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Le Père Albert PÉLU et Notre Dame de Lourdes

Notre Dame de Lourdes

À l'occasion des 160 ans de l'apparition de Notre Dame à Lourdes, voici un témoignage d'un prêtre missionnaire au Japon.
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La grotte de Notre-Dame de Lourdes à Imochi

Lettre du P. Pélu. Iles Goto, Nagasaki, 15 juin 1904.

L'église d'Imochi est construite au fond de l'une des nombreuses criques qui composent la magnifique baie de Tamanoura. Assise sur le flanc nord-est de la colline, elle domine la mer de trente pieds et projette les rayons de la croix qui la couronne, jusqu'à l'entrée même de la petite baie. Elle a été bénite le 31 octobre 1895 par Mgr Cousin assisté de M. Marnas, vicaire-général honoraire du diocèse d'Ôsaka, et des cinq prêtres européens et japonais qui desservaient alors les îles Goto.

Plusieurs fois je m'étais préoccupé de choisir le vocable de cette église, sans m'arrêter à rien de définitif ; j'inclinais pour sainte Magdeleine ou la Sainte Famille.

Lorsque notre évêque arriva à Imochi, je lui fis connaître mes intentions ; mais après avoir visité l'église et le terrain, pris des informations et réfléchi quelque peu, il déclara que l'église serait placée sous le vocable de Notre-Dame de Lourdes.

Après la bénédiction, Monseigneur m'ouvrit ses vues sur l'avenir ; mieux qu'ailleurs, en effet, il semblait facile de reproduire ici l'emplacement que la Vierge a choisi pour le lieu de ses apparitions.

Trois années s'écoulèrent, pendant lesquelles je m'efforçai de mûrir ce projet et de me procurer les matériaux nécessaires. Le Père Beauté, notre très aimable et très bon procureur à Marseille, à qui je m'adressai, fit partager mes espérances à une personne généreuse, et je reçus bientôt deux superbes statues de Notre-Dame de Lourdes, dont une en bronze destinée à la grotte extérieure que je projetais de construire.

Je m'adressai aux chrétiens, leur faisant connaître les apparitions de Lourdes, les pèlerinages entrepris et les grâces nombreuses obtenues par l'intercession de Marie; aussi, avant que six mois se fussent écoulés, chaque île, chaque chrétienté avait apporté sa pierre, son obole.

Les travaux, commencés dans le courant de l'année 1898. Furent achevés vers la fin de la même année. Il ne restait plus qu'à faire jouir les chrétiens du pèlerinage. La bénédiction fut fixée au 20 avril 1899. Mgr Cousin, arrivé de Tasaki le 18 avril, s'embarqua dès le lendemain pour Tamanoura, suivie d'une foule considérable de chrétiens montés sur une trentaine de barques, qui, sur une distance de près de trois lieues, frappaient la mer de leurs rames et fendaient l'onde.

Toutes les chrétientés y étaient représentées.

Le 20 avril, Monseigneur célèbre la sainte messe, se rend processionnellement à la grotte où il bénit la statue ; puis, à la source qui coule derrière l'église, dans laquelle il verse de l'eau de Lourdes ; enfin il rentre à l'église au chant du Magnificat. La foule récite le chapelet jusqu'au déclin du jour, demandant la guérison des infirmes qui se trouvent présents à la grotte; mais ce premier jour n'est marqué par aucun miracle. Chacun se retire emportant une provision d'eau pour sa famille ou son village.

Depuis, les chrétiens se rendent au pèlerinage soit en groupes, soit isolément, aux époques qui leur sont le plus favorables, et il ne se passe guère de semaine et même de journée qui n'amène à la grotte des pèlerins de l'une ou l'autre partie de l'archipel, venant implorer les faveurs de la Reine du Ciel; ce qui fait souhaiter de voir construire une maison commune où tout pèlerin pourrait prendre logement et s'arranger à sa guise.

Le projet de construction de piscines où les malades pourraient se plonger n'a pu encore être mis à exécution, faute d'argent. Chaque année, à la fête de l'apparition de Marie aux roches Massabielles, le missionnaire chargé de la chrétienté, revêtu du surplis, verse dans le puits de la source une bouteille d'eau venue de Lourdes.

 

Voici maintenant quelques faits, des plus saillants, parmi ceux qui se sont passés à la grotte ; nous les indiquons sans nous prononcer en aucune façon :

1° Une personne de 25 ans, « séparée » et gravement malade, s'est convertie avec toute sa famille, parce qu'elle a recouvré la santé, après avoir bu de l'eau de la grotte.

(Au Japon les missionnaires appellent séparés les descendants d'anciens chrétiens qui n'ont pas encore voulu revenir à la foi catholique)

2° Une mère, venue avec un groupe de chrétiens de son village, a lavé plusieurs fois à la grotte son nouveau-né qui était couvert de gale, sans voir aucun changement. Pendant le voyage de retour, elle a constaté, avec toutes les personnes qui étaient dans le bateau, que la maladie avait complètement disparu.

3° Un chrétien, qui souffrait d'une fracture à la jambe, a bu chez lui de l'eau de la grotte et fait une neuvaine, à la fin de laquelle il a éprouvé une douleur très vive à la jambe, pendant son sommeil ; à son réveil, il a pu se lever : il était guéri.

4° Le même chrétien a fait boire de l'eau à quatre voisins, atteints du choléra ; ils ont été transportés à l'hôpital et en sont revenus guéris ; un cinquième à qui il n'a pu faire boire de l'eau avant son transport à l'hôpital, est mort le lendemain.

5° Un enfant fait chaque année son pèlerinage d'action de grâces avec ses parents, parce que, affligé d'une fièvre maligne et dans un état désespéré au dire du médecin, il est revenu à la santé après avoir bu de l'eau de la grotte.

6° Une personne dont la santé était grandement débilitée, et qui depuis plus d'une année prenait des remèdes sans résultat favorable, cessa les médecines, but de l'eau de la Grotte, et sa santé s'est à peu près rétablie ; depuis lors, elle n'use pas d'autre remède que de l’eau de la grotte.

7° Une jeune fille de 15 ans était allée en pèlerinage, parce qu'elle était menacée de cécité ; de l'enceinte même de la grotte et au pied de la statue, elle ne pouvait distinguer celle-ci. Pendant qu'elle se lavait les yeux, une pellicule blanche s'est détachée de ses yeux et est restée fixée à ses doigts ; depuis lors sa vue est excellente.

8° En même temps que cette jeune fille, un homme d'une trentaine d'années est venu en pèlerinage, parce que sa santé débilitée le rendait incapable de tout travail. Il a eu le courage de faire cinq lieues à pied pour aller à la grotte, bien qu'il pût à peine se traîner. Ce voyage, disait-il, lui avait été très pénible. Il a fait ce même voyage pour le retour, sans fatigue aucune ; il est devenu robuste et travaille comme tout le monde.

9° Une femme mariée, affligée d'une maladie des reins, ne pouvait marcher qu'à l'aide d'un bâton. Transportée à la grotte, elle s'y rendait chaque jour, trois ou quatre fois, en marchant très péniblement avec son bâton ; elle a été guérie pendant sa neuvaine et est retournée chez elle sans le secours de son bâton. Depuis trois ans, elle n'a cessé de vaquer à ses occupations ordinaires, sans éprouver la moindre fatigue.

Cette personne ajoute que pendant, sa maladie, elle constatait une blessure au bas des reins, qui a complètement disparu depuis sa guérison.