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Pierre WILLAR (1858-1887)

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    Originaire de Rouhling, au diocèse de Metz, M. Pierre Willar était sous-diacre quand il entra au Séminaire des Missions-Étrangères, le 12 septembre 1882. Ordonné prêtre le 8 mars 1884, il partit le 8 avril suivant pour le Tonkin Occidental. Peu après son arrivée en mission, il fut envoyé dans la paroisse de Bai-vang pour y apprendre la langue annamite et s’initier à la pratique du ministère. Quelques mois plus tard, il fut donné comme aide au P. Hébert qui adminis­trait le district de Thanh-hoa.

    Très éprouvée déjà en 1884, cette province subit en 1886 un véri­table désastre. Quatre des six paroisses qui forment ce district furent complètement ravagées par les rebelles ; nombre de chrétiens furent massacrés, leurs villages brûlés et pillés ; les survivants durent se réfugier, partie dans les provinces voisines de Nam-dinh et de Ninh-binh, partie à la citadelle de Than-hoa, sous la protection du poste français. Tous ces chrétiens ne tardèrent pas à être en butte à une épouvantable famine.

    Le P. Willar, resté quelque temps seul à la tête du district, se mul­tiplia pour venir en aide à ses chrétiens. Aux exilés, il portait les consolations de la foi, aux affamés, il distribuait les secours qu’il avait pu recueillir. Quand la paix fut rendue à la province, il ramena les chrétiens dispersés, et s’occupa de reconstituer les anciennes paroisses.

    D’une nature calme et énergique, d’une constitution très robuste, le P. Willar semblait désigné pour les plus rudes labeurs de l’apostolat. Aussi, plusieurs de ses confrères le regardaient-ils comme destiné à aller recueillir au Chau et Laos le glorieux héritage des martyrs de 1884. Il y paraissait d’autant mieux préparé, que l’admi­nistration de Thanh-hoa l’avait mis à même de connaître les avant-postes de la mission du Laos et la route qui y conduit. Mais la divine Providence, dont les desseins sont insondables, en avait décidé autrement.

    Le 3 octobre dernier, le P. Willar était allé de Nhan-lo à Lang-­thanh pour visiter un malade. Voulant revenir le même jour, il avait pris un cheval, pour diminuer la fatigue. Le malade administré, il allait s’en retourner, quand un chef de sauvages vint l’inviter à passer par chez lui. Le Père y consentit, et après avoir bu le thé chez cet individu, il reprit la route de Nhan-lo. Il était cinq heures du soir. Notre confrère marchait à pied en récitant son chapelet, il venait de s’engager dans un défilé très étroit, le domestique et le servant qui l’accompagnaient avaient pris les devants avec le cheval ; à une quinzaine de pas derrière lui, suivaient deux chrétiens de Lang-thanh. Tout à coup, les gens du Père entendent une détonation ; ils se retournent, et aperçoivent notre cher confrère enveloppé d’un nuage de fumée et gisant sur le sol. Effrayés et hors d’eux-mêmes, les pauvres enfants s’enfuient porter la nouvelle à Nhan-lo. Les chrétiens de leur côté vont donner l’éveil dans leur village, peu éloigné. En arrivant sur le théâtre du meurtre, les chrétiens de Lang-thanh trouvèrent le cadavre la face contre terre, et portant une large blessure au cou.

    On pense que le Père n’a pas été tué sur le coup, car une de ses mains était pleine de sang ; sans doute, se sentant frappé, il a porté instinctivement la main à sa blessure. Dès que l’attentat fut connu, les soupçons se portèrent sur le chef de sauvages qui l’avait invité. Il fut arrêté, et les mandarins instruisirent son procès ; mais, faute de preuves, il fut remis en liberté.

    Quel que soit l’auteur de l’assassinat et quels qu’en aient été les mobiles, notre regretté confrère est mort victime du devoir. Il s’était confessé le samedi précédent, et il récitait son rosaire quand il a été frappé. Son chapelet a été retrouvé par terre, à côté de lui. Aussi, nous avons la ferme confiance que la sainte Vierge a protégé son fidèle serviteur, et qu’il repose maintenant aux pieds de Celle qu’il honorait avec tant de ferveur.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1588
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1884