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Victor ZIMMERMANN (1861-1939)

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    M. ZIMMERMANN Victor né le 15 août 1861 à Habudingen (Moselle), diocèse de Metz. Entré minoré au Séminaire des Missions-Étrangères le 10 septembre 1884. Prêtre le 26 septembre 1886. Parti pour le Kouangtong le 1er décembre 1886. Mort à Lutchow le 12 juin 1939.

    Victor Zimmermannnaquit le 15 août 1861 à Habudingen, au diocèse de Metz. Huitième enfant des époux Zimmermann, Victor perdit sa mère tandis qu’il était encore en bas âge ; ses deux tantes maternelles la remplacèrent avec tendresse et inspirèrent à Victor une profonde piété. Il avait neuf ans quand éclata la guerre de 1870 ; il aimait à raconter qu’un soldat bavarois logé chez son père, le caressait en pleurant, en souvenir des enfants qu’il avait laissés à son loyer.

    Victor fréquenta d’abord l’école primaire de son village. Ensuite il entra au petit séminaire de Pont-à-Mousson, puis au grand séminaire de Metz. Au Séminaire de la rue du Bac, il fut un aspirant pieux et fidèle au règlement. Il rappelait souvent qu’étant sérieusement tombé malade et son estomac ne pouvant supporter aucun aliment, malgré le régime spécial auquel on l’avait astreint, il fut alors question de le renvoyer dans sa famille. Le séminariste demanda au vénéré M. Delpech, supérieur, d’avoir la bonté de surseoir à son renvoi et de lui permettre de faire une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes pour obtenir sa guérison, ce qui lui fut accordé. A peine la neuvaine était-elle terminée que le futur missionnaire avait recouvré la santé. Il put donc continuer ses études et être ordonné prêtre le 26 septembre 1886. Le soir même de son ordination, M. Zimmermann recevait sa destination pour le Kouang-Toung et le 1er décembre il s’embarquait pour arriver à Canton au début de janvier 1887.

    Mgr Chausse le garda à l’évêché pendant quelque temps ; puis l’envoya à l’extrémIté occidentale de la province, sur la frontière du Tonkin, pour y apprendre la langue et le former aux coutumes chinoises ; à ce moment-là, le missionnaire de l’endroit était absent. Il y construisit une résidence modeste, mais convenable. Il était très heureux et aurait voulu passer toute sa vie dans ce coin de la Mission ; mais entre temps, le titulaire du poste était revenu, et M. Zimmermann reçut une lettre de son évêque le priant d’aller s’installer au Loui-Chow. L’obéissance lui fut un grand sacrifice, mais en vrai missionnaire, i1 partit tout de suite et prit possession de son nouveau poste le jour de la fête de saint Matthias, le 25 février 1892. Aussitôt il se mit à étudier une nouvelle langue et ne tarda pas à aimer ses chrétiens de toute son âme. Il leur bâtit une chapelle à Pok-ké et se fit une maison, qui certes n’était pas un palais, mais elle avait un étage, et bien qu’on y puisse toucher les tuiles de la tête sans se hausser sur la pointe des pieds, c’était une innovation qui ne manquait pas de charme. Quelques années plus tard il dota la ville de Yo-Sao-Toun d’une chapelle, à trois lieues au sud de la préfecture ; puis vers 1900, il transforma la résidence en maison d’habitation très convenable. Sur ces entrefaites, une petite bonzerie de femmes juste en face de l’église était à vendre : il en fit l’acquisition et y établit une école de filles.

    Entre temps, il aimait à visiter ses chrétientés dispersées, et il eut la joie d’enregistrer un grand nombre de conversions, particulièrement dans la partie du territoire de Kouan-Tcheou-Wan limitrophe de son district et que son voisin, déjà âgé et ignorant le dialecte du pays, lui avait confiée.

    En 1918, pendant la guerre entre le nord et le sud de la Chine, quand le Maréchal Long était assiégé dans la ville de Loui-Chow par les armées du Kouang-Si, ce fut M. Zimmermann qui sauva la cité du pillage. Bravement, sans se préoccuper du danger qu’il courait, il alla, précédé d’un drapeau blanc, parlementer avec les vainqueurs et put obtenir des conditions convenables. A son retour, le courageux missionnaire fut accueilli comme un sauveur, la population faisait la haie sur son passage et le fêtait en brûlant d’innombrables pétards. Aussi ce vaillant apôtre était-il respecté même par les païens, et lorsque en 1936 il célébra le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale, ce fut vraiment un triomphe. Il était entouré d’une dizaine de confrères. Mgr Pénicaud empêché, avait délégué son provicaire pour le remplacer et lui avait envoyé une lettre qui émut visiblement le jubilaire. M. Zimmermann chanta la messe devant une assistance que l’église ne pouvait contenir. Toutes les autorités civiles et militaires, les magistrats, les directeurs des grandes écoles, les fonctionnaires de la douane et des postes, plusieurs anciens sous-préfets du pays et un grand nombre de notabilités et de commerçants étaient présents à cette cérémonie. Le pasteur protestant était au premier rang et fut très aimable. C’était vraiment l’union sacrée. A l’Evangile, le P. Yip, fin lettré, après avoir remercié les invités d’être venus si nombreux, développa le but que se propose l’apostolat catholique : faire le bien sous toutes ses formes, venir en aide aux âmes d’abord, aux corps et à la société tout entière ensuite ; enfin il évoqua la vie bien remplie du vénéré jubilaire. L’orateur fut écouté avec attention par tout l’auditoire. Cette journée fut certainement tout à l’honneur de notre sainte religion et très consolante pour les chrétiens qui avaient connu autrefois le régime des vexations et même de la persécution. Pour M. Zimmermann, ce fut le couronnement de sa longue vie de missionnaire. Il ne pouvait plus comme jadis, courir à la recherche des brebis égarées ou porter secours à ses chrétiens, en revanche, que de longues heures il passait devant le Saint-Sacrement. Combien de rosaires récités pour la conversion des infidèles ! C’est ainsi que se passèrent les trois années qui lui restaient encore à vivre.

    Au début de juin 1939, il eut la douce joie de recevoir la visite de notre benjamin, M. Devos, qui en se rendant à son poste de Topi fit un détour pour faire la connaissance de notre cher doyen. Personne ne s’attendait à une issue brusque ; aussi quel ne fut pas l’étonnement de ses confrères lorsqu’ils apprirent sa mort survenue le 12 juin, dans son village de Pok-ké. Sur le soir de ce jour, ses domestiques, s’étant aperçus qu’il se passait quelque chose d’anor-mal, prévinrent tout de suite M. Lebas qui arriva hélas trop tard. Notre confrère avait expiré à 11 heures du soir entre les bras de ses chrétiens désolés. M. Zimmermann n’a pas été surpris par la mort, car il sentait venir le jour de la récompense. Il s’était confessé quatre jours auparavant, et M. Cellard, son ancien compagnon d’armes pendant quarante ans, l’avait laissé dans les meilleures dispositions de confiance et d’abandon à la divine Providence. Les funérailles eurent lieu le lendemain, et furent l’occasion de témoignages touchants de l’affection et de la vénération des chrétiens pour leur pasteur et même des païens venus en foule. M. Cellard et plusieurs prêtres conduisirent à sa dernière demeure le défunt, suivi par ses fidèles priant pour le repos de l’âme de leur bien-aimé père.

    • Numéro : 1723
    • Pays : Chine
    • Année : 1886