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Clément VULLIEZ (1873-1919)

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    L’année 1918 avait été désastreuse pour notre pauvre Mission. Deux prêtres indigènes, deux missionnaires européens, six religieuses avaient été emportés en quelques mois, et voici qu’au début de l’année suivante ce fut le tour de M. Vulliez, qui nous apparaissait à tous comme la personnification de la santé et de la force ! Encore une fois, il nous faut nous incliner sous la main qui nous frappe et dire : Fiat.

    Clément Vulliez était un Savoisien pur sang. Né au diocèse d’Annecy le 18 juin 1873, il montra de bonne heure des signes de vocation. Le curé de la paroisse remarquant les bonnes dispositions de l’enfant, sa piété, ses manières aimables, toutes qualités qui fleurissent comme naturellement au pays de saint François de Sales, achemina doucement le jeune Clément vers le sanctuaire. Après sa première communion, il entra au petit Séminaire où il fit toutes ses humanités, et sa rhétorique achevée il se dirigea vers Paris. A l’appel spécial de Dieu, il voulait généreusement répondre et se faire missionnaire. En septembre 1892, on lui chantait le « Gai bonjour » au Séminaire de Bièvres. Les années de philosophie terminées, il fit son service militaire dans un régiment alpin, puis revint à Paris pour achever sa préparation au sacerdoce et à l’apostolat. En juin 1897, il était ordonné prêtre et recevait sa destination pour la Birmanie Septentrionale.

    Le Vicaire Apostolique de la Birmanie Septentrionale était alors Mgr Usse, prélat d’une éminente sainteté, au cœur débordant de douceur et de bonté, qui s’entendait à recevoir les nouveaux missionnaires et à les mettre à l’aise. A son arrivée à Mandalay, au début de septembre 1897, M. Vulliez fut donc reçu par son évêque à bras ouverts et se sentit aussitôt en famille. Après quelques mois passés à l’Evêché, il fut mis à la tête du Séminaire Saint-Louis, que M. Gilhodes venait de quitter pour se lancer à la conquête des âmes dans le district de Shwebo. Avec l’aide d’un prêtre indigène, M. Vulliez dirigea le Séminaire et attira la confiance des jeunes gens par sa bonté et ses manières engageantes. Il remplissait en même temps l’emploi de Procureur de la Mission. Cela dura deux ans environ. En 1900, après le départ de Mgr Usse pour la France, alors que Mgr Cardot était devenu l’administrateur de la Mission, le Séminaire fut transféré de Mandalay à Pyinmana et la direction en fut confiée à M. Ruppin. M. Vulliez ainsi relevé de ses fonctions, fut envoyé à Yamethin, où il eut à s’occuper de la population catholique composée principalement d’employés du chemin de fer. De ce poste il voyageait le long de la ligne pour visiter les groupes de catholiques disséminés çà et là ; aussi fut-il bientôt très connu dans les environs. Mais ces voyages continuels, ce commerce incessant avec des gens de langue anglaise ne lui laissaient guère de loisirs et ne lui offraient aucune occasion d’apprendre le Birman. Pour combler cette lacune, le Supérieur de la Mission décida de l’envoyer dans un petit village birman, où il aurait toute facilité pour apprendre la langue indigène.

    À la fin de 1903, M. Vulliez qui avait acquis une connaissance suffisante de la langue birmane, fut envoyé à Myaukaing, petit village sur les bords du Myitgne, peuplé exclusivement de nouveaux convertis. C’est une tâche assez difficile que la direction de ces gens à peine sortis du paganisme. M. Vulliez s’en acquitta avec zèle et succès. Pour ses villageois, comme il disait, il se mettait en quatre. À part une courte interruption de quelques mois, en 1907, pendant lesquels il pourvut aux besoins spirituels du troupeau de M. Jarre, à Maymyo, M. Vulliez passa cinq ans à Myaukaing. En novembre 1908, à la fin de la retraite, Mgr Foulquier le désigna pour le poste de Chanthaywa et c’est là qu’il travailla jusqu’à sa mort. Il s’y occupa principalement de l’éducation de la jeunesse. Ayant recruté des maîtres sérieux et capables, il obligea les enfants, sous des peines sévères, à fréquenter assidûment l’école et releva le niveau de l’instruction. Puis, grâce à la générosité du regretté M. Faure, il ouvrit une école de filles en janvier dernier et éleva un dispensaire. Tout marchait à souhait et la jeune génération permettait de bien augurer de l’avenir quand, tout à coup, la mort frappa M. Vulliez.

    Dans les derniers jours de février, les Sœurs de Chanthaywa écrivaient à la léproserie Saint-Jean d’en envoyer immédiatement le médecin, M. Vulliez se plaignant de violentes douleurs au côté, que rien ne parvenait à apaiser. Le docteur accouru en toute hâte, crut reconnaître un accès d’appendicite et déclara qu’une opération s’imposait. Le 1er mars, après un voyage long et fatigant, M. Vulliez arrivait à Mandalay accompagné du médecin et d’une dizaine de paroissiens qui le portèrent de la gare à la léproserie, où il se reposa quelques jours avant d’aller se confier aux habiles chirurgiens de Rangoon. Il paraissait un peu impressionné et sans doute avait-il le pressentiment de sa mort, car il n’avait pas voulu quitter Chanthaywa sans recevoir les derniers sacrements des mains de son voisin, M. Couillaud. Cependant rien à l’extérieur ne faisait présager une issue fatale. Le 6, tous les préparatifs du voyage étant terminés, M. Vulliez partit avec le docteur pour Rangoon, où il arriva le lendemain très endolori. Admis d’urgence à l’hôpital, il fut opéré le jour même, car tout retard aurait été funeste. Mais dès le 10, malgré le succès de l’opération, il n’y eut plus d’espoir de le sauver. Car son état morbide provenait, non pas de l’appendicite mais d’un énorme abcès qui avait crevé à l’intérieur et empoisonné le sang. Immédiatement le Provicaire, M. Hervy, se mit en route pour ­Rangoon, accompagné de M. Darne. Ils arrivèrent le 12 au matin et, pendant qu’ils se rendaient à l’hôpital, on vint leur annoncer que notre confrère venait d’expirer.

    Aussitôt apporté à 1’Evêché de Rangoon, le corps fut revêtu des ornements sacerdotaux. Dès que le glas eut annoncé la mort d’un prêtre, les catholiques accoururent et, spectacle émouvant, se relayèrent auprès de la dépouille mortelle en priant avec ferveur. Nul ne connaissait le M. Vulliez à Rangoon puisqu’il n’appartenait pas à la Mission, mais il était prêtre, cela suffisait pour que tous les chrétiens se crussent tenus de venir s’agenouiller près de son cercueil. Voilà qui en dit long sur le respect qu’ont nos peuples pour la dignité sacerdotale !

    Le jeudi 13 mars, à sept heures et demie, une grand’messe fut chantée à la cathédrale devant une grande affluence, et après l’absoute les chrétiens renvoyèrent le corbillard, tenant à honneur de porter eux-mêmes le cercueil sur leurs épaules. L’inhumation eut lieu dans la petite chapelle réservée aux missionnaires. M. Vulliez dort là son dernier sommeil, loin de ses enfants, hors de sa Mission, c’est vrai ; mais ne se trouve-t-il pas en compagnie de ses frères, en compagnie de ceux qui comme lui, appartiennent à la grande famille des Missions-Étrangères

     

     

    • Numéro : 2297
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1897