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Jean VRAY (1857-1893)

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    M. Vray (Jean), né à la Fougerouse (Puy-de-Dôme), le 14 décembre 1857, entra diacre au Séminaire de Paris le 7 septembre 1881. Il fut ordonné prêtre le 23 septembre 1882, et partit le 8 novembre sui­vant pour le Kouy-tchéou.

    « Nous pleurions encore, écrit Mgr Guichard, la mort de notre pieux et saint confrère, le P. Théophile Malfrayt, quand le bon Dieu nous a demandé un nouveau sacrifice en rappelant à Lui le P. Vray. A ses derniers moments, il était entouré de tous ses confrères, réunis à la capitale pour la retraite annuelle, et, dès le lendemain de sa mort, plus de vingt messes ont été célébrées pour le repos de son âme. En attendant le jour de la résurrection, ses restes mortels reposent à deux kilomètres de l’église, dans le cimetière chrétien, à côté de Mgr Faurie et de plusieurs autres missionnaires défunts.

    « M. Vray, arrivé au Kouy-tchéou, le 7 avril 1883, passa quelque temps auprès de Mgr Lions, à Kouy-yang-fou, pour se reposer des fatigues de son long et pénible voyage. Il fut ensuite envoyé au collège de la mission, à Lou-tchang-kouan, pour y étudier le chinois et se préparer au ministère apostolique. Impatient de travailler au salut des âmes, il se mit à l’étude de la langue avec une ardeur qui manquait quelquefois de prudence. Les professeurs du séminaire avaient toutes les peines du monde à lui faire prendre un peu de récréation, et nous avons appris depuis que souvent il prolongeait ses veilles jusqu’à une heure très avancée de la nuit : son maître de langue était obligé de lui « demander grâce ». Cet amour du travail, il l’a conservé jusqu’à la fin de sa vie. Ne pouvant plus parcourir les campagnes, et étant obligé, à cause de sa grande faiblesse, d’abandonner l’administration extérieure de son district à un jeune prêtre chinois, que faisait-il dans se résidence de Tsin-gay ? Sans tenir aucun compte de ses souffrances, il étudiait la théologie, l’Écriture-Sainte ; il lisait des livres de spiri­tualité. Il nous a laissé de nombreux cahiers de notes qui accusent un travail personnel vraiment considérable.

    « Tsin-gay fut toujours le district de prédilection de M. Vray. Notre cher confrère, après avoir étudié la langue chinoise au sémi­naire de Lou-tchang-kouan, fut appelé à cultiver ce champ béni de Dieu et arrosé du sang de quatre de nos martyrs, Joseph Tchang et Paul Tchen, séminaristes ; Jean-Baptiste Lo, fermier de la mission, et sa vaillante veuve Marthe Ouang. Plein de confiance en la protection de ces courageux soldats du Christ, et animé du désir de voir se réa­liser dans sa vigne la parole de Tertullien : sanguis martyrum, semen christianorum, il se rendit à son poste la joie dans l’âme et le cœur brûlant d’un saint zèle. Cependant, avant de mettre la main à la char­rue, il voulut voir de ses yeux comment les bons ouvriers cultivent le champ du Père de famille. Son plus proche voisin, M. Layes, venait de quitter Tin-fan-tcheou et visitait ses différentes chrétientés, con­fessant, catéchisant, préparant les catéchumènes au baptême. Le P. Vray alla le rejoindre et le suivit dans toutes ses courses pour se former ainsi lui-même à la vie apostolique. Il se rendit un compte exact de la manière dont on administre un district ; mais il voulut encore qu’un ancien confrère le conduisît dans toutes les stations du district de Tsin-gay et lui apprît à bien connaître les brebis de son bercail. Ce fut M. Saby d’abord et ensuite M. Chasseur qui, répon­dant à ses désirs, accompagnèrent le P. Vray partout où l’appelait le besoin des âmes. Fort des leçons de ses devanciers, il se mit alors à marcher tout seul. Dire son amour, son dévouement pour ses nouveaux chrétiens n’est pas en mon pouvoir. Ce que je puis dire, pour l’avoir moi-même constaté dans plusieurs circonstances, c’est qu’a­près ses courses, lorsqu’il était de retour à sa résidence de Tsin-gay, il se trouvait heureux comme un roi, au milieu de ses bons chrétiens de la campagne. Pour chacun, il avait un mot gracieux, une parole d’édification ou d’exhortation. Aussi tous l’aimaient-ils tendrement.

    « Hélas ! les forces physiques du P. Vray n’étaient pas à la hauteur de son zèle apostolique. Dès sa troisième année de ministère actif, notre cher confrère qui n’avait pas toujours été assez prudent, éprouva une grande faiblesse. A l’anémie dont il était atteint vint se joindre bientôt une forte toux qui résiste à tous les remèdes. Il ne digérait les aliments qu’avec peine, vomissait très souvent et même crachait le sang de temps à autre. En 1888, il dut renoncer à la visite de ses chrétientés, que je fus obligé de faire moi-même. La visite terminée, j’amenai le Père avec moi à la capitale, dans l’espoir qu’il se remet­trait peu à peu. Je me trompais et tous mes soins restèrent inutiles. C’est alors qu’il partit pour Hong-kong. Le voyage lui fit du bien ; mais le mieux qu’il en ressentit ne devait pas durer, et les crache­ments de sang ne tardèrent pas à reparaître. La science des médecins et le dévouement si charitable de l’excellent P. Holhann ne réussirent pas à enrayer la maladie. Notre bon confrère qui souffrait beaucoup d’être éloigné de sa mission, m’écrivit alors et me supplie de lui per­mettre de revenir au Kouy-tchéou : « C’est là, me disait-il, que je veux, laisser « mes os et ma peau » .

    « Je voulais lui conseiller de suivre encore, pendant quelques mois, le régime du sanatorium de Béthanie ; mais il n’attendit pas ma réponse et se hâta de regagner la mission où il tenait à mourir. Il arriva à Kouy-yang-fou, quelques jours après Pâques(1890). Impatient de revoir ses chers chrétiens, qui étaient restés sans pasteur, pendant son absence, il repartit presque immédiatement pour son district. Au bout de cinq ou six mois, la maladie revint avec tous ses symptômes. Je nommai le P. Pierre Tcheou, prêtre indigène, vicaire du P. Vray, qui se déchargea sur lui de tous les soucis de l’administration, se contentant de diriger son vicaire quand il en était besoin. Depuis lors, c’est-à-dire pendant deux ans, notre cher confrère continua à s’affaiblir de jour en jour.

    « Au mois de mars 1893, il arriva à la capitale et me dit en m’abor­dant : « Monseigneur, c’est fini, je viens mourir chez vous. » Je ne pouvais me faire à l’idée qu’il dût nous être sitôt ravi, et je ne négli­geai rien pour le remettre à flot. Malheureusement, l’influenza vint s’ajouter à son ancienne maladie, et, le 12 avril, à minuit, il s’étei­gnit sans agonie dans les bras de ses confrères réunis pour la retraite annuelle.

    Le P. Vray a passé dix ans au Kouy-tchéou ; sans doute il ne lui a pas été donné de réaliser tout le bien que son zèle lui inspirait ; mais la douleur n’a jamais pu lui enlever sa gaieté. Il puisait cette inaltérable gaieté dans son amour pour la sainte Eucharistie. Son bonheur, le seul qui lui restât sur la terre au milieu de ses souffran­ces, était de célébrer la sainte messe et de se nourrir du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comme il ne pouvait plus supporter le grand air, je lui avais permis de célébrer la messe dans sa chambre. Il n’y manqua jamais aussi longtemps qu’il put se tenir debout. Requiescat in pace.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1533
    • Pays : Chine
    • Année : 1882