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Gustave WILLIATTE (1872-1944)

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    M. WILLIATTE (Gustave-Joseph) né le 8 mai 1872 à Auberchicourt, diocèse de Cambrai (Nord). Entré tonsuré au Séminaire des Missions-Étrangères le 13 septembre 1893. Prêtre le 28 juin 1896. Parti pour le Kouy-tcheou le 26 août 1896. Mort à Lanlong le 29 novembre 1944.

    M. Gustave-Joseph Williatte était né le 8 mai 1872 à Auberchi­court, diocèse de Cambrai, dans une famille où l’amour de Dieu était enseigné aux enfants avant toute chose. Quatre fils naquirent tour à tour dans ce foyer chrétien et tous les quatre restèrent unis jusqu’à l’âge le plus avancé, deux sont encore en vie. Gustave était appelé « le petit diable » ; espiègle, il l’était sans doute, mais cela n’avait généralement pas de graves conséquences.

    Placé chez les Frères des Ecoles Chrétiennes d’Aniche, il s’y montra bon élève, studieux, et d’une intelligence au-dessus de la moyenne. Mais bientôt il tomba gravement malade et ne recouvra la santé que grâce à un régime particulier : huile de foie de morue et absorption de limaces. A ceux qui s’étonnaient de le voir avaler sans trop de répugnance ces petites bêtes gluantes, il répondait qu’il voulait se vaincre afin de pouvoir vivre pour le Bon Dieu. Rien d’étonnant qu’un enfant si bien disposé ait entendu très jeune les premiers appels de Notre-Seigneur. Après sa première communion, il en fait part à son confesseur, puis se prépare à entrer au petit séminaire en prenant quelques leçons de latin et de grec chez le vicaire de la paroisse.

    En 1886, le petit séminaire de Cambrai lui ouvre les portes, et Gustave débute en sixième à l’âge de 14 ans. Excellent séminariste, tout à son devoir, il mûrit de bonne heure le projet de consacrer sa vie aux âmes païennes des régions infidèles. Pendant les vacances il parlait avec enthousiasme à ses frères de la vie et du dévouement des missionnaires. Ses parents l’écoutaient avec intérêt, mais ne paraissaient pas supposer que leur enfant posait les jalons pour l’avenir. Il était en seconde, lorsqu’il écrivit à sa marraine, religieuse bénédictine à Estaires :  « Après avoir longtemps prié et réfléchi, je me crois appelé à être missionnaire ; depuis deux ou trois ans, tous mes désirs m’y portent. Je suis bien indigne d’une telle vocation, et j’ai tout lieu de craindre de mon caractère faible et incertain, mais vive Dieu ! J’irai donc avec courage et confiance si Dieu m’appelle aux missions. » Lorsqu’il crut ses parents prêts à recevoir la pénible nouvelle, il les mit nettement au courant de son dessein et de ses espoirs. Mais son père, étonné et contrarié, répondit qu’il serait heureux d’avoir un de ses quatre fils prêtre en France ; quant à devenir missionnaire, c’était autre chose, aussi ne lui permettrait-il pas de mettre, de son vivant, tel projet à exécution, et il lui défendait d’en reparler. Dieu devait cependant avoir le dernier mot, mais à quel prix ! En juin 1892, Mme Williatte mourait et, quatre mois plus tard, son père rendait son âme à Dieu. L’année suivante, Gustave entrait au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Les premiers mois de son séjour à Bièvres, sa santé encore chancelante, s’adaptait difficilement à la vie de communauté ; des lourdeurs de tête et un manque de mémoire l’inquiétaient pour l’avenir ; il tint bon cependant, grâce à son endurance et à une confiance inébranlable dans le secours d’en-haut. A Paris, il reprit forces et courage : « Gloire à Dieu, écrivait-il, qui m’accorde la santé nécessaire à mon état et me facilite le travail ! » Le 28 juin 1896, il était prêtre pour l’éternité et, le 26 août suivant, il partait pour la Chine, pour cette lointaine province du Kouytcheou où il devait fournir une belle carrière apostolique de quarante-huit années.

    Après lui avoir fait étudier pendant quelques mois la langue chinoise à Kweiyang, Mgr Guichard l’envoya dans la partie sud-ouest de la Mission, région peuplée d’indigènes de différentes races, qui ont toutes des mœurs et un langage particuliers. M. Williatte était destiné à l’évangélisation des Dioys ; c’est à Yang-tsin qu’il débuta. Tout y était à faire. Le jeune missionnaire commença par se bâtir une petite résidence en bois. Quelques années d’activité lui avaient suffi pour acquérir l’expérience des hommes et des choses de la tribu ; parlant le dialecte dioy assez aisément, il jugea bon de s’ins­taller dans la ville de Tseheng, afin d’être plus à même d’avoir des relations avec les villages des alentours. Dès lors son temps se passe à la visite de nombreuses chrétientés, et il travaille d’arrache-pied. A chaque visite, il y avait à abolir les superstitions chez les néophytes, et ceux-ci les abandonnaient si difficilement ! Mais M. Williatte était bon et persuasif dans ses arguments. Par ailleurs il gardait toujours un enthousiasme et un optimisme soutenus par sa spiritualité toute missionnaire si bien que, malgré tout, le bien se faisait peu à peu et les âmes se laissaient prendre dans les filets du Bon Dieu.

    Pendant ses études, il avait déploré son manque de mémoire et une certaine difficulté à s’assimiler les sciences ecclésiastiques. Peut-être s’était-il alors exagéré les obstacles ? Quoiqu’il en soit, pour lui comme pour beaucoup d’autres, un travail persévérant vint à bout de tout ; il surmonta en effet les difficultés linguistiques ; il arriva même à parler le chinois avec facilité. Jusqu’alors les missionnaires n’avaient pas de livres pour étudier la langue, il fallait-combler cette lacune : elle le fut en 1908 par la publication, en collaboration avec son vieil ami M. Joseph Esquirol, d’un dictionnaire dioy-français et d’un vocabulaire français-dioy, couronné par l’Académie française.

    Un zèle aussi actif ne pouvait que produire d’excellents résultats. De nombreux villages, en effet, furent ouverts au christianisme, ce qui a nécessité la division du district en deux, pour faciliter l’évangélisation des païens. L’année suivante, en 1911, M. Williatte était appelé à  fonder le centre du nouveau district et à recruter des élèves pour le futur séminaire dioy. Désormais son activité allait donc s’exercer, comme professeur et supérieur, sur des enfants jugés aptes au sacerdoce : tâche difficile en un pays, où les mœurs sont souvent diamétralement opposées aux vertus exigées des futurs clercs. Souvent les fonds nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement faisaient défaut ; des bienfaiteurs de l’Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre le tirèrent d’embarras. Sur plus de deux cents élèves, il eut la consolation d’en voir onze monter au saint autel.

    En 1927, une grave sinusite vint mettre la vie du missionnaire en danger. Un séjour au sanatorium de Hong-Kong s’imposait. Durant le parcours à travers les montagnes, sa caravane fut attaquée par une bande de brigands, son palanquintraversé par une halle qui effleura son visage. Ses compagnons de route ne s’en tirèrent pas à si bon compte ; un pasteur protestant et son fils furent tués, et sa femme emmenée en captivité. M. Williatte continuait de réciter pieusement son chapelet : la sainte Vierge le sauva du danger. A son arrivée à Hong-Kong, il pensait pouvoir rétablir sa santé sans être obligé d’aller la chercher au pays natal. Force lui fut de partir. Son séjour en France fut salutaire, les forces revinrent peu à peu et, quinze mois après, bien remis grâce aux soins des médecins et de la famille, il repartait joyeux pour sa Mission de Lanlong. Le devoir l’appelait en Chine ; il espérait bien retrouver ses Dioys et mourir au milieu d’eux.

    En 1929, lors du passage des hordes communistes, M. Williatte dut fuir au Yunnan avec d’autres missionnaires. Il arriva à Yunnanfu à bout de forces et fort déprimé ; il lui fallut reprendre le chemin de Hong-Kong où il ne resta que quelques jours pour revenir bientôt au pays dioy. Il était de passage à Tseheng, son ancien district, juste pour assister au pillage de la ville et de la résidence du missionnaire. Cette fois encore, il évita de tomber entre les mains d’une forte bande de pirates.

    Grand ami de la pauvreté, il passa la plus grande partie de ces trente années dans une masure qui servait de séminaire pour ses petits Dioys. Il ne la quitta qu’en 1934, et ce ne fut pas sans peine, lorsque fut construit le nouveau séminaire Saint-Michel. Homme de devoir, d’une piété exemplaire, charitable pour tous, il a été pour les prêtres indigènes de Lanlong un modèle de vie sacerdotale.

    À cause de son grand âge, en 1942, il demande d’être déchargé du supériorat, continuant néanmoins d’assurer ses cours. Pendant les derniers mois précédents, quelques jours seulement avant de ­mourir, il faisait encore ses classes de latin et de mathématiques avec une exactitude et un courage dignes de tout éloge. La dernière attaque le surprit un dimanche matin, le 26 novembre 1944, pendant qu’il offrait le saint-sacrifice : il s’est affaissé sur une chaise sans pouvoir parler, et c’est là que M. Mourgue, son successeur au séminaire, le trouva encore revêtu des ornements sacerdotaux. La crise passée, notre vaillant confrère voulait se remettre au travail.. Il se faisait illusion. Le 29, dans l’après-midi, il recevait les derniers sacrements des  mains de son évêque, Mgr Carlo, en présence de six missionnaires et de la communauté rassemblée. A dix heures du soir, après une courte agonie, sans secousse, il rendait son âme à Dieu. Les funérailles eurent lieu le 2 décembre à la chapelle qui ne put contenir la nombreuse assistance, conquise par la sympathie et l’estime de tous ceux qui l’avaient approché. Il dort maintenant son dernier sommeil auprès de son ami de toujours, M. Joseph Esquirol, et à quelques pas de son cher séminaire.

    • Numéro : 2240
    • Pays : Chine
    • Année : 1896