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Edouard VISSEQ (1860-1891)

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    M. Bonin écrit :

    « M. Édouard-Eugène Visseq naquit, le 4 août 1860, à Saint-Félix-de-Lunel, diocèse de Rodez (Aveyron). Il fit ses premières études au petit séminaire de Saint-Pierre ; il entra ensuite au grand séminaire de Rodez, afin d’y étudier plus mûrement sa vocation pour les missions. Admis au Séminaire de Paris, il y fut ordonné prêtre en septembre 1886, reçut sa destination pour la Cochinchine septentrionale et partit, au mois de décembre de la même année, pour se rendre dans sa mission.

    « Arrivé à Hué, au mois de janvier 1887, le P. Visseq fut d’abord placé auprès du P. Renauld, au grand séminaire, pour y commencer l’étude de la langue annamite. Aidé par un clerc indigène, le jeune missionnaire se livra à cette étude aride avec une telle ardeur qu’en peu de temps il fit des progrès très sensibles. Aussi au mois d’avril suivant, Mgr de Canathe put-il déjà le désigner pour le district de Quang-binh, afin de m’aider à relever et à réorganiser les chrétientés ruinées de fond en comble par l’horrible tempête qui avait tout dé­vasté en 1885. Nous fondâmes ensemble, sous les murs de Dong-hoi, la chrétienté de Tam-toa composée des débris de plusieurs paroisses.

    « Dès ce moment, le jeune missionnaire donna l’essor à son zèle pour le salut des âmes. Quoique encore bien novice dans la langue annamite, il n’en saisit pas moins toutes les occasions pour instruire les enfants de la paroisse. Un peu plus tard, quand nous eûmes établi un orphelinat, notre regretté confrère en fit, comme il disait lui-même, son lieu de délices, à cause du bonheur qu’il éprouvait en inculquant les premiers rudiments de la religion aux enfants et aux grandes personnes reçues dans l’établissement. Les premiers qu’il prépara au baptême, et qu’il se plaisait à appeler ses premiers-nés, restèrent pour lui des enfants de prédilection.

    « C’est alors que je confiai au cher Confrère la direction spéciale de la chrétienté de Sao-cat, qui est une annexe de Tam-toa. et il cultiva ce champ avec encore plus de zèle. Il était légitimement fier de l’instruction de ses élèves lorsqu’il m’invita à faire passer l’exa­men pour la première communion.

    « Le P. Visseq était devenu pour moi un auxiliaire précieux ; Mgr de Canathe jugeant qu’il pouvait voler de ses propres ailes, lui confia la paroisse de Ke-hac.

    « Cette paroisse, quoique administrée depuis de longues années par des prêtres pieux et zélés, n’avait jamais vu s’augmenter le nombre des fidèles ; elle avait de plus été décimée et saccagée comme le reste de la mission, et lorsque le Père y arriva, il n’y avait ni église ni pres­bytère : un misérable hangar servait de lieu de réunion. Le nouveau pasteur résolut de faire face à tout ; il s’imposa les plus grands sacri­fices pour s’installer convenablement, et rendre sa chapelle un peu plus décente. Mais ce qu’il souhaitait avec le plus d’ardeur, c’était de gagner les âmes à Jésus-Christ. Malheureusement, ce terrain étant si ingrat, comme je l’ai dit plus haut, le pauvre Père y travailla d’abord sans espoir, lorsqu’enfin le bon Dieu eut pitié de lui et lui accorda d’arracher quelques-uns de ces endurcis des griffes de Satan.

    « Cependant les païens de Ke-hac restant sourds à la bonne nou­velle, le bon Maître ménagea à son serviteur une compensation d’un autre côté ; les païens de Ké-doi se montrèrent plus dociles et deman­dèrent à être instruits. Le Père partit sans retard et s’installa chez eux très modestement. Le 14 décembre, il m’écrivit, au comble de la joie : « J’ai actuellement 30 catéchumènes, mais peu à peu j’arriverai à la centaine. »  Quels beaux projets il formait déjà ! Dieu, dont les pensées sont impénétrables, trouva sans doute que son fidèle serviteur était mûr pour le ciel et lui envoya une petite fièvre insi­gnifiante, comme disait le Père lui-même, qui néanmoins le força d’interrompre ses instructions et de retourner à Ké-hac pour se faire soigner. A cette nouvelle, le P. Laffitte, successeur du P. Visseq auprès de moi, alla aussitôt le voir et le trouva bien : il se disposait déjà à retourner auprès de ses catéchumènes. Le P. Laffitte étant revenu, j’allai à mon tour visiter le malade ; le voyant dans un état satisfai­sant, je revins chez moi au bout de quelques jours. J’étais à peine de retour, quand le Père m’écrivit que son état avait empiré. Aussitôt je me mets en route et retourne auprès de lui. Je le trouvai inquiet. Déjà il avait demandé au prêtre indigène qui était avec lui, de lui administrer l’Extrême-Onction. Il consentit à venir avec moi à Tam- toa, pour se rendre à Hué, où il trouverait les remèdes et les soins nécessaires. Arrivé à Tam-toa, il y eut un peu de mieux, mais l’état du malade ne tarda pas à s’aggraver. N’ayant pas de médecin, j’allai inviter M. l’Inspecteur de Dong-hoi à venir voir notre confrère. Ce monsieur qui a quelques connaissances pratiques en médecine, s’em­pressa de m’accompagner. Notre cher malade avait des moments de délire. Cependant il reconnut M. l’Inspecteur et le pria de le sou­lager. Les cataplasmes qu’on lui appliqua sur les cuisses, ne prirent pas, ce qui indiquait que la maladie était arrivée à une période cri­tique. Déjà le patient avait reçu les derniers sacrements en pleine connaissance, répondant lui-même aux prières avec la plus grande piété. Depuis ce moment le P. Laffite et moi ne le quittâmes plus. Toute la journée de l’Épiphanie, il resta en proie à un délire presque continuel. Pendant que nous lui suggérions des invocations et de saintes pensées, tout à coup le moribond s’écria d’une voix dis­tincte : « O Marie, ma mère ! oui, je vais aller voir Marie, quel bon­heur ! » L’invocation à Notre-Dame de Lourdes faisait aussi une pro­fonde impression sur lui ; il prit de l’eau de Lourdes et continua tout bas ses invocations à Notre-Seigneur et à Marie. Dans la soirée du 7 janvier, il perdit l’usage de la parole, ses yeux se voilèrent, et après une courte agonie, il rendit son âme à Dieu, à 10 heures du soir.

    « Aussitôt commencèrent les prières pour l’âme de notre cher défunt. La sépulture eut lieu, le 10 au matin, après un service solennel. Le résident de France à Dong-hoi et tout le personnel officiel vinrent assister aux obsèques. Toutes les chrétientés du district y étaient représentées, mais les paroissiens du défunt y vinrent en foule et se montrèrent inconsolables.

    « Notre regretté confrère repose, en attendant la résurrection, dans la nouvelle église de Tam-toa. Orate pro eo »

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1731
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1886