrères. Mr. Borelle destiné primitivement à la Cochinchine, et obligé de faire un long séjour au collège de Pinang, dabord faute doccasion pour entrer dans sa mission, puis ensuite à cause de la persécution, avait rempli dans cet établissement les fonctions de professeur avec goût et aptitude. Ca été pour nous une raison suffisante de ly attacher comme Directeur avec le consentement présumé de Mgr le Febvre.
Nous ne vous dissimulâmes point dans notre circulaire de lannée dernière combien nous étions effrayés des dépenses du collège de Pinang ; il est juste que nous nous empressions de vous rassurer, comme nous lavons été nous-mêmes par une lettre de Mr. Tisserand. Ce cher confrère nous fait espérer que dans cinq ans dici les propriétés de ce collège qui consistent principalement en plantation lui fourniront un revenu annuel de cinq mille piastres. Cette somme serait presque suffisante pour faire face aux dépenses de 1846 qui ne se sont élevées quà 5,282 piastres.
Nous ne terminerons point cet article sur le collège de Pinang sans vous faire part de toutes nos espérances, dautant plus quelles ne peuvent se réaliser sans le bienveillant concours de nos Vicaires Apostoliques. Nous voudrions donc que chacun deux pût y envoyer quelques-uns de ses meilleurs sujets. Il est dexpérience, et nous en avons pour garant Mgr de Mascula, que ces jeunes gens façonnés et disciplinés par des Européens, loin de leur pays natal, perdent peu à peu la rouille des préjugés nationaux, que la sphère de leurs idées sélargit, et quils adoptent facilement nos pensées et nos vues. Rendus à leur patrie après de fortes études, ils pourraient au bout de quelques années dexpérience remplir un poste important soit dans lexercice du ministère, soit dans la direction des séminaires locaux. Ainsi se préparaient de loin dans chacune de nos missions cette hiérarchie du clergé indigène que nous ne devons pas perdre de vue. Nous citerons ici les paroles de Mgr de Mascula qui sont vraiment remarquables. « Tant que le collège de Pinang sera bien gouverné et les élèves bien soignés, nous dit ce Prélat dans une lettre du 8 7bre 1846, le Sut-chuen continuera probablement à y envoyer, même dans le cas dune entière liberté de religion en Chine, non pas alors par nécessité, ni par motif de se décharger de linstruction des écoles envoyés ; mais pour avoir des prêtres mieux élevés, plus graves, plus modestes, plus vides des préjugés nationaux, plus Européens, moins chinois. Il existe une différence notable entre nos écoliers et prêtres qui ont été à Pinang ; toutes choses égales, dailleurs ils jouissent dune plus grande estime parmi les chrétiens, et même leurs confrères qui ont étudié ici seulement. On les appelle quelquefois demi-européens. Depuis que Mgr Imbert a commencé le collège de Mo-pin, les études ont toujours été bien soignées ; les prêtres qui y ont été formés parlent et écrivent le latin, savent la théologie comme ceux qui ont été formés à Pinang à peu près, selon les talents de chacun, il ny a pas ou guère de différence sous le rapport de la science. Mais les écoliers de Mopin sont restés entièrement chinois. La différence a si fort frappé plusieurs de nos confrères quils mont mainte fois pressé denvoyer à Pinang le plus grand nombre possible décoliers. » Cette différence serait encore beaucoup plus sensible si tous les écoliers du Sut-chuen qui ont étudié à Pinang étaient des sujets délite. Il nous semble que si nos vux se réalisent il en résulterait un grand bien pour nos missions, le collège de Pinang brillerait dun nouveau lustre qui rejaillirait sur notre Société. Déjà, nous pouvons le dire, il a été lobjet dun vif intérêt pour certains de nos compatriotes qui lont visité, et entre autres pour Mr. de la Grenée qui nous en a parlé avec enthousiasme.
Addition au chap. IX du Règlement général des Missions-Etrangères.
4°. Le collège de Pulo-Pinang continuera dêtre un collège général pour toutes les missions du corps dAssociation des Missions-Étrangères.
5°. Le Séminaire de Paris sera chargé de lAdministration Supérieure de cet établissement.
6°. Chacun des Vicaires Apostoliques pourra y envoyer 12 élèves qui seront à la charge de la messe commune des Vicaires Apques qui y enverront un plus grand nombre de sujets supporteront les frais de voyage, nourriture et entretien de ceux qui seront envoyés en sus du nombre 12. En temps de persécution générale ce nombre pourra être doublé pour les missions persécutées.
LArticle 4 des Lettres patentes donne à chacune de nos missions le droit denvoyer au Séminaire de Paris un Missre chargé de sa procuration, lequel, à ce seul titre, devra être reçu au nombre des Directeurs. À lépoque où ces lettres nous furent octroyées nos missions nétaient quau nombre de quatre. Aujourdhui, en y comprenant le Thibet, nous avons 16 vicariats apostoliques. Si chacun deux usait de son droit, le tiers de notre Séminaire qui est déjà beaucoup trop petit serait à peine suffisant pour loger toute cette troupe de Directeurs dont plus de la moitié resteraient sans emploi. Les missions y perdraient doublement, puisquelles se priveraient douvriers fort utiles et augmenteraient de beaucoup les dépenses du Séminaire qui déjà ne se soutient quen prélevant sur elles des sommes considérables. Nous ne parlons pas du mauvais effet que cela produirait au dedans et au dehors. Chaque mission, il est vrai, aurait quelquun pour soigner ses affaires et plaider ses intérêts ; mais ne serait-il point à craindre que lesprit de coterie dominant le conseil ne réglât tout au profit des uns et au préjudices des autres ? Comment accorder tant dintérêts divers ? Seraient-ils dailleurs plus compromis entre les mains de 8 Directeurs quentre celles de 16 ; et les affaires se feraient-elles mieux par des Directeurs novices que par ceux qui en ont une longue habitude ? Nous nous arrêtons à ces raisons qui sont déjà sans doute plus que suffisantes pour vous convaincre que notre Séminaire ne doit point être une sinécure pour 7 à 8 Directeurs. Quils soient en nombre suffisant pour en remplir les charges, cest tout ce quil faut. Donc il est nécessaire de modifier larticle en question des Lettres-patentes, tout en conservant à chacune de nos missions le droit davoir son représentant ou député au Séminaire de Paris.
Voilà donc les articles que nous proposons. 4°. Daprès le nombre actuel de nos missions, il y aura au Séminaire de Paris 6 Directeurs députés, savoir, 1 pour les 3 vicariats apostoliques de lInde, 1 pour Siam et la Malaisie, 1 pour les 2 vicariats apostoliques du Tonquin, 1 pour les 2 de Cochinchine, 1 pour les 3 de Chine, y compris celui de Lassa, si nous en sommes définitivement chargés et 1 pour la Mandchourie, la Corée et le Japon.
5°. Le choix du député se fera à la majorité des suffrages des missions intéressées, soit collectivement, soit successivement. Dans le 1er cas chaque mission présentera un candidat ; dans le 2e il sera choisi dans la mission qui aura droit délection.
6°. Le député élu de lune ou de lautre de ces deux manières représentera au Séminaire de Paris les missions de sa juridiction, à moins toutefois que quelquune dentre elles ne préfère confier ses intérêts à un des Directeurs du dit Séminaire ; mais dans aucun cas une mission quelconque ne pourra jamais envoyer un député particulier autre que celui qui a été régulièrement élu.
La priorité délection appartiendra à celle des Missions dont les autres sont des démembrements ou auxquelles dautres missions auront été adjointes subséquemment.
MM. les Membres des conseils centraux de la Propagation de la Foi ont réalisé les promesses quils nous avaient faites précédemment. À peine la dernière allocation fut-elle arrêté quils sempressèrent de nous annoncer de la manière la plus bienveillante quune somme de 400,000 fr. avait été allouée à notre Société. Nous devrions toucher intégralement cette somme, si la dernière recette eût été aussi forte que la précédente ; mais malheureusement elle sest trouvée moindre de 136,000 fr ; On nous a en conséquence fait subir une retenue de 3,200 fr. Cette diminution dans les recettes nest pas due à la France, au contraire luvre y est en progrès malgré les incendies, les inondations et la famine ; elle provient des pays étrangers visités comme nous, et quelques-uns beaucoup plus sévèrement que nous, par le dernier de ces fléaux. On a des craintes très sérieuses pour la recette de lan prochain. Elles sont fondées sur le pressentiment presque général dune grande disette. Quoique la 1re fleuraison des arbres fruitiers ait été en grande partie compromise par des gelées intempestives, on ne peut encore rien présumer de la prochaine récolte qui sannonce presque partout sous de belles apparences. Ce nest donc pas de là que viennent les craintes ; elles viennent, chez une grand nombre, de lapparition de la Ste Vierge à deux enfants du diocèse de Grenoble, apparition annoncée par les journaux et confirmés par des hommes graves qui ont été sur les lieux. Cette charitable avocate des pécheurs a annoncée à ces deux enfants que le bras de son fils sétait tellement appesanti sur la France quelle ne pouvait plus le supporter ; que la cause de son courroux venait principalement de la violation du dimanche, des jurements et des blasphèmes où son nom se trouvait si souvent mêlé, et quen conséquence une grande famine allait désoler la France, si les hommes ne se convertissaient pas. Les personnes qui ne croient pas à cette apparition, ou qui ne la jugent pas assez confirmée nen sont pas pour cela à labri de tout fâcheux pressentiment. Vous nous saurez gré, nos Seigneurs & Messieurs, davoir, dans des circonstances semblables, pris les mesures de précaution quune sage prudence a dû nous suggérer. Nous navons quune crainte à ce sujet, cest que ces mesures ne soient insuffisantes. Vous pourrez juger si elles sont fondées par ce que nous allons vous dire. Nous avons retenu 96,800 fr. pour lenvoi des Missres et les besoins du Séminaire, somme beaucoup plus forte, il est vrai, que celles que nous nous sommes réservées jusquici pour le même objet ; mais si nous calculons nos dépenses de lannée courante daprès celles des 13 derniers mois, en tenant compte dun surcroît très probable, vous verrez que loin de pouvoir compter sur un excédent nous sommes exposés à nous trouver en déficit. Pendant cet espace de temps nous avons expédié 23 Missres. Pour leur équipment, leur chapelles, voitures, frais de roulage, nous avons dû débourser, daprès notre compte-rendu aux Missions du 1er 9brz 1844, 72,312 fr. Mais est)il probable que dans une année, de Mai à Mai, par exemple, nous ayons à envoyer autant de Missres quil en est parti dans ces 13 derniers mois ? Oui, assurément, et peut-être davantage. Nous avons dans ce moment deux prêtres, dont lun doit accompagner Mgr Verrolles qui est sur le point de partir. 14 Diacres recevront la prêtrise à lordination de la Trinité. Voilà donc déjà 16 nouveaux Missres partis ou prêts à partir dici au mois de juillet. De cette époque au mois de mai 1848 il ne nous sera pas difficile de compléter le nombre de 23. Dans le courant de lannée dernière nous avons reçu 9 prêtres qui tous sont partis. Quil nous en vienne le même nombre cette année, et voilà notre chiffre dépassé. Mais, outre les prêtres, nous recevrons des aspirants dans les ordres sacrés, lesquels seront élevés au sacerdoce avec ceux de la même catégorie que nous avons déjà et seront prêts à partir avant quune année soit révolue. Les 72,312 fr. seront donc bien insuffisants pour faire face aux dépenses que nous occasionnera le départ dun si grand nombre e Missres. Encore navons-nous point parlé des besoins du Séminaire. Demander sils seront aussi grands pendant lannée que nous supposons commencer au mois de Mai prochain quils lont été depuis quelques temps, cest demander si les aspirants continueront dêtre aussi nombreux quils lont été. La réponse à cette question ne peut manquer dêtre affirmative, vu que depuis plusieurs années nous allons toujours en progressant. Depuis les dernières vacances le nombre de nos élèves sest presque toujours maintenu à 44. Cest 10 de plus que lannée précédente et 26 au-dessus du nombre que nos ressources nous permettenr dentretenir. Ces 26 élèves seront donc à pourvoir sur la somme que nous nous sommes réservée. 26,000 fr. ne seront certainement pas suffisants, vu le prix exorbitant des denrées qui est déjà presque le double des années ordinaires ; et cependant si nous les ajoutons aux 72,312 ci-dessus nous avons un total de 98,312 fr., et par conséquent un déficit de 1,512 fr. sur les fonds de réserve, quoique nous ayons calculé tout au plus bas, supposé que nous nenverrions pas plus de 23 Missres et que nous naurions que 44 élèves au Séminaire. Au reste, il nous serait presquimpossible dy en recevoir un pus grand nombre sans nous jeter dans des dépenses bien au-dessus de nos moyens. Nous manquons de chambres, et la chapelle, la salle des exercices et le réfectoire à peine suffisants aujourdhui ne sont pas susceptibles dagrandissement. De ce défaut de local et du manque de ressources pur y pourvoir résulte pour nous un véritable embarras. Car nos missions ne cessent de nous demander du renfort, et la Providence nous adresse un bon nombre de sujets qui semblent offrir toutes les garanties désirables. Plutôt que de les refuser, faute de place, nous sommes obligés de les ajourner, mais cest un moyen terme qui est sujet à bien des inconvénients. Plusieurs de ces postulants peu satisfaits de notre réponse iront frapper à une autre porte ou céderont à des sollicitations étrangères, surtout sils sont de ceux qui ne peuvent payer leur pension dans leur Séminaire diocésain. Déjà nous avons dû, pour nous en assurer quatre ou cinq qui se trouvaient dans ce cas, les prendre à notre charge. Mais outre que nous aurions à cur de former ces jeunes lévites sous nos yeux pendant tout le temps de leur Séminaire, et de leur donner une instruction plus adaptée à leur genre de vie futur, il ne peut quêtre très nuisible à leurs études théologiques (lordre des traités quon suit dans chaque Séminaire nétant jamais le même) de les commencer dans leurs diocèses pour venir les terminer chez nous. Ces inconvénients, quelle que soit leur gravité, il nous faudra bien continuer de les subir jusquà ce que la Providence vienne à notre secours, à moins que vous-mêmes, Nos Seigneurs & Messieurs, ne consentirez à vous imposer les sacrifices compatibles avec votre position, pour éviter les inconvénients que nous venons de vous signaler et mettre ce Séminaire qui ne doit pas vous être moins cher quà nous, dans les conditions requises pour recevoir un grand nombre délèves.
La Ste Enfance est en voir de prospérité ; sa dernière recette sest élevée, dit-on, à 130,000 fr. Elle a fait une nouvelle répartition au mois de mai 1846 et a trouvé le secret, tout en nous en excluant, de nous y faire figurer pour 20,500 fr. Pour cela elle a réuni et amalgamé cette dernière répartition avec la précédente faite au mois dAvril 1845 qui nous avait en effet alloué la Somme sus-mentionnée. Cette exclusion nous a été infligée par la raison que, fidèles à la recommandation de MM. Les Membres du Conseil de la Propagation de la Foi à Lyon, nous nous sommes mis entièrement en dehors de tout ce qui concerne son administration. Mais nous ne pouvons croire que pour des hommes consciencieux, comme le sont ceux qui composent le Conseil de la Ste Enfance, ce soit là un motif suffisant pour nous priver des droits que nous avons à ses aumônes, et nous avons lieu despérer quils répareront cette espèce dinjustice dans leur répartition de cette année. Au reste, nous ne nous repentons nullement de la conduite que nous avons tenue à légard de la Ste Enfance, parce que nous croyons avoir acquis la conviction que cette uvre est moins lauxiliaire de la Propagation de la Foi que sa rivale, et quen mainte occasion elle lui a enlevé bon nombre dabonnés. Nous en avons pour garant Mgr Verrolles qui a parcouru à peu près tous les diocèses de France et a puisé ses renseignements à ce sujet à bonne source.
Selon toute probabilité, MM. Les Lazaristes auront désormais le plus gros lot dans les aumônes de la Ste Enfance et y joueront le principal rôle. Mr. Guillet, procureur de leur société à Macao, et Mr. Gabet, Missre de la Mongolie, revenus en France se sont déclarés les zélés apologistes de cette uvre, et sous peu des surs de la Charité doivent sembarquer pour aller prendre la direction de lécole de Nympo.
Nous sommes heureux de vous annoncer que nous avons complètement réussi dans les demandes de titres et de décorations que nous avions adressées à Rome. Mr. de la Grenée, nommée chevalier de lordre du Christ, a semblé ne pas y attacher beaucoup dimportance ; mais quand il a su quil ny avait point à Rome de distinction au-dessus de celle-là et quil était le seul chevalier du Christ en France, il sen est montré très satisfait et très honoré. Mr. le Contre-Amiral Cécile venait dobtenir le titre de Commandeur de lordre de St. Grégoire-le-Grand, quand, sur une recommandation de Mgr Forcade, appuyée par Mgr Pompalier actuellement à Rome et auquel Mr. Cécile a rendu des services, on a ajouté à ce premier titre celui de Comte romain. MM. Favin Lévêque, Formier-Duplan et deux autres officiers recommandés par Mgr Forcade ont été nommés chevalier de lordre de St. Grégoire-le-Grand. Voilà ce quil nous a été donné de faire pour ces bons compatriotes qui ont si bien suivi la cause de la religion et de lhumanité. Il doit être flatteur pour eux, après que lEurope a applaudi à leur noble conduite, de savoir placer sur la poitrine par la main la plus auguste de lunivers la signé sacré de lhonneur.
La nouveau délégué de la France en Chine a quitté Paris ces jours derniers pour aller sembarquer à Cherbourg. Il sappelle Mr. Forth-Rouen. Il a dîné chez nous avec Mr. de la Grenée la veille de son départ et paraît bien disposé à user de tous les moyens en sa disposition pour étendre et consolider luvre de celui-ci. Dieu veuille quil puisse réussir !
Nous vous annonçâmes lannée dernière la retraite de Mr. Jurines. Nous avons appris avec plaisir que Mr. Chamaison a obtenu les suffrages de ses confrères de Cochinchine pour le remplacer. Nous espérons quil arrivera en France dans quelques mois dici.
Le retour de Mr. Charrier dans la mission du Tonquin avait produit de salutaires impressions sur lesprit des chrétiens, et dabondants bénédictions semblaient réservées à son ministère. Mais malheureusement sa santé déjà si rudement éprouvée précédemment ne tarda pas à donner de nouvelles inquiétudes. Un changement de climat était nécessaire. Mr. Charrier fut en conséquence député par la Mission de Tonquin pour être lauxiliaire de Mr. Langlois, en attendant quil soit son successeur. Ce choix ne pouvait nous être que fort agréable. Mr. Charrier a ici le rang de Directeur ; il est avec nous depuis le mois de janvier. Sa santé nest pas encore entièrement rétablie. Mr. Langlois a éprouvé dans le courant de lété dernier une maladie assez sérieuse. Grâces à Dieu, non seulement il a recouvré son ancienne santé, mais on peut même dire quil est mieux portant quavant sa maladie. Quant à Mr. Dubois, malgré son grand âge et ses nombreuses infirmités, il ne sest pas relâché de son assiduité ordinaire aux exercices de la communauté.
Voici les noms et la destination des Missres dont le départ ne vous a point encore été annoncée. Le 31 juillet se sont embarqués au Havre sur la Cérès faisant voile pour Pondichéry, MM. Louis-Annet-Julien Montandraud du diocèse de Clermnt, François-Jean-Marie Laouënan du diocèse de St Brieux, Diogène Ligeon du diocèse de Moutiers en Tarantaise, Jean-Louis Pajean du diocèse de Chambéry, Jules-François-Henri Goret du diocèse de Séez, Antoine Tiran du diocèse de Digne.
Ces cinq derniers confrères étaient destiné au Vicariat apostolique de Pondichéry, Mr . Montandraud était pr. le Maysour. Tous ces chers Confrères sont arrivés à bon port.
Le 8 9bre sont parties de Nantes sur un navire ayant destination pour Singapore MM. Charles-Émile Collin du diocèse de St Dié, Maurice Pourquié du diocèse de Toulouse, Pierre-Helène Dumont du diocèse de Bayeux, Denis Jourdain du diocèse de Dijon, Marie-François-Adolphe Issaly du diocèse de St Brieux.
Ce dernier confrère doit rester dans la mission de la Malaisie. Mr. Jourdain est destiné au collège de Pinang, et les 3 autres ont dû se rendre à Macao, à la disposition de Mr. Libois.
Se sont embarqués le 15 avril sur un navire du Havre allant à Pondichéry MM. Marie-Joseph-Auguste Martin de Digne, destiné à Pondichéry, Louis-Charles Vanthier de Besançon destiné au Coïmbatour, Jean-Claude Bruyère du Puy destiné au Coïmbatour, Christophe Bonjean de Clermont destiné au Coïmbatour, Pierre-Jean-Baptiste Boyer de Clermont destiné au Maysour.
Avant de mettre sous vos yeux le tableau de la répartition des 396,800 fr. de notre dernière allocation, permettez-nous, Nos Seigneurs et Messieurs, de rappeler à votre mémoire ce que nous avons déjà eu lhonneur de vous dire bien des fois, mais quil est nécessaire de répéter pour ceux dentre vous qui ne nous ont pas encore compris. MM. Le Membres des Conseils de la Propagation de la Foi en nous autorisant à retenir sur la somme qui nous est allouée de quoi fournir aux besoins de notre Séminaire et à lenvoi de nos Missres, ne veulent pas, pour prévenir toute demande du même genre de la part des autres Congrégations, en faire un article à part quil faudrait mentionner dans les Annales. Voilà pourquoi nous sommes obligés de faire deux répartitions, une pour notre Société où le Séminaire entre en partage avec nos missions (vous la trouverez dans la colonne des totaux réels ; cest elle seule qui doit vous guider pour vos allocations respectives) et une autre uniquement pour les Annales que nous appelons fictive, parce que le Séminaire en est exclus et que son allocation se trouve reportée sur celle des Missions ou établissements à notre charge. Certains de nos vicaires Apostoliques en ont conclu que nous leur faisions supporter les frais de voyage des Missres et ont répondu dans ce sens à larticle du tableau envoyé par ces MM. De Lyon. Cest une erreur, puisque nous faisons nous-mêmes les dépenses de ces voyages avec la somme que nous prélevons sur lallocation générale, et par conséquent nos vicaires Apostoliques ne doivent point faire figurer cet article parmi les dépenses présumés de leur mission.
Tableau de la répartition des 396,800 fr. alloués par les Conseils de la Propagation de la Foi à la Congrégation des Missions-Étrangères pour lannée 1846.

Nous avons lhonneur dêtre, en union de prières et de SS.,
Nos Seigneurs & Messieurs,

Vos très humbles et très dévoués serviteurs






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Nos Seigneurs & Messieurs,

Est-il utile, est-il nécessaire davoir à Rome un procureur représentant de toutes nos Missions, chargé de veiller à leurs intérêts, au maintien de leurs droits et privilèges, à la prompte exécution des affaires qui les concernent, dappuyer leurs demandes légitimes et utiles, de surmonter les obstacles quon pourrait opposer à ces demandes, daccélérer lexpédition des affaires qui les intéressent Ge ? Cela nest point douteux. Toutes les Missions ont fait connaître leur opinion sur ce point. Quelle est la marche à suivre pour choisir le membre de notre Congrégation qui serait envoyé à Rome pour y gérer cet emploi ? Cest là que se rencontre une grande difficulté. Faudrait-il que toutes les Missions concourent à cette élection, ou le droit de et le soin de choisir un procureur pour Rome serait-il confié par les Missions au Séminaire de Paris ? Le 1er mode entraînerait bien des lenteurs. Plusieurs années sécouleraient entre le décès dun procureur et le choix de son successeur. Ensuite dans chaque mission on ne connaît que bien imparfaitement les sujets qui appartiennent aux autres missions, surtout à celles qui sont éloignées, et il serait assez difficile que toutes les missions réunissent leurs suffrages sur un même sujet. Le second mode serait plus expéditif et parerait à plusieurs autres inconvénients. Nous ne pouvons vous exposer aujourdhui les motifs qui militent en faveur de ce mode, et la manière dont il faudrait régler cette affaire importante, ce sera le sujet dune communication ultérieure. Mais nous avons à vous entretenir dune nomination actuelle, immédiate que nous jugeons essentielle pour le bien de notre société ; elle est relative à Mgr Luquet. Ce Prélat qui depuis deux ans est à Rome par leffet de circonstances qui nous paraissent providentielles est chargé provisoirement des affaires et des intérêts de nos Missions. Envoyé à Rome par la Mission de Pondichéry pour des affaires particulières de cette mission, il sy distingua tellement par sa piété, son éminente vertu, ses talents et autres qualités, que la Sacrée Congrégation de la Propagande jugea convenable de le faire nommer par le Pape, Évêque in partibus. Mais cette prompte élévation à lépiscopat et quelques passages des Éclaircissements quil avait fait imprimer touchant les Actes du synode tenu à Pondichéry en 1844 exciteront contre lui des mécontentements et lui attirèrent des plaintes et des reproches qui rendaient presquimpossible son retour dans lInde, en sorte quil ny a pas dautre moyen de le placer dans notre société quen létablissant procureur des Missions à Rome. Car étant Évêque il ne peut pas être Directeur au Séminaire de Paris. Il est trop âgé pour pouvoir être envoyé dans quelquautre mission que celle où il a été, et où même il ne fut pas assez longtemps pour apprendre la langue. Il est donc dans une position telle que, sil nest pas placé à Rome comme procureur de nos Missions, il est dans la nécessité de quitter notre Congrégation. Mais cette exclusion ferait tort à notre Société sous plus dun rapport ; 1°. Elle la priverait des grands services quil est dans le cas de rendre à nos Missions à raison de ses talents, de sa capacité à traiter les affaires, de son activité, de la prudence, de lestime quil sest acquise par sa rare piété, son éminente vertu et ses autres qualités. 2°. Elle produirait un mauvais effet dans le public au désavantage de notre Société qui aurait repoussé de son sein un sujet dun tel mérite et qui est considéré et estimé des Cardinaux, des personnage les plus éminents, de tous les Ecclésiastiques français qui lont vu à Rome, pour qui le Pape a tant daffection Il lui a écrit une lettre de sa propre main. Craindrait-on quétant Évêque la dignité épiscopale ne le fit regarder comme un Supérieur général des Missions et non comme un simple délégué chargé de gérer leurs affaires. Il y a eu dans les temps passés des Évêques qui ont demeuré à Rome et y étaient chargés des affaires des missions, et qui ne prétendaient point être les supérieurs généraux de toute la Congrégation°tels étaient Mgr Maigrot, Évêque de Conon et ensuite Mgr Martilliart Évêque dÉcrinée. Dailleurs loffice de procureur des Missions à Rome n est point une charge inévocable. Si dans les commencements Mgr Luquet a eu à essuyer des plaintes et des reproches de la part de la Mission de Pondichéry, sa conduite depuis a été irréprochable ; il communique au Séminaire les affaires quil traite, et écoute les observations quon lui fait, se conforme aux instructions qui lui sont données ; et comme ce Prélat est doué dune grande piété et dune profonde humilité, tout nous porte à croire que, si on lui confie cette charge de procureur des Missions à Rome, il sacquittera de cet emploi à la satisfaction de tout le monde. Nous pouvons ajouter que les rapports entre la Mission de Pondichéry et ce Prélat sont rétablis, puisquelle lui donne des témoignages de sa confiance, en le priant de sintéresser aux diverses affaires quelle a à traiter à Rome auprès de la S.C. Pour ces raisons nous vous prions, Nos Seigneurs & Messieurs, de confirmer et approuver le choix provisoire fait par Nous Supr et Directeurs du Séminaire de Paris, de la personne de Mgr Luquet pour procureur de notre Congrégation à Rome : ce qui est, comme nous lavons dit plus haut, le seul moyen de conserver dans notre Société un Prélat qui lui a rendu des services et peut lui en rendre de très-grands ; et dont lexclusion ferait du déshonneur à notre Société et serait agréable à des corps émules de notre Congrégation, dont les intérêts ou les prétentions sont en conflit avec ses droits et ses intérêts. Ceux-là verraient avec satisfaction que le soin des affaires de nos missions ne fut plus confié à ce Prélat. Vous verrez dans la lettre du Pape, que nous joignons à la présente, en quels termes laudatifs le St Père sexprime sur le compte de Mgr dHésébon.

Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect

Nos Seigneurs & Messieurs,

Vos très humbles et très-obéissants serviteurs

Paris, le 31 Mai 1847.






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Nos Seigneurs et Messieurs,

Notre dernière circulaire, sur les évènements religieux et politiques, était du 31 janvier 1846. Nous avons, par conséquence, 17 mois à passer en revue pour y recueillir ce qui nous paraîtra digne de quelquintérêt, sous le double rapport de la religion et de la politique. De toutes les questions auxquelles ces évènements se rattachent, nulle ne mérite mieux la priorité que la liberté denseignement, tant par son importance propre, que par les luttes mémorables quelle a fait naître entre les différents partis qui se disputent lhonneur du triomphe.

France.

Quelque soit lintention du Gouvernement sur cette grave question, il ne peut refuser ouvertement laccomplissement dune promesse inscrite dans la Charte de 1830, ni priver les pères de famille du droit inaliénable que Dieu même leur a donné sur léducation de leurs enfants : Mr Guizot en a fait laveu en pleine Chambre dans un discours qui a été vivement applaudi. Nous recueillons ses propres paroles : « Les enfants appartiennent aux familles, avant dappartenir à lEtat.LEtat a le droit de distribuer lenseignement, de le diriger dans ses propres établissements, de le surveiller partout ; il na pas au fond le droit de limposer arbitrairement et exclusivement à toutes les familles, sans leur consentement et contre leur vu. » Voilà justement ce que demandent les partisans de la liberté denseignement. Des Collèges de lEtat et des Collèges libres ; lUniversité gouvernant les collèges de lEtat, selon les règlements qui leur seront donnés ; - les collèges libres se gouvernant eux-mêmes, affranchis de toute autorité autre que celle de la législation ; lEtat surveillant ces diverses maisons, dans lintérêt de lordre, des lois et des murs ; les familles remises en possession du droit saint et inaliénable de confier leurs enfants aux établissements qui leur conviendront le mieux.
Le discours de Mr. Guizot fit naître des espérances qui ne se sont pas réalisées, mais son but état atteint. Ladresse, en réponse au discours de la Couronne, fut votée à une grande majorité, cest, à ce quil paraît, tout ce que voulait Mr. Guizot qui sétait vu menacé dun échec.
Les Catholiques (sous ce nom nous désignons tous ceux qui réclament la liberté denseignement) convaincus, plus que jamais, quils navaient rien à espérer du Gouvernement, quautant quils deviendraient pour lui un embarras sérieux, prirent des mesures en conséquence. Les élections qui devaient avoir lieu sur la fin de juin 1846, leur fournirent loccasion de montrer ce quils pouvaient faire. Un comité directeur, formé à Paris, traça aux électeurs Catholiques la ligne de conduite quils devaient tenir et les garanties quils devaient exiger. Grâce à leur intervention, certains collèges électoraux firent dexcellents choix et bon nombre de candidats se virent obligés à donner une profession de foi favorable à la liberté denseignement, avec promesse de la réclamer en temps opportun. Ce premier succès parut de bon augure pour lavenir.
Le haut clergé nest pas resté étranger à cette grave question de la liberté denseignement. Plusieurs Evêques ont encouragé, par des lettres publiées dans les journaux, les nombreuses pétitions adressées aux Chambres dans le but de la réclamer. On sattendait quelles seraient saisies prochainement dun nouveau projet de loi élaboré par Mr. de Salvandy, Ministre de lInstruction publique. En effet, la séance du 12 avril dernier fut consacrée à entendre la lecture de ce travail que nous ne saurions trop comment qualifier. Les abus du régime universitaire y sont avoués et condamnés, mais la liberté y est mise hors la loi, ou plutôt elle ne sy présente quavec de nouvelles entraves. Nous vous en signalerons quelques unes. Mr. le Ministre demande 1°. Lintervention constante de lUniversité en la personne des recteurs et du grand Maître, dans toutes les mesures de police et de surveillance, à légard des établissements libres ; 2°. La proscription obstinée des Congrégations religieuses ; 3°. Lexigence des grades universitaires pour les chefs, maîtres et surveillants des maisons libres ; 4°. La collation des grades réservée exclusivement à lUniversité ; 5°. Lexigence des grades pour les professeurs des classes supérieurs des petits séminaires, etc. Il en sera de ce projet de Mr. de Salvandy comme de tous ceux qui lont précédé, dautant plus quil ne satisfait aucun parti, pas même les universitaires. Il aura été un leure de circonstance, et le Gouvernement en sera quitte pour en proposer un nouveau tout aussi peu admirable dans un an ou deux.
Sur la demande du Gouvernement du Roi, et après un concert préalable avec le St Siège, une bulle donnée à Rome, le 3 avril 1843, a organisé canoniquement le Chapitre royal de St Denis. Ce chapitre se compose de Chanoines Evêques et de chanoines prêtres. Son chef est nécessairement un Archevêque ou un Evêque et prend le titre de primicieu. Le Roi nomme le primicieu, les chanoines des deux ordres et tous les officiers attachés au chapitre. Conformément aux principes du concordat, le primicieu et les chanoines du 1er ordre qui sont revêtus du caractère épiscopal, sont institués par le Pape. Le Primicieu donne linstitution aux chanoines prêtres et aux officiers du chapitre. La juridiction sur le chapitre et la maison royale de St. Denis appartient au primicier. Nous remarquons dans le projet de loi que Louis-Philippe a fait présenter aux Chambres à ce sujet, que le 1er Article nest déjà plus conforme aux concessions accordées par la bulle dinstitution. Le voici : Article 1er. Le Chapitre royal de St. Denis, fondé par le décret du 20 février 1806, est et demeure distrait, ainsi que ses dépendances et annexes (1) de la juridiction de lArchevêque de Paris ». Là ne sarrêteraient pas les tendances du Gouvernement, si toutefois les prévisions de quelques journaux religieux se vérifient. Plus tard les habitations royales, les armées de terre et de mer, les collèges militaires, les institutions royales déducation, les hospices militaires, etc. seraient du domaine du primicieu. La pensée du règne serait donc, daprès ces mêmes journaux, de créer un clergé souple et docile qui seconde aveuglément ses vues contre léglise et contre lépiscopat. Quoiquil en soit, le projet de loi concernant le Chapitre royal de St Denis a été soumis à lexamen dune commission spéciale de la Chambre des Pairs dont Mr. de ma Grenée, actuellement Pair de France, fait partie. Mais ce nest pas seulement dans le chapitre de St. Denis que le Gouvernement croit chercher des armes, il tient en réserve certains autres moyens dont il se montrerait assez disposé à faire usage. Nous citons Mr. de Montalambert : « Et si, comme des présages trop certains nous lannoncent

(1) Depuis que cet article est écrit le Gouvernement a déclaré sen tenir à la lettre de la bulle ; mais, supposé quil nait plus aucune arrière pensée, il lui restera toujours à expliquer pourquoi il a demandé lextension des pouvoirs du primicier sur la maison royale de St. Denis. Quelle relation y a-t-il entre ce pensionnat et le chapitre ? Lexemption du chapitre emportait-elle nécessairement lexemption de la maison royale ? Pourquoi enfin, contre ses propres principes en opposition à lart. 10 des lois organiques, auxquelles il a déclaré tenir beaucoup, ce même gouvernement a-t-il eu recours au Souverain Pontife pour former un établissement qui, dans le but avoué par le projet de loin pouvait très bien exister sous la juridiction de Mgr lArchevêque de Paris.

Cette sainte et glorieuse unanimité (celle de lEpiscopat réclamant la liberté denseignement) ne doit pas durer ; si le Gouvernement, à laide de la prérogative que le concordat lui concède, vient à bout, par les choix dont il nous menace, de créer au sein de lépiscopat un parti dévoué à sa politique et docile instrument de ses ruses, sachons au moins remercier Dieu davoir différé cette humiliation. »
Nous ne partageons pas entièrement les craintes de Mr. de Montalambert, que nous navons cité que pour vous faire voir les tendances du Gouvernement. Il pourra bien à la vérité abuser quelquefois de la prérogative dont le Concordat la mis en possession, mais ce ne sera que dans des cas très rares, et les obstacles quil a rencontrés précédemment dans cette mauvaise route, le rendront cautuleux sil était tenté de sy engager de nouveau, soit pour le sacre des Evêques, soit pour la réalisation de ses projets sur le chapitre de St. Denis (+).
Les exercices du Jubilé, accordé par Pie IX à loccasion de son élection, ayant, dans presque tous les diocèses de France, coïncidé avec le carême, ont produit dans un bon nombre des fruits abondants de salut. Les communions pascales deviennent chaque année plus nombreuses à la Métropole et dans les autres églises de Paris. La famille royale a donné un exemple qui naura pas manqué de produire de salutaires impressions. La Reine, ses trois fils, les Ducs de Némours, dAumale et de Montpensier, ainsi que les Princesses leurs épouses, onr fait ensemble leurs pâques le jeudi saint dans lEglise de St. Roch.
Linsuccès du livre de Mgr dOrléans contre les institutions liturgiques de D. Guérangues, dont nous vous parlions lannée dernière, a été on ne peut plus complet. Son auteur, dans des prévisions touts contraires, lavait fait tirer à 4,000 exemplaires. Trois cents seulement ont pu être écoulés, de sorte que le Prélat, loin de pouvoir réclamer le prix de son manuscrit au libraire éditeur, aurait, à ce quil paraît, été obligé de lindemniser des frais dimpression. D. Guérangues avait promis de défendre les doctrines des institutions liturgiques ; il la fait de la manière la plus victorieuse. La cause des liturgies particulières naura donc bientôt plus décho en France. Elle se meurt avec le gallicanisme qui lavait enfantée. Le St Père est encore venu tout dernièrement lui donner un coup mortel dans un bref adressé à lEvêque de Troyes. Sa Sainteté loue et encourage le zèle et la prudence avec lesquels le Prélat travaille à faire disparaître de son diocèse la diversité des livres liturgiques pour le ramener entièrement aux usages romains quil observait autrefois. En conséquence de ce bref, le chapitre de Troyes a adressé à lEvêque une pétition pour le rétablissement de la liturgie romaine dans ce diocèse. Ces exemples produira ses fruits. Nous ne nous attendions pas, en traçant ces derniers mots, de trouver, à linstant même, laccomplissement de nos prévisions. On écrit de Montauban, dis lUnivers : « La fête de St. Pierre sera, pour le diocèse de Montauban comme pour celui de Troyes, une époque mémorable. A Montauban, comme à Troyes, on prendra, dès les 1ères vêpres, de la fête du prince des Apôtres, la liturgie romaine, vers laquelle nos Evêques ramènent le rit romain ; et Pie IX, dont ce Prélat console le cur, vient de lui adresser

(+) Les Articles du projet de loi sur le chap. royal de St. Denis, amendés par la Commission, ont été adoptés par la chambre de Paris. Il est à présumer quils ne passeront pas aussi facilement à la Chambre des Députés.

Un bref de félicitations. » LEvêque de St. Brieux a aussi adopté depuis quelques mois, la liturgie romaine pour son diocèse.
Deux nouveaux attentats à la vie du Roi ont encore été commis dans le courant de lannée dernière. Le 1er eut lieu le 16 avril dans la forêt de Fontainebleau, au moment où le roi revenait de la promenade avec la reine, Mme Adélaïde, Mme. La Duchesse de Némours, le prince et la princesse de Salerne. Lassassin nommé Lecomte était un ancien garde général de la forêt de Fontainebleau. Il avait la réputation dêtre un des meilleurs tireurs du département de Seine et Marne, et de ne pas manquer un chevreuil à 150 pas. Il nétait quà 10 pas de la voiture royale et avait son fusil appuyé sur un mur lorsquil déchargea ses deux coups sur le roi. Trois balles coupèrent les franges du Chav-à-bancs et une bourre tomba entre le roi et la reine, mais personne ne fut atteint. Les chevaux sétaient arrêtés au moment de la détonation. Le roi, toujours calme, dit au cocher : « Nous allons au château, continuez ». Le Comte, condamné à la peine des parricides, vêtu dune longue robe blanche et un voile noir sur la tête, montait les degrés de léchafaud. Cette âme féroce sétait adoucie. Le comte baisa à plusieurs reprises, et avec un sentiment vivement religieux, le Christ que lui présentait Mr. labbé Grivel. On na pu lui trouver de complices. Le comte navait cédé, dans la perpétration de son crime, quaux inspiration dun cur profondément ingrat et vindicatif.
Le second attenta na pas eu tout le sérieux et le danger du 1er. Lindividu qui sen est rendu coupable, éprouvé dabord par des déboires de famille, et plus tard par le dérangement de ses affaires qui avait aussi apporté quelque désordre dans son cerveau, était las de la vie ; - mais ne se sentant pas assez de courage pour se donner la mort, il résolut de commettre un crime qui lui ouvrit le chemin de la guillotine. Le 29 juillet (jour de glorieuse mémoire), au moment où le roi accompagné de la reine et de la famille royale, au milieu des acclamations de la population, se présentait au balcon des Tuileries pour entendre le concert, Joseph-Henry, cest le nom de lassassin, déchargea sur lui deux pistolets de poche qui, daprès ses déclarations postérieures, nétaient chargés quà poudre, et ne pouvaient, dans aucun cas, atteindre sa Majesté à une distance de 55 mètres. Louis-Philippe ne montra pas moins de sang-froid dans cette circonstance que dans tant dautres semblables. Après avoir rassuré la reine et les princesses, et sêtres montré au peuple pour calmer ses justes appréhensions, il donna lordre de continuer le concert. Joseph Henry fut arrêté par les personnes mêmes qui se trouvaient à ses côtés et peu de temps après il prenait le chemin de la guillotine, avec le regret bien amer de se lêtre ouvert par un crime.
Lentente cordiale entre la France et lAngleterre nexiste plus. Le mariage de la reine dEspagne avec le Duc de Cadix, et plus encore celui de lInfante Dona Louisa, héritière présomptive de la couronne dEspagne, avec le Duc de Montpensier, ont mis fin à cette belle harmonie qui jusquici nous avait coûté si cher. Avant laccomplissement de ce double mariage, le Ministère Anglais avait fait entendre à Madrid et à Paris les protestations les plus énergiques. Cette fois pourtant nos gouvernants, jusque là si timide devant les menaces de lAngleterre, ont montré du courage. «Singulière coïncidence, sécrie à ce sujet Mr. de Lamartine, quon ne saperçoit que la monarchie espagnole existe que quand elle a une fille à marier ! Etrange politique qui abandonne 10 ans lEspagne à ses calamités, à sa décompositions, à son déluge de sang civil, à sa subordination à lAngleterre, aux oscillations terribles qui y renversent tour-à-tour le trône et la liberté, et qui la revendique tout-à-coup et tout juste le jour où je ne sais quelle éventualité matrimoniale vient à briller dans un faux lointain. A ce moment précis la politique endormie du cabinet français se réveille, laudace revient à ses conseillers, et leur prudence se dément. » Sans doute que sil ne se fût agi que de lhonneur national, il eût encore été sacrifié une fois de plus aux colères de lAngleterre, mais la riche dot de linfante nétait pas à dédaigner. Louis-Philippe, toujours si grand partisan de la paix à tout prix, ne recula pas devant la pensée de la compromettre pour des intérêts de famille. Les deux mariages se célébrèrent en même temps à Madrid le 10 octobre dernier. Pour se conformer aux ordres de son cabinet, lambassadeur anglais ny assista point, non plus quaux fêtes qui furent données à cette occasion. Non seulement lambassadeur dAngleterre à Paris, sabstint par un ordre semblable, de se joindre au corps diplomatique pour présenter les félicitations dusage à Mr. le Duc et à Mme la Duchesse de Montpensier, mais en outre, Lord Palmerston sefforça de ressusciter la coalition formée il y a 6 ans contre la France, coalition que Mr. Guizot ne parvint à dissoudre quau prix de plus dun pénible sacrifice. En même temps le cabinet de Londres agissait comme si les hostilités eussent été imminentes. Les ouvriers travaillaient une partie des nuits dans les arsenaux et les chantiers de la marine ; ou hérissait les côtes de fortifications nouvelles, et on soccupait de partager les troupes de terre en 3 grands corps, chacun desquels devait communiquer par un réseau de chemins de fer avec tous les points dont la garde lui serait confiée. On sépouvanta dautant moins en France de toutes ces démonstrations, quon y était persuadé quelles navaient rien de sérieux, que lespérance darracher aux peurs de notre gouvernement, soit labandon des droits que Mr. le Duc de Montpensier tient de sa jeune épouse, soit une éclatante adhésion aux principes du libre échange qui ouvrirait nos portes à tous les produits de lAngleterre. Cétaient les seules conditions auxquelles elle nous faisait dire, par lorgane de ses journaux, quelle consentirait à ne pas ouvrir ses mains pleines de tempêtes. Nous lavons laissée dire et faire. Les puissances du nord se sont peu émues de son dépit contre nous et ses menaces de guerre ont été ajournées. En attendant elle népargne rein pour nous susciter des ennemies, nous créer des embarras et établir son influence sur les ruines de la nôtre. Elle na déjà que trop bien réussi en Espagne, en Portugal et en Grèce comme nous le dirons plus tard.
Tandis que toute lattention de la politique européenne était absorbée par les mariages de la reine et de lInfante dEspagne, un autre mariage, auquel cette même politique naurait pas voulu rester étrangère, sil neût été conduit avec tout le secret dune position délicate saccomplissait en Autriche. Mr. le Comte de Chambord, épousait la princesse Marie Thérèse, Béatrix de Modène, Archiduchesse dAutriche. La princesse de Modène est, par son père, arrière-petite-fille de lImpératrice Marie-Thérèse, et cousine issue de germain de lEmpereur Ferdinand ; par sa mère elle est petite fille du roi Victor Emmanuel de Sardaigne et nièce de limpératrice régnante dAutriche. La comtesse de Chambord est de deux ans plus âgée que le Comte son maris, et digne, par sa vertu et toutes ses belles qualités de lesprit et du cur, autant que par sa grande fortune, dunir ses destinées aux siennes. A loccasion de son mariage, Mr. le Comte de Chambord, dont toutes les sympathies sont encore pour la France, a fait distribuer, aux pauvres de Paris, une somme de 20,000 francs, et a en outre affecté 40,000 f. à la création dAteliers de travail. On reconnaît bien là le cur dun bourbon !
Le budget de 1847 était de 1,445,674,518 fr. La recette annuelle atteignant au moins ce chiffre, il devrait y avoir équilibre entre les recettes et les dépenses. Cependant celles-ci nous laissent chaque année un énorme déficit, par la raison que le 1er budget est toujours accompagné dun autre déguisé sous le nom de crédits supplémentaires. La chambre les a votés cette année pour 1848 avec une facilité très rassurante pour le cabinet, mais la discussion a tué les ministres. Cest par le Ministre des finances qua commencé la série des holocaustes. La Chambre, après les attaques dont il a été lobjet, et les arguments dont il sest servi pour se défendre, a été convaincue que, chez lui, lamour de la famille lemporte de beaucoup sur le dévouement à lEtat. Est venu ensuite le tour du Ministre de la Marine. Le budget de ce département augmente sans cesse. Il était pour 1847 de 93 millions, et cependant depuis 1830 nous navons pas dépassé le chiffre de 23 vaisseaux de ligne, quoique leffectif fût de 45 vaisseaux sous la restauration. Les Chambres, voulant replacer la France au rang qui lui est dû parmi les puissances maritimes, avaient accordé lannée dernière au ministre plus dargent quil nen demandait, et pourtant le déficit de nos constructions, de nos armements, de nos approvisionnements, en un mot de toute notre force maritime, loin de diminuer, na fait que saccroître dans une proportion qui dépasse celle de nos sacrifices. Le Ministre de la guerre, qui nétait pas non plus sans reproche, a dû céder son portefeuille à Mr. de Montbello. Mr. Dumon a été appelé aux finances et Mr. Jayr a remplacé lamiral de Mackau au ministère de la marine. Ce sont trois noms à peine connus. Aussi leur appel au Ministère a-t-il été regardé comme du replâtrage, et la crise continue. Elle tient, non pas à linsuffisance de tel ou tel ministre, mais à la politique même du Cabinet. Cest donc le Cabinet tout entier qui doit tomber. Sil sest maintenu si longtemps au pouvoir, ce nest quà laide dune tactique qui coûte cher à la France. Mgr de Langres la signalée dans une lettre adressée à Mr. de Salvandy, ministre de linstruction publique. Nous empruntons les paroles de ce Prélat. : « Le Député vient dire au Ministre : donnez-moi des places pour mes commettants ; le ministre lui répond : mettez des places à ma disposition ; et le député vote pour la multiplication indéfinie des fonctionnaires publics. Le député dit : donnez-moi les pensions, les crédits, les secours que jai promis. Le ministre répond : mettez à ma disposition des sommes plus considérables ; et le député vote pour laugmentation toujours croissante des impôts. Nest-ce pas ainsi que les dépenses de lEtat, qui paraissaient monstrueuses en 1830, quand elle se montaient à 1,095,142,115 f, se sont élevées en 1846 à 1,606,399,449 f, et quelles saccroîtront encore certainement cette année, malgré la paix, et de même les années suivantes, et de même indéfiniment ? »
Les efforts du ministère aux dernières élections ne furent point stériles ; on lui donna 300 députés conservateurs, mais ce ne fût quau moyen des plus scandaleuses corruptions. La Cour dAssises de la Creuse juge ne ce moment un membre du conseil général de ce département, accusé davoir fait un honteux trafic du vote des électeurs. Il y a quelques semaines, cétait jusque sur les bancs de la Chambre des députés quune sentence des tribunaux allait chercher pour le flétrir un autre personnage convaincu davoir payé à beaux deniers comptant lhonneur de représenter son arrondissement. Aujourdhui la corruption paraît être montée plus haut : On signale sa hideuse présence parmi les conseillers de la Couronne, parmi les ministres du roi. Un ancien ministre, un militaire du plus haut rang, a été mis en scène par la révélation de sa correspondance, relative à des actes de corruption dans une affaire de concession de mines. De sa propre main, il a écrit cette étrange confidence : Noubliez pas que le Gouvernement est dans des mains avides et corrompues, et toute sa correspondance tend à démontrer que cette fièvre de cupidité qui nous dévore a été partagée par des ministres et par des membres de la Chambre des députés.
Est-il à espérer quun nouveau ministère amène un changement dans la situation actuelle ? Pour cela il faudrait supposer quil se composera dhommes consciencieux et assez fermes pour ne pas plier devant une volonté qui veut tout dominer et à qui tous les ministres sont bons pourvu quils sachent obéir. De tels hommes sont rares, et, les eût-on trouvés, on ne manquera de prétextes pour leur arracher de mains un portefeuille que dautres plus doux saurons mieux conserver.
Trois fléaux ont ravagé la France en même temps, les incendies, les inondations et la famine. En moins de 4 mois, plus de 100 communes ont été la proie des flammes. Les maisons ont été brûlées par centaines. Les habitants ont tout perdu. Les départements qui ont le plus souffert de ce fléau sont ceux de lYonne, du Finistère, des Côtes du nord et du Morbihan. Chose étonnante ! Quoique ces incendies fussent généralement attribués à la malveillance et que les propriétaires des maisons incendiées eussent souvent rivalisé de vigilance avec les agents de la police, presque toujours les coupables sont restés inconnus.
Les eaux de la Loire se sont élevées à Roanne, dans la nuit du 17 au 18 8bre de plus de 5 mètres (2 mètres au dessus de la crue de 1790 de déplorable mémoire et la plus forte dont on ait souvenir). Cent quinze maisons ont été rasées, sans quon ait même pu essayer de rien sauver. La chaussée qui forme un des côtés du bassin de Roanne a été enlevée dans une étendue de 140 mètres. 600 familles sont restées sans asile et sans ressource dans cette seule ville et malheureusement ce ne sont pas les seules. Linondation sest étendue depuis Nevers jusquà Tours et a causé partout daffreux ravages. Les pertes en denrées et en marchandises ont été dautant plus grandes, sur tous le parcours de la Loire, que le débordement est arrivé précisément au moment où, dans tous les ports, les bateaux chargés de fruits, de vins, de charbon, attendaient la crue périodique doctobre pour descendre.
Des souscriptions se sont ouvertes avec une spontanéité vraiment admirable à Paris, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Rouen, à Orléans, dans tous les grands centres de population. La magistrature, les administrations publiques, les corps constitués, les manufacturiers, les commerçants, ont rivalisé de zèle et montré la sollicitude la plus compatissante pour tant de malheureux. Les Evêques ont ordonné des quêtes dans leurs diocèses et lArmée elle-même sest associée à la douleur générale. Mais quelquabondantes quaient été ces souscriptions et ces quêtes, il nétait pas à espérer quelles pussent réparer les catastrophes que les esprits les plus modérés ont évaluées à plus de 100 millions.
Le dernier de ces fléaux a été beaucoup plus général que les deux premiers, puisquil sest fait sentir dans presque toute lEurope. Les chaleurs excessives de lété ont eu de funestes influences sur les céréales. Belles en apparence, elles ont donné très peu de grain. Les pommes de terre se sont trouvées gâtées à peu près dans les mêmes proportions que lannée dernière, et de tous les fruits, le raisin est le seul qui ait été abondant. Cependant, avec ce qui restait de lannée précédente, qui avait été très abondante, et les secours quon attendait du dehors, il était permis despérer quon pourrait conjurer la disette, et que le prix des denrées, quoiquélevé, ne dépasserait pas de justes limites. Mais dun côté la lenteur calculée des possesseurs de ces denrées à fournir les marchés, et de lautre la cupidité des accapareurs, ne tardèrent pas à produire des hausses considérables et à faire peser sur le peuple tous les inconvénients dune véritable disette. Le pain se vendait plus de 6 sous la livre. Il nétait bruit que démeutes. Paris ne pouvait pas en être exempt, mais elles ny ont pas eu de gravité. Partout les souffrances des classes pauvres ont été très grandes. La famine tue le commerce, le prix de la main-duvre diminue, et beaucoup de bras dont le travail journalier faisait vivre leur famille, restent inactifs.
Grâces à Dieu, depuis quelques semaines, à cause des nombreux arrivages de blés étrangers et des espérances que donne la récolte de cette année, le prix des denrées a un peu diminué. Mais dinfâmes spéculateurs travaillent à le maintenir toujours élevé. Ils ont acheté à un bon prix, dun grand nombre de propriétaires le produit de la prochaine récolte. Ils ignoraient sans doute la loi qui, en ce cas, confisque les céréales ainsi vendues et en fait subir la perte par moitié au vendeur et à lacheteur. Avertis par la voie des journaux, il est probable quils niront pas plus loin. Il restera bien encore assez dinquiétude dans les esprits jusquà la nouvelle récolte, quelles quen soient jusque-là les apparences. Nous avons déjà dit quelques mots, dans notre 1ère lettre commune, de lapparition de la Ste Vierge à deux enfants du diocèse de Grenoble qui gardaient leurs vaches. Voici en quels termes elle leur aurait parlé : « Si les hommes ne veulent pas se convertir, je suis forcée de laisser tomber le bras de mon fils ; il est si fort et si puissant que je ne puis le supporter. Il est parti pour écraser les méchants. Non, jamais les hommes ne pourront reconnaître les peines que je prends pour eux, et pour que mon fils les épargne. Je suis obligée de le prier jour et nuit, et eux ny pensent pas. Mon fils a donné aux hommes 6 jours pour le travail, et sest réservé le 7e ; et les hommes ne veulent pas le lui consacrer. On nentend de toutes parts que jurements et blasphèmes ; on mêle à tous les mauvais propos le nom sacré de mon fils. Voilà les deux choses qui appesantissent le plus son bras. Et si les hommes de terre se gâtent partout, cest à cause des péchés sans nombre des hommes Eh bien ! Si les hommes ne se convertissent pas, le blé fera comme les pommes de terre. Que celui qui en a ne le sème pas, parce que les insectes le mangeront en herbe et le peu qui viendra tombera en poussière quand on le battra. Mes enfants, il viendra une grande famine : beaucoup denfants en bas âge mourront, et ceux qui sont grands feront pénitence par la faim. Voilà ce qui arrivera, si les hommes ne se convertissent pas. » Le silence de Mgr de Grenoble, sur cette apparition, a trompé lattente générale. On sattendait à une information juridique. Mgr de Gap, dont le diocèse confine à Corps, lieu de lapparition, donna ce fait comme indubitable, peu de temps après lévénement, et un de ses grands vicaires écrivit dans le même sens. Les journaux semparèrent de leurs lettres. Dernièrement ce Prélat sest plaint du perte quon a voulu tirer de ces deux lettres, qui nétaient point destinées à la publicité, en faveur de lauthenticité du fait en question. Il assure quil na point parlé comme Evêque, mais bien comme simple particulier, et quen cette qualité, il na émis que son opinion personnelle. Au reste Mgr de Gap ninfirme en tien le contenu de sa lettre, ou de celle de son grand vicaire. On cite, comme faits indubitables de cette apparition, deux guérisons miraculeuses opérées à lendroit même où elle a eu lieu, et la conversion totale de la paroisse de Corps. Jusquici, que nous sachions, ces faits nont point été contestés.
Nous lisons dans un journal religieux : « Nous ne sommes point encore en mesure de parler de certains faits extraordinaires qui auraient eu lieu à Tours, et à la suite desquels une association pour lobservation du dimanche, aurait pris naissance dans ce diocèse. Mais nos lecteurs savent quune association analogue a été formée par Mgr dAstros, archevêque de Toulouse. » Il est aussi question de former une association contre le blasphème. Puissent les prières des fervents chrétiens qui en feront partie détourner de dessus la France coupable les châtiments dont elle est menacée !
Nous voici arrivés au chapitre des découvertes. Mr Leverrier, astronome distingué, voulant se rendre compte des perturbations dUranus, est venu au point den conclure lexistence dune nouvelle planète dont il a assigné la position, la densité, le volume et la distance. Effectivement, Mr Galle, astronome de Berlin, sur les données de Mr Leverrier, découvrit le nouvel astre à la place indiquée par lui. Mr Arago a voulu quon lappelât la planète Leverrier. Les astronomes anglais contestèrent dabord à Mr LeVerrier le mérite de la découverte, mais plus tard, revenus de leurs premières prétentions, ils décernèrent à notre compatriote la grande médaille dor de Copley, la plus haute distinction dont la société royale de Londres puisses disposer. En France, une chaîne dastronomie a été crée pour Mr LeVerrier.
On a découvert dans le coton, soumis à certaines préparations très faciles, une puissance explosive bien supérieure à celle de la poudre ordinaire, et on se préoccupe vivement du moyen de la remplacer par cette importante découverte. Les avantages du fulmi-coton sont, outre la puissance explosive, une propreté irréprochable, labsence complète dodeur, de fumée et de tout résidu solide. Les inconvénients sont le volume considérable, vu que le fulmi-coton ne peut être tassé dans larme, et par suite, la difficulté de la confection et du transport des munitions, et la formation de la vapeur deau qui occasionne des longs feux après quelques coups.
Les académies savantes se sont fort occupées dernièrement dune découverte étonnante, mais dont les merveilleux effets sont aujourdhui constatés par de nombreuses expériences. Il sagit de lemploi de la vapeur de léther que lon fait respirer au malade et qui enlève toute sensation de douleur pendant les opérations chirurgicales les plus délicates. Le patient éthérisé, éprouve une espèce divresse ou de somnambulisme et devient tellement impassible que déjà on lui a fait lamputation dun membre, ou tout autre opération plus douloureuse encore, quil est persuadé quon na pas encore mis la main à luvre. Jusquici, il ne paraît pas quon ait à craindre quelquinconvénient grave dans lemploi de la vapeur déther. Cest en Amérique et en Angleterre quont eu lieu les premières expériences de cette découverte due à un dentiste Américain qui en tirait bon parti pour lexercice de sa profession.
La confection des chemins de fer se poursuit avec activité. Celui du Nord fut livré à la circulation au commencement de lété dernier. Peu de jours après son inauguration, le train dérailla à 8 kilomètres dArras, allant à une vitesse reconnue fort modérée. On attribua cet accident à la nature du terrain qui, dans ce lieu, est très humide. Sur 26 voitures 13 furent précipités de 7 à 8 mètres de haut dans une tourbière profonde et ayant dans cet endroit de 8 à 10 pieds deau. Les cadavres que lon retira avaient presque tous les vêtements déchirés, indice des affreux combats que se livrèrent ces malheureux en prise avec lasphyxie. Le nombre des personnes qui trouvèrent la mort dans ce fats lévénement séleva à 14, les blessés furent au nombre de 10. Ce chemin de fer a donné lieu à beaucoup dautres catastrophes dun autre genre. Grand nombre de spéculateurs, loin de réaliser en peu de temps des gains considérables, comme ils sen étaient flattés, se trouvèrent tout-à-coup ruinés par la baisse considérable de ses actions, étrangère dailleurs à laccident que nous venons de mentionner. De là des banqueroutes et la gêne dun bon nombre de familles.
La grande multiplication des chemins de fer est une des principales difficultés de la situation actuelle. Les ministres, qui voulaient des députés conservateurs, ont porté à lextrême la libéralité dans les concessions quils ont faites à ce sujet. La direction des travaux, les dépenses énormes quils entraînent, sont un véritable embarras pour le Ministre des travaux publics et peuvent amener de fâcheuses perturbations dans létat de nos finances.
Algérie.

A peine avions nous terminé notre dernière lettre commune, que Mgr Dupuch donnait sa démission de lEvêché dAlger, pour les motifs que nous mentionnions alors. LEpiscopat, français, sur la proposition de Mgr lArchevêque de Bordeaux, sempressa de venir au secours du Prélat démissionnaire. Une souscription, à laquelle le St Père prit pari pour une somme de 11,000 fr., fut ouverte dans le but déteindre les dettes quil avait contractées pour satisfaire aux élans invincibles de sa charité. Voici quelques fragments de la lettre quil écrivit à Grégoire XVI, en lui envoyant lacte de sa démission. « Sachez, dit-il, que jai été prévenu officiellement que je nétais chargé que des chrétiens romains ; et que je ne devais pas oublier que sur nul autre je navais de juridiction ; sachez quune autre fois il me fut ordonné de réprimer sévèrement un de mes prêtres parce quil avait poussé limprudence jusquà dire à un Arabe avec lequel il échangeait quelques discussions religieuses, que le mahométisme était absurde. Il avait, mécrivait-on officiellement à cette occasion, violé un des articles de la capitulation signé par le vainqueur dAlger en 1830, sur les ruines fumantes de Sultan-Calasi, daprès lequel on devait respecter la religion des indigènes ; sachez que plus tard un prêtre auxiliaire qui me devait arriver des montagnes de la Syrie, fut menacé dêtre arrêté sil mettait le pied sur le rivage de Philippeville parce quil savait et parlait larabe, et quil était possible (je le crois bien) quil fut tenté de parler de religion aux arabes ; sachez que défense fut sur le point de mêtre faite de laisser apprendre larabe à mes jeunes clercs, ou à leurs frères aînés ; elle leût été si aucuns leussent osé. Et pour tout dire en un mot, car ces détails me font mal, sachez, St Père, que dès 1839 des ordres que jai vus, avaient été donnés de surveiller de la façon la plus particulière tout ce qui se ferait à ce sujet. Si quelquun osait dire quil y a au moins de lexagération de ma part, je lui répondrai devant vous quil ny en a pas plus dans ma bouche que damertume dans mon cur. Evêque démissionnaire et sur le seuil entrouvert de Notre Dame de Staouli (couvent de la Trappe à Alger) jécris comme écrivent les morts : la vérité. »
A Mgr Dupuch a succédé Mgr Pavy, prêtre fort distingué du diocèse de Lyon. Quoiquil eût emmené avec lui bon nombre decclésiastiques, il est loin de pouvoir suffire aux exigences de la Colonie qui se compose déjà dune population européenne de 107,000 âmes. Un grand et un petit séminaires assez bien fournis, lui promettent dabondantes recrues pour lavenir. Dieu veuille quil ne trouve pas de la part du Gouvernement le mêmes obstacles que son prédécesseur ! Jusquici on a veillé avec la plus scrupuleuse attention à ce que les arabes ne fussent point inquiétés dans lexercice de leur religion. Bien plus, pour les rassurer complètement , nous avons relevé leurs mosquées et nous an avons construit de nouvelles.
Nous annoncions, comme imminente, dans notre dernière, une expédition du Maréchal Bugeaud contre Abd-el-Kadev. Nous ne pouvions mieux en rendre compte quen citant le discours quil prononça lui-même devant la milice dAlger, à son retour dans cette ville. « Messieurs, dit-il, nous venons de subir une crise bien longue et cependant tout nest pas fini. La raison en est bien simple. Notre ennemi fuit constamment devant nous avec une troupe peu nombreuse, et constamment il refuse le combat. Il séchappe comme un renard par les passages les plus étroits et des rochers presquinaccessibles, rien nentrave sa marche qui nest pas retardée par un convoi, car partout on lui offre des substance pour sa troupe et ses chevaux. Ses malades ou ses blessés sont reçus par des frères qui en prennent soin ; ses chevaux hors de service sont aussitôt remplacés par des chevaux frais, tandis que si nous abandonnions nos blessés et nos malades ils seraient décapités. Ainsi la force et la puissance dAbd-el-Kader se composent en réalité des ressources et des forces réunies de toutes les tribus. Donc, pour ruiner sa puissance, il faut ruiner les Arabes, aussi avons-nous beaucoup incendié, beaucoup détruit Je soutiens que le hasard seul peut faire tomber notre ennemi dans nos mains. » Le Maréchal ne parle pas de nos pertes ; elles nont pu être que fort considérables dans une campagne aussi longue et aussi pénible. Aussi nos soldats rentrèrent ils à Algers brisés de fatigues, épuisés par la faim, dans un état de délabrement et presque de nudité qui navra le cur de tous ceux qui en furent témoins.
Abd-el-Kadev profitant de la retraite du Maréchal Burgeaud, surprit une de nos colonnes et fit quatre cents prisonniers. On apprit bientôt quils avaient tous été fusillés.
Dernièrement tous le journaux ont annoncé la soumission de la grande Kabylie. Elle est située entre la province dAlger et celle de Constantine. Sa population est évaluée à 250,000 habitants dont 20,000 portent les armes. Le Maréchal Bugeaud préparait depuis quelques semaines une expédition contre la Kabylie. Il serait assez naturel de croire que la menace de cette expédition a exercé quelquinfluence sur les Kabyles restés sourds jusquici à toutes nos ouvertures. Tandis que les principaux chefs de la Kabylie entraient à Alger, Bou-Maza faisait sa soumission à Orléansville. Cest, après Abd-el-Kadev, le chef le plus influent des Arabes. Il est depuis quelques jours à Paris.
Quelques tribus Kabyles nayant point voulu se soumettre aux conditions que le Maréchal Bugeaud voulait leur imposer, nos troupes sont entrées sur leur territoire. Six heures de combat leur ont suffi pour semparer de plusieurs villages qui étaient comme autant de forteresses sur la cime des montagnes et que les Kabyles regardaient comme inexpugnables. Maintenant donc toute la Kabylie est à nous. Après cette nouvelle conquête le Maréchal Bugeaud a donné sa démission.
Alger dévore chaque année 100 millions et exige une armée de 100 mille hommes, cest une veine toujours ouverte doù séchappent à longs flots le sang et lor de la France.
Angleterre et Irlande.

LUnivers a publié une lettre écrite de Birmingham sous la date du 14 8bre et signée W.W., probablement Mgr Wiseman, coadjuteur de Birmingham. En voici quelques extraits : « Je viens, selon vos désirs, vous entretenir de nos affaires religieuses et vous dire que lAngleterre continue à marcher dans la bonne voie. Quoique vous enregistriez moins souvent quà la fin de lannée dernière des conversions marquantes, il sen opère de nombreuses et la grâce en prépare plus encore. On ne sait peut-être pas généralement en France que Mr Newman et ses amis ont laissé dans lEglise Aglicaine de quatre à cinq mille membres du clergé qui font ce que leur maître faisait avant eux ; ils travaillent à catholiciser leur église sans savoir ce que cest que le catholicisme.. Que la position prise par le Doctr Pusey ne vous décourage pas. Si notre Seigneur se plaît à laisser autour de lui quelques ténèbres, cest que son éloignement de langlicanisme arrêterait sans doute le travail de fermentation qui sopère. La polémique entre les Puseystes et leurs adversaires est aussi vive et aussi féconde que jamais. Il ne se publie ni dun côté ni de lautre un volume ou une brochure qui nattire aussitôt un déluge de pamphlets en réplique. Le grand ouvrage de Mr Newman sur le développement de la doctrine Chrétienne a fait imprimer depuis un an de quoi garnir une bibliothèque. » Ce savant théologien, dont nous vous annonçâmes la conversion lannée dernière ; est allé à Rome pour se préparer à recevoir les Stes Ordres. Voué à la vie religieuse, ainsi que quelques uns de ses amis, il reviendra implanter en Angleterre lordre des oratoires. Nul doute que des hommes si éminents en vertus et en science ne soient destinés à opérer de grandes choses dans leur patrie. Il est à espérer quils ne rencontreront pas dobstacles de la part du Gouvernement dans laccomplissement du but quils se proposent, puisque les ordres religieux, même celui des Jésuites, sont tolérés en Angleterre malgré les lois de proscription qui nont pas encore été révoquées. Un bill tendant à obtenir cette révocation, et lexemption de certaines pénalités qui pèsent encore légalement sur les Catholiques, après avoir été discuté et être passé par lépreuve dune 2ème lecture, ce qui équivaut presquà ladoption, a été récemment rejetté à une forte majorité. Serait-ce une preuve de réaction contre le mouvement catholique ? Cela nest guère probable. On a remarqué que la presque totalité des membres irlandais étaient ce jour là absents de la chambre, tandis que les puritains et tous les bigots de lAnglicanisme avaient recruté toutes leurs forces. Quoiquil en soit, encore quelques années, et lon apprendra à compter avec les Catholiques. Au commencement du règne de Georges III, il ne sen trouvait en Angleterre et en Ecosse que 60,000 ; en 1821, un dénombrement officiel portait déjà ce chiffre à 700,000 ; en 1842, à 2,500,000 et à la fin de 1845 leur nombre sétait accru jusquà 3,380,000. Bientôt donc peut-être lAngleterre sétonnera dêtre redevenue Catholique. Tout dernièrement, son premier Ministre, Lord John Russell, a excité de vifs applaudissements dans la Chambre des Communes en prodiguant des éloges à la politique de Pie IX, et en manifestant le désir que des relations plus formelles fussent établies entre Sa Sainteté et la Grande-Bretagne. En attendant que le père commun des fidèles reprenne ses droits usurpés sur ce royaume, la reine Victoria continue de le gouverner au spirituel. Assisté de son conseil privé, elle a ordonné que le 24 Mars dernier serait un jour de jeûne et dhumiliation pour tous ses fidèles sujets, et cela pour détourner le fléau de la famine et de la peste qui dévore lIrlande. La proclamation est curieuse, nous en citons une partie : « Nous ordonnons et recommandons strictement que ce jeûne publié soit révérencieusement et dévotement observé par nos sujets affectionnés dAngleterre et dIrlande, sils recherchent la faveur de Dieu tout puissant et désirent détourner sa colère et son indignation, et sous peine des châtiments qui pourraient être justement infligés à tous ceux qui dédaigneront ou négligeront laccomplissement dun devoir si religieux et si nécessaire. » Sa Majesté navait point indiqué la manière dont devait sobserver ce jour de jeûne et dhumiliation, ce qui ne fut pas un petit embarras pour lépiscopat anglicain qui ne sentendit pas davantage là dessus que sur tout le reste. Il est bien à craindre que le 24 Mars nait été en tout semblable au Vendredi saint dont léglise anglicaine a aussi fait un jour de jeûne et de pénitence. On sait que ce jour-là les pâtissiers font leurs plus fortes recettes de lannée. Le 24 Mars eût cela de particulier que tout chôma comme aux jours de grandes fêtes ; le temps était beau, on en profita pour se rendre à la campagne ou aux lieux de promenades publiques. Les administrations des chemins de fer réalisèrent de beaux gains ; belle consolation pour les pauvres Irlandais ! Ils sont en effet bien malheureux nos bons frères dIrlande. Daprès un rapport de la commission denquête sur létat des pauvres, le nombre des indigents est chaque année en Irlande de 2,500,000 ; cette année, selon un autre rapport, il atteint le chiffre de 4,000,000. En 1845, la maladie des pommes de terre ne détruisit, dans certaines parties de lIrlande que le tiers ou le quart de la récolte, au lieu quen 1846 la destruction a été complète. Aux horreurs de la famine sest joint une espèce de peste. La fièvre typhoïde frappe par centaines les hommes des classes laborieuses et sur 10 malades elle en enlève 9. Un journal évalue à un million le nombre des victimes du double fléau de la peste et de la famine.
Le Gouvernement Anglais nest pas resté spectateur insensible des maux de lIrlande. Il la peuplée dhôpitaux provisoires, dinfirmières et de médecins, mais il na pas pris de mesures assez efficaces pour lempêcher de mourir de faim. Ce nest quaprès de longues souffrances que le Parlement sest enfin décidé à donner du travail à tant de bras amaigris, que devait faire vivre un modique salaire partagé avec une famille privée de toute autre ressource. Cependant, au bout de quelques mois, le Gouvernement seffraya des dépenses énormes quil était obligé de faire pour un si grand nombre de travailleurs, et il en congédia 140 mille, sous prétexte quil était nécessaire densemencer les terres. La mesure était sage quoiquun peu tardive, mais certains sacrifices étaient nécessaires pour la rendre possible et le Gouvernement refusa de les faire. « Nous approchons des ides de Mars, dit le recteur catholique de Louisbourg, et rien, littéralement rien na été fait pour préparer le sol. Ce nest point le résultat de lapathie ou dune combinaison, cest une preuve de limpuissance où sont les habitants de cultiver la terre. Sils laissaient les travaux publics ils sexposeraient par là, ils exposeraient ce qui leur est plus cher queux mêmes, leur famille, à laquelle leurs gages actuels ne leur permettent même doffrir quune insuffisante nourriture. A moins quon ne fasse promptement quelque chose (cest-à-dire, à moins quon ne fournisse à ceux quon renvoie labourer leurs champs, la semence et les moyens dexistence nécessaires) lannée prochaine sera pire que celle-ci. » Que restait-il donc à ces 140 mille hommes, renvoyés ainsi impitoyablement des travaux publics, sinon, comme ils le disaient eux-mêmes les larmes aux yeux, de se creuser le tombeau qui devait bientôt les ensevelir avec leurs femmes et leurs enfants ? Soyons justes cependant, des soupes économiques devaient remplacer les salaires par les travaux publics, mais ce nouveau système na pas été mis immédiatement en pratique, si toutefois il lest aujourdhui, ce que nous ignorons. Il est au moins bien certain que la mortalité augmente dans des proportions rapides, quoique la faim éloigne des rives dErin un grand nombre dinfortunés qui fuient pour échapper à la mort. Les quais de Liverpool seuls ont vu débarquer en 2 mois plus de 60,000 mendiants. La fierté anglaise ne jette sur leurs baillons que des yeux de dédain, tandis quelle devrait se reprocher dêtre elle-même la cause de tous leurs malheurs.
Nous devons signaler ici un genre de prosélytisme assez inouï. Certains puritains se sont mis en tête de faire entrer le protestantisme en Irlande sous le patronage de la peste et de la faim. Avec le produit de leurs collectes, qui a été abondant, ils ont organisé une distribution de secours, en annonçant toutefois quon ne donne et ne vend rien aux papistes. Cela est clair. Les champions du fanatisme néchangent leur soupe, leur pain et leurs denrées que contre des apostasies. Nous navons pas besoin de stigmatiser cette pitoyable propagande, un Evêque anglicain la fait dans des termes quaucun catholique ne désavouera.
Les malheurs de lIrlande ont excité au loin de vives sympathies. LAmérique leur a envoyé dernièrement un navire chargé de vivres et portant le produit dune abondante collecte. Le Grand Turc a aussi autorisé une souscription en leur faveur dans ses états, et sest inscrit en tête pour une somme considérable. Le St Père a été un des premiers a sentir ses entrailles émues. A sa recommandation, et à son exemple, ses sujets ont joint la prière à laumône. Mais cette charité ne devait pas rester enfermée dans les limites des Etats de lEglise. Bientôt une Encyclique, dictée par le cur paternel de Pie IX et adressée aux Patriarches, Archevêques et Evêques du monde entier, a peint, par les couleurs les plus vives, les souffrances de ses enfants les plus dévoués, sollicité en leur faveur des prières pendant 3 jours, et laumône qui doit leur sauver la vie. Si nous ne nous trompons, il sera répondu généreusement à cet appel en France, malgré létat de gène malheureusement trop général.
Nous ne vous avons encore rien dit dOConnell. Depuis lavènement du cabinet Wigh, il sétait abstenu habilement dattiser le feu de lagitation ; ses lettres et ses discours avaient été calculés de manière à calmer la tempête quil avait naguère soulevée. Le rapprochement dOConnell du parti Wigh nétait quun rapprochement de circonstance qui navait aucun caractère de durée. Si laffreuse calamité qui avait imposé ce joug à lagitateur eût cessé dexister, lalliance se serait dissoute naturellement avec la cause qui lavait produite. Ce nest pas ainsi quen jugèrent certains partisants du rappel qui ne vinrent, dans cette conduite dOConnell, quune lâche trahison de ses premiers engagement. Aussi se séparèrent-ils de lui sans déserter cependant la cause du rappel. On leur donna le nom de jeune Irlande. Sous leur drapeau senrôla la partie la plus ardente de la jeunesse protestante qui voulait le rappel, et tous ceux qui, ayant perdu toute confiance dans lefficacité des moyens pacifiques, avaient plusieurs fois parlé dune révolution par les armes comme dun événement dans lordre des faits possibles et peut-être nécessaires. Les efforts de la jeune Irlande, pour exploiter à son profit les apparentes contradictions dOConnell, furent à peu près impuissants. OConnell resta populaire. Les Evêques et le clergé continuèrent à lui envoyer des adresses dadhésion pleine et entière à ses principes. Cependant la guerre que se faisaient les deux partis, loin de remédier aux maux de lIrlande, nétait propre quà les aggraver ; aussi à peine la jeune Irlande avait-elle désavoué dans ses meetings la doctrine de la force physique, quOConnell fit lui-même les 1ères tentatives dun rapprochement. Ce ne fut quaprès bien des efforts quil pût enfin réussir. Voici comment un journal rend compte de cet acte de pacification. « La situation de lIrlande est si désespérée, le mal qui la travaille est si grand et si profond quune sorte de miracle vient de saccomplir. Tous les partis qui divisaient le pays abjurent leurs animosités ; ils se confondent désormais dans un parti unique, qui veut sappeler le parti de lIrlande, et ne soccupera dans les Chambres et hors des chambres que de ce qui touche aux intérêts de lIrlande. OConnell et ses fils y figurent à côté des chefs du protestantisme. » Le célèbre agitateur ne devait pas jouir longtemps de ce dernier triomphe, lun des plus glorieux de sa vie. Les luttes pénibles quil avait eu à soutenir, et surtout les souffrances de lIrlande, toujours présentes à sa pensée, minèrent bientôt sa forte constitution. Sa maladie fut jugée grave et les médecins, en lui interdisant tout espèce de travail, le décidèrent à aller respirer lair de lItalie. Il est resté plus dun mois dans le midi de la France, nayant pas assez de force pour se rendre au terme de son voyage. Cependant un mieux sensible sétant déclaré dans sa santé, il en profita pour se rendre à Gênes. Mais ce mieux nétait que la suprême lueur dune lumière prête à séteindre. OConnell mourût à Gênes le 15 Mai, avec le calme du juste et les consolations du chrétien. Son cur sera porté à Rome, selon le désir quil en a exprimé avant de mourir.
Revenons à lAngleterre. Par une mesure qui fait peu dhonneur au Ministère des Wighs, les catholiques ont été exclus de la participation aux secours accordés par le Gouvernement pour léducation de la jeunesse. Tous les Evêques catholiques ont protesté de la manière la plus énergique contre une semblable exclusion. Leurs plaintes, il est vrai, nont pu faire changer les dispositions de la loi, mais à limpression quelles ont produite, il est permis despérer quelles auront sur lavenir de salutaires influences.
La politique intérieure du cabinet Anglais sest bornée aux mesures à prendre pour remédier aux maux de lIrlande et à la proposition de certaines lois toutes favorables aux classes inférieures, telles que la loi sur les céréales et celle sur les sucres qui ont été adoptées, lune malgré les efforts de la vieille aristocratie dont elle détruisait le monopole, et lautre malgré le intérêts des grands industriels qui se trouvaient lésés par la lire admission des sucres étrangers.
Toujours avide de conquêtes, lAngleterre a encore ajouté le Punjab à ses immenses possessions de lInde qui sétendent désormais du golfe du détroit de Malacca aux rives de lIndus. Cette belle et fertile contrée, dont Lahore est la Capitale, est bornée dun côté par lInde Anglaise, de lautre par les 4 provinces de lAfghanistan, héral, Kandahar, Kaboul, et Peshawar. Cest le royaume de Porus. Des mesures efficaces, telles que la Grande Bretagne ne manque jamais de les prendre, lui assurent la paisible possession dun pays qui pouvait mettre à la fois sous les armes 75,000 hommes formés à la discipline militaire par dhabiles généraux français. Lexercice y était commandé en notre langue et les piques des lanciers portaient nos couleurs.
LAngleterre nest jamais scrupuleuse lorsquil sagit de ses intérêts. Depuis longtemps elle avait tourné ses convoitises vers Bornéo ; mais cette île était interdite à loccupation anglaise par les traités passés entre lAngleterre et la hollande. Néanmoins une des derniers malles de lInde nous a apporté la nouvelle que lîle de Loboan, située sur la côte de Bornéo et réservée comme les autre îles de la Sonde, à la hollande, fait désormais partie des possessions britanniques.
Espagne et Portugal.

Espagne_ les difficultés qui ont retardé jusquici la conclusion dun concordat avec lEspagne, semblent devoir prochainement saplanir. Les dispositions du Gouvernement espagnol sont aujourdhui plus favorables ; et tout fait espérer que les négociations tant de fois entravées, et si longtemps interrompues, aboutiront enfin à un état non moins désirable pour la tranquillité de lEtat que pour la paix de léglise en Espagne. Mgr Brunelli, secrétaire de la Propagande, nommé par Grégoire XVI, délégat apostolique du Gouvernement de Madrid, est parti tout dernièrement pour se rendre à son poste. Il y trouvera bien des plaies à guérir. Il y a en Espagne 39 sièges épiscopaux vacants ; il ny reste que 22 Evêques, dont plusieurs exilés ou hors de leurs diocèses viennent dêtre rappelés. Le clergé du second ordre languit dans la misère. La dévolution des biens ecclésiastiques non vendus a été, dans plusieurs diocèses, plutôt nuisible que favorable au soulagement du clergé. Partout les commissions diocésaines trouvent non seulement un déficit scandaleux sur ce quon dit leur rendre des biens dévolus, mais encore elles rencontrent de nombreux obstacles pour réaliser ce dont elles peuvent disposer.
Les affaires politiques dEspagne ne sont guère en meilleur état que les affaires religieuses. Le commencement de lannée dernière a vu cinq ministères en 2 mois, et la durée moyenne de ceux qui se sont succédés depuis, nest que denviron un mois. Lavant dernier composé de modérés, et favorable à la France, a succombé sous linfluence Anglaise pour faire place aux progressions amis de lAngleterre. Cest une première vengeance du double mariage, mais ce ne sera pas probablement la dernière. Le Comte de Montemolin, fils de D. Carlos, héritier des droits de son père qui a abdiqué en sa faveur, après 6 ans de détention à Bourges, parvint à tromper la vigilance du Préfet du Cher et passa en Angleterre au moment où sa colère éclatait en menaces contre lEspagne et contre nous. Il y reçut un accueil très favorable, comme on se limagine bien. Son parti commença dès lors à sagiter en Espagne et à relever son drapeau. Il y eut en conséquence quelques soulèvements dans plusieurs provinces, mais ils neurent pas de gravité. Cette expérience trompa sans doute le gouvernement Anglais, car depuis lors il paraît avoir renoncé à exploiter à son profit la cause du Duc de Montemolin. Des hommes judicieux et dont les opinions ont un grand poids en politique, ont vivement regretté quil ne soit pas devenu lui-même le mari de la reine dEspagne. Ils voyaient, dans cette union, la réconciliation des partis dont les haines assoupies pour un moment se réveilleront bientôt plus et plus ardentes que jamais. En donnant la préférence au Duc de Cadix, il paraît quIsabelle na point été violentée dans son choix, cependant la mésintelligence na pas tardé à éclater entre les deux époux. On ne les voit que très rarement ensemble dans les promenades journalières, et la reine a entrepris dernièrement un petit voyage dont le Duc ne faisait pas partie. Les choses en sont venues à un tel point quil est grandement question dun divorce. Et qui provoque ce scandale ? lAngleterre. Pour lui laisser le champ libre, nous avons rappelé notre ambassadeur. Voilà comment nous savons protéger nos amis.

Portugal_ Les changements de ministère ont été à peu de choses près aussi fréquents en Portugal quen Espagne. La guerre de civile y a duré plus dun an. Elle commença lannée dernière au mois dAvril dans la province du Minho, aux cris de : à bas Cabral ! à bas la reine ! à bas les nouveaux impôts ! Bientôt elle se répandit dans presque tout le royaume qui fut mis sous le régime de la loi martiale. Les succès des révolutionnaires ne tardèrent pas à donner des craintes sérieuses à Dona Maria. Une junte nommée par eux prononça sa déchéance et proclama son fils D. Pedro roi dOporto avec un conseil de régence. Dun autre côté les Miguélistes se montraient à découvert. Lhymne de D. Miguel se chantait constamment dans les rues de certaines villes où il avait été proclamé et on y portait librement ses couleurs. Après quelques succès et beaucoup de revers, la reine de Portugal se voyant dans limpuissance de se procurer de largent et de pousser ses opérations avec vigueur, proposa, dit-on, à la Compagnie des Indes britanniques de lui vendre les Indes portugaises. Ce quil y a de certain, cest que dès lors les choses changèrent de face. D. Miguel qui sétait embarqué sur un vaisseau de guerre anglais fut subitement délaissé par le Ministère des affaires étrangères qui lui avait promis appui comme à lautre prétendant péninsulaire le Comte de Montemolin. Les moyens pécuniaires ne pouvant seuls suffire pour réduire linsurrection, D. Maria fit appel aux puissances signataires de la quadruple alliance. LAngleterre, la France et lEspagne lui répondirent en lassurant de leur coopération , mais lAngleterre fit en sorte que sa médiation fut seule acceptée. Elle accorda au parti révolutionnaire tous les honneurs du triomphe. Les prisonniers tombés au pouvoir de la reine et traités jusqualors avec une extrême rigueur devaient être relâchés. Les décorations et les récompenses accordées aux défenseurs de sa Majesté étaient annulées. Ces propositions tous avantageuses quelles étaient aux révolutionnaires ne furent point agrées par la Junte dOporto. Larmée royaliste elle-même, encore pleine denthousiasme et de dévouement à la reine, fit entendre un murmure de désobéissance au moment ou ordre lui fut signifié de mettre bas les armes. Alors lAngleterre appela à son secours la France et lEspagne. Une conférence fut tenue à Londres entre les représentants de ces 3 puissances. Lintervention y fut résolue. La France, lAngleterre et lEspagne devaient fournir des forces navales à Dona Maria et en outre un corps darmée espagnole devait entrer en Portugal. Il est probable que les révolutionnaires ne tarderont pas à faire leur soumission.
Suisse.

La diète helvétique fut dissoute le 12 septembre dernier après une session à peu près stérile ; les dissentiments qui divisent les cantons navaient que trop bien réagi sur cette assemblée et la plupart des questions qui lui étaient déférées sont restées sans solution, faute dune majorité suffisante. Néanmoins, le parti radical a gagné beaucoup de terrain. Les élections lui ayant donné la majorité dans le canton de Berne, il en profita pour renverser le gouvernement et élaborer une nouvelle constitution. Encouragés par ce premier succès, les radicaux de Genève prirent prétexte du pacte dalliance mutuelle conclu dernièrement entre les 7 cantons catholiques pour opérer une révolution. Après une lutte de quelques heures, qui heureusement fut plus bruyante que meurtrière, la victoire resta aux radicaux. Le Conseil dEtat ayant donné sa démission, le Conseil administratif de la ville prit les rènes du Gouvernement. Loin de profiter des circonstances pour opprimer les catholiques, il se hâta daccorder aux 2 communions catholique et protestante, une liberté absolue ; il consentit à la réintégration du curé catholique dans tout ses droits, et se montra disposé non seulement à dédommager léglise de Genève de toutes les pertes que lui avait causées lancien gouvernement, mais encore à concéder aux catholiques une 2e église, lancienne étant insuffisante.
Après avoir triomphé à Berne et à Genève, le radicalisme se tourna contre Fribourg. Il avait espéré surprendre la ville et lobliger à capituler, mais il échoua complètement. A lapproche des corps-francs, le tocsin réunit dans un instant sous les armes tous les habitants de Fribourg et des environs. Instruits par lexpérience, les radicaux nosèrent en venir aux mains et jugèrent prudent de battre en retraite.
Que veut le radicalisme antifébrile ? Anéantir la religion catholique ? Assurément ce nest pas son principal but. Celui quil poursuit avant tout cest de semparer du pouvoir, et comme le concordat entre les cantons catholiques lui paraît un obstacle invincible, il fait tous ses efforts pour le dissoudre et se rendre maître de la diète en obtenant le secours dune voix qui lui manque. Fort alors de sa majorité, il ordonnera la dissolution de la ligue des 7 cantons catholiques, et en cas de refus, la guerre civile, cette guerre si ardemment désirée par le radicalisme sallumera enfin sur toute la surface du pays. Malheureusement les élections de Sr Gall viennent de lui assurer la suprématie numérique dont il compte faire un si terrible usage.
Russie, Pologne, Mont-Liban, Turquie, Grèce.

La Providence semblait avoir conduit comme par la main lEmpereur Nicolas aux pieds du souverain Pontife, pour y recevoir de sévères et salutaires leçons ; mais malheureusement limpression quelles semblèrent produire alors sur le curs de ce Monarque, ne fût pas de longue durée. Nicolas est aujourdhui plus intolérant et plus despote que jamais. Nous en trouvons la preuve dans une loi quil vient de publier dans le but dempêcher le prosélytisme en faveur de tout autre culte que de la religion Greco-russe. En voici les principales dispositions : « 1° . Toute personne qui aura abjuré la religion Greco-russe sera mise à la disposition des autorités ecclésiastiques. Si une telle personne a des parents professant la religion Greco-russe, elle est de plein droit déshéritée par eux Si le prosélyte a des enfants mineurs, le Gouvernement statuera sur leur sort. 2°. Tout homme qui permettra à sa femme et à ses enfants dembrasser une religion étrangère, sera pareillement traduit devant un tribunal criminel et puni selon toute la rigueur des lois existantes. 3°. Tout individu qui aurait engagé une personne à abjurer le culte Greco-russe perdra les prérogatives de son rang et tous ses droits civils, et il sera en outre exilé à vie dans la Sibérie occidentale. Sil appartient à la classe à laquelle les punitions corporelles sont applicables, il lui sera administré un certain nombre de coups de Knout et il servira le reste de sa vie dans une compagnie disciplinaire ; 4°. Quiconque aura prononcé des discours ou publié des écrits tendant à faire abjurer des personnes appartenant au culte Greco-russe perdra les prérogatives de son rang et sera détenu de un à 2 ans dans une maison de force. La récidive sera punie de lexil en Sibérie. 5°. Les pères et mères du culte Greco-russe qui font baptiser leurs enfants dans une autre confession chrétienne, seront punis de 2 ans demprisonnement et on leur ôtera leurs enfants, lesquels seront élevés par des membres greco-russes de leur famille. Toute personne qui empêche le membre dun culte étranger dembrasser la religion greco-russe sera puni dun emprisonnement de plusieurs mois. Tout ecclésiastique dun culte étranger qui enseignera à des mineurs greco-russes, les principes de sa religion, même sans intention de les faire abjurer, sera suspendu de lexercice de ses fonctions pendant une ou plusieurs années. Tout ecclésiastique dun culte étranger qui reçoit dans sa confession un individu greco-russe, sera puni de la perte de sa place, et de toutes les prérogatives qui y seraient attachées. Il est interdit aux ecclésiastiques tant réguliers que séculiers, dans les provinces de louest, davoir à leur service aucune personne professant le culte greco-russe et ce, sous peine dun amende de 40 roubles effectifs par chaque domestique. »
Il nest pas possible aujourdhui de se méprendre sur le but de lEmpereur de Russie. Il est évident quil veut établir, dans son vaste empire, une unité de culte semblable à lunité du Gouvernement qui l régit. Nous avons déjà montré, dans nos précédentes, les moyens quil avait employés pour décatholiciser la Pologne et entraîner dans le schisme Greco-russe, les grecs unis. Nous ajouterons encore ici de nouveaux détails aux anciens. Pour sagenouiller devant un autel, pour ouvrir son âme à un prêtre, pour recevoir de lui les consolations quon lui permet de donner à dautres, pour faire donner le 1er sacrement à lenfant qui vient de naître, et le dernier à lhomme qui va mourir, il faut être autorisé. LEnseignement religieux ne jouit pas dune plus grande liberté ; le prêtre catholique est forcé de se restreindre, dans ses instructions, à des principes généraux qui puissent convenir à tous les cultes. Ce serait un délit puni rigoureusement denseigner la foi catholique dans sa pureté et dans son étendue. Défense déclairer les fidèles sur les fausses doctrines ; défense de leur montrer labyme qui existe entre la vérité et lerreur, entre la foi catholique et lhérésie. Le prêtre lit en chaire ses prônes souillés du visa de la censure à peu près comme on lirait dans les cafés un journal timbré par la police. LEmpereur a fait composer un cours dinstructions religieuses que les curés doivent lire publiquement et honteusement au peuple devant leur autel déshonoré. Les écoles sont prohibés aux catholiques. Nicolas va plus loin, les sièges épiscopaux viennent-ils à vaquer par la mort ou par lexil des Evêques, il soppose tyranniquement à la nomination dun successeur. Toute communication avec Rome est punie de lexil en Sibérie. Il ne reste plus que deux Evêques catholiques dans toute la Russie. En privant les diocèses dun 1er pasteur le souverain sapproprie les dotations des Evêques, nomme lui-même un 1er capitulaire qui administre le diocèse, sedes vacante, sattribue le droit de donner ou de refuser aux ecclésiastiques la juridiction et même la permission de dire la messe. Mais le Czar ne se contente pas de faire lEvêque dans chaque diocèse, il sérige en Théologien et prescrit des dogmes, en Directeur des exercices spirituels des jeunes élèves et publie des décrets sur la discipline et le culte. Il place dans les séminaires catholiques des Topes pour faire observer la discipline que lui-même a prescrite et surveiller lenseignement dogmatique et moral que lui-même a décrété. Bien plus, des Topes sont nommés professeur dans ces mêmes séminaires disciplinés à la manière des Gymnases et des casernes russes. Puis quand les sujets de ces séminaires sont ordonnés prêtres, ils prêtent le serment suivant : Je soussigné, promets et jure devant Dieu tout puissant, unique dans la très sainte Trinité, que je désire et que je mengage à servir fidèlement et sincèrement, à être obéissant en tout à sa Majesté Impériale, mon réel, légitime et plus miséricordieux maître, lEmpereur Nicolas Paulowiez, autocrate de toutes les Russies. »
Nous navons à vous signaler dans la politique russe aucun événement bien marquant. La guerre du Caucase continue avec le même acharnement. On annonçait, il y a quelques mois, que Chamil-Bey, chef des Circassiens, avait passé au fil de lépée 4,000 fantassins ; quensuite sétant porté sur Kabarda, où 4000 colons russes avaient été établis par le gouvernement, il avait incendié leurs maisons, ravagé leurs champs et massacré impitoyablement tout ce quil avait pu rencontrer dhabitants. Lartillerie de Chamil-Bey, commandée par des officiers polonais, est en bon état et pourrait, de laveu de nos officiers français, tenir tête à la nôtre. Cette guerre interminable et qui, chaque année diminue sans profit pour la nation russe la fleur de la noblesse et du peuple, excite un mécontentement général. Le général Russe Woronsoff eut recours précédemment à un moyen bien honteux dy mettre fin. Il notifia aux chefs des Circassiens quà lavenir la Russie tolérerait la vente de leurs jeunes filles aux marchands turcs, sous la condition quils nattaqueraient point les forts russes. En conséquence plus de 20 navires turcs firent voile pour la Circassie, dans lintention de ramener chacun au moins 20 jeunes esclaves pour peupler les harem de Constantinople.
Le Gouvernement russe tend toujours à la destruction totale de la nationalité polonaise ; il en veut à ses coutumes, à sa religion, à sa langue et même à son système monétaire ; il regarde et punit comme un crime de lèse-majesté, tout ce qui est contraire à la volonté de lEmpereur ; les formes des poursuites et des condamnations sont tout à fait arbitraires ; non seulement ceux qui en sont chargés, mais même le moindre employé russe joint dun pouvoir presquabsolu vis-à-vis de tout polonais.
A côté de cette nation si malheureux plaçons en une autre plus malheureux encore. Les Maronites ont poussé vers la France les cris les plus déchirants. Le Gouvernement ny a donné quà contre-cur, une bien faible attention, malgré les voix éloquentes qui se sont élevées en leur faveur dans lune et lautre chambre . Mais la charité a devancé la politique. Une société de secours pour les maronites du Mont Liban sest formée à Paris. Voici la notice historique quelle a publiée dernièrement sur ces populations chrétiennes : « Aujourdhui tout lespace compris entre Beyrouth, Damas et Nazareth, est complètement ravagé, il ny reste plus ni une église, ni un couvent, ni un collège, ni une maison, pas un cabane, pas un arbre fuite, pas un cep de vigne, de tout ce qui appartient aux maronites. Dans les seuls diocèses de Damas, de Chypre, de Beyrouth et de Saïda, 750 églises et 48 couvents sont détruits ou brûlés. Depuis que la paix a été apportée, à ce que lon dit, par Schékib-Effendi, dans les seuls districts de Gizzin et de Scouff (et il y en a 27 districts de ravagés) 1,060 maronites ont été égorgés froidement, après avoir mis bas les armes sur la parole des officiers turcs. »
Un grave différend sest élevé entre la Turquie et la Grèce. LAngleterre, qui connaît toutes nos sympathies pour cette dernière et en particulier pour le ministère actuel, ne manqua pas de conseiller à la Sublime Porte de se montrer exigeante. Elle prit en conséquence des mesures qui commencèrent à compliquer la situation, et les hostilités paraissaient imminentes, lorsquun appel fut fait à la médiation de lAutriche. Celle-ci a condamné la Grèce à donner satisfaction à la Turquie. Voilà encore un soufflet que nous donne lAngleterre, et que nous recevons comme tant dautres, en silence.
Autriche, Prusse, Bavière.

Par le traité de Vienne du 7 Décembre 1815, la Ville de Cracovie, avec son territoire, fût déclarée à perpétuité cité libre, indépendante et strictement neutre, sous la protection de la Russie, de lAutriche et de la Prusse. Cétait le dernier boulevard de la nationalité polonaise, le phare de salut pour la Pologne entière dans un meilleur avenir. Quelques tentatives prématurées avaient déjà mis cette ville presquentièrement sous le joug de lAutriche, qui y entretenait une forte garnison. Un complot ayant pour but de la rendre à son ancienne indépendance, et aussi mal combiné que les précédents, vint la plonger dans de nouveaux malheurs au commencement de lannée dernière.
Le 20 Février, environ une centaine dinsurgés levèrent létendard de la révolte et ne tinrent pas longtemps devant la garnison Autrichienne. Laffaire aurait donc pu se terminer là, si trois jours après, sans aucune nouvelle attaque ou agression quelconque, le général Collin, qui commandait les Autrichiens dans la ville de Cracovie, neût évacué cette ville en menant avec lui toutes les autorités, toute la milice et toutes les forces publiques. A la nouvelle ce cette évacuation, quon supposait forcée, on crut en Europe que la révolte de Cracovie était sérieuse. Une souscription ayant pour but daider les Polonais à reconquérir leur nationalité, dont ils ont été injustement dépouillés, souvrit à Paris et fut bientôt couverte des noms de la majorité des députés, et de beaucoup dautres non moins honorables dont quelques uns appartenaient au haut clergé. Mais bientôt la vérité fut connue. On sut que lattaque du 20 Février navait été quune échauffourrée, et que la retraite du Général Collin prouvait, jusquà lévidence, quon avait voulu donner à linsurrection des proportions et un caractère quelle navait pas dabord. Cest en effet ce qui arriva. Une poignée dinsurgés, venus on ne sait doù, constituèrent dans cette ville, abandonnée à elle-même, un Gouvernement provisoire. LAutriche aurait bien pu seule ressaisir à Cracovie lautorité qui ne lui était échappée que par sa faute, mais ses troupes ny rentrèrent quavec celles de la Prusse et de la Russie. Quelques mois après Metternich annonçait aux Cabinets intéressés que la république de Cracovie serait, du Consentement de la Russie et de la Prusse, incorporée dans les Etats Autrichiens. La France et lAngleterre protestèrent énergiquement contre une semblable violation du traité de Vienne dont elles avaient accepté la garantie en y apposant leurs signatures, mais on ne tint aucun compte de leurs protestations.
La Gallicie, cet autre démembrement de la Pologne, incorporée à lAutriche, na pas été plus heureux que Cracovie. « Il y a eu là, dit Mr . de Montalambert, une conspiration, cela est vrai, mais quoique je lui donne ce nom, je ne prétends pas lui attribuer un mauvais sens ; il y a eu une conspiration contre les autorités et contre le Gouvernement établi dans ce pays. Mais je me hâte dajouter quelle navait été avouée par aucun personnage important On na pu nommer un seul des conjurés ; on na pu prouver lexistence du délit, du crime, de la violation de lordre établi dans le pays, contre une seule des victimes quon a égorgées, ni contre celles qui languissent encore dans les prisons autrichiennes. » Le nombre de ces victimes a été très grand. Voici ce quen a écrit un témoin oculaire : « Dans les 3 cercles les plus peuplés et autrefois les plus riches de la Gallicie, il ny a presque plus un seul propriétaire ; tous sont tués ou en fuite ; toutes les maisons sont saccagée La Gallicie nest plus quune traînée de sang ; les gémissements même y ont cessé La main qui a dirigé dirige toujours et oublie totalement celle de Dieu. » Cette main si coupable cest celle de lAutriche. Lautorité locale de Gallicie connaissait le complot et pouvait létouffer avant quil eût fait explosion. Loin de là elle la exploité dans les vues dune politique toute machiaveliste. « Prenez garde à vous, faisait-elle dire par ses émissaires aux paysans qui sont les serfs du pays, vos seigneurs méditent une révolte, mais comme ils pensent ne pouvoir vous entraîner avec eux, ils ont résolu de boire votre sang, après avoir bu vos sueurs. » Ces paroles produisant leffet quon en attendait, la terreur se répandit dans les villages ; le soir toutes les maisons étaient abandonnées. Les paysans, dans la crainte dêtre surpris, se réfugiaient la nuit au milieu des bois. Sûre alors du concours de ces populations, lAutriche navait plus quà donner le signal, et cest ce quelle a fait au moment qui lui a paru le plus favorable. Alors on a vu toutes les horreurs dont nous venons de vous offrir le tableau, commises par les paysans encouragés et soldés par lautorité autrichienne. Les 2 capitaines du cercle de Tarnou et de Bochnia sont aujourdhui convaincus, de laveu de la presse allemande elle-même, davoir payé dabord 10 florins, puis 5 florins, ensuite un florin seulement aux paysans pour chaque cadavre quils apportaient dans leurs villes préfecturales. Comment le Gouvernement autrichien pourrait-il repousser laccusation de complicité qui pèse sur lui, quand au lieu de punir les assassins et les spoliateurs de tant dinnocents, il les a remerciés dans une pièce officielle signée par lEmpereur et a accordé des décorations aux dignes chefs de ces bandes ?
Les conversions à la foi catholique continuent en Allemagne et ne sont, disent certains journaux, guère moins nombreuses quen Angleterre. Nous vous en signalerons deux des plus marquantes ; celle du Baron Ulisse Antoine de Sulis Soglio, Colonel, commandant un régiment au service de lEmpereur dAutriche, et celle du Baron Turkhien, major au service du Roi de Bavière, qui fit son abjuration la veille de sa mort.
Prusse_ Nous vous avions parlé dun prétendu concile cuménique-évangélique tenu à Berlin du 5 janvier au 13 février 1846. Voici quelle en a été lissue. Déclarer en termes vagues et indéfinis lautorité de la parole divine en laissant à chacun le droit de la comprendre et de linterpréter à sa guise ; considérer les livres symboliques comme lexpression temporaire dune foi qui nest plus et qui ne peut plus obliger personne ; ne leur accorder dautre importance que celle dévènements historiques ; ouvrir la porte aux nombreuses dissidences qui naissent de cette confusion didées que lon appelle progrès et développement du système protestant ; croire enfin que tout cela est compatible avec une concorde doctrinale de toutes les églises, tel est le résumé des travaux dune assemblée convoquée avec tant déclat et qualifiée de Concile.
Au mois de Juillet un synode évangélique souvrit encore à Berlin. Le résultat de ses délibérations sest réduit à 7 avis, savoir : sur la sainteté du serment ; sur la nécessité de soulager les surintendants et les ministres dans leurs fonctions pastorales ; sur un fonds de pension à constituer en faveur des pasteurs émérites ; sur le serment des ordinants de se conformer aux livres symboliques pour maintenir lunité et la pureté de la doctrine ; sur lunion évangélique, et , enfin, sur le développement ultérieur à donner à la constitution ecclésiastique dans les 6 provinces du royaume. Comme tout cela est pauvre et sent la mort !
Quelques sectes dissidentes, entre autres le Rongisme, continuent leurs dévergondages et leurs chefs vont parfois expier sous les verroux dune prison les peccadilles sont ils se sont rendus coupables. La Commune libre de halle, à laquelle les femmes se font agréger aussi bien que les hommes, a abrogé dernièrement le baptême comme incompatible avec son projet avoué de ne vouloir pas former une église, cest-à-dire une communauté religieuse, mais tout simplement une communauté humaine. Alarmé de cette apostasie presque générale du christianisme, qui se manifeste sur tous les points de lévangélisme prussien, le clergé protestant de la Poméranie, au nombre de plus de 100 pasteurs, a déclaré au Gouvernement que sil ne se hâtait de formuler et de rendre obligatoire une profession de foi chrétienne, suivant la proposition faite il y a quelques mois par la minorité du Concile national, lui-même prononcerait sa séparation de lEglise évangélique.
Lédit de tolérance, annoncé depuis si longtemps, a enfin été rendu, et bien quil ne contienne au profit des dissidents des deux Eglises approuvées (lEglise évangélique et lEglise catholique) que dassez faibles concessions, on peut hardiment en inférer, que lautorité spirituelle du souverain est aussi profondément ébranlée dans lesprit de ses sujets protestants quelle est odieuse à ses sujets catholiques.
Un autre événement, souvent annoncé et démenti depuis 2 ans, sest enfin réalisé, mais dune manière fort incomplète. Le Roi de Prusse a doté son royaume de linstitution des Etats généraux. Les finances de ce royaume se trouvent dans un désarroi dont les causes et létendue ne sont pas secrètes. Pour les rétablir, il faut choisir entre un emprunt considérable et de nouveaux impôts. Aussi faut-il voir, dans la détermination du roi, autant un sacrifice imposé par les circonstances, quune satisfaction donnée à lopinion publique. Ces états généraux se sont réunis, pour la première fois, le 11 avril et travaillent depuis lors à élargir les bases étroites de leur institution. Ils veulent un gouvernement constitutionnel et il est probable que le roi sera obligé de faire encore cette concession.
Bavière_ Une danseuse espagnole, Lola Montès, après sêtre acquis une fâcheuse célébrité en France, a su semparer du cur du roi de Bavière, ce qui a donné lieu à une crise qui pouvait compromettre grièvement la tranquillité de ce royaume. Le Ministère, composé de catholiques très dévoués à leur souverain, mais consciencieux, préféré donner sa démission plutôt que de coopérer à la concession de lindigénat, avec un titre de noblesse, à lindigne favorite. Ce refus aussi loyal que généreux, formulé dans les termes dune parfaite convenance, na pu dessiller les yeux du Monarque sur une passion qui nest plus de son âge ; il a sacrifié ses ministres et donné leur portefeuille à des protestants qui nont pas été si scrupuleux à lendroit des affections royales. Une vive indignation se manifesta alors à Munich, mais le roi nen tint aucun compte et il choisit le moment où le peuple ameuté sous les fenêtres de Lola Montès, la poursuivait de ses sarcasmes et de ses huées, pour lui faire une visite et la consoler. Depuis lors linfluence de la favorite est toujours allée en croissant. Elle sétend, depuis les hautes régions du pouvoir jusque dans les camps de larmée, sur le personnel des universités dont elle fait expulser les professeurs catholiques, et sur les couvents en mettant des entraves à la profession religieuse.
Italie.

Après 15 années dun pontificat des mieux rempli, Grégoire XVI est allé recevoir la récompense de ses travaux. Sa mort, qui eût lieu sur la fin de mai 1846, fut aussi édifiante que sa vie avait été pleine de bonnes uvres. « Je veux, dit-il aux personnes qui lui parlaient de certaines cérémonies usitées à la mort des souverains pontifes, mourir en religieux et non en souverain. » Le deuil de lEglise ne fut pas long. Elle vit monter sur le siège apostolique, après une vacance de 15 jours seulement, un pasteur dont les qualités éminentes lui promettaient un Pontificat non moins glorieux que le précédent, et dont lâge lui permettait despérer un plus long règne. Son Emce le Cardinal, Jean Marie Mastaï Ferretti, Archevêque-Evêque dImola, fut élu Pape le 16 juin, second jour du Conclave et prit le nom de Pie IX. Ce choix, auquel lintrigue et la politique navaient eu aucune part, réjouit léglise universelle. Nous devons signaler entre les 1ers actes du nouveau Pape, la proclamation de lamnistie en faveur des prisonniers pour délits politiques, qui fut reçue avec un enthousiasme extraordinaire. Quelques évènements fâcheux vinrent troubler les démonstrations de la joie publique et donnèrent lieu de craindre que Pie IX neût à se repentir de cet excès de clémence. Heureusement il nen a point été ainsi. On écrivait de Rome quelques mois après cette amnistie : « La police devient inutile, les vols, les crimes ont diminué dune manière incroyable. La confiance, lenthousiasme que le St. Père excite, dépasse tout ce quon peut imaginer. »
La lettre encyclique de Pie IX, dont nous vous faisons passer un exemplaire, sera pour le monde catholique un objet de vénération et dadmiration bien sentie. Quils sont beaux les sentiments quelle exprime et les sages conseils quelle donne aux vénérables coopérateurs du St. Siège ! Nous navons pas à relever toutes les considérations singulières ou les commentaires extravagants de la plupart des journaux libéraux relativement à cette encyclique. Leur dépit doit être dautant plus grand quils comprirent alors linutilité des conseils quils sétaient permis de donner à sa Sainteté, pour lengager à entrer dans la voie où ils marchent eux-mêmes.
Pie IX a porté sur le trône pontifical les vertus dun saint et les éminentes qualités dun souverain. Si pour lunivers cest un grand Pape, pour les Romains cest un père et ce titre efface tous les autres. Il sest imposé des sacrifices personnels et na rien négligé pour remédier aux fléaux de la famine et des inondations dont les Etats pontificaux nont eu guère moins à souffrir que la France. On la vu monter en chaire et faire fondre son auditoire en larmes. Il distribue souvent la sainte communion dans les Eglises de Rome, visite incognito, à pied ou en voiture de place, les écoles des pauvres, les familles indigentes, les enfants quon prépare à la 1ère communion, etc.
En dehors du domaine de la foi, Pie IX travaille avec persévérance à des réformes intérieures. Le nouveau système introduit par lui dans lAdministration de la justice criminelle, a été accueilli avec une satisfaction générale, ainsi que les choix des nouveaux membres qui composent lorganisme des tribunaux de la S. Consulta et del Governo. Dernièrement le Cardinal Gizzi, secrétaire dEtat, a adressé aux Gouverneurs des provinces romaines une déclaration portant que sa Sainteté désire réunir autour dElle une assemblée de notables, délégués des principales villes des Etats romains. Certains journaux se sont empressés den augurer que Pie IX allait établir un gouvernement constitutionnel, mais ils se sont trompés. Il ne sagit ici ni de représentants élus, ni dune assemblée exerçant un contrôle officiel sur le gouvernement Pontifical. Chaque province des Etats romains aura, il est vrai, son délégué propre, mais les délégués, dune part, seront choisis par le souverain lui-même, et de lautre ils seront seulement investis du droit de lassister de leurs lumières. Cest aussi comme il en a fait laveu, en vue de séclairer que Pie IX laisse une grande liberté aux journaux de Rome. Un jour on lui mit sous les yeux une caricature faite par quelques exaltés dans laquelle il était représenté sous la forme dune tortue. « Vraiment, dit-il, je voudrais lavoir faite cette caricature ; oui javance lentement, mais javance toujours. Je suis tortue mais non point écrevisse. »
Sa Sainteté a en quelque sorte donné son adhésion à un projet dont le but est la réunion de la Méditerranée avec lAdriatique dans les Etats pontificaux par le moyen des chemins de fer ayant pour centre Rome et se dirigeant vers le Nord et le midi de lItalie.
Ce nest pas en Angleterre seulement que le St. Père a trouvé des sympathies ; Le Grand Turc lui-même lui a envoyé un Ambassadeur pour le féliciter de son élévation sur le trône pontifical et lui témoigner son admiration des grandes choses quil avait apprises à son sujet.
Etats-Unis, Amérique du Sud.

La question de lOrégon sest terminée à lamiable entre lAngleterre et les Etats-Unis. Toute la partie située au Nord du 45e parallèle, le détroit de Fenex avec lîle de Vancouver sont abandonnés à lAngleterre qui aura en outre le droit, pendant un temps déterminé par un traité, de naviguer sur la Colombie. Après les déclarations formelles du président des Etats-Unis de ne céder à aucune prétention de lAngleterre, on pourrait être surpris des concessions quelle en a obtenus, sil nétait évident que par là les américains ont voulu ôter au Cabinet de Londres tout prétexte dintervention dans leurs démêlés avec le Mexique et leurs vues sur la Californie. LAngleterre les a en effet laissés agir en toute liberté. La capitale de la Californie capitula, après un bombardement de 3 jours 1/2. Le tiers de cette ville avait été détruit par le canon américain. Bientôt larmée victorieuse se mit en marche vers la capitale du Mexique. Une bataille sanglante eût lieu entre les forces américaines et les forces mexicaines. Le général mexicain Sta Anna éprouva une défaite complète et ne séchappa lui-même quavec peine du champ de bataille. Les 2 généraux américains Scott et Taylor, partis de deux points opposés, se sont portés sur Mexico ; en sorte que Sta Anna se trouvera pris entre deux armées. Il est donc à présumer quen peu de mois le Mexique tout entier tombera pris entre deux armées. Il est donc à présumer quen peu de mois le Mexique tout entier tombera au pouvoir des Américains du Nord. Sils ne lincorporent pas aux Etats-Unis, du moins le forceront-ils à leur accorder les deux choses quils ont demandé, 1° une frontière qui longera le rio grande jusquau 32° degré de latitude et delà sétendra en droite ligne jusquà lOcéan pacifique ; et 2° un passage à travers listhme de Panama moyennant péage. Mais ici il est à craindre que les puissances maritimes ne permettent pas que les Etats-Unis, qui tiennent déjà le 2° rang parmi elles, sarrogent le monopole de ce paysage.
Les autres républiques du sud ne cessent de guerroyer, soit chez elles pour des dissentions intestines, soit avec leurs voisins.

Nous avons lhonneur dêtre, en union de prières et Sts sacrifices,

Nos Seigneurs et Messieurs,

Vos très humbles et très obéissants serviteurs

Paris, 12 juin 1847

P.L. Legrégeois