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Charles YVERNEAU (1850-1911)

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    Depuis une dizaine d’années, la peste sévit périodiquement au Mysore, où elle fait de trop nombreuses victimes. Le 26 septembre 1911, elle enlevait un bon missionnaire, M. Yverneau, qui travaillait aux Indes depuis 34 ans.

    Charles-Claude-Anicet Yverneau était originaire du diocèse de Reims. Il était né à Sévigny-Waleppe (Ardennes), le 7 avril 1850. Arrivé diacre au Séminaire des Missions-Étrangères le 25 mars 1876, il fut ordonné prêtre le 24 février de l’année suivante. Deux mois après, le 19 avril 1877, il partait pour la Mission du Maïssour.

    Au moment où il arriva à Bangalore, tout le Sud de l’Inde était éprouvé par une épouvantable famine. Il eut sous les yeux le triste spectacle des plus affreuses misères et d’une incroyable mortalité, et il fut, en même temps, témoin d’un grand mouvement de conversions vers la religion catholique. « Jamais, de mémoire d’homme, écrivait, à cette époque, Mgr Chevalier, les prêtres catholiques n’avaient trouvé au Maïssour des circonstances aussi favorables, pour promouvoir avec quelque succès la grande œuvre que poursuivent les ouvriers apostoliques, à savoir la conversion des païens. »

    Le cœur du Missionnaire fut douloureusement ému, mais aussi fortifié par l’espérance d’une riche moisson. Il se mit avec ardeur à l’étude de la langue tamoule. Malheureusement, une timidité excessive, qu’il portait dans ses conversations, retarda ses progrès. La langue s’apprend surtout en conversant : M. Yverneau, qui était un silencieux, préférait les livres, les dictionnaires et les grammaires. Il prit son temps et une méthode personnelle pour étudier : son travail ne fut pas sans résultat, car il était devenu un des plus érudits tamouleurs de la Mission.

    Après un séjour de plusieurs années à Mysore, il fut appelé à diriger la chrétienté de Tumkur. La famine avait amené dans le sein de l’Eglise de nombreux néophytes. Mais combien n’avaient pas encore l’instruction suffisante ! Combien restaient faibles dans leur foi ! A Tumkur, une difficulté toute spéciale venait du zèle indiscret des protestants Wesléyens, qui avaient fondé un orphelinat général pour les enfants des deux sexes, qui tenaient des écoles de catéchistes, et s’efforçaient de séduire les nouveaux catholiques. Il ne leur était que trop facile de réussir auprès de pauvres gens sans ressources, sans grande connaissance religieuse, et, aussi, sans volonté. L’appât des biens matériels et des secours pécuniaires était une tentation, qui fut, dans de nombreux cas, au-dessus de leurs forces. M. Yverneau eut la douleur de compter des transfuges et il en fut profondément affecté. Sa consolation fut de sauver du naufrage de nombreuses âmes d’enfants, qu’il confia aux soins des Religieuses du Bon-Pasteur.

    Il ne resta qu’un an à Tumkur. Sa grande timidité ne lui permettait pas de résister aux attaques audacieuses des hérétiques et il exprima le désir de travailler de nouveau sous la direction d’un Confrère, à qui incomberaient les responsabilités de l’administration. Désormais, toute sa carrière apostolique se passera dans cette situation subalterne. Dans différents postes, il travaillera ainsi, au second rang, avec une humilité bien méritoire.

    Entre autres districts, il évangélisa pendant pins de quinze ans celui de Settihally et de Magghé. C’était un vaste territoire, avec plusieurs milliers de chrétiens, qu’il fallait visiter. « C’est là que j’ai pu apprécier M. Yverneau, écrit un de ses Confrères. Il était plein de charité, et il ne ménageait pas sa peine pour m’aider dans le ministère des âmes. Il était presque toujours en voyage, tout heureux de rendre service, toujours prêt aux travaux difficiles ou pénibles. Son dévouement était digne d’éloge. »

    Au mois de septembre 1911, M. Yverneau se trouvait à Gadinahally. Subitement, la peste fit son apparition dans le village. Les chrétiens quittèrent aussitôt leurs maisons, et allèrent s’établir dans les champs sous des abris provisoires. M. Yverneau se rendit à Hassan pour administrer des chrétiens. Mais il fut rappelé à Gadinahally pour visiter des malades ; il trouva, dans sa chambre et dans sa cuisine, des rats morts sur le plancher et sur le sol, signe évident de la présence de la peste. Il ne crut pas nécessaire de suivre les conseils des chrétiens, qui le pressaient de quitter son domicile pour s’établir ailleurs et il resta deux ou trois jours dans sa maison contaminée.

    Dès son retour à Hassan, M. Yverneau se sentit fatigué. Il fit venir un médecin qui reconnut immédiatement les bubons caractéristiques de la peste. Il ne songea plus, dès lors, qu’à se préparer à la mort. M. Combret fut appelé en toute hâte et lui administra les derniers sacrements dans la soirée du samedi 23 septembre. Le lendemain, notre Confrère demandait à communier en viatique, et recevait son Sauveur avec des sentiments de parfaite résignation à la volonté de Dieu. Le mardi suivant, le cher M. Yverneau s’endormait dans le Seigneur.

     

     

    • Numéro : 1328
    • Pays : Inde
    • Année : 1877