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Joseph VULLIEZ (1912-1975)

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    La vie sacerdotale et missionnaire du Père Joseph VULLIEZ, tant au Cambodge qu’au Viêt-Nam, pendant 39 ans, mérite d’être évoquée aussi bien pour l’œuvre qu’il a accomplie au Cambodge que pour son dévouement aux réfugiés du Viêt-Nam, dévouement qu’il a payé de sa vie, dernier sacrifice de tant d’années consacrées entièrement à l’apostolat.

     

    Joseph Vulliez naquit le 5 mars 1912 au Biot, dans le Chablais, en Haute-Savoie, au diocèse d’Annecy, à quelque 18 km de Thonon-les-Bains. Son père, Calixte Vulliez, décédé en 1964 à l’âge de 84 ans, était exploitant agricole. En ce pays de montagne, c’était un travail rude qu’il acceptait courageusement. Rude était le travail, rude aussi était le père qui ne badinait pas avec ses enfants, mais leur donnait l’exemple de sa foi et de son amour du travail. Sa mère, Marie Dubois, décédée en 1957 à l’âge de 77 ans, était institutrice libre. Pendant plus de 15 ans, par tous les temps : soleil, pluie, neige, elle faisait à pied ses 4 km pour aller à son école. Profondément chrétienne, elle n’hésitait pas sur la distance pour se rendre deux ou trois fois par semaine à la messe ; elle acceptait la migraine que lui causait le jeûne exigé à cette époque pour communier. Nous voyons que Joseph Vulliez et ses frères et sœurs ont eu des parents qui ont su donner l’exemple et ne se contentaient pas de vagues conseils. Ils exigeaient aussi de leurs enfants un travail suivant leurs forces. C’est ainsi que, de bonne heure, Joseph Vulliez fera l’apprentissage du travail aux champs et de la garde des troupeaux. Il n’est donc pas étonnant que dans une famille aussi profondément chrétienne aient éclos des vocations sacerdotales. Sur les 7 enfants, 4 sont devenus prêtres : 3, encore vivants, au service du diocèse d’Annecy et Joseph aux Missions Etrangères.

     

    Joseph Vulliez fit ses études primaires à l’école du Biot avec sa maman et ses études secondaires au petit séminaire St-François-de-Sales à Thonon. Pour ses vacances, dès son jeune âge et surtout depuis son entrée au petit séminaire, il les passait en bonne partie chez son oncle, curé de Sixt, pays de haute montagne. Avec cet oncle, fervent alpiniste, il prit la passion de la montagne. A 9 ans (1921) il fit l’ascension du Buet (3 109 m) : ce qui représente une course d’environ 12 heures. Avec ce même oncle, il s’adonna aussi avec passion à la cueillette des champignons. Cette passion pour la montagne, il la gardera toute sa vie. A l’occasion de ses trois congés (1948-1963-1973) il sillonnera encore avec amour les sentiers dans les forêts de son pays natal.

     

    Ses études secondaires terminées, il fit un essai aux Missions Etrangères en septembre 1930. Mais victime d’un ennui intense causé par l’éloignement de sa famille, il revint au début d’octobre au grand séminaire d’Annecy pour deux années scolaires. Il était co-chambriste avec son frère Henri qui fut ordonné prêtre en 1932. Pendant ces deux années, sa vocation missionnaire s’affermit. Aussi entra-t-il de nouveau aux Missions Etrangères le 31 décembre 1932 pour y achever ses études. Ordonné prêtre le 5 juillet 1936, il reçut sa destination pour le Cambodge et le 15 septembre il partit pour sa mission en compagnie de 15 autres jeunes confrères qui gagnaient leurs diverses missions en Extrême-Orient.

     

     

    En Mission

     

    A cette époque, la mission du Cambodge comprenait tout le territoire du Royaume Khmer et quelques provinces du Sud Viêt-Nam. A l’arrivée du P. Vulliez, cette mission était gouvernée par le P. Bernard, provicaire, car Mgr Herrgott était décédé depuis le 23 mars. Pour l’étude de la langue vietnamienne, le jeune Père Vulliez fut d’abord envoyé à la paroisse de Russey-Keo, toute voisine de la ville de Phnom-Penh, puis dans la vieille chrétienté de Ponhealu. Après quoi, au bout d’un an environ, il assuma un intérim au grand séminaire. C’est ainsi que furent occupées ses deux premières années de mission. Pendant ce temps, au cours de l’année 1937, un nouveau Vicaire apostolique avait été donné au Cambodge en la personne de Mgr Chabalier.

     

    Dès le début de son épiscopat, Mgr Chabalier prit à cœur une œuvre très importante pour l’évangélisation, celle des Frères de la Sainte-Famille qui étaient à la fois catéchistes et instituteurs. Les catéchistes ont toujours été dans les missions d’Extrême-Orient les collaborateurs indispensables pour le prêtre, notamment en Chine et en Indochine. C’est pourquoi Mgr Chabalier confia au P. Vulliez le soin de réformer cette congrégation. Quelques mots d’histoire éclaireront cette question et permettront de mieux comprendre l’importance des efforts courageux et persévérants du P. Vulliez.

     

    L’œuvre des catéchistes fut fondée au Cambodge en 1905 par le Père Pianet. Le but était d’envoyer ces jeunes gens dans les chrétientés secondaires pour assurer l’instruction religieuse des enfants et des catéchumènes. Dans l’école qu’il avait fondée, le P. Pianet recevait des jeunes gens d’une quinzaine d’années. Pendant trois ans, ils s’adonnaient à l’étude des sciences religieuses et profanes. Après quoi ils étaient envoyés seuls dans une chrétienté pour six mois ou un an. Nourris aux frais de la Mission, ils devaient enseigner pendant trois ans. A l’expiration de ce temps, ils pouvaient quitter. S’ils demandaient à continuer et s’ils avaient donné satisfaction, ils étaient autorisés à porter la soutane.

     

    Ces catéchistes ont certainement rendu de grands services à la Mission. C’est bien grâce à eux que nombre de postes nouveaux ont été fondés et que l’instruction des enfants et des catéchumènes a été assurée dans les chrétientés. Cependant cette œuvre eut ses difficultés et ses déficiences. Comme ces jeunes gens étaient peu soutenus, ils étaient peu persévérants, si bien que leur nombre restait pratiquement stationnaire. Certains même donnaient le mauvais exemple : ce qui discréditait l’œuvre des catéchistes auprès du clergé et des fidèles. Une réforme s’imposait.

     

    En 1931, une première réforme fut entreprise par Mgr Herrgott, Vicaire apostolique depuis 1928. Tout en conservant l’œuvre des catéchistes telle qu’elle était, il fonda la Congrégation des Frères de la Sainte-Famille. Cette réforme était insuffisante et ne devait pas donner les résultats attendus, ni pour la persévérance des frères ni pour l’édification des chrétiens. Cela vint de ce que le recrutement était défectueux et la formation insuffisante ; de plus, pas d’organisation bien nette ni de règlement clairement défini... Il fallait donc s’engager dans une autre voie ou tout au moins corriger les erreurs qui avaient marqué le premier essai de réforme. C’est alors qu’en 1939 Mgr Chabalier fit appel au P. Vulliez. Celui-ci allait prendre sa « mission » à cœur et en faire la principale œuvre de sa vie, de 1939 à 1968. Il put ainsi réaliser son idéal de vie religieuse dans le cadre austère où il voulait tremper le caractère des futurs Frères catéchistes et aussi mettre en œuvre ses qualités d’homme d’action pour organiser son Institut et trouver les ressources nécessaires à son fonctionnement et son développement. Il se préparait, sans le savoir, au rôle de pionnier qu’il devait jouer dans la dernière partie de sa vie à Thông-Nhut, au Sud Viêt-Nam.

     

     

    Avec les Frères

     

    Comme il fallait tout reprendre à la base et opérer une réforme radicale, le P. Vulliez commença par se documenter ; il voyage beaucoup, il lit tous les documents à sa disposition ; il consulte tous ceux qui peuvent lui apporter leurs lumières et leurs conseils. En février 1939, il va faire un stage chez le P. Sion de la Mission de Quinhon qui a fondé une œuvre similaire et qui possède donc une expérience très utile pour le P. Vulliez. Peu à peu il élabore un règlement, met au point les constitutions de cette congrégation. Il prévoit un noviciat et même un postulat suivant toutes les normes du droit en la matière. Naturellement tout cela ne se fit que peu à peu et au milieu d’obstacles sans nombre. Laissons la parole au P. Vulliez lui-même (c.f. Bulletin Epiphanie juillet 1963 p. 532 et sv.) : “En me confiant la direction des Frères en 1939, le nouveau Vicaire apos­tolique, Mgr Chabalier, me chargea de donner à la congrégation naissante une forme convenablement adaptée à ses fins. Les solutions n’apparaissaient clairement à personne. Il fallut longtemps tâtonner, remanier constitutions et règlement, lutter même pour faire admettre certaines nécessités tant sur le plan de la formation que sur celui de l’apostolat... Aujourd’hui (1963) cette fondation est sur le point d’être achevée. Bien qu’il n’y ait qu’une quarantaine de profès, que leur doyen d’âge n’ait guère plus de 40 ans, les Frères de la Sainte-Famille fournissent au Vicariat des catéchistes de valeur et de grand mérite.”

     

    Dans ce même article, le P. Vulliez donne un aperçu des difficultés qu’il a rencontrées. « La réforme amorcée en 1939 n’a jamais pu se développer dans des circonstances favorables. J’ai été mobilisé pendant 2 ans, à partir de septembre 1939. Après 1941, l’occupation japonaise nous jeta dans un dénuement proche de la misère. Puis la guerre d’Indochine, de 1945 à 1954, ravagea les provinces du Sud Viêt-Nam alors rattachées au Vicariat du Cambodge ; notre meilleure source de recrutement se trouva tarie dans ces zones d’implantation du Viêtminh. La paix revenue et le Royaume Khmer accédant à l’indépendance, les provinces vietnamiennes furent détachées par le St-Siège de l’évêché de Phnom-Penh. Dès lors la communauté catholique étant principalement constituée par des Vietnamiens établis au Cambodge, de nombreux chrétiens choisirent de retourner dans leur pays d’origine. C’est ainsi qu’en 1957 leur départ par milliers entraîna plus de 20 élèves de notre juvénat. Et cet exode s’est plus ou moins poursuivi dans les années suivantes ». Malgré toutes ces difficultés, les efforts du P. Vulliez furent couronnés de succès. En 1963, la Congrégation de la Sainte-Famille comptait 54 juvénistes, 10 novices, 39 profès dont 10 à vœux perpétuels. D’autres difficultés surgirent. Les autorités locales de Banam, où était installée la Congrégation, ne permirent plus l’existence d’un internat. Les juvénistes furent donc obligés d’aller coucher dans les maisons du village, tout en venant suivre les cours pendant la journée dans les locaux de la Congrégation. En 1967, la question n’était pas encore résolue. Cependant la Congrégation continua à prospérer au Cambodge jusqu’en 1970. Elle restait florissante au Sud Viêt-Nam, dans le diocèse de Long-Xuyên, jusqu’aux derniers événements de 1975.

     

    Tout en restant à la tête de la Congrégation jusqu’en 1968, le P. Vulliez sut préparer sa succession. Peu à peu et toujours plus, il donna des responsabilités à ses Frères vietnamiens. Arrivé en 1968, il jugea qu’il était temps pour lui de se retirer. Etant donné sa « politique » dans les années précédentes, la passation de l’autorité se fit dans le calme et la douceur.

     

    Pendant cette même période, de 1939 à 1968, le P. Vulliez remplit simultanément d’autres fonctions. Il fut longtemps provicaire et Supérieur local des Pères des Missions Etrangères. Entre 1956 et 1965, il fut responsable de l’école de langue installée à Banam pour tous les jeunes missionnaires du Viêt-Nam Sud et du Cambodge. Le P. Vulliez connaissait très bien la langue vietnamienne ; c’était pour lui une exigence de son idéal missionnaire. Il était bien placé pour conseiller et stimuler les jeunes missionnaires dans leur étude. Le compte rendu de 1958 note que « sous la conduite du P. Vulliez, les jeunes missionnaires de tout le Sud Indochine ont des cours de langue vietnamienne bien organisés ».

     

    Après avoir quitté Banam et la direction de la Congrégation des Frères de la Sainte-Famille, le P. Vulliez fut nommé curé de la paroisse de Vinh-Phuoc (Prêk-Krabao) en 1968. Mais son ministère dans cette paroisse située sur le bord du Mékong, en aval de Neak-Luong, ne devait pas durer longtemps. Au mois de mai 1970 éclatèrent de graves incidents au Cambodge et une flambée de nationalisme dressa les Cambodgiens contre les Vietnamiens. C’est aussi à cette époque que disparurent les PP. Claudel, Rollin et Grannec. En plusieurs localités eurent lieu d’horribles massacres. Les Vietnamiens durent regagner le Viet-Nam, du moins ceux qui le purent, et c’est ainsi que le 9 mai 1970, le P. Vulliez, en compagnie des PP. Gouin et Parais, quitta Vinh-Phuoc et réussit, au milieu de graves dangers, à arriver au Viêt-Nam Sud. Il arriva, dépourvu de tout, sauf de courage et de confIance en Dieu. C’est alors que va commencer pour le P. Vulliez une autre partie de sa vie, une vie de pionnier pendant laquelle il va montrer toute sa volonté et son savoir-faire.

     

     

    Au Sud Viêt-Nam

     

    Laissons la parole au P. Parais qui a vécu lui-même ces événements... « Le 9 mai 1970, le P. Vulliez avec le P. Gouin, moi-même et quelques milliers de Vietnamiens du secteur de Banam, nous sommes embarqués par l’armée vietnamienne. Les réfugiés sont répartis sous plusieurs tentes des camps d’accueil de la paroisse de Kiên-Phong, au bord de la Plaine des Joncs. Ils y resteront trois mois. Pendant ce temps, le P. Vulliez prend contact avec les autorités militaires et ecclésiastiques, prospecte de différents côtés, fait sans cesse la liaison entre Saigon, la Plaine des Joncs et les lieux d’implantation proposés. Finalement le choix se porte sur le village de Thông-Nhut : des terrains restent disponibles pour l’implantation d’un centre, des terrains de culture peuvent être gagnés sur la forêt à quelques kilomètres de la route. En juillet et en août 1970, les réfugiés, soit par leurs propres moyens, soit par convoi, viennent s’installer. L’espace au village de Thông-Nhut n’étant pas immédiatement disponible, la moitié des familles, avec le P. Vulliez, s’établissent provisoirement sur un terrain prêté par les Pères Rédemptoristes, au village voisin de Cuu-Thê.

     

    Les réfugiés de Thông-Nhut et Cuu-Thê sont, en ces débuts, environ 2 000 à 2 500. Tout de suite le P. Vulliez organise l’implantation et le défrichage. C’est un départ à zéro : les gens ont tout perdu lors de l’exode du mois de mai ; ils n’ont pas d’instruments de travail. Le Père Vulliez se démène pour leur obtenir la subsistance prévue par l’aide officielle aux réfugiés et leur fournir quelques instruments de travail indispensables. Il met en place des équipes de travail. On attaque la forêt à la hache et au coupe-coupe. Au bout de quelques semaines, s’élèvent les premières maisons de bois et de bambou. Puis, grâce aux aides extérieures qui arrivent peu à peu, le Père peut acheter quelques tronçonneuses et, à la fin de l’année, un premier tracteur. — L’espace prévu pour les réfugiés à Thông-Nhut étant libéré, le P. Vulliez et les gens quittent Cuu-Thê et viennent s’y installer au mois de mars 1971. Il fait d’abord construire une maison provisoire pour se loger, puis un premier bâtiment pour une école de trois classes. En mai 1971 sont posées les fondations de l’église, dont la construction sera achevée en 1972. Pendant deux ans, c’est une grande tente de l’armée qui sert d’église. Et puisque je parle de constructions, faisons le bilan des travaux que fit ce bâtisseur, le P. Vulliez, à Thông-Nhut.

     

    En 1971, une première maison qui deviendra plus tard la maison des religieuses, un bâtiment de trois classes et la scierie. En 1972, le presbytère et l’église ; un beau bâtiment avec colonnes et charpente en bois de première qualité, remplissage en briques, façade en béton et briques ; elle pouvait contenir six cents personnes assises. Ce fut bientôt insuffisant. En 1973, agrandissement de l’école : trois nouvelles classes, agrandissement du presbytère. C’est alors que le P. Vulliez prend un congé bien mérité qu’il consacre surtout à chercher des secours pour le développement du centre. Les constructions continuent : menuiserie bien équipée, une décortiquerie pour le riz ; le moteur actionne aussi une génératrice d’électricité pour l’éclairage du village, puis un atelier de mécanique. Pendant ces années là — 1971-72-73 — le P. Vulliez fait également creuser de nombreux puits. En 1974, le principal chantier est l’agrandissement de l’église qui désormais peut accueillir 1 000 personnes assises. Enfin en 1975, c’est un nouveau bâtiment de trois classes encore, puis une grande salle destinée à l’apprentissage de la couture et aux réunions paroissiales. — Il faut en effet équiper entièrement ce nouveau centre d’implantation. La population augmente sans cesse. De nouveaux réfugiés, attirés par la réputation du P. Vulliez, rejoignent Thông-Nhut. Le P. Vulliez achète des terrains supplémentaires, provisoirement au nom de la paroisse, avec l’intention de les céder ensuite aux habitants dès qu’ils seront en mesure de les acheter à un prix modique, car il faut quand même récupérer au moins une partie des frais engagés. En 1975, la population du centre dépasse 4 500 personnes (plus de 800 familles).

     

    Tous ces soucis matériels n’empêchaient pas le P. Vulliez d’être avant tout missionnaire et pasteur. Au-dessus de tout, il place la construction spirituelle de sa paroisse. Il veut une école où l’enseignement chrétien soit primordial. Il compose lui-même un manuel complet de catéchisme. Dans sa belle église, il veut que la liturgie soit vivante et il travaille ses homélies avec soin. La préparation aux sacrements des enfants et des adultes est toujours l’occasion d’une formation chrétienne solide.

     

    Lui-même, dans sa vie de prêtre est un exemple vivant de foi et de piété. Levé le matin à 4 h il fait oraison jusqu’à la messe qu’il célèbre à 5 h, messe suivie d’une demi-heure d’action de grâces. Au début de l’après-midi, il passe environ une heure en prière à l’église. Tous les soirs il récite fidèlement son chapelet.

     

    S’il lui faut parfois parler plus fort, c’est qu’il faut être énergique pour diriger une telle entreprise. Mais chacun connaît sa grande bonté et son dévouement sans mesure. Et quand on sait qu’il souffre de plusieurs infirmités et qu’il ne peut dormir que sur une chaise longue, on est confondu de sa vitalité. Il a maintenant 60 ans passés, mais son ouverture d’esprit, sa jeunesse et sa vivacité ne diminuent pas. Il a toujours quelque nouveau projet en tête… pour le bien des gens de Thông-Nhut... Il tombera littéralement sur la brèche ».

     

    C’est l’évolution rapide de la situation militaire et la progression des communistes qui allaient tout bouleverser. C’est au cours de ces événements que le P. Vulliez trouva la mort. Les Echos Nº86 du mois de juin 1975, page 177 en ont donné la relation. En voici un résumé : « Le 15 avril au soir, le P. Vulliez, toujours à Thông-Nhut, n’était pas décidé à partir bien que plusieurs chrétiens le lui aient demandé. Et soudain, le 16 au matin, alors que les communistes attaquent, il se décide. De fait, à 8 h, il part avec le Frère Modeste comme chauffeur. Il dit aux chrétiens qu’il va les attendre près de l’église de Thanh-Son, une localité située à 10 km au sud de Thông-Nhut. De là en effet part une piste forestière par laquelle on peut rejoindre la route de Saigon qui est encore libre, du moins autant qu’on sait. Il renverra la voiture prendre les deux Sœurs de l’école. La grande majorité des habitants de Thông-Nhut qui restaient encore prennent aussi le départ ; mais arrivée à l’entrée de la piste de Thanh-Son ils ne rencontrent personne. Ils s’engagent sur la piste et arrivent à rejoindre la route de Saigon. Le jeudi matin deux notables viennent à Saigon à la recherche du P. Vulliez, le croyant déjà arrivé. En fait, c’est en cours de route, avant d’arriver à la piste qui part de Thanh-Son que le P. Vulliez avec le Frère Modeste a rencontré les Vietcong. Ils ont tiré sur le Père qui a été tué pratiquement sur le coup et le Frère Modeste a été blessé. Les quelques chrétiens qui sont restés à Thông-Nhut sont avertis par les \/ietcong. Quand ils arrivent, le corps a déjà été enterré à côté d’une maison situé en face de l’église de Hung-Binh, au pied d’un arbre fruitier, enveloppé de paille pour cercueil

     

    D’après une lettre du P. Tâm, le corps du P. Vulliez a été ramené à Thông-Nhut le 6 mai et inhumé décemment le 7. Sa tombe est devant l’église qu’il avait eu tant de mal à construire. Là, du haut du ciel, il veille encore sur son œuvre.

     

    Un service solennel fut célébré en l’église du Biot, sa paroisse natale, le samedi 26 avril. La messe concélébrée à laquelle participèrent plusieurs confrères et les frères du P. Vulliez, fut présidée par Mgr Panafieu, évêque auxiliaire d’Annecy. Dans son homélie. Mgr Panafieu dit notamment : « La fête de Pâques encore toute proche éclaire d’une lumière d’espérance l’événement de la mort qui nous réunit ce matin en une fraternité priante. Car Pâques, c’est à la fois la mort avec son aspect absurde, douloureux, la mort qui déchire les liens patiemment tissés des affections, des amitiés. Mais c’est aussi la vie qui naît au petit matin, la source qui jaillit et qui fertilise. Notre frère Joseph Vulliez vient de faire sa Pâque… Oui, Père Vulliez, beaucoup de pauvres ont communié dans le pain que vous avez fait avec vos mains et avec votre cœur de prêtre... si bien que nous sommes ici pour la célébration de la réussite d’une vie dans l’amour et de l’entrée de notre frère Joseph Vulliez dans la gloire ».

     

     

    • Numéro : 3572
    • Pays : Cambodge Vietnam
    • Année : 1936