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Pierre VILLEMOT (1869-1950)

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    [1995]  VILLEMOT Paul, Pierre, Marie, est né le 28 juin 1869 à Langres, dans la Haute-Marne, fils de Gustave Villemot et de Henriette Roger.

     

    Après ses études secondaires, il entre au Séminaire de Langres, où il est tonsuré, puis entre au Séminaire des Missions Étrangères de Paris le 13 septembre 1838, y est ordonné prêtre le 12 mars 1892 et destiné au vicariat apostolique de Corée. Parti de Paris le 28 avril suivant, il arrive à Séoul le 18 juin 1892 et se met à l'étude de la langue.

     

    Dès le 23 septembre 1892, il est envoyé à In-chon, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Séoul pour y tenir "temporairement" la place du Père Le Viel qui, malade, est allé se faire soigner à Hongkong, mais qui va y décéder le 20 avril 1893. La communauté chrétienne d'In-chon se compose alors de 192 coréens et de 38 japonais. Aux abords du port d'In-chon, on trouve alors une concession chinoise, une concession japonaise et une concession internationale.

     

    En mai 1893, le Père Villemot laisse le poste de In-chon au Père Joseph Maraval, et va succéder au Père Oudot dans la province du Chon-la septentrional. Il réside dans la chrétienté de Cha-dol-pak pendant quelque temps, puis décide de s'implanter au village de Toi-jai, mais ne peut y rester longtemps. En effet, à partir de février 1894, des bandes de paysans insurgés, s'opposant violemment à la fois aux chrétiens et aux autorités officielles, sillonnent la province du Chon-la puis les autres provinces du pays, se livrant au pillage et parfois au meurtre. Avec le Père Baudounet, son "voisin" et aîné de dix ans, le Père Villemot commence par se cacher dans les montagnes de la région, puis tous deux finissent par se réfugier ensemble à Séoul. Au début de 1895, le Père Villemot peut revenir à son village de Toi-jai, un "trou perdu" au fond d'une vallée, comme le sont la plupart des villages de chrétiens de cette région à cette époque, villages dont la population se compose essentiellement de réfugiés de la grande persécution de 1866. Durant l'insurrection paysanne de 1894, 70 des fidèles du Père Villemot ont été torturés, mais cela a contribué à l'affermissement de leur foi. À la Pentecôte de 1895, le Père Villemot peut donner 260 communions, et la chapelle en style coréen dont il a commencé la construction est à moitié achevée. En 1896, cette chapelle, qui possède cloche et chemin de croix, est terminée à la satisfaction des chrétiens et du Père Villemot, qui baptise cette année-là 159 adultes et note une augmentation de 600 chrétiens dans son district en l'espace de 3 ans. En 1897, le Père Villemot peut donner 192 baptêmes d'adultes, tandis que Mgr. Mutel, vicaire apostolique, bénit la chapelle. La paroisse de Toi-jai, fondée par le Père Villemot au nord de la province du Chon-la septentrional, deviendra la "mère" de toute une série de paroisses dans cette région et aura successivement 10 curés résidents, jusqu'à sa réduction à l'état de desserte en 1944.

     

    En 1899, le Père Villemot devient procureur du vicariat de Corée et va résider à l'évêché de Séoul. Jusque 1917, il sera le serviteur de tous : missionnaires MEP, prêtres coréens et chrétiens. En 1918 il aménage un local pour recevoir 200 étudiants, parmi lesquels se trouvent de 15 à 20 chrétiens, venus de la province du Hoang-hai pour étudier dans les écoles supérieures de Séoul.

     

    En 1917, le Père Villemot est nommé à la tête de la paroisse de Yak-hyon (ou Jung-rim-dong), que les gens de l'époque appellent la paroisse de "Séoul-hors-les-murs". Il y succède au Père Doucet, qui a fondé la paroisse en 1892 et qui vient de décéder en avril 1917. En 1918, il fait reconstruire l'école de filles de la paroisse et, en 1919, l'école de garçons, remplaçant leurs bâtiments vétustes par des constructions plus modernes et mieux aménagées que Mgr. Mutel bénit le 15 juin 1919. En 1921, ces écoles comptent 500 élèves, dont une majorité de non-chrétiens.

     

    Le 12 décembre 1921, le Père Villemot débarque à Marseille, rend visite à sa famille et va faire une cure à Chatel-Guyon, puis reprend le bateau le 1er septembre 1921 pour rentrer en Corée et retrouver son poste. Ce poste de "Séoul-hors-les-murs" compte alors un peu plus de 3.000 chrétiens, dont un millier aux alentours de l'église, les autres étant dispersés en une vingtaine de dessertes dans la zone rurale du nord-ouest de Séoul. En 1923, il estime que 500 chrétiens, chassés par la misère de leur province d'origine, sont venus se joindre à son troupeau, mais l'emploi qu'ils ont pu trouver chez des païens ou chez l'occupant japonais les tient éloignés de l'église. En 1924, il fait des démarches auprès du Gouvernement général japonais de Séoul pour obtenir la reconnaissance officielle des deux écoles de sa paroisse qui comptent alors 610 élèves.

     

    Le Père Poisnel, provicaire de Mgr. Mutel et curé de la cathédrale de Séoul étant décédé à la fin de 1925, le Père Villemot hérite de cette double charge, qu'il gardera jusqu'en 1942, quand les MEP laisseront la responsabilité du vicariat apostolique au clergé coréen. En 1927, il se réjouit de voir sa paroisse se diviser par la création, au nord-est de la ville, d'une nouvelle paroisse dont le Père Chizallet devient le premier titulaire. En cette même année 1927, le Père Villemot constate avec plaisir que le nombre de ses baptêmes d'adultes, tout modeste qu'il soit, dépasse tout de même la moyenne des 15 dernières années. En avril 1929, la rentrée à l'école des garçons de la paroisse est de 569 élèves, dont 363 non-chrétiens. Aux prières du soir durant le Carême, l'assistance est régulière et nombreuse. En 1930, il enregistre 47 baptêmes d'adultes, le meilleur chiffre depuis 20 ans, et parmi ces nouveaux baptisés, se trouvent deux dames qui sont diplômées de l'École Normale. En 1931, sa paroisse compte plus de 2.000 fidèles, puis 2.234 en 1932, tandis que 588 élèves, dont 215 catholiques, fréquentent ses écoles. La colline sur laquelle est bâtie la cathédrale est une véritable ruche, toujours affairée. Outre la cathédrale et son presbytère, on y trouve l'évêché avec la procure, la maison provinciale des Soeurs de St Paul de Chartres et l'orphelinat, les écoles de garçons et de filles, un jardin d'enfants, une pension de famille, l'hôpital de la mission et l'église de la paroisse japonaise.

     

    Les années passent et le Père Villemot prend de l'âge. En 1942, il laisse sa double charge de provicaire de la mission et de curé de la cathédrale à des prêtres coréens et se retire, presque sur place, en devenant l'aumônier des religieuses de St Paul de Chartres et de leurs oeuvres de Séoul. C'est là que les troupes communistes nord-coréennes, qui ont envahi la Corée du Sud le 25 juin 1950, capturent le Père Villemot le 11 juillet, le relâchent 2 jours plus tard, puis se saisissent de lui une nouvelle fois le 17 juillet 1950. Ainsi que bon nombre d'autres détenus, le Père Villemot est mis dans un train le 26 juillet et finit par arriver à Pyong-yang, capitale de la Corée du Nord, le 30 juillet. Après y avoir passé 5 semaines en captivité, il est mis dans un train avec ses compagnons d'infortune. Il leur faudra 6 jours pour parcourir les 350 kilomètres qui séparent Pyong-yang de Man-po, ville située au bord du fleuve Yalou, qui sépare la Corée de la Chine. Après avoir été enfermés dans un camp à Man-po durant 4 semaines, le Père Villemot et ses codétenus sont conduits en bateau à Ko-san-jin, à 28 km en aval, où ils restent du 9 au 21 octobre. De là ils sont contraints de se rendre à pied au village minier de Cho-an où ils restent quelques jours dans des masures, puis doivent reprendre la route sous la neige pour se retrouver à Man-po le 30 octobre. Commence alors pour les détenus ce qu'ils appelleront la "marche à la mort", ainsi dénommée en raison du grand nombre de victimes qu'elle fera, dans un froid très vif, par une route de montagne couverte de neige, puis par une route en corniche le long du fleuve Yalou, jusqu'à Choung-kang-jin, où les rescapés de la "marche à la mort", qui ont couvert 180 kilomètres en une dizaine de jours alors qu'ils sont malades, épuisés et affamés et que le froid est insupportable, finissent par arriver le 9 novembre 1950. C'est là que le Père Villemot décède, le 11 novembre 1950. Comme il était impossible de creuser une tombe dans la terre gelée, ses survivants durent se borner à recouvrir sa dépouille de quelques cailloux après l'avoir portée dans la colline qui surplombe la petite ville de Choung-kang-jin.

     

     

    • Numéro : 1995
    • Pays : Corée
    • Année : 1892