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Edmond WALLAYS (1842-1925)

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    M. WALLAYS Edmond né à Leffinghe (Bruges, Belgique) le 31 août 1842. Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 12 septembre 1862. Prêtre le 10 juin 1865. Parti pour la procure de Shanghaï le 14 août 1865 ; directeur au Collège général de Penang en 1866 ; supérieur en 1885. Mort à Penang le 26 juillet.

    Au cours du XVIIIe siècle, la Belgique avait donné à la Société des Missions-Étrangères de Paris plusieurs prêtres qui allèrent travailler dans nos Missions. Après un long intervalle de temps, de nouveaux missionnaires de Belgique vinrent s’enrôler dans nos rangs dans la seconde partie du XIXe siècle. Le premier d’entre eux fut M. Edmond Wallays, du diocèse de Bruges, né en 1842. Il entra, simple laïque, au Séminaire de la rue du Bac, le 12 septembre 1862, l’année même où l’abbé Verbist fondait à Bruxelles sa congrégation de missionnaires, sœur de la nôtre. Edmond Wallays reçut la prêtrise le 10 juin 1865 et fut destiné à la procure de Shanghai. Il ne précédait que de quelques jours en Chine l’abbé Verbist, qui allait s’installer en Mongolie avec ses premiers compagnons.

    Arrivé à Shanghaï, M. Wallays devait se former sous la direction de M. Cazenave plus tard directeur au Séminaire de Paris et Procureur à Rome. Mais dès la fin de sa première année, il était nommé directeur au Collège de Penang, d’où M. Lemonnier était rappelé pour remplacer

    M. Cazenave à la procure de Shanghaï. Il aura ainsi consacré près de soixante ans de sa vie à la formation du clergé indigène pour nos diverses Missions, d’abord comme professeur et directeur jusqu’en 1885, puis comme supérieur jusqu’en 1917, époque où le fardeau devenait, trop lourd il doit le céder à des épaules plus jeunes, mais il continuera de donner encore pendant huit années, à tout le personnel du collège, l’enseignement d’une si longue vie pleine de mérites et l’exemple de toutes les vertus.

    C’est toute une période de l’histoire de notre Collège général de Penang et du Clergé indigène dans nos Missions qui se déroule et se confond avec la vie de notre confrère. Pour que cette notice fût complète, il faudrait donc consulter les archives, reproduire des statisti-ques et suivre à leur sortie du collège les prêtres d’élite formés à l’école de M. Wallays, dont plusieurs ont porté jusqu’au martyre la fidélité à ses enseignements. Ce travail se fera sans doute un jour pour une monographie de notre Collège général et le nom de M. Wallays y tiendra une grande place. Aujourd’hui nous devons nous contenter de quelques notes éparses fournies par ceux qui l’ont connu aux diverses périodes de sa longue vie.

    Mieux doué incontestablement pour l’enseignement au Collège général que pour la direction et les travaux d’une procure, M. Wallays, outre les qualités de l’esprit et du savoir nécessaires au professeur, avait celles du cœur par lesquelles il aimait profondément les élèves et en était fidèlement aimé. Il était homme d’initiative à l’esprit ouvert et en même temps homme de tradition. Il fut le bras droit de M. Laigre, Supérieur du Collège de 1866 à 1885. Chargé d’abord du cours de philosophie, il se sentit bientôt plus de goût et de force pour l’enseignement de la grammaire et l’explication du latin. Aussi dès la première occasion, demanda-t-il, à permuter avec un confrère pour prendre une classe de latinité. Il avait de plus la charge de la sacristie et en conséquence, professait le cours de liturgie, et ce rôle, écrit un de ses confrères, « il le remplissait bien, théoriquement et pratiquement, joignant le goût au devoir et s’inspirant des sentiments du Psalmiste : Domine dilexi decorem domûs tuae. »

    A cette époque, chaque professeur devait apprendre une des langues parlées par les élèves selon les nationalités : M. Wallays se sentit de force à en étudier deux, le siamois et l’annamite et les utilisa dans ses rapports avec les élèves siamois ou annamites qui recouraient à lui. La direction de la Congrégation de la Sainte Vierge lui fut confiée et il mit tout son dévouement à la rendre prospère et profitable à ses membres non moins qu’à l’esprit général de la communauté.

    Dans le même esprit de bien spirituel pour les élèves, M. Wallays eut l’initiative d’un projet qui fut adopté par tous ses confrères et eut un plein succès. Ce fut de demander pour le Collège, à Mgr Van Camelbeke, les restes précieux d’un ancien élève de Penang, le prêtre indigène Paul Chau, martyrisé au Binhdinh en 1862, alors qu’il était chargé du Séminaire de la Mission. Ses restes vénérables étaient conservés à l’évêché de Langson avec d’autres martyrs, prêtres indigènes aussi ou simples fidèles. Le prélat connaissait bien le Collège : il y avait étudié l’annamite en attendant que les portes de sa Mission lui fussent ouvertes et avait même érigé un petit oratoire à la mémoire des anciens élèves mis à mort pour la foi. Il agréa la demande avec bienveillance et envoya le précieux dépôt avec toutes les pièces canoniques nécessaires pour la Cause à Rome. Benoît XV a signé l’Introduction de cette Cause en 1918, en la joignant à celle de plusieurs autres annamites martyrs et de nos martyrs coréens de 1866). Le P. Hab, missionnaire des Indiens ou Tamouls de Penang, revenant alors de Hongkong reçut à Saïgon la caisse contenant les ossements, et vers la fête de l’Immaculée-Conception 1884, ils furent enterrés sous le sol de la chapelle dans un petit sarcophage tout de granit. Lorsque Rome aura parlé, on rendra à ces reliques sacrées les hommages qui leur sont dus.

    Il est à remarquer que l’initiative de M. Wallays eut aussi pour effet singulièrement heureux et imprévu de sauver ces reliques de la destruction qui, l’année suivante au mois de juillet, lors des terribles désastres de l’Eglise de Cochinchine Orientale, par la haine des lettrés païens, atteignit tant de chrétientés et d’églises, à commencer par l’évêché et l’église de Langson. L’incendie suivit le pillage et dévora tout dans l’édifice sacré, y compris les châsses conservées dans la sacristie et contenant les ossements de plusieurs martyrs, pour le culte public desquels on attendait le résultat des procès canoniques envoyés à Rome et les décisions pontificales. De tout ce trésor d’indicible valeur aux yeux de la foi, il n’est donc resté que le corps de Paul Chau, providentiellement retiré du milieu des autres et envoyé à Penang quelques mois auparavant.

    Ce fut la dernière fête et la dernière joie qui couronnèrent, ici-bas les 37 années d’apostolat au Collège du vénérable M. Laigre, qui s’éteignit, âgé de 63 ans, vers le milieu du mois d’avril 1865. Trois mois après, le Séminaire de Paris désignait M. Wallays pour lui succéder.

    Sa première œuvre importante fut de faire tomber les vieux bâtiments encore restants du vieux collège pour édifier le bâtiment central et la seconde aile du collège actuel. La construction aura longtemps et il n’eut pas la consolation d’assister à la bénédiction de l’édi-fice renouvelé, qui fut faite le 15 janvier 1891 par Mgr Mutel. Il était en Europe où le docteur l’avait envoyé d’urgence soigner une grave maladie de foie.

    Il profita de son voyage pour recueillir des bourses pour les élèves. Quand il rentra, en décembre1911, il ne trouva au collège qu’un nombre restreint de séminaristes bien insuffisant pour occuper les nouveaux bâtiments. La diminution avait déjà commencé quelques années avant. En 1885, quand il avait pris la direction de la maison, elle comptait 125 élèves, chiffre qui n’avait pas été atteint depuis 1871 et qui était dû surtout à l’arrivée de 24 élèves de la Cochinchine Orientale, chassés de chez eux par la persécution. Ce chiffre diminua d’an­née en année ; en 1887, il était réduit à 94 ; en 1894 il n’y avait plus que 15 élèves ; le personnel fut réduit en conséquence au Supérieur, M. Wallays, et à trois directeurs.

    À quoi donc attribuer cette décadence ? La paix régnait désormais dans la plupart de nos missions ; elle paraissait bien rétablie, en particulier en Indochine ; les petits séminaires y étaient de plus en plus florissants. Voici ce qu’écrivait le Conseil Central du Séminaire de Paris dans la Lettre Commune de 1894 : « A mesure que les séminaires s’organisaient dans les Missions particulières, le Collège général devait, par une conséquence presque nécessaire perdre quelque chose de son importance. Considéré en lui-même, ce développement de l’enseignement dans les Missions particulières est un bien dont nous devons nous réjouir. Néanmoins, on ne peut pas se défendre d’un légitime regret en voyant s’amoindrir ainsi la situation d’un Établissement qui a rendu dans le passé tant de services à nos Missions et qui, par sa destination générale, était, entre elles toutes, un lien précieux de communion.

    Ce « légitime regret », M. Wallays l’éprouva plus que tout autre. Fatigué et croyant qu’un autre ramènerait plus facilement la prospérité du Collège, il donna sa démission en avril 1894. A l’unanimité, ses confrères demandèrent et obtinrent son maintien.

    L’épreuve cependant était décourageante, mais M. Wallays ne perdait pas confiance dans la Providence. Il en fut récompensé car il put entrevoir la résurrection du Collège. En 1913, par suite de l’arrivée de séminaristes de Canton et de Siam qui reprenaient une tradition interrompue pendant vingt ans, les élèves étaient 32 ; ils étaient 45 en 1915 et désormais leur nombre allait continuer à augmenter. Aujourd’hui, grâce au recrutement d’élèves d’élite choisis dans les Missions et au nouveau programme d’études approuvé par la Sacrée-Congrégation de la Propagande, les plus beaux espoirs peuvent être conçus et le Collège général a déjà retrouvé la prospérité des plus beaux jours de son histoire.

    Malheureusement, M. Wallays n’était plus jeune. À un moment où il laissait un peu flotter les rênes, il serait difficile de dire quelle part d’initiative il avait dans les décisions prises en conseil. Ses confrères le déchargèrent d’une partie de ses fonctions, en particulier des classes ; il n’y consentit pas sans peine car il considérait cela comme une abdication. Il dut pourtant admettre ce qui était évident pour tout le monde : il avait besoin de repos. A la fin de 1916, âgé de soixante-quinze ans, après 31 ans de supériorat, il donna sa démission.

    Il avait demandé à se retirer à Nazareth pour finir sa vie dans la prière. Il était trop âgé pour se faire à un climat trop différent de celui de Penang. Après quelques mois, il revint occuper au Collège sa chambre que ses confrères plus prévoyants avaient laissée dans l’état où il l’avait quittée. Il fut sensible à cette attention et désormais il reprit au milieu de nous sa vie tranquille comme s’il ne nous avait pas quittés ; vie où la piété occupait d’autant plus de place qu’il appro­chait davantage de sa fin.

    Sa santé restait bonne, mais sa vue baissait beaucoup. Il dut renoncer à la lecture ; dure épreuve que surpassa celle de ne pouvoir dire la messe. A certains jours surtout, on se faisait difficilement entendre de lui. Enfin ses jambes lui refusèrent à peu près tout service et dans les derniers mois, il ne put guère quitter sa chambre.

    Sa dernière grande joie fut la célébration de ses noces de diamant, le 11 juin 1925. Il descendit encore au milieu de nous au réfectoire et Mgr Morel lui exprima au nom de tous les félicitations et les vœux que la vénération nous inspirait dans une circonstance si rare.

    Il vint à Mariophile avec la communauté, pour les vacances. Rien ne faisait prévoir que c’était la dernière fois. Presque subitement, vers le 20 juillet, son état s’aggrava. Il était usé ; tous les organes refusaient leurs services à la fois ; ses forces déclinèrent vite. Lui seul ne s’en apercevait pas, et quand on le lui disait, il refusait de l’admettre. Enfin dans la nuit du 25 au 26 juillet, son état empirant rapidement, il consentit à recevoir les derniers sacrements, puis il s’éteignit presque sans agonie vers 8 heures du matin.

    Le lendemain on ramena son corps au Collège ; et Mgr Perrichon, Coadjuteur de Malacca présida l’enterrement, auquel assistèrent toute la communauté, les missionnaires des environs, une délégation des Frères et des Sœurs et de nombreux fidèles. Tous avaient voulu rendre un dernier hommage aux vertus du vénérable défunt. Nul doute que nos prières et celles des nombreux prêtres, qu’il avait formés pour la plupart, de nos Missions ne lui aient obtenu promptement la jouissance de la récompense méritée par de si longs travaux.

    • Numéro : 880
    • Pays : Chine Malaisie
    • Année : 1865