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Jean WEHINGER (1864-1903)

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    Jean Wehinger naquit à Danbin (Brixen, Tyrol-Autriche) le 28 novembre 1864. Entré laïque au séminaire des Missions-Étrangères le 2 octobre 1885, il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1889 et partit pour la Birmanie septentrionale au mois de novembre suivant.

    M. Wehinger conçut, dès 1890, la belle œuvre à laquelle il devait consacrer sa vie. Il choisit, parmi les labeurs de l’apostolat, celui qui offre le plus de fatigues, qui répugne le plus à la nature : le soin des lépreux. Il ne vit dans ces malheureux rebuts de l’humanité, repoussés par la Société, en butte à toutes les misères et à toutes les humiliations, que les membres souffrants et méprisés du divin Maître.

    Afin de les servir, il vécut au milieu d’eux, il les rassembla dans sa maison, il s’habitua à respirer l’atmosphère viciée par la décomposition de leurs corps à peine vivants ; de ses mains il soigna leurs affreuses plaies, et, tandis que son regard pénétrait sans horreur le hideux spectacle de ces membres rongés par les vers, son âme compatissante répandait des rayons de consolation et de joie dans l’âme de ces  pauvres délaissés, qu’il appelait « ses chers enfants lépreux ».

    Cependant la léproserie Saint-Jean eut des difficultés à vaincre. Les obstacles se multiplièrent sous les pas de son fondateur ; ils ne firent qu’exciter son ardeur et son activité.

    Sans ressources, il adopta les premiers membres de cette famille qui ne devait cesser de s’accroître ; il y a tant de milliers de lépreux en Birmanie ! Sans ressources, il conçut le plan de très grands hôpitaux. « Je ne me croirai droit au repos, disait-il, que quand il n’y aura plus un seul lépreux sans asile sur la terre de Birmanie. »

    Avec confiance, il éleva la voix en faveur de ses protégés, d’abord en Birmanie, où cet appel fut entendu de quelques âmes charitables. Mais le nombre des âmes charitables dans cette contrée, que les premières lueurs du christianisme commençaient seulement à illu­miner, n’était pas bien grand, et les secours ainsi obtenus, loin de permettre la réalisation des généreux desseins du jeune apôtre, ne lui suffisaient pas à soutenir la famille qu’il avait déjà réunie. C’est alors qu’il résolut de s’adresser aux pays catholiques et surtout à l’Autriche, sa patrie.

    Du reste, son œuvre n’était pas seulement utile aux lépreux de Birmanie ; elle rendait encore service à l’humanité entière, en contribuant à éteindre les foyers d’une infection plus répandue en Europe qu’on ne pense généralement.

    « Mon rêve, disait-il en 1897, et il est pratiquement réalisable, mon rêve est d’empêcher la « lèpre d’envahir de nouveau nos pays­ d’Europe, qu’elle a tant ravagés autrefois, et d’en finir, « une bonne fois avec ce terrible fléau. Devant l’inefficacité actuelle des efforts de la science, « le seul moyen pratique d’empêcher son invasion et sa propagation est d’isoler, dans des « léproseries comme celle de Saint-Jean, les malheureux qui en sont atteints. A ce titre, « ajoutait-il, nous faisons appel à la générosité de tout le monde, et spécialement au bon « vouloir de ceux qui n’ont pas encore eu occasion de nous aider. »

     

    En France, d’abord, puis en Italie, en Autriche et en Allemagne, M. Wehinger sut faire vibrer les cœurs à l’unisson du sien.

    Ce fut en premier lieu le Vicaire de Jésus-Christ, Sa Sainteté Léon XIII, qui daigna bénir l’œuvre et ceux qui y coopéreraient. Le cardinal Sarto, patriarche de Venise, aujourd’hui Sa Sainteté Pie X, écouta avec attendrissement le récit des misères des lépreux de Bir­manie, et remit à leur Père sa généreuse obole. M. Wehinger s’adressa ensuite à l’empereur d’Autriche, qui pourvut aux dépenses de 1a construction du pavillon qui porte maintenant son nom à l’asile Saint-Jean. L’empereur Guillaune II, à son tour, fit remettre une royale aumône à notre confrère ; et dès lors, en Autriche et en Allemagne, riches et pauvres vinrent déposer leur or ou leur obole entre les mains du quêteur, pour procurer un abri et des secours aux lépreux de Birmanie.

    Ainsi s’éleva l’asile Saint-Jean avec tous ses bâtiments : sept pavillons pour abriter 350 malades ; un grand couvent habité par 20 reli­gieuses Franciscaines Missionnaires de Marie et leurs novices birmanes ; enfin, attenant au couvent, une belle chapelle dédiée au Sauveur, grand médecin des lépreux.

    Telle est en résumé l’œuvre de M. Wehinger. Son ambition m’était cependant pas satisfaite.

    « L’asile Saint-Jean n’est pas encore complet, disait-il en 1902. — « En effet, il nous « faudra bâtir une résidence convenable pour le méde­cin de l’asile. Il nous faudra un « laboratoire, pourvu de tous les instruments qui peuvent être exigés par les études et les « expériences sur la lèpre. Il sera nécessaire d’aménager des jardins, où nos lépreux encore « valides pourront se livrer à la culture ; des salles de récréa­tion et des cours, où il leur sera « permis de faire diversion à leurs misères. Enfin, nous devrons établir des moyens « d’éclairage simples et pratiques, où nous utiliserons, dans la mesure du possible, les « inventions de la science moderne. »

    Les nouvelles constructions étaient à peu près finies à la léproserie de Mandalay. Deux ans et demi avaient suffi pour réaliser de magni­fiques plans, et M. Wehinger pouvait écrire, dans son compte rendu du 31 mars 1903, que l’asile Saint-Jean n’avait pas seulement été agrandi, mais qu’il était neuf de toutes pièces, et que ce n’était plus désormais du provisoire, mais du durable et du permanent.

    Son ambition avait été d’établir une léproserie modèle, au double point de vue de la disposition et de l’hygiène des bâtiments, et l’opinion générale est qu’il avait réussi. Mais au prix de quelles fatigues !

     

    Doué d’une très forte constitution, de laquelle il croyait pouvoir tout exiger, M. Wehinger fournissait à lui seul une somme de travail qui aurait suffi à occuper plusieurs missionnaires. Sa santé fut un peu ébranlée, pendant les premiers mois de 1903 ; il subit quelques indispositions qui lui faisaient dire : « Jusqu’ici, je ne savais pas ce que c’était que la fatigue ; maintenant je me sens quelquefois à bout de forces. » Mais, habitué à faire la sourde oreille aux réclamations de la nature, il continuait sa vie de rude labeur.

    Levé tous les matins avant l’aurore, il consacrait les premières heures à la célébration de la sainte messe et à ses exercices spirituels. C’était pour lui un temps de repos et de recueillement. Ensuite, selon les circonstances, il se livrait à son travail de bureau, au règlement des affaires intérieures, à la visite des hôpitaux, à la réception des visiteurs ; ou bien il partait pour des courses en ville. On le voyait alors, à toute heure de la journée et par tous les temps, parcourir le rues de la cité, faisant halte ici ou là, pour implorer des secours en faveur de son œuvre.

    Ceux qui ont vécu dans les pays tropicaux peuvent se faire une idée de l’énergie qu’il faut pour affronter l’ardeur du soleil, par une température qui monte quelquefois à l’ombre jusqu’à  112º Fahrenheit.

    Rarement on restait sourd à ses prières : il avait un ton si persua­sif, une charité si communicative, quand il parlait de ses chers enfants lépreux ! De temps à autre, il devait prendre part à une réunion du conseil municipal, dont il était membre, ou bien à une séance du comité de l’hôpital civil ; souvent aussi il était appelé dans des familles pour arranger des difficultés domestiques ; et partout ses avis, tou­jours grandement appréciés, étaient généralement suivis. Il était aimé de tous, et de tous il possédait la confiance. Le médecin militaire me disait un jour que M. Wehinger était « le favori de tout le monde ».

    La journée se passait ainsi dans l’exercice d’une activité continuelle, et le soir, après un court repas, il se livrait à un autre genre d’occu­pation. C’était d’abord une tournée rapide dans les hôpitaux, puis le travail de la correspondance, qui durait d’ordinaire jusqu’à 11 heures ou minuit ; parfois, plus longtemps. Qui aurait pu tenir à un tel règlement ? A ceux qui lui reprochaient ses excès de travail, surtout sa privation de sommeil, M. Wehinger répondait : « Quant au sommeil, j’ai beau  aller me coucher de bonne heure, je ne m’endors jamais avant « minuit. » Ce genre de vie ne pouvait manquer d’exercer une grande fatigue sur le système nerveux. Notre confrère disait encore : « Mon œuvre n’est pas complète ; je n’aurai de repos « que quand je l’aurai mise à l’abri du besoin et des vicissitudes. » Il ajoutait que la construction des hôpitaux ayant épuisé ses fonds, il devait continuer son métier de mendiant.

     

    M. Wehinger pensa donc à lancer un de ces appels, qu’il savait faire si ardents, pour obtenir de nouvelles ressources ; mais le meilleur moyen de toucher les cœurs n’était-il pas d’aller lui-même exposer aux âmes charitables la beauté de son œuvre ? Ce qu’il avait fait avec tant de succès en Europe, spécialement en Autriche et en Allemagne pourquoi ne le ferait-il pas en Birmanie et aux Indes ? Fort de l’approbation de l’autorité civile, soutenu par les encouragements de personnes de tout rang et de toute nationalité, il se laissait aller à ses rêves de dévouement et de charité. Ses œuvres passées étaient une garantie de ses œuvres  futures.

    Vers la fin d’avril 1903, un vieil ami de Mogok, docteur en médecine invita M. Wehinger à bénir le mariage d’une de ses filles. Ce fut pour notre confrère l’occasion de commencer sa nouvelle campagne de quêtes. Mogok est situé sur une haute montagne, dans les pays shans, à plusieurs centaines de milles au nord-est de Mandalay. L’endroit est frais et sain, il y a là de riches mines de rubis, exploitées par des compagnies anglaises et allemandes. C’est une vraie ville, perdue dans les montagnes, avec de jolies maisons et des routes bien entretenues. Malheureusement, pour y arriver, il faut traverser des pays très marécageux, et les Birmans sont persuadés que des fièvres mortelles ont été souvent contractées par les voyageurs dans ces parages.

    Parti de Mandalay le 23 avril, M. Wehinger arriva à Mogok trois jours après ; il fut reçu avec une grande joie par le bon docteur et le préfet de la ville, un de ses vieux amis aussi. Ceux-ci le mirent en relations avec les membres du Club, et, à Mogok comme à Mandalay, il fut bientôt le « favori de tout le monde ». Aussi son appel pour ses chers lépreux fut-il bien reçu. L’entretien d’un lépreux coûte environ 7 roupies par mois ; huit souscripteurs signèrent l’engagement de donner régulièrement cette somme.

     

    Le 6 mai, M. Wehinger était de retour à Mandalay, et il méditait de mettre à exécution son programme de mendiant ; mais la fièvre et les rhumatismes dont il souffrait depuis un an, le visitèrent plus fréquemment depuis ce voyage à Mogok. Il parla de son mal au lieutenant- colonel Dantra, médecin de l’hôpital civil, qui le connaissait intimement. « Je ne vois qu’un « remède, lui dit le docteur ; laissez là vos occupations, et allez vous distraire par un voyage « en mer, ou au moins, sur I’Irrawaddy. Il vous faut un ou deux mois de repos complet. » Le successeur du colonel Dantra, major Entrican, lui donna le même conseil. Des circonstances, que notre confrère jugeait très graves, lui firent remettre le voyage à plus tard.

     

    Au mois d’avril 1903, la Birmanie voyait arriver un nouveau lieutenant-gouverneur. Sir Frédéric Fryer, grand protecteur de l’œuvre des lépreux, était rentré en Angleterre pour jouir d’une retraite bien méritée. Sir Hugh Barnes lui avait succédé. M. Wehinger alla le voir dans sa villa de Maymyo, et le nouveau chef de la Birmanie lui promit sa visite dès qu’il viendrait à Mandalay. Cette visite, notre confrère n’avait garde de la manquer, parce qu’il en espérait de grands avantages pour son œuvre.

    Cependant, vers le mois de juillet, nous avions remarqué qu’il n’avait plus d’appétit. Lui, qui autrefois ne reculait devant aucun plat, si mal apprêté qu’il fût, ne mangeait plus que du bout des dents. Quand il venait nous voir, il s’efforçait de prendre part à nos agapes fraternelles, mais il ne réussissait pas à tromper nos regards. « Vous ne mangez pas, Père, lui « disions-nous, votre palais est devenu bien délicat ; une autre fois, nous appellerons un « cuisinier plus habile. » Il souriait, essayait de manger, mais n’arrivait pas à dompter son estomac rebelle. Son humeur, d’ordinaire si enjouée, s’était aussi un peu modifiée, on constatait une nuance de tristesse dans son sourire.

     

    A la mort de Léon XIII, que M. Wehinger avait eu le bonheur de voir à Rome dans une audience privée, et dont il avait reçu, avec des encouragements tout paternels, une bénédiction spéciale pour ses lépreux, il éprouva une grande douleur. C’est le 21 juillet qu’on apprit à Mandalay la nouvelle de la mort de Sa Sainteté. Tous les chrétiens de la ville se cotisèrent dans le but de faire célébrer, le lundi suivant, un service très solennel à la cathédrale pour l’âme du Souverain Pontife. M. Wehinger voulut y assister. Après la messe, il resta longtemps sur son prie-Dieu, et, le visage caché dans ses mains, il versa d’abondantes larmes. Était-ce le souvenir des bontés du Saint-Père, ou le pressentiment de sa fin prochaine, qui l’avait ainsi ému ? Nul ne le sait.

     

    Au commencement du mois d’août, la fatigue fut plus forte que son énergie, et il fut obligé de s’aliter de temps en temps.

    Il y avait alors, à la léproserie Saint-Jean, une religieuse Franciscaine Missionnaire de Marie, Sœur Bonaventure venue de la léproserie de Rangoon, qui souffrait d’un abcès au foie. Les natures formées au renoncement et à l’abnégation ne prennent pas garde à la douleur, et la courageuse Franciscaine était malade depuis longtemps, quand elle s’en aperçut et se crut obligée d’attirer l’attention des supérieurs sur la gravité de son état.

    On insinua à M. Wehinger que les Sœurs de la léproserie étant sur­chargées de travail, il serait bon de renvoyer Sœur Bonaventure à la communauté de Rangoon, à laquelle elle appartenait : « Oh ! non, répondit le missionnaire ; l’exemple que nous donne cette chère « Sœur est bien précieux ; ses souffrances si vaillamment supportées seront une source de « bénédictions pour Saint-Jean. Gardons-la ici ; après sa mort, elle sera tenue de prier d’une « manière spéciale pour ceux qui l’auront assistée à ses derniers moments. »

    Il allait lui-même visiter Sœur Bonaventure et lui portait souvent la sainte communion. Mais la malade ne put bientôt plus rester à jeun jusqu’au matin : il fallait lui donner les médecines prescrites ou bien rafraîchir avec un peu d’eau sa bouche desséchée par l’ardeur de la fièvre. Afin qu’elle ne fût point privée de la communion, M. Wehinger ne se couchait pas avant minuit.

    D’un autre côté, il continuait les travaux complémentaires de la léproserie. Il avait fait agrandir le cimetière ; au milieu, il éleva une chapelle mortuaire, simple mais élégante : là, les dépouilles mortelles des lépreux s’arrêteraient et recevraient une dernière bénédiction. Pour traverser le canal qui sépare le cimetière de l’enclos de la léproserie ; il fit construire un large pont, et une belle route qui devait relier le pont au passage couvert de l’intérieur de la léproserie. Les lépreux pourraient ainsi facilement accompagner le convoi funèbre de leurs frères. Au moment où nous en sommes arrivés de notre récit, tout cela était en construction. Hélas ! le premier convoi qui devait suivre cette route neuve, c’était celui de M. Wehinger; le premier cercueil qui devait reposer dans cette chapelle mortuaire à peine finie, c’était le sien.

     

    Le 10 août la Révérende Mère Supérieure voyant que Sœur Bonaventure déclinait de plus en plus, demanda au Père de marquer l’endroit du cimetière réservé pour les Sœurs de la communauté. Notre confrère ne se sentait déjà plus la force de sortir en ville, mais il pouvait encore surveiller les travaux à l’intérieur de l’asile. Le soir, il se rendit donc au cimetière, accompagné de la Mère Supérieure, et, se tenant en face de la petite chapelle, après un instant de réflexion : « Ici, dit-il, en étendant sa main du côté gauche, pour les Sœurs Franciscaines « Missionnaires de Marie, et de ce côté, pour les Pères » ; et il ajouta : « Je veux être enterré « ici au milieu de mes lépreux. »

    Cette petite sortie l’avait fatigué. En rentrant, il se mit sur sa chaise longue et ne se leva point pour le repas du soir.

     

    Le lendemain, 11 août, était fixé pour la réception du lieutenant- gouverneur à Mandalay. Il y eut solennité officielle, et tous les person­nages de la ville furent invités à y prendre part.

    Membre du conseil municipal, M. Wehinger devait être présent à la lecture du compliment de bienvenue, qui serait lu par le président. Il se sentait fatigué, si fatigué qu’il dut recourir à un aide pour revêtir sa soutane : « Préparez-moi quelque potion qui me donne un peu de force, « dit-il ensuite à la Mère Supérieure ; car je me sens très faible. » Il se rendit à la gare, assista à la cérémonie qui dura une heure, fut présenté au lieutenant-gouverneur et rentra à la léproserie.

     

    Pour résister à la fièvre, il prenait tous les jours de fortes doses de quinine ; mais il s’était tellement habitué à ce spécifique, qu’il n’en éprouvait plus grand soulagement.

    Depuis quelques jours, M. Wehinger ne s’était pas cru capable de célébrer la sainte messe. Le 15 août, fête du triomphe de la Mère de Dieu, il ne put se résoudre à cette privation. Sa dernière messe célébra le couronnement de Marie. Le dimanche, 16 août, vers le soir, il éprouva le désir de respirer l’air frais de l’extérieur, de contempler les fleurs du jardin, les arbres qu’il avait plantés et dont il prenait tant de soin. Il s’étendit sur sa chaise longue, à quelques pas de sa chambre. L’atmosphère était lourde.

    La fin d’août et le mois de septembre sont généralement très pénibles à Mandalay, surtout quand il n’y a pas eu de pluies depuis longtemps. Il causa quelques instants avec la Mère Supérieure, qui se tenait à côté de lui ; ses paroles étaient plus que jamais empreintes de tristesse. Puis, il s’occupa des arrangements pour le jour suivant. « Demain, il faudra décorer « les avenues pour la visite du lieutenant-gouverneur, dit-il ; les lépreux devront être rangés, « les hommes de ce côté-ci du portique, les femmes de l’autre côté, pendant que l’un d’entre « eux lira l’adresse qui a été préparée. Je vais bien me reposer cette nuit, afin de faire bonne « figure demain, devant notre illustre visi­teur.

    Le lendemain, vers les 4 heures du soir, le chef de la Birmanie venait, en effet, selon sa promesse, faire sa première visite. M. Wehinger était debout pour le recevoir, entouré de quelques confrères heureux de saluer le gouverneur.

    Selon ce qui avait été réglé, l’adresse fut lue, et sir Hugh Barnes répondit avec une émotion qu’il ne pouvait contenir. Une partie notable de son discours fut consacrée à l’éloge des missionnaires et des Sœurs, qui dévouaient leur vie à cette œuvre héroïque du soulagement des lépreux ; il le termina en assurant qu’à l’exemple de ses prédécesseurs, il favoriserait de tout son pouvoir la prospérité de cette admirable institution. M. Wehinger était radieux ; il semblait avoir oublié sa faiblesse. Avec sir Barnes, il fit la visite de la chapelle et du couvent ; avec lui, il parcourut tous les pavillons de l’asile ; avec lui, il monta à la tour pour lui faire admirer le coup d’œil d’ensemble de tout l’établissement. Pendant une heure et demie, sans montrer la moindre fatigue et avec une grande chaleur de conversation, il entretint le chef de la Birmanie de son œuvre et de ses projets futurs. Sir Hugh Barnes se retira enchanté de ce qu’il avait vu et, avant de partir, il écrivit sur le livre des visiteurs : « J’ai été grandement « intéressé et impressionné par tout ce que j’ai vu ici. Je me sens pénétré d’une admiration « profonde pour le renoncement héroïque des Sœurs et des Pères, qui se dévouent dans cette « admirable institution.»

     

    Le moment d’excitation passé, notre pauvre confrère se sentit plus fatigué que jamais ; il s’entretint encore quelques instants avec nous, mais il était tout essoufflé. A peine étendu sur son lit, une violente douleur le saisit et ne lui laissa pas un moment de sommeil ; puis, ce furent des vomissements continuels qui achevèrent d’épuiser ses forces. Une médication énergique le délivra de la douleur, mais le laissa dans un état de grande prostration.

    Nous ne voulions pas encore croire à la gravité de la maladie. Habitués à le voir se relever, après quelques jours d’épreuve, nous pensions que, cette fois encore, il se remettrait. Du reste, il était dans la force de l’âge ; il n’avait que trente-neuf ans, et son visage était encore frais, son corps paraissait très vigoureux. Nous ne pouvions penser que le germe de la mort grandissait à l’intérieur de ses organes. Les soins minutieux dont il était entouré par la Mère Supérieure et les Sœurs Franciscaines, toujours si attentives, si dévouées, étaient aussi pour nous une cause de tranquillité.

    Cependant notre confrère était entré dans la période aiguë de sa­ maladie. Incapable de rien faire et même de se tenir debout, il s’attris­tait de voir s’accumuler le travail sur son bureau. Si quelqu’un venait le voir, il trouvait encore des paroles de bienvenue pour l’accueillir, mais la conversation le fatiguait. Depuis qu’il ne pouvait plus rendre visite à Sœur Bonaventure, il demandait, de temps en temps, de ses nouvelles. Cette excellente Sœur rendit le dernier soupir le 24 août, à 1 heure du matin ; et sa belle âme prit son vol vers les cieux.

    Bientôt après la Révérende Mère Supérieure, qui se tenait cons­tamment au chevet de notre cher malade, ne put s’empêcher de nous exprimer ses inquiétudes. A mon tour, je m’installai auprès de lui. C’était le 27 août. Ce jour-là, arriva le courrier d’Europe. Jelus la correspondance française et anglaise, et la Mère Supérieure, les lettres d’Autriche et d’Allemagne. Ces nouvelles le mirent dans la joie ; il y eut une légère amélioration dans son état, et nous nous reprîmes à espérer.

    Hélas  la guérison ne devait pas venir. Le mieux qui s’était mani­festé ne persévéra pas. Le médecin, après un examen minutieux, déclara que la maladie était grave : il pensait que c’était une fièvre typhoïde. Le lundi 31 août, bien qu’il ne se fût produit aucun incident particulier dans la marche de la maladie, voyant que la faiblesse du malade augmentait, je ne pus m’empêcher de lui faire part de nos craintes et de lui dire de se tenir prêt à toute éventualité. « Je n’en suis pas surpris, répondit-il, je veux faire aujourd’hui ma confession générale. J’ai « besoin de quelque temps pour me recueillir et me bien préparer. »

    Vers les 10 heures du matin, il fit sa confession ; puis, sa chambre fut transformée en chapelle ; un autel fut érigé à côté de son lit et, comme l’angélus de midi sonnait, nous sortions solennellement de la chapelle pour lui porter le saint viatique.

    Ce fut un moment bien solennel que celui où le divin Maître pénétra dans la chambre de son bien-aimé disciple. Celui-ci ne pouvait plus aller à l’Hôte du tabernacle, et l’Hôte du tabernacle venait à lui. Il venait pour lui donner force et consolation, pour lui apprendre à dire sa divine parole du jardin des Olives : Non mea voluntas sed tua fiat. Je remarquai que la poitrine du malade se souleva d’émotion, quand la sainte hostie reposa sur sa langue, et aussitôt, il se renferma dans un recueillement profond.

    Quelques temps après, quand je m’approchai pour lui donner des soins, je vis dans son regard un éclair de joie et de gratitude :  « Eh ! bien, maintenant, je mourrai content », me dit-il.

     

    On nous pardonnera si nous glissons ici le récit d’un incident qui se produisit pendant l’administration du saint viatique. Les lépreux savaient que leur Père était malade, mais ils n’avaient pas été avertis de la gravité de son état. Une certaine anxiété régnait dans les pavillons de l’asile. Quand la vérité fut connue ; un cri sortit, instantané, de partout à la fois, comme si le ressort qui comprimait la douleur s’était détendu soudainement : « Hélas ! notre « Père va donc mourir ! Oh ! mon Dieu, ne nous enlevez pas notre Père. » C’était une véritable explosion de désespoir. Il fallut vite dépêcher quelqu’un dans les hôpitaux pour calmer le tumulte, dont le bruit envahissait la chambre du malade. « Vos cris vont affliger « votre Père ; du reste, tout espoir n’est pas perdu, et, si nous savons faire violence au ciel, « Dieu nous le conservera. » Depuis ce moment jusqu’au lundi suivant, nuit et jour et sans discontinuité, les lépreux se succédèrent par groupes à la chapelle, pour obtenir la guérison de leur Père.

    Cependant la nouvelle du danger s’était répandue aussi dans la ville, et de nombreux amis du Père vinrent pour le voir ; mais le méde­cin, afin de lui éviter toute fatigue, avait défendu d’introduire les visi­teurs.

    Mgr Cardot écrivait de son côté : « Dites au cher malade que je reviendrai le voir dans quelques jours ; dites-lui qu’il ne peut pas nous quitter, que nous avons encore besoin de lui. »

    Quant au malade, il savait que le bon Dieu lui demandait le sacri­fice de sa vie. Le jour même où il reçut le saint viatique, comme la Mère supérieure cherchait en vain à retenir ses larmes : « Ne pleurez pas, lui dit le Père, il faut bien que la volonté du bon Dieu « s’accomplisse. »

     

    Le mal cependant continuait à l’intérieur son travail de destruction ; mais les prières que l’on adressait au ciel, à la léproserie et dans toutes les communautés catholiques de Mandalay, étaient si ferventes qu’elles nourrissaient notre espoir. A la souffrance aiguë avait succédé un abattement profond ; le malade pouvait à peine remuer sur son lit. « Je ne sens pas de douleur, « disait-il, mais il me semble que tout mon corps s’en va en dissolution. »

    Le 1er et le 2 septembre, je lui portai encore la sainte communion ; le 3, il me pria de ne pas la lui porter : « Il m’échappe des mouvements d’impatience », dit-il. Il était assurément le seul à  remarquer ces impatiences. Sa douceur et sa résignation étaient admirables ; mais, habitué à exercer une grande sévérité envers lui-même, il semblait être devenu encore plus rigoureux à l’approche de la mort.

    Le samedi 5 septembre, au matin, après la visite quotidienne du médecin, nos craintes devinrent plus vives. La fièvre persistait tou­jours ; elle avait une tendance à s’élever, et le malade paraissait épuisé. « Ne pourrions-nous pas avoir une consultation de docteurs ? » demandai-je au major Entrican. Ce désir, qui était dans la pensée de chacun, fut aussitôt approuvé. Je télégraphiai sur l’heure au bon colonel Dantra, le fidèle ami de M. Wehinger et de l’asile Saint-Jean, dont nous avons parlé plus haut. Il s’empressa de venir par le premier train, et le soir, vers 7 heures, trois médecins étaient réunis près du malade. Leur inspection fut longue et minutieuse ; puis, ils sortirent pour délibérer. « Nous ne voyons qu’un moyen de « sauver le Père, dirent-ils. Il doit y avoir un abcès dans les organes intérieurs ;  s’il est au « foie, nous pourrons le découvrir et lui donner issue à l’extérieur ; s’il est autre part, tout « espoir humain est perdu. Nous croyons qu’il faut sonder le foie pour tâcher de découvrir le « siège du mal. » Je fis part au malade de l’avis des docteurs : « Qu’ils fassent ce qu’ils jugent « à propos de faire, répondit-il, je suis prêt. » Ils se mirent aussitôt à l’œuvre, et quatre fois, ils plongèrent l’aiguille dans le côté. Hélas ! il ne sortit de la sonde qu’un sang pur et vermeil. Vers 9 heures, l’opération était terminée, et les médecins se retirèrent, nous laissant dans la désolation. Tout ce qu’il était humainement possible de faire avait été tenté, et rien n’avait réussi. Il y avait encore un recours, celui de la prière. On redoubla donc de ferveur ; on multiplia les sup­plications. Il y eut des vœux et des promesses formulés avec ardeur et déposés aux pieds du Tout-Puissant. Combien y eut-il de personnes qui dirent au bon Dieu : « Prenez ma vie, Seigneur, et épargnez celle-ci, qui me paraît si précieuse pour le bien de vos « pauvres, pour le salut des délaissés de ce monde. » Mais Dieu a ses desseins, qui ne sont pas selon les pensées des hommes.

    A 10 heures, l’action du chloroforme avait disparu et le malade, repre­nant connaissance, porta la main au côté, faisant un effort instinctif pour arracher le bandage qu’on avait appliqué après l’opération. A un moment, s’échappa de sa bouche ce cri de douleur : « Je souffre un « vrai martyre. » C’était le cri du Sauveur au jardin des Olives. « Offrez vos souffrances au bon Dieu, lui dis-je ; souffrez pour vos enfants lépreux. » Il répondit seulement : « O Jésus ! O Marie ! » et rentra dans le silence. Je crus le moment venu de lui administrer les derniers sacrements. Il avait encore sa connaissance, mais il était à craindre qu’il n’entrât en agonie. Quand je lui proposai de l’administrer, il me dit simplement : « Oui, donnez-moi l’extrême-onction. » Il s’unit aux prières du rituel, répondant quelquefois lui-même aux prières.

    Le dimanche matin, la température du corps était montée subite­ment à 106º Fahrenheit, et le malade avait le délire. Le médecin ordonna des bains glacés. Pendant quelques instants le traitement procurait un peu de soulagement au malade, mais le thermomètre remontait bientôt à 106º. Le confesseur, au pied du lit, tenait la croix de missionnaire sous les yeux du mourant et l’approchait de ses lèvres.

    Il était sur la croix, lui aussi, le cher patient, car la lutte contre les étreintes de la mort paraissait terrible. Il s’efforçait de répéter les pieuses invocations qu’on lui suggérait. A un moment, comme son confesseur oubliait d’ajouter le nom de Marie à celui de Jésus, le malade continua de lui-même « O Marie, conçue sans péché, ô ma Mère ! » Ce fut sa dernière parole.

     

    Dans l’après-midi, la fièvre augmenta encore d’intensité. Le soir, le major Entrican revint et tenta un dernier effort pour combattre la fièvre qui dévorait le pauvre moribond. Pendant plusieurs heures, il promena la glace sur ce corps brûlant, qu’on baigna ensuite dans de l’eau très froide. Ce fut en vain, et le bon docteur se retira complè­tement découragé.

    Le dénouement était proche. Vers 10 heures du soir, l’agonie com­mença. Je m’empressai d’appliquer l’indulgence plénière, et nous récitâmes tous ensemble les prières des agonisants. Il y avait, à ce moment, autour du lit du cher Père, quatre confrères de la mission de la haute Birmanie, la supérieure des Sœurs Franciscaines, quelques-unes des Sœurs et Mlle Anna Jégu qui était venue, dès 1894, partager les travaux de M. Wehinger. Les larmes coulaient de tous les yeux. Le moment marqué par Dieu pour rappeler à Lui son serviteur avait sonné. A 11 h 30, M. Wehinger rendait le dernier soupir : son âme s’envolait vers le ciel sous une dernière absolution... Le corps fut aussi­tôt revêtu des ornements sacrés. Malgré les souffrances du dernier jour, le visage respirait la paix et la tranquillité.

     

    Il y a des coïncidences qui sont bien étranges. Elles paraissent n’avoir aucune relation entre elles, et cependant elles sont remarquées par tout le monde. Le jour de la mort de notre confrère, il ne restait plus une seule place vide dans les pavillons de l’hôpital : tous les lits étaient occupés. Son âme, en franchissant le seuil de l’éternité, pouvait contempler cette nombreuse famille qu’il laissait au complet, abritée sous le toit de la charité.

    Cependant le lundi matin, 7 septembre, après l’angélus, le bourdon de la cathédrale de Mandalay annonçait, par son glas funèbre, la nouvelle de la perte que venait de faire la mission catholique. En quelques heures, on apprit dans toute la cité que M. Wehinger n’était plus. L’hôtel de ville fut fermé en signe de deuil. Le préfet me disait : « Ce n’est pas « seulement une perte pour votre mission ou pour la ville, mais c’est une perte pour toute la « Birmanie. »

    On transporta le corps à l’église, et chacun de nous célébra la sainte messe pour le repos de l’âme du cher défunt.

    Au milieu de l’église s’élevait le catafalque, tendu de blanc et entouré de cierges et de plantes vertes. Au-dessus, reposait le corps revêtu des ornements violets ; la tête était un peu élevée, afin que les assistants pussent aisément voir une dernière fois les traits du mort. Pendant toute la journée, ce fut une procession de visiteurs de la ville, de toutes les classes de la société et de toutes les sectes, venant rendre un dernier hommage de vénération au bienfaiteur des pauvres lépreux.

    On se demanda d’abord s’il ne fallait pas creuser la tombe dans l’église même, dans ce sanctuaire que le défunt avait élevé à la gloire du Saint-Sacrement ? Mais il valait mieux respecter ses dernières volontés ; n’avait-il pas dit, quelques jours avant sa mort, qu’il  voulait être enterré au milieu de ses enfants, manifestant par là qu’il les aimerait même après sa mort ? N’avait-il pas marqué lui-même l’endroit de sa sépulture ?

    Le mardi 8 septembre, à 7 h. ½ , le provicaire de la mission, M. Foulquier, chanta la messe solennelle avec diacre et sous-diacre. Le plus grand nombre des missionnaires de la Birmanie septen­trionale, avertis par télégramme, avaient pu partir à temps pour venir donner à notre confrère un dernier témoignage de fraternelle affection. Mgr Cardot, administrateur apostolique, malgré son désir de présider les funérailles, s’était vu dans l’impossibilité d’arriver à temps.

    Jamais, à l’église de la léproserie Saint-Jean, on n’avait vu un si grand concours de peuple. Le mauvais temps et la grande distance avaient arrêté un bon nombre d’admirateurs de M. Wehinger, mais non ses principaux amis.

    Qu’on nous permette de citer quelques noms : l’honorable M. Adam­son, premier magistrat de la Birmanie septentrionale ; le major Strickland, préfet de la ville et du district de Mandalay ; M. Ross, juge civil ; le magistrat du cantonnement, le comte Calderari ; les officiers de l’armée ; presque tous les conseillers municipaux ; les ministres des diverses sectes protestantes ; enfin, des représentants distingués de toutes les classes de la société : bouddhistes, musulmans, hindous.

    Dès la veille au soir, le corps avait été enfermé dans un double cercueil : l’un en zinc, l’autre en bois de teck. Des croix et des couronnes de fleurs, apportées par les assistants, couvraient la bière et débordaient sur le catafalque ; de grandes draperies noires, suspendues aux voûtes et aux arches des galeries, semblaient couvrir l’église d’un long vêtement de deuil.

    Pendant la messe, un recueillement profond paraissait planer comme un nuage sur la foule émue. Des larmes silencieuses coulaient de bien des yeux.

    Après l’absoute, le cortège se forma et partit pour le cimetière. Huit missionnaires en surplis portaient le corps de leur confrère ; puis, venaient les Sœurs Franciscaines deux à deux, suivies de quatorze postulantes birmanes avec leur voile blanc ; enfin, une longue théorie de lépreux, qui avaient peine à se traîner en étouffant leurs sanglots.

    Il ne fut pas possible de descendre le cercueil dans la fosse, car la pluie avait retardé le travail, et la maçonnerie n’était pas terminée. Il fallut le déposer dans la chapelle du cimetière, et c’est là que furent accomplies les dernières cérémonies du rituel.

    Le soir, le ciel se montra plus clément ; une dernière absoute fut renouvelée, en présence de quelques missionnaires et des Sœurs, et le corps fut mis en terre.

     

    Quel vide pour Saint-Jean ! Sans doute l’œuvre  restait debout, mais celui qui l’avait créée n’était plus là. Quel vide pour les lépreux ! Comme ils étaient silencieux et tristes, à la pensée de ne plus revoir leur Père tant aimé !...

    Il n’y eut pas d’oraison funèbre aux funérailles, mais l’éloge du défunt était dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres. Pendant une quinzaine de jours, les journaux de Birmanie furent remplis de ses louanges, il y eut même des poèmes composés en son honneur et à sa mémoire.

    Cependant on nous permettra de choisir, entre les mille témoignages de sympathie et de condoléance qui nous furent adressés, quelques-­uns des plus précieux. Ils montrent en quelle estime était tenu le missionnaire, et ils sont aussi un encouragement pour nous. C’est d’abord la dépêche du vice-roi des Indes au lieutenant gouverneur de la Birmanie, qui nous fut communiquée par Son Honneur le 8 sep­tembre :

    « Je suis douloureusement peiné d’apprendre la mort du P. Wehinger, cet homme très « excellent et si dévoué fondateur de la léproserie dont je présidai l’inauguration en 1901. Je « compatis cordialement avec les parents et les amis du défunt et avec l’Insti­tution, pour la « perte d’un directeur si aimable.»

    Sir Hugh Barnes, en apprenant la triste nouvelle, nous fit exprimer aussitôt ses condoléances par son secrétaire privé. Voici la teneur du­ télégramme :

    « Le lieutenant-gouverneur a appris avec le plus profond regret la nouvelle de la mort « inopinée du P. Wehinger, et désire que je vous fasse parvenir, à l’occasion de cette « douloureuse perte, l’expression de sa sympathie, pour  vous et pour tous ceux qui ont « partagé les labeurs du Père à la léproserie Saint-Jean. »

    Ces deux témoignages, venus de si haut, suffiront pour donner une idée de la place que M. Wehinger occupait en Birmanie, et des regrets que sa mort y fit éclater. Cette mort fut regardée comme une calamité publique.

    Et maintenant ses dépouilles mortelles sont à côté des dépouilles de ceux qu’il aimait tant ; le père repose au milieu de  « ses chers enfants lépreux ».

    Si monumentum requiris, circumspice. Telle était la conclusion d’un article de journal, qui parut quelques jours après la mort du Père : « Si vous voulez voir un monument de cet apôtre de la charité, vous n’avez qu’à regarder autour de vous. » En effet, tout le rappelle, tout parle de lui, tout porte le cachet de sa charité, à la léproserie Saint-Jean.

     

    • Numéro : 1865
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1889