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Jean-Marie VOISIN (1854-1915)

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    Le 16 décembre 1915, à Petriu, s’endormait dans le Seigneur, avec la sérénité de la tâche accomplie, M. Jean-Marie-Auguste Voisin, missionnaire du Siam. Sa vie, toute de modestie, a dû être particulièrement agréable au bon Dieu, s’il est vrai que « le bruit ne fait pas de bien et « que le bien ne fait pas de bruit ».

    Né le 9 janvier 1854, dans la commune de Lavoûte-Chilhac, département de la Haute-Loire, et baptisé le même jour, M. Voisin appartenait à une famille foncièrement chrétienne. Son père, ancien soldat devenu gendarme, était de la vieille école, qui ne croyait pas pouvoir sacrifier son devoir à l’impiété ou aux critiques. Chrétien jusque dans la moelle, il sut infuser à ses enfants un véritable amour du Christ et de son Eglise. Ses efforts furent d’ailleurs bien récompensés, puisque le bon Dieu daigna appeler à l’état ecclésiastique, outre notre missionnaire, un autre de ses fils ; une de ses filles prit le voile et entra dans la Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph à Valence ; une autre, devenue mère de famille, a eu le bonheur d’offrir à Dieu un de ses fils, aujourd’hui missionnaire en Chine.

    Notre confrère ayant perdu sa mère à l’âge de six mois, ne fut cependant pas dépourvu complètement de l’affection et des soins maternels, car, la pieuse personne qui remplaça l’épouse disparue, sut par son amour et sa délicatesse acquérir pleinement la sympathie et la tendresse de ses enfants adoptifs.

    A l’école primaire, Auguste se fit remarquer par un esprit vif et délié, et à l’église où il était enfant de chœur, par une piété qui attira l’attention du curé de Lavoûte-Chilhac. A l’âge de 10 ans, il fit sa première communion, et peu après, entra au petit séminaire de la Chartreuse.

    Quoique d’une santé fort précaire, puisque à peu près chaque année, le supérieur devait lui octroyer un congé supplémentaire, il fit ses études avec succès. Il entra ensuite au grand séminaire du Puy où il passa une année. C’est pendant cette année qu’il commença à montrer pour les questions spéculatives et les discussions d’idées un goût qu’il conservera jusque dans ses dernières années.

    Très fidèle à tous ses devoirs de séminariste, il se fit remarquer par une grande dévotion à Notre-Dame du Perpétuel Secours ; pour lui témoigner sa fidélité d’une manière plus parfaite, il résolut d’aller prêcher son amour et son culte, jusque dans les pays infidèles. Vers la fin de sa philosophie, il demanda et obtint son admission au séminaire des Missions-Etrangères, et partit pour Paris avec un exeat de son évêque.

    De l’avis de ceux qui l’ont connu, sa vie dans notre séminaire ne démentit point sa manière d’agir pendant ses premières études.

    Esprit réfléchi quoique primesautier, tempérament ardent bien que pondéré, cœur sensible, tout en étant assez peu communicatif, M. Voisin fit, on peut le dire, l’édification de ses confrères.

    Tombé gravement malade avant l’ordination, il se remit assez pour recevoir la prêtrise le 22 septembre 1877, mais dut aussitôt après se rendre à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu ; c’est là que la bonté de Notre-Dame se manifesta à son endroit, car Elle lui accorda une santé, sinon parfaite, au moins suffisante pour pouvoir être envoyé en mission.

    La mission du Siam lui ayant été assignée, il partit le 10 janvier 1878 en compagnie de M. Dabin ; ils rejoignirent à Singapore M. Salmon, parti le 27 décembre précédent. On dit qu’à leur arrivée à Bangkok, le vicaire apostolique, Mgr Vey, fut à première vue assez peu enchanté de l’aspect extérieur des trois nouvelles recrues, qui, en réalité, ne payaient guère de mine. Et cependant, de ces trois confrères, M. Voisin part le premier à l’âge de 62 ans ; les deux autres continuent leurs travaux, ayant vu disparaître avant eux des confrère plus jeunes, et à qui leur air de santé semblait promettre de longues années d’apostolat. Mgr Vey mit MM. Voisin et Salmon à l’étude de la langue chinoise, langue nécessaire au Siam où la majorité des chrétiens appartiennent à la race du Céleste Empire. Placés à Donkabuang, sous la direction d’un prêtre indigène qui leur servait de professeur, nos deux confrères étudièrent de leur mieux.

    Au bout de quelque temps, M. Voisin fut placé à Bangplasoi avec M. Guégo comme mentor, et sous sa direction acquit la connaissance des subtilités du code siamois. A cette époque, cette connaissance était fort utile pour travailler avec fruit au bien matériel et moral des chrétiens, qui avaient besoin de trouver dans le missionnaire un protecteur de leurs intérêts souvent lésés par les païens.

    Quand deux ans plus tard, il fut appelé à remplacer dans la direction du poste de Thakien un confrère malade, il était capable d’aider ses chrétiens. Il n’y manqua point. Ardent à prendre la défense de ses ouailles devant les mandarins, il eut également à cœur leur perfectionnement moral.

    Dans le poste de Thakien, les chrétiens se trouvaient par leurs conditions d’habitation dispersés et assez éloignés de l’église. Pour remédier à cet inconvénient, le Père eut l’idée de construire un marché où les habitants siamois ou laotiens de la forêt voisine pourraient se procurer les denrées nécessaires à leur subsistance. C’était rapprocher les fidèles de la maison de Dieu et leur faciliter l’accomplissement de leurs devoirs de religion, tout en les aidant à soutenir leur pauvre existence.

    Tout allait donc pour le mieux, et la chrétienté de Thakien semblait voir poindre devant elle une ère de prospérité relative. Les chrétiens devenaient plus fervents ; les païens eux-mêmes commençaient déjà à apprécier davantage le mérite et les qualités du missionnaire et lui donnaient par là l’espoir d’une abondante moisson d’âmes. Mais vers 1895, le démon, jaloux de l’œuvre de Dieu, suscita une terrible tempête qui s’abattit sur le petit troupeau. Une des particularités de la race chinoise est d’aimer à se grouper en sociétés presque toujours secrètes, et dont le but n’est certes pas toujours semblable à celui de nos sociétés de secours mutuel. Une société de ce genre s’était formée à Thakien, et le lieu de réunion se trouvait à une petite distance de la résidence du Père. Vols commis au préjudice des chrétiens, injures, quelquefois voies de fait, tout fut mis en œuvre par ces « andji » (comme ils se nommaient), pour rendre la vie intolérable à quiconque ne consentait pas à s’agréger à leur société. Enhardis par l’impunité, ils en vinrent à menacer le Père lui-même, qui finit par tomber victime de leur hostilité. Sous un prétexte futile, ils cherchèrent querelle aux chrétiens, et lorsque M. Voisin essaya de mettre la paix entre eux, ils l’accueillirent par des injures, puis se jetèrent sur lui comme des furieux, le frappèrent à coups de bâton, et le laissèrent pour mort sur la place. Mort, il ne l’était pas ; mais son état n’était pas brillant, et lui-même pensait n’avoir échappé que grâce à son casque colonial qui avait amorti les coups assénés sur la tête.

    Malgré toutes les démarches, l’affaire finit, comme on dit vulgairement, en queue de poisson, sans aucune indemnité pour les victimes lésées. Notre confrère eut après cette aventure une santé encore plus chancelante que par le passé. Une fièvre presque continuelle s’était emparée de lui et lui enlevait le reste de ses forces. Pour comble de malheur, peu après, le marché qu’il avait installé fut détruit par un incendie. Ce fut pour M. Voisin une épreuve qu’il ne put supporter que grâce à la générosité de ses confrères et des chrétiens des autres postes de la mission. Avec leur secours, le marché fut reconstruit, et M. Voisin se remit au travail avec autant de bonne volonté que jamais. Mais ses forces trahirent son courage, et quelques années après ces douloureux incidents, il dut laisser entre des mains plus vigoureuses l’administration de son poste de Thakien. Appelé à Bangkok près de son évêque, il y séjourna quelque temps. Son état s’étant amélioré, il préféra aller se fixer dans la chrétienté de Petriu que M. Schmitt venait de quitter pour un monde meilleur. M. Perbet, chargé de cette chrétienté, était un compatriote ; M. Voisin reçut ses bons soins ainsi que ceux des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Pendant quelque temps, il put vaquer aux fonctions faciles qui lui étaient assignées ; il entendait des confessions et partageait le reste de son temps entre l’étude et la prière. Toujours prêt à donner de bons conseils aux fidèles qui s’adressaient à lui dans leurs difficultés, il eut là comme ailleurs la réputation d’un missionnaire prudent et avisé.

    En 1915, il se rendit compte qu’il souffrait d’une affection cardiaque qui ne lui permettait plus d’espérer une longue vie. Il redoubla de ferveur dans l’accomplissement de ses devoirs de piété et se prépara dès lors à répondre à l’appel du Maître. La maladie s’aggrava rapidement, et lorsqu’à l’issue de la retraite annuelle, au mois de novembre, plusieurs confrères vinrent visiter le cher malade à Petriu, ils eurent la douleur de constater que l’issue fatale n’était pas éloignée. Le 14 décembre, le malade reçut les derniers sacrements des mains de M. Perbet. Un léger mouvement des lèvres indiquait seul qu’il s’unissait de cœur aux pieuses invocations qui lui étaient suggérées ; le surlendemain, 16 décembre, au matin, le cher Père remettait son âme aux mains de son Créateur, pendant qu’on récitait à ses côtés les prières des agonisants.

    Au son du glas annonçant sa mort, les chrétiens de Petriu, et avec eux plusieurs fidèles de son ancien poste de Thakien, vinrent ce jour, et le lendemain se relayer pour veiller auprès de sa dépouille mortelle. Le samedi, Mgr Perros, qui, peu après son retour de France, était venu voir et consoler le cher malade, voulut lui-même procéder à l’inhumation, entouré de sept missionnaires et d’un grand nombre de chrétiens. Au moment de descendre le corps dans le caveau ouvert du côté de l’Evangile, il adressa la parole aux chrétiens en larmes, et les exhorta à se préparer au passage suprême comme le vénéré défunt, par la patience dans la maladie, et une vie toute d’union avec Dieu, afin de pouvoir être digne, comme le P. Voisin, d’entendre pour eux la parole de l’Ecriture : Beati qui in Domino moriuntur.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1365
    • Pays : Thailande
    • Année : 1878