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Marie VILLAUME (1858-1900)

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    Le 6 septembre dernier, un tragique événement venait frapper d’un deuil cruel la province de Phan-rang (Annam). Le bienfaiteur de tous, païens et chrétiens, le conseiller écouté des grands et des petits, le cher  et si regretté P.Villaume mourait d’un affreux accident, au milieu de très importants travaux qu’il avait entrepris pour l’avantage de toute la mission de Cochinchine orientale, et que, depuis trois ans, il poursuivait avec un rare dévouement et une grande intelligence.

     

    Marie-Louis de Gonzague Vilaume était né à Vervezelles, diocèse de Saint-Dié, le 15 février 1858. Sa famille, une de ces bonnes familles chrétiennes des Vosges, jouissait, dans le pays, d’une réputation de parfaite honorabilité. Son père avait conquis l’estime et la confiance de ses concitoyens qui, longtemps, le maintinrent à la tête de la commune qu’il administra  une grande prudence et une rare intelligence des affaires. Sa mère avait toutes les qualités d’un grand cœur. Dieu bénit leur foyer et leur donna quatre enfants, trois garçons et une fille. Gonzague était le second. Tout jeune il se faisait remarquer par une ténacité de caractère peu commune, qui dégénérait parfois en violence. Ses parents s’appliquèrent à corriger ce qu’elle avait d’exubérant ,et plus tard, l’amour de Dieu et des âmes en fit bénéficier les œuvres de foi et de charité.

     

    La ténacité fut toujours une des marques distinctives de son caractère. Elle brillait dans ses petits yeux gris, où passaient quelquefois des éclairs ; elle se dessinait sur ses lèvres minces, serrées, laissant échapper une parole brève, tranchante comme une lame d’acier ; elle se lisait enfin dans une écriture aux traits durs et droits, aux courbes dénuées de souplesse et de rondeur. Oui, ce que le P.Villaume voulait, il le voulait bien, trop même…..et parfois il n’était pas bon de se heurter à cette volonté de fer. Mais le trait à peine lancé, il y avait chez cet homme des effusions de cœur si touchantes qu’on était tenté d’appeler « felix culpa » le coup qui les avait provoquées.

     

    Gonzague fut envoyé de bonne heure au petit séminaire, où il fit le désespoir de son maître de littérature. « Villaume, lui disait celui-ci en branlant la tête, vous ne ferez jamais rien. Vous ne savez pas aligner deux phrases de suite. » De fait, notre confrère ne parut jamais se préoccuper beaucoup de la forme à donner à ses idées qui toujours coulaient de source, frappées au coin d’un jugement remarquable. En revanche, le jeune séminariste, par ses heureuses aptitudes et son application, faisait la joie de ses professeurs de science et de mathématiques.

     

    Ses études secondaires terminées, le jeune Villaume entra au grand séminaire de Saint-Dié. Dieu, depuis longtemps, avait parlé à son cœur et lui avait inspiré le dessein de se consacrer à son service. Il hésitait pourtant sur la voie qu’il devait suivre définitivement : serait-il prêtre dans son diocèse ? entrerait-il dans une congrégation religieuse ? Au bout de deux années de réflexion, le doute fut levé : il irait au Séminaire des Missions Etrangères. Ses parents firent d’abord quelques objections ; enfin, son père lui dit en pleurant : « Va, mon enfant, va où Dieu t’appelle ! » Au séminaire de la rue du Bac, après avoir achevé le cours de ses études théologiques et s’être sérieusement préparé à la vie apostolique, il fut ordonné prêtre et désigné pour la Cochinchine orientale, où il arriva en 1881.

     

    À peine parvenu en mission, le P.Villaume révéla un jour, dans une conversation intime, le fond de son âme généreuse : « Je suis venu ici, dit-il, pour travailler et souffrir. Point de privilège ! j’accepterai volontiers le poste le plus ingrat. » Son vœu fut pleinement exaucé : en 1882, il fut envoyé à Phan-rang où aucun missionnaire européen n’avait vécu avant lui. Voici la description qu’il a tracée lui-même de ce district.

     

    « Le poste qui me fit confié en 1882, était le dernier de notre Mission et se trouvait sur les confins de la Cochinchine française. Il comprenait toute la province de Binh-thuan et s’étendait, du nord au sud, sur une longueur se vingt-cinq lieues environ. Les cinq chrétientés du nord, ou de Phan-rang, assez rapprochées les unes des autres, comptaient 1300 chrétiens et se trouvaient à une distance de trois jours de marche de la citadelle de Khan-hoa, près de laquelle résidait le P. Auger, mon plus proche voisin. Une région peu habitée nous séparait l’un de l’autre. J’avais établi ma résidence ordinaire à Phan-rang.

     

    Au centre de la province, ou Phan-ri, il n’y avait que 150 chrétiens répartis en trois petites stations éloignées les unes des autres d’un jour de marche et servant de relais pour gagner  celles de Phan-tiet, ou du sud. Cinq cents chrétiens, répartis en deux chrétientés, étaient établis à Phan-tiet, à quatre jours de ma résidence. Ces deux chrétientés étaient séparées de Ba-ria, premier poste de la Cochinchine française, par une région peu habitée et couverte de bois et de marécages, d’une étendue de 140 à 150 kilomètres. Le centre et le sud de Binh-tuan étaient visités par le prêtre indigène, mon vicaire…..Le district comptait donc environ 2000 chrétiens dispersés au milieu de 200000 païens, sur une immense étendue de terrain.

     

    Le Cham (Tjam), race hindoue toute différente des Annamites, sont encore très nombreux au Binh-thuan, où ils entrent pour le quart de la population totale. Ce sont les descendants des anciens Ciampois dont le royaume comprenait autrefois tout l’Annam et peut-être même le Tonkin ; actuellement, ils n’occupent plus que le Binh-thuan et habitent côte à côte avec les Annamites, mais en villages séparés. Comme avant moi il n’y avait eu au Binh-thuan que des prêtres annamites, parlant uniquement l’annamite, la différence de langue avait toujours tenu les Cham éloignés de notre sainte religion. «

     

    Le P.Villaume voulut consacrer les prémices de son zèle à cette population intéressante à bien des points de vue. Mais l’heure de grâce n’avait pas sonné encore pour elle, et notre confrère vit tous ses efforts paralysés par une législation absolument incompatible avec le Décalogue, des divisions intestines fort tenaces et une foule de superstitions bouddhiques ou musulmanes.

     

    Si le P.Villaume ne parvint pas à convertir les Cham, il faillit devenir une de leurs divinités. En effet, à l’époque où il exécutait les travaux destinés à redresser l’ancien canal de Rung-cam, les Cham prédirent que l’eau ne coulerait pas. La chose était certaine, car ils la tenaient de leur dieu, le « Vua Lac », qui, du haut d’une tour voisine, régnait en maître incontesté sur toute la région. On travaillait sans daigner s’occuper de lui ; il était mécontent du rôle effacé qu’on lui faisait jouer et, pour se venger, il figerait l’eau dans le lit du canal…..Le travail est fini, et voici que l’eau coule en abondance ! L’embarras des Cham ne fut pas long. « Vua Lac, dirent-ils, se voyant vaincu, s’en est allé ailleurs ; il a cédé ici la place au nouveau dieu, au P.Villaume ! » Le P.Villaume rit beaucoup de l’aventure.

     

    Sans délaisser absolument les Cham, le Père s’adonna à la conversion des Annamites qui, plus souples en général, paraissaient plus accessibles à la parole de Dieu. Dès le début, le missionnaire se vit à deux doigts de la mort. Un arbre géant passait pour être le siège d’une légion d’esprits malfaisants. Il y avait, disait-on, malemort pour quiconque s’exposait à leur colère, leurs coups ne manquaient jamais leur but. Les Cham s’efforçaient de les apaiser par des sacrifices ; les Annamites n’approchaient de cet arbre fameux qu’en tremblant ; les chrétiens eux-mêmes n’étaient pas sans éprouver quelque crainte.

    Pour couper court au mal, le P.Villaume tenta un coup d’audace. Avec quelques chrétiens munis de haches et de scies, il se dirige vers l’arbre mystérieux. Pendant trois jours, les scies grincent, les haches s’abattent sans relâche sur le tronc noueux. Enfin, le géant tombe, salué dans sa chute par des cris d’allégresse. Mais bientôt la scène change. Tous ceux qui ont travaillé avec le Père tombent malades, le Père lui-même est atteint et très grièvement. « Mourir, je le veux bien, soupirait-il sur son grabat ; mais mourir d’une façon si ridicule, en risquant de servir de « confirmatur » à des sottises que je voulais déraciner, voilà ce qui s’appelle un coup magnifiquement raté ! »

     

    Il est temps de parler de l’œuvre capitale du P.Villaume, de cette œuvre dont on a dit qu’ « elle suffisait pour consacrer un nom et le présenter à l’admiration de tous », et qu’on a appelée l’œuvre agricole de notre confrère. C’était assurément œuvre de colonisation, c’était aussi et surtout un grand moyen d’évangélisation, le seul même qui fut possible au P.Villaume, lorsqu’une surdité, rebelle à tous les remèdes, l’eut contraint de renoncer au ministère proprement dit. Et ce moyen a eu un plein succès : en se penchant avec amour vers la population misérable de Phan-rang, pour lui donner une certaine aisance ; en lui inspirant , par l’exemple d’une énergique activité, la noble et saine passion du travail ; en se l’attachant par des bienfaits prodigués à pleines mains, le P.Villaume est arrivé à l’épanouissement de son rêve d’apôtre, qui était de la conquérir à son Créateur.

     

    Ici nous cédons volontiers la place à M. le baron Pérignon qui fut l’ami du Père et son collaborateur dans quelques-uns de ses travaux :

    « En 1882, le P.Villaume arrivait dans un pays peu peuplé, pauvre, dont une constante sécheresse rendait le sol, pourtant fertile, presque totalement impropre à la culture ; dans un véritable désert de sable et de maigre brousse dont quelques rares oasis, très imparfaitement mises en valeur, fournissaient seules aux habitants d’insuffisantes et précaires récoltes.

    Son cœur de paysan, habitué aux grasses prairies, aux épaisses forêts des Vosges, se serre à la vue de cette terre désolée, de ces hommes misérables, et dès lors il ne songea qu’à soulager ceux-ci en forçant celle-là à leur livrer les trésors latents de sa fécondité .

    Avant qu’il eut pu rien faire pour réaliser l’œuvre entrevue et rêvée, alors qu’il commençait seulement à organiser ses chrétientés, à pénétrer les mœurs de la population, à s’imposer à elle par un esprit juste et droit, par son infatigable charité, éclata l’insurrection de 1885, le massacre des chrétiens attachés à leur cause. Le P.Villaume, après avoir vainement tenté d’entraîner avec lui ses familles chrétiennes, put échapper aux poursuites et gagner la Cochinchine après trois semaines d’une fuite éperdue à travers les montagnes et les forêts infestées de fauves, traversant les bassins alors inexplorés du Dong-naï et du La-nga.

    À son retour, il fallut rassembler les membres épars de son troupeau, réparer les désastres causés par le passage de cette trombe sanglante qui avait laissé derrière elle tant de ruines et de cadavres. Puis ayant hâte de provoquer l’apaisement, de tourner vers le travail fécond les énergies encore frémissantes, le P.Villaume commença en 1887 la série de ces travaux d’irrigation qui ont fait de lui le bienfaiteur du pays, le véritable créateur de la prospérité de Phan-rang.

    C’est un merveilleux spectacle que de voir s’élever les bâtiments  et la belle église de la mission de Phan-rang au bord d’une vaste plaine de rizières crées par le P.Villaume, et dont les revenus ont permis de faire ces importantes constructions et de répandre sur le pays tant de bienfaits !

    C’est cette œuvre admirable qui valut à son auteur d’être qualifié dernièrement par la plume autorisée de M.Salles, inspecteur des colonies, au cours d’un rapport officiel, de « meilleur colon d’Annam », titre aussi glorieux que dignement mérité. »

     

    Après le redressement de l’ancien canal de Nha-trang, sur la rive droite du Song-cai, en 1887 ; la construction d’une digue pour assurer au canal de Rung-cam toute son efficacité, en 1889 ; l’élévation d’une autre digue pour remplacer, à Nha-trang, un vieux barrage fait de bois et de fascines, en 1890, d’autres se seraient cru en droit de prendre quelque repos, mais le repos n’était point le fait de l’infatigable missionnaire : il entreprit de conquérir sur la forêt toute une nouvelle portion de la plaine de Phan-rang.

     

    Frappé de l’immense étendue encore inculte qui occupait, sur la rive gauche du Song-cai, tout le haut de la vallée, le P.Villaume rêvait d’irriguer ces terrains par un canal, en utilisant la digue faite par lui à Nha-trang pour le canal de la rive droite renforcée et exhaussée. Pour l’exécution de ce plan, il fallait ouvrir au flanc de granit de la colline une énorme brèche, longue d’un kilomètre, large de huit mètres au fond, haute de cinq mètres en moyenne ; puis poursuivre la tranchée pendant plus de vingt kilomètres encore, «éventrant d’autres collines, traversant en aqueduc des cours d’eau torrentiels, que sais-je ! Et pour un tel travail, exigeant l’emploi d’explosifs, de matériel Decauville, etc…il fallait aussi d’importants et de patients capitaux.

     

    C’est ce projet qu’il me confia, sachant m’en présenter, à côté des espérances financières, la haute portée économique et sociale…et depuis trois ans, nous travaillons côte à côte au succès de l’œuvre commune, animés d’une même volonté, d’une même confiance….Qu’il me suffise de noter que toutes les difficultés techniques de ce plan hardi avaient été vaincues, tous les obstacles naturels surmontés, et que sur un parcours de quatorze kilomètres il était prêt.

     

    C’est là, le 6 septembre 1900, sur cette digue de Nha-trang où, à treize ans d’intervalle, il revenait pour compléter son œuvre, à la veille d’en voir s’affirmer le succès, que la mort est venue surprendre le P.Villaume et le terrasser ! Par la brèche ouverte au flanc de cette muraille de granit, rendue plus étroite chaque jour par l’incessant apport d’énormes blocs de rochers, le fleuve ( qu’une crue subite avait encore grossi) s’échappait en tumultueux remous, créant en cet endroit un dangereux rapide. Le P.Villaume, pour rectifier un détail du travail, voulut traverser en barque ; se sentant entraîné, il commit l’imprudence de sauter à l’eau et dès lors, vivante épave, devint la proie de l’irrésistible courant.

     

    Le lendemain seulement son corps meurtri par les rochers fut retrouvé à trois kilomètres de l’endroit où il avait disparu sous les flots.

     

    Je n’entreprendrai pas de dépeindre la consternation générale, le désespoir de ses collaborateurs, la douleur de la population indigène arrachée à sa coutumière apathie par la tragique disparition de son vénéré bienfaiteur. Je puis le dire en toute vérité : la mort du P.Villaume a été pour Phan-rang un deuil public. »

     

    Païens et chrétiens confondus ensemble vinrent s’incliner avec des cris et des sanglots devant sa dépouille mortelle. « Père, me disaient des païens, nous ne savons pas prier, nous autres ; à notre place priez pour lui que nous avons tant aimé ! – Père, demandait un autre, permettez-moi de porter le deuil du P.Villaume.- Tu es païen, cela n’est pas conforme à vos usages. – Le P.Villaume était pour moi plus que mon père et ma mère. »

     

    Les obsèques eurent lieu avec une solennité imposante, le jour de la Nativité de la très sainte Vierge. Plusieurs confrères, à la nouvelle de cette mort si soudaine, étaient accourus afin de donner au cher défunt une dernière marque de leur affection. La colonie française qui avait le P.Villaume en singulière estime était là aussi, entourant le sympathique résident de Phan-rang, M.Oden’hal, qui prononça un discours dont je tiens, en terminant, à citer quelques passages :

     

    Je ne veux point laisser se refermer cette tombe sans dire, au nom de l’Indochine, au nom du résident de Nha-trang qui m’a prié d’être ici son interprète, au nom de nous tous et au mien, un suprême et douloureux adieu à celui qui va y reposer.

     

    Pour vous dire sa vie, je n’aurai qu’à consulter les dernières années de l’histoire de ce pays de Phan-rang, pour lequel il a tant travaillé. Pour vous rappeler ses vertus, je n’aurais qu’à laisser parler mon cœur. Voici, en effet, près de dix ans que je connaissais le P.Villaume ; c’est donc un vieil ami que je salue et que je pleure, car telle était la nature de cette âme ardente qu’elle commandait l’affection à tous ceux qui l’approchait.

     

    Marie-Loui-Gonzague Villaume naquit dans une famille profondément pieuse dont plusieurs membres renoncèrent aux joies de la vie, pour se consacrer tout entiers à leur Dieu ; il était fils de cette Marche de Lorraine dont les enfants montent une garde plusieurs fois séculaires aux frontières de la patrie ; il était de cette génération, dont l’existence fut traversée au moment même où elle entrait dans la vie, par cette épouvantable série de catastrophes de l’année terrible, qui laisse une empreinte ineffaçable en tous ceux qui la subirent. A sa famille il dut l’inébranlable foi ; à sa race il dut l’amour intransigeant de la patrie ; à son enfance et à son cœur il dut, enfin, cette immense pitié qui fit que, non content de sauver les âmes, il voulut encore sauver les corps. Et il se voua à cette œuvre admirable avec toute l’ardeur de son âme, avec son indomptable énergie de montagnard vosgien. Oui, ce fut, dans toute le force du terme, un « miles gloriosus Christi »…

     

    Des temps nouveaux naissaient : la prise de possession française écartait désormais toute possibilité de persécution ; si les chances du martyre disparaissaient, la paix assurée permettait de ne plus se contenter d’une œuvre exclusive d’apostolat religieux, mais de combattre la misère, même chez ceux qui se refusaient à entendre la Bonne Nouvelle.

     

    Alors commença la série des travaux du P.Villaume…A cette tâche il se donna tout entier, hélas ! Il a bien tout donné, en effet, puisqu’il est mort au travail, sur ses chantiers mêmes, et que nous voici réunis autour de ce cercueil.

     

    Il n’aura pas en en mourant cette joie suprême de voir son œuvre accomplie et de s’endormir en prononçant l’ Exegi monumentum.

     

    Cette joie, l’eut-il d’ailleurs jamais goûtée ? Eût-il connu le repos après l’achèvement de ce dernier travail que d’autres vont bientôt mener à bien ? À vrai dire, j’en doute. Dernièrement, la possibilité lui était révélée de développer dans d’immenses proportions la richesse de ce pays, en allant chercher l’eau que la rivière serait désormais impuissante à lui donner, jusque sur le lointain plateau de Chu-ru. Nous devions aller tous les deux vérifier sur place le moyen de réaliser cette conception grandiose. Qui sait si cette nouvelle bataille ne l’aurait pas tenté après ses précédentes victoires ?

     

    Hélas ! la mort est venue brusquement anéantir cette infatigable activité. Dors en paix, vaillant apôtre ! Dors sous les voûtes de cette église que ta piété édifia au milieu de ces chrétiens que tu as tant aimés ! dors en paix, inlassable ouvrier de l’œuvre éternelle, dors ! Et puisse ton dernier sommeil être bercé par la douce chanson que bruissent  dans cette plaine les blondes moissons que tu y fis éclore. Et toi, terre de Phan-rang, terre qu’il fit féconde, garde  jalousement cette dépouille qu’aujourd’hui nous te confions ! garde-la, garde-la jusqu’au jour suprême, où, selon l’espoir de celui que nous pleurons, la pierre de ce sépulcre se fendre au bruit de la trompette de l’archange, et où ce corps montera dans la lumière pour jouir d’une éternité d’immarcescible bonheur. »

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1488
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1881