Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face patronne des missions

Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face

Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face et les MEP
Add this

Le Père Adolphe Roulland (1870-1934)

correspondant de Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face

 

Adolphe ROULLAND né le 13 octobre 1870 à Cahagnolles (Calvados)  entra au petit séminaire de Villiers-le-Sec au printemps de 1885, après avoir reçu quelques leçons de latin d’un religieux Prémontré. Ses études classiques terminées, il dut avoir un moment d’hésitation sur la voie qu’il allait suivre. Du moins on est porté à le conclure du passage suivant extrait  d’une des lettres de Sainte Thérèse : « Permettez-moi de vous confier un secret qui vient de m’être révélé par la feuille où sont écrites les dates mémorables de votre vie. Le 8 septembre 1890, votre vocation de missionnaire était sauvée par Marie, la Reine des Apôtres et des Martyrs : en ce même jour, une petite Carmélite devenait l’épouse du Roi des Cieux. Disant au monde un éternel adieu, son unique but était de sauver les âmes, surtout les âmes d’apôtres. À Jésus,  elle demande particulièrement une âme apostolique ;  ne pouvant être prêtre, elle voulait qu’à sa place un prêtre reçût les grâces du Seigneur, qu’il eût les mêmes aspirations, les mêmes désirs qu’elle. Mon Frère, vous connaissez l’indigne carmélite qui fit cette prière. Ne pensez-vous pas comme moi que notre union confirmée le jour de votre ordination sacerdotale commença le 8 septembre ? »  

Adolphe Roulland fut admis au Séminaire à Sommervieu en octobre 1890 pour y faire ses deux années de philosophie. C’est là que se mûrit et se décida sa vocation ; un moment il songea à se faire jésuite, pourvu qu’il fût assuré d’aller en Mission. En 1892, il fit  alors un court voyage à Paris à l’insu de ses parents et fit connaissance plus complète avec le Séminaire des Missions Étrangères : sa détermination était prise et quelques mois plus tard, le 12 septembre 1892, il entrait à la rue du Bac. Son séjour y fut de quatre années, coupé par l’année du service militaire. 
    
Au printemps de 1896, quelque temps avant son ordination sacerdotale,  Adolphe Roulland, soucieux d’assurer à son futur apostolat une plus grande fécondité, fit demander par dom Norbert de l’ordre des Prémontrés à la  prieure du Carmel de Lisieux, Mère Marie de Gonzague, d’associer une de ses religieuses à son prochain ministère. La prieure répondit affirmativement à sa demande et choisit sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui, disait-elle, était « la meilleure d’entre ses bonnes », pour remplir cette mission.  Le 20 juin suivant, le jeune diacre manifestait sa joie à la prieure du Carmel (1), en ces termes :

    Ma Révérende Mère,
    J’ai appris avec bonheur que vous vouliez bien me donner un ange auxiliaire dans mon apostolat. Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus priera tout spécialement pour le succès de mes travaux apostoliques. Grâce aux prières qui pour moi seront faites au Carmel, je gagnerai quelques âmes à notre Dieu.
     Je serais heureux de vous donner quelques détails sur ma future mission, mais je ne la connais pas encore. Nous ne choisissons pas : MM. les Directeurs nous envoient dans la mission où ils nous croient le mieux placés pour travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes, et ils ne nous font connaître leur décision que le soir de notre ordination au sacerdoce.
    Je serai prêtre le dimanche 28.  Au saint autel j’offrirai vos intentions à Notre-Seigneur.
Dans le courant de cette même semaine, j’irai en Normandie faire mes adieux à ma famille ; je passerai par Lisieux et j’ai eu la pensée, si cela vous était agréable, de m’y arrêter quelques heures pour aller dire la sainte messe dans votre chapelle que je connais : ce serait un  vrai bonheur pour moi de donner à sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus le Dieu de l’Eucharistie, le bien-aîmé Seigneur Jésus.
    Veuillez, ma Révérende Mère, recevoir avec ma vive reconnaissance, mes sentiments de profond respect,
A. Roulland, aspirant missionnaire 

Avec la permission de la prieure du Carmel, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus lui répondait le 23 juin :
    Je serai vraiment heureuse de travailler avec vous au salut des âmes. C’est dans ce but que je me suis faite carmélite ; ne pouvant être missionnaire d’action, j’ai voulu l’être par l’amour et la pénitence commune de Sainte Thérèse, ma séraphique mère. Je vous en supplie, mon Révérend Père, demandez pour moi, le jour qu’il daignera pour la première fois descendre du Ciel à votre voix, demandez-lui de m’embraser du feu de son amour afin que je puisse ensuite vous aider à l’allumer dans les cœurs.
 
 Après son ordination sacerdotale, qui eut lieu à Paris le 28 juin 1896, il reçut sa destination pour le Sutchuen oriental. Il partit alors faire ses adieux à sa famille et passa par Lisieux le 3 juillet. Il célébra la messe au Carmel et eut la joie de s’entretenir au parloir avec Sœur Thérèse, mais il ne put la voir, car à cette époque une carmélite ne pouvait communiquer avec ses visiteurs qu’à travers une grille de bois recouverte d’un voile noir, que l’on entrouvait que pour les parents et les jeunes enfants.  
    La prieure eut l’idée cependant de signaler au jeune prêtre la place de Thérèse à la chapelle pour la messe du lendemain, de sorte qu’il put alors la voir à visage découvert et lui donner la communion de sa main... De retour à Paris le 23 juillet, il envoya une lettre à soeur Thérèse où il lui raconta les adieux à sa famille, et lui fit part de ses sentiments à la veille de s’embarquer pour sa mission.

 
    Ma Sœur,
    Par les grâces que le bon Dieu nous a faites à ma famille et à moi pendant  mon séjour en Normandie, vous avez prévu que la séparation, naturellement pénible, a pu cependant s’effectuer aussi bien que possible. Je devais partir le vendredi à quatre heures du soir. Au repas nous avons été gais jusqu’à trois heures ; mais après, la tristesse a commencé à paraître ; de temps en temps j’avais les larmes aux yeux. 
    À quatre heures, j’ai fait signe à un ami ; il est allé atteler le cheval et, dix minutes après, la voiture arrivait devant la salle où nous étions réunis. Tous ont compris ; mes paquets ont été portés et je me suis levé; mon père, ma mère, deux tantes, une cousine et une amie se sont mis à genoux, j’ai donné à tous ma bénédiction et je suis sorti en fermant la porte derrière moi, et en route.  Ma mère est sortie; une personne qui était dans la voiture m’a dit : « Dites un dernier adieu à votre mère » et je ne l’ai pas fait. Je voulais, autant que possible, ne pas regarder en arrière. Saint François-Xavier était parti sans dire adieu à sa mère. 
    En arrivant à Paris, j’ai appris que mon départ, d’abord fixé au 26 août, aurait lieu le 29  juillet. Je pars heureux, parce que je sais que notre apostolat, c’est-à-dire le vôtre et le mien, sera béni du bon Dieu : sur la montagne du Carmel une âme priera pour le succès des armes de celui qui combattra dans la plaine.
    Tous les jours au Saint-Sacrifice, je prononcerai le nom de sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et si, comme vous l’espérez, vous allez au ciel avant moi, je continuerai de prier pour vous. 
Au revoir près de Jésus Eucharistie, et plus tard au revoir au Ciel.
P. Roulland, mis. au Setchoan.

Répondant à cette lettre, Thérèse demanda à son correspondant la permission de l’appeler « mon frère », puisque, dit-elle, « Jésus a daigné nous unir par les liens de l’apostolat et qu’il m’a créée pour être votre sœur ». Elle lui fit savoir aussi qu’elle avait obtenu la permission de garder sa photo dans sa cellule. ce qui était un privilège exceptionnel, parce que les carmélites ne pouvaient alors conserver que les photographies des parents les plus proches.  
Elle lui demandait encore de lui écrire les principales dates de sa vie, pour qu’elle puisse s’unir particulièrement à lui et remercier le bon Dieu des grâces qu’il lui avait faites avant de terminer sa lettre par cet adieu émouvant : Adieu, mon frère ! La distance ne pourra séparer nos âmes. La mort même la rendra plus intime. Si je vais bientôt dans le Ciel, je demanderai à Jésus d’aller vous visiter dans le Se-tchuen et nous continuerons ensemble votre apostolat. 

À peine arrivé en Chine, M. Roulland fit connaissance avec la maladie et la souffrance. Terrassé par une violente attaque de fièvre paludéenne, il dut s’arrêter à Koui-fou, laissant ses confrères continuer sans lui la montée du Fleuve-Bleu. Pendant dix jours il fut en proie au délire ; un premier médecin jugea son cas désespéré, mais un autre lui administra de fortes doses de quinine, qui réussirent à le sauver : “ C’est grâce aux prières des personnes qui me portent intérêt, et surtout aux vôtres, écrivit-il à sœur Thérèse, que je n’ai pas chanté mon « Nunc dimittis » en entrant dans ma Mission. Puis, le bon Dieu n’a-t-il pas voulu me montrer que sans la croix et la souffrance, je ne ferai rien pour sa gloire et le salut des âmes...  Il ne faut pas demander, ma Sœur, que je ne souffre pas, mais que je sache bien souffrir ”.

Le 24 février, il écrivit  encore à sœur Thérèse pour lui donner de ses nouvelles et lui parler de la situation, qui n’étaient pas très bonne : les pirates hantaient les routes et les pauvres gens étaient menacés de famine. “ Un père me disait avant-hier [qu’] il est possible que je passe l’arme à gauche ;  [qu’] il serait bon que je fasse mon testament... Enfin, nous sommes à la disposition du bon Dieu. Si les brigands m’assassinent et si je ne suis pas digne d’entrer au ciel, vous me tirerez du purgatoire et j’irai vous attendre au paradis ”. 

Dans une lettre du 19 mars, sœur Thérèse lui apporta le réconfort de ses conseils : Sur cette terre où tout change, une seule chose reste stable, c’est la conduite de Dieu à l’égard de ses amis. Depuis que s’est levé l’étendard de la Croix, c’est à son ombre que tous doivent combattre et remporter la victoire. Mon frère, les débuts de votre apostolat sont marqués de la Croix du Seigneur : il vous traite en privilégié... 

Elle l’exhorta aussi à ne pas redouter le purgatoire : je sais, écrit-elle, qu’il faut être bien pur pour paraître devant Dieu, mais je sais aussi que le Seigneur est infiniment juste... C’est parce qu’il est juste qu’il est compatissant et plein de douceur, lent à punir et abondant en miséricorde. Car il connaît notre fragilité. Il se souvient que nous ne sommes que poussière. Comme un père a de la tendresse pour ses enfants, le Seigneur a compassion de nous. Ma vie est toute de confiance et d’amour. Je ne comprends pas les âmes qui ont peur d’un si tendre ami... La perfection me semble facile. Je vois qu’il suffit de reconnaître son néant et de s’abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu.


Le 29 avril, M. Roulland envoyait une nouvelle lette à sa sœur Thérèse pour lui raconter les derniers événements.  Après deux mois de voyage à travers la Chine, il était enfin arrivé dans sa mission à Chungking et avait fait connaissance avec son évêque, Mgr Chouvellon. Il avait été ensuite envoyé dans le district de Ho-pao-tchang, dirigé par son confrère François Fleury, pour y faire l’apprentissage de la langue. Avec lui, il apprenait aussi son travail de missionnaire, visitant et soignant les malades, instruisant les enfants, administrant les sacrements... 

La dernière lettre de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus au P. Roulland, date du 14 juillet. Elle n’est pas écrite de sa cellule mais de l’infirmerie, où elle a été transportée la semaine précédente. La tuberculose pulmonaire dont elle est atteinte va bientôt venir à bout de ses forces et de sa résistance.  

    Ah ! mon Frère, je le sens, je vous serai bien plus utile au Ciel que sur la terre, et c’est avec bonheur que je vous annonce ma prochaine entrée dans la bienheureuse cité, sûre  que vous partagerez ma joie et remercierez le Seigneur de me donner les moyens de vous aider plus efficacement dans vos œuvres apostoliques. Quand vous recevrez cette lettre, j’aurai quitter la terre... 

Ce qui m’attire dans la patrie des Cieux, c’est l’appel du Seigneur, l’espoir de l’aimer enfin comme je l’ai tant désiré et de le faire aimer d’une multitude d’âmes. Je compte bien ne pas rester inactive et travailler encore pour l’Église et pour les âmes.  Adieu, mon frère. Priez beaucoup pour moi.

Cet ultime message ne parvint à son destinataire qu’après la mort, le 30 septembre, de la jeune carmélite,  


À la fin de cette même année 1897, Adolphe Roulland devint vicaire de M. Casimir Cacauld à Yeou-Yang et, en 1898 fut chargé du district de Leang-chan. Il n’y demeura pas très longtemps ; Mgr Chouvellon l’appela bientôt au petit séminaire de Tien-tche pour assurer un intérim, puis le nomma professeur de théologie au grand séminaire de Cha-pin-pa.  La maladie du supérieur l’obligea à le remplacer d’abord à titre provisoire, puis de façon définitive jusqu’à sa nomination, en 1902, de curé de Ma-pao-tchang, où il remplaça son confrère F. Fleury dont la santé avait été fortement ébranlée par une captivité de six mois chez les pirates. Il y reconstruisit la résidence et  rassembla les chrétiens apeurés par les persécutions et exactions des Boxers. À force de patience et de courage, il réussit à fonder des écoles dans une vingtaine de villages et contribua à redonner la sécurité dans son district.

Rappelé en 1909 comme directeur au Séminaire de Paris, il fut chargé plus spécialement de la procure du Séminaire. Il assuma cette charge jusqu’en 1913, puis il fut nommé économe. Au début de la guerre de 1914 il fut mobilisé et affecté à un hôpital de Normandie, mais le mauvais état de ses jambes le fit bientôt réformer ; il revint donc à la rue du Bac où il reprit les fonctions d’économe et de procureur. Ce temps de la guerre fut pour lui une période très fatigante et il en sortit avec une santé très ébranlée.

En 1921, il demanda une année de repos complet, qu’il alla passer à Rome ; puis, à son retour, il s’offrit pour diriger la maison de formation des Frères coadjuteurs de la Société des Missions Étrangères, qu’on avait décidé d’ouvrir à Dormans. Il devait se dévouer à cette œuvre pendant les treize dernières années de sa vie, y mettant tout son cœur et son énergie, en même temps qu’il remplissait les fonctions de chapelain de la Chapelle de la Reconnaissance.

On serait heureux de savoir comment et en quelles occasions plus spéciales Adolphe Roulland bénéficia de l’aide de sa sœur carmélite, mais il resta toujours d’une discrétion absolue à ce sujet. Il aimait sa protectrice céleste, il était heureux de favoriser son culte toutes les fois qu’il en avait l’occasion. Dans toute la région de Normandie les curés lui demandaient souvent de venir parler de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus au cours des intronisations de sa statue et bien volontiers il répondait à ces invitations. 

Cependant toujours modeste, il se tenait dans l’ombre, ne se prévalant jamais des titres d’amitié qui l’avaient uni au début de sa vie missionnaire avec la sainte carmélite de Lisieux, encore moins parlant des grâces et faveurs particulières qu’il avait obtenues par son intercession. Il dut naturellement témoigner au procès de béatification de sœur Thérèse de l’Enfant Jéus et il eut la joie d’assister, en 1925, à sa canonisation, avant de la rejoindre dans la patrie céleste le 12 juin 1934. 

Gérard MOUSSAY

(1) cf. Lettres de Soeur Thérèse et du Père A. Roulland, communiquées par le Carmel de Lisieux aux Archives des Missions Etrangères.