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Joseph VILLEBONNET (1883-1945)

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    Le Vicariat apostolique de Hanoï a perdu, en la personne de M. Joseph Villebonnet, un de ses meilleurs missionnaires. Perte d’autant plus sensible que nos effectifs, vieillis et sans aucune recrue depuis six ans de guerre n’offrent plus qu’un aspect squelettique.

     

    Né le 16 mars 1883, à Sury-le-Comtal (Loire), de parents foncièrement chrétiens, notre confrère fût le benjamin d’une nombreuse famille qui donna trois prêtres à l’Eglise. Orphelin de bonne heure, c’est en sa sœur aînée qu’il trouva une seconde mère tendrement dévouée ; aussi garda-t-il toujours une profonde reconnaissance à sa « petite maman », future mère de Joseph Deyrat, missionnaire à Osaka.

     

    Entré au petit séminaire de Verrières, il y termina ses études secondaires sous la direction aussi ferme qu’éclairée de son frère Jean, professeur de rhétorique. Alerte, enjoué, non moins ardent au jeu qu’à l’étude, c’était déjà l’animateur qu’il fut jusqu’à sa mort.

     

    C’est au séminaire de philosophie d’Alix, sous la sage et paternelle direction du futur Cardinal Verdier, qu’acheva de se mûrir sa vocation missionnaire. « Quel excellent souvenir nous avons tous gardé de notre bon Supérieur, fervent ami de la Société des Missions-Étrangères, nous surtout ses dirigés, qu’il appelait plaisamment ses « fous », et dont il enviait la vocation missionnaire. » Après les deux années de philosophie, Joseph entra aux Missions-Étrangères. Tout de suite son cœur s’y dilate dans cette chaude atmosphère de charité apostolique, et l’héroïsme de nos Martyrs stimule les élans d’un zèle qui ne faiblira jamais. Il voue, dès lors, un culte tout spécial à nos Bienheureux Martyrs et plus encore à leur auguste Reine. Puis vient le jour du départ. C’est dans l’allégresse qu’il s’embarque, le 28 octobre 1906, pour le Tonkin, « terre de Dieu bénie ». Durant 39 ans, il l’arrosera de ses sueurs, dans la ferveur d’un zèle sans cesse alimenté aux sources d’une profonde vie- intérieure.

     

    Après quelques mois d’étude de la langue annamite dans la vieille communauté de Ke-so, notre jeune confrère va faire ses premières armes sous la direction du bon M. Le Page, un vétéran de l’apostolat toujours en quête de nouveaux chrétiens. C’est à Go-Voi, chrétienté naissante sur les premières pentes de la chaîne annamitique, aux confins de la province de Hadong, qu’il fixe sa résidence dans une pauvre maisonnette où règne l’absence de confort. Le décor est sauvage, la brousse épaisse, le climat fiévreux et la nourriture plus que frugale quand manque le perdreau ou le canard sauvage N’importe, notre missionnaire est heureux parmi ses néophytes et ses catéchumènes, à l’instruction desquels il s’adonne de tout cœur. Année inoubliable, dont il parlera toujours avec émotion. Mais un ordre de son évêque l’appelle à Nam-dinh pour seconder M. Renault, dont les forces déclinent. La ville après la brousse : gros crève-cœur qu’il ressent vivement, mais qu’il accepte en tout esprit de foi. Il y fera du bon travail pendant plusieurs années. Mobilisé en 1915 avec plusieurs de ses confrères, il rentre en France pour la durée de la guerre, en qualité d’interprète des formations annamites.

     

    De retour au Tonkin en 1920, c’est encore à Nam-dinh qu’il va œuvrer pendant quatre ans comme curé de la paroisse franco-annamite. En 1924, à sa grande surprise, Mgr Gendreau l’appelle à un nouveau poste de confiance et lui donne la direction du petit séminaire de Hoang-nguyen. Là encore sa maîtrise ne tarda pas à s’affirmer ; il se révèle aussi bon éducateur que fervent apôtre, et sous son énergique impulsion les études prennent un vigoureux essor. Mais viennent les jours sombres du Gouvernement du Front Populaire ; l’esprit d’indiscipline souffle de France au Tonkin et s’infiltre jusque dans le séminaire. Une manifestation d’insubordination collective se produit en février 1931 ; promptement réprimée, elle n’en laisse pas moins une trace douloureuse au cœur du Supérieur. Fatigué par un labeur intense de dix années, notre confrère, en 1934, va prendre en France un congé de repos auprès de sa « petite maman » dont les soins assidus ne tardent pas à lui rendre toute sa vigueur d’antan. Mais l’oisiveté lui pèse. En atten­dant de rentrer au Tonkin, il prêche et fait, sur l’invitation de Mgr de Guébriant, une longue tournée de propagande pour le recrutement de notre chère Société.

     

    À son retour en mission, nommé curé de la paroisse des Bienheureux Martyrs à Hanoï, il consacre tous ses soins à l’organisation et au développement de ce nouveau centre religieux. Mais il n’y reste pas longtemps. Survient la mort du vénéré M. Dronet, curé de la cathédrale. La confiance de son évêque l’appelle à ce poste important. C’est à regret qu’en 1936 il quitte sa chère paroisse des Martyrs pour se vouer corps et âme, avec l’aide d’un vicaire français et de trois vicaires annamites, au service d’environ 8.000 catholiques franco-annamites. Il va donner là toute sa mesure. Exercices religieux, confessions, prédications en français et en annamite, retraites, direction d’associations pieuses et groupements d’Action catholique, courses aux malades, visite des détenus de la prison centrale et des centaines d’alités de l’hôpital Robin, distant de cinq kilomètres, rédaction du « Bulletin paroissial », et j’en passe, remplissent toutes ses journées de 4 h. ½  du matin à dix heures du soir. Son zèle ne s’accorde d’autre répit chaque année qu’une courte détente estivale au Mau-son, à travers monts et vallées. Ni la fièvre qui le visite de temps à autre, ni les douleurs rhumatismales qui lui font parfois traîner la jambe, ne peuvent avoir raison de son indomptable énergie. Un jour cependant, ses forces le trahissent, son foie se cabre et son cœur bat la chamade ; le repos s’impose absolument. Il nous quitte pour le sanatorium de Hong-Kong, puis achève de se remettre au Japon, en compagnie de son neveu missionnaire, M. Joseph Deyrat. Le voilà de nouveau sur pied, aussi actif que jamais. Plusieurs années encore, il se dépensera sans compter au service des âmes et donnera sa vie pour elles comme le bon Pasteur.

     

    Avril 1945, la famine bat son plein, une famine épouvantable comme on n’en vit jamais au Tonkin ; aux innombrables morts de faim s’ajoutent les victimes d’une violente épidémie de typhus. Notre cher confrère se prodigue auprès des malades de l’hôpital Robin. Il est sans doute tombé victime de son dévouement, atteint lui-même de cette terrible maladie qui nous le ravit en quelques jours. Quelle perte pour la Mission et quel vide impossible à combler ! Que les voies de Dieu sont donc mystérieuses !

     

    Ses derniers jours furent attristés par les douloureux événements qui mirent l’Indochine sous la domination japonaise et provoquèrent dans le pays, tout particulièrement à Hanoï, de violentes explosions d’un nationalisme à la fois exacerbé et xénophobe. Apôtre dans toute la force du terme, pasteur modèle, homme de vie intérieure autant que zélé missionnaire, charmant confrère plein de verve et d’entrain, M. Villebonnet possédait un ensemble de qualités rarement réunies en un seul homme. Sans être exempt de quelques imperfections, quelque peu autoritaire et d’une franchise parfois un peu rude, ce fut en vérité un magnifique témoin du Christ, digne d’être proposé en exemple à tous les membres de notre chère Société.

     

     

    • Numéro : 2903
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1906