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François VIGROUX (1842-1909)

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    M. François-Paulin Vigroux naquit le 14 octobre 1842, au hameau de Laboual, paroisse de Saint-Martin-de-Brousse (Rodez, Aveyron).

    Après avoir fait ses études primaires, partie chez les Frères du Sacré-Cœur du Puy, partie chez les Marianistes, à Broquiés, il entra, en octobre 1856, au petit séminaire de Massals, dans le Tarn. Pendant les six ans qu’il y passa, il se maintint à la tête de sa classe. En même temps, dans l’atmosphère religieuse de cette maison, la voix de Dieu l’appelant vers le sacerdoce se faisait entendre de plus en plus clai­rement. Aussi, ses humanités terminées, en 1862, est-ce sans hésitation qu’il entra an grand séminaire de Rodez. Il y eut les mêmes succès qu’à Massals, et sa vocation apostolique se dessinait plus nettement chaque jour. Elle était déjà soupçonnée par ses confrères, mais après son premier sermon de théologien on n’eut aucun doute. Il avait pris pour texte : Surge, illuminare Jerusalem. A ses accents enflammés sur l’apostolat, tous comprirent qu’il songeait lui aussi à se faire missionnaire. Il partit, en effet, avec un de ses condisciples, M. Chi­baudel ; ils arrivèrent ensemble au Séminaire des Missions-Étrangères à Paris, à la fin de janvier 1866. M. Vigroux y acheva sa théologie et fut ordonné prêtre à Noël  1867, par Mgr Petitjean, vicaire aposto­lique du Japon. Le 16 février 1868, il partait pour l’Orient, toujours en compagnie de M. Chibaudel. Ils étaient envoyés au collège de Pulo-­pinang.

    M. Vigroux ne resta à Pinang que quatre ans. Au bout de ce temps, le travail et le climat altérèrent notablement sa santé, les supérieurs décidèrent de le diriger vers un pays dont le climat lui fût plus favo­rable. C’est au Japon qu’il fut envoyé. Là, sa constitution vigoureuse se rétablit assez pour suffire aux fatigues d’un long et laborieux apos­tolat.

    Il a souvent raconté les peines qu’il avait eues pour apprendre la langue japonaise. A cette époque, il n’y avait pas encore de livres pour en faciliter l’étude aux Européens. M. Vigroux en fut réduit bien des fois à interroger les enfants, même dans les rues, et à écrire sous leur dictée les mots qu’il avait entendus. Quand il fut à même de travailler, il fut placé au séminaire de Tokio, d’abord comme professeur, puis, pendant deux ans, comme supérieur. C’est pendant ce temps que, le Japon ayant été partagé en deux vicariats (1877), le nouveau vicaire apostolique du Japon septentrional, Mgr Osouf, nomma M. Vigroux second provicaire ; le premier était M. Midon, mort depuis évêque d’Osaka.

    En 1878, fut inaugurée au Japon une nouvelle forme d’apostolat. Moyennant des passeports obtenus par l’intermédiaire du ministre de France, il devint possible aux missionnaires de voyager dans l’intérieur du pays, à condition de ne pas rester plus de trois ou quatre jours dans le même endroit. Ce n’était pas la liberté complète, mais c’était une porte ouverte. Les missionnaires avaient trop souffert, dans les concessions, pour ne pas en profiter.

    La première sortie de ce genre fut faite en juillet 1878, et M. Vigroux fut le premier qui se lança dans cet inconnu qui ne paraissait pas sans danger. Cette vie de missionnaire ambulant appartient encore à l’histoire, mais dans vingt ans elle appartiendra à la légende, tellement elle paraîtra invraisemblable. Tous ceux qui ont vu ce temps s’ac­cordent à dire que ce fut l’âge d’or de la mission, jamais on n’y fut plus heureux.

    Les expéditions duraient d’ordinaire de trente à quarante jours, quel­quefois davantage. M. Vigroux ne revenait guère à Tokio que pour mettre en règle ses comptes et sa correspondance, et se préparer à repartir.

    Il faut avoir mené cette vie pour la décrire. Après avoir marché toute la journée, souvent mouillé, quelquefois glacé, le missionnaire arrivait le soir à l’hôtel ou dans quelque maison particulière ; immé­diatement commençait la séance de nuit. Elle consistait à attendre d’abord, plus ou moins longtemps, assis sur la natte, la venue des visiteurs, puis à recevoir des salutations et à les rendre, non pas une, mais des centaines de fois, ensuite à entendre des questions et des objections de toute nature et à y répondre ; et cela pendant trois heures de suite et même davantage. Ce n’est qu’après ces longues conversations qu’il était loisible au missionnaire de prendre quelque nourriture. Pour M. Vigroux, ce régime était d’autant plus pénible, que, vu son état de santé, il ne s’accoutuma jamais à la nourriture japonaise. Et cependant, durant les treize ans qu’il vécut ainsi, il n’emporta jamais dans ses voyages ni pain, ni vin, ni conserves européennes, ni provisions d’aucune sorte.

    La cinquième année de ce ministère, on donna à M. Vigroux un compagnon pour partager avec lui les mêmes travaux. Entre eux, tout fut mis en commun. Ces deux missionnaires ont donné le bel exemple de deux hommes unis comme s’ils n’avaient eu qu’un cœur et qu’une âme.

    Une étude intéressante à faire serait de prendre une carte du Japon et de suivre de pays en pays, de ville en ville, M. Vigroux et son compagnon, à travers ce qu’ils appelaient, avec une certaine complaisance, leur « territoire », mais les limites d’une simple notice ne permettent pas de le faire en détail. Autant qu’il pouvait, M. Vi­groux allait à pied ; il en profitait pour instruire en marchant son catéchiste ou ses compagnons de route. S’il ne parlait pas, il méditait ou il priait. A mesure que M. Vigroux et son compagnon avançaient, ils imitaient, en quelque façon, les premiers apôtres. Là où une nou­velle chrétienté se formait, ils plaçaient quelque fidèle un peu plus instruit, pour prendre soin des autres néophytes. C’est ainsi qu’ils arrivèrent à avoir, à leur charge, 18 catéchistes.

    Après dix ans de cette vie, nos deux vaillants missionnaires n’avaient pas moins de 75 stations à visiter, dissiminées dans six départements. Et ils trouvaient moyen de passer dans chacune d’elles au moins quatre fois par an. Que de courses, que de fatigues ! Néanmoins, de l’aveu « du curé et du vicaire », ces années furent les plus belles de leur vie.

    Mais tout a une fin en ce monde. En 1891, M. Midon fut nommé vicaire apostolique, puis, bientôt après, évêque d’Osaka. Mgr Osouf dut garder M. Vigroux auprès de lui. Quoique M. Vigroux n’eût proféré aucune plainte, il lui en coûta beaucoup de ne plus visiter ses chré­tiens. D’esprit et de cœur il accompagna toujours son ancien compa­gnon qui, d’ailleurs, ne lui laissa jamais rien ignorer. A Tokio, il s’occupa des fidèles attachés à la cathédrale. Pour employer son activité et le temps qui lui restait quelquefois, il allait à la recherche des malades dans Tokio, se dirigeant de préférence vers les quartiers populaires, les plus habités et les plus pauvres. Rarement il revenait sans avoir fait quelques baptêmes.

    A la mort de M. Testevuide, M. Vigroux fut chargé aussi de la léproserie de Gotemba. Il y trouva quatorze lépreux et rien dans la caisse. Avant même de savoir comment il fera pour nourrir ces pauvres malades, il en reçoit cinquante d’un seul coup... « N’ayez crainte, disait-il, Dieu viendra à notre aide. » En effet, quand la lépro­serie fut remise à M. Bertrand en 1897, elle pouvait contenir 80 lépreux, et ils y vivaient.

    Dans l’administration du diocèse, M. Vigroux eut une part consi­dérable, surtout dans les dernières années. Homme de bon conseil, il avait deux qualités précieuses : il était discret et charitable ; il ne disait que ce qu’il fallait dire, ne blâmant jamais les autres, mais les encourageant volontiers lorsque leurs entreprises lui paraissaient bonnes. Les confrères qui ont vécu avec lui et l’ont connu plus intimement lui rendent le témoignage que, dans quelque lieu et dans quelque circonstance qu’il se trouvât, il n’omettait aucun exercice de piété, et ne perdait jamais une minute. Et son évêque, Mgr Osouf, si charitable envers ses missionnaires, mais si sobre d’éloges pour eux, a dit de lui un jour : « C’est vraiment un modèle de missionnaire. »

    Quand M. Vigroux était parti pour les Missions, il avait demandé à Dieu de pouvoir y travailler trente ans. Dieu lui accorda sa demande, il lui donna trente ans de mission et, dans cet intervalle, la grâce de conférer le baptême à environ 10.000 personnes. Mais, les trente ans

    passés, il sentit que la fin était venue. Sans en savoir la cause, il éprouvait un malaise étrange. Plusieurs traitements appliqués avec imprudence aggravèrent le mal au lieu de le guérir. Un voyage en France fut décidé. M. Vigroux arriva à Marseille le 3 décembre 1898. Au sanatorium de Montbeton, deux ans de repos complet et de soins intelligents remirent sa santé sur un pied convenable, mais ce ne fut pas une guérison, elle était impossible. Cependant, pour utiliser les derniers restes de son ardeur, M. Vigroux obtint, en 1902, de Mgr l’archevêque de Toulouse la charge de la petite paroisse de Montclar, près Villefranche. Il y demeura cinq ans malgré des souffrances intermittentes. Lorsqu’il se sentit incapable de remplir plus longtemps ses fonctions de curé, il rentra, en juillet 1907, dans le diocèse de Rodez et se retira à Connac, à proximité de l’église, en face de son village natal qu’il apercevait à deux ou trois kilomètres. Durant un an et demi encore, par son esprit de foi, sa piété, la dignité et l’affabilité de ses relations, il fit l’édification des habitants de la paroisse. Chaque jour, ses souffrances, devenant plus douloureuses, le rapprochaient du divin Maître. Enfin, le 2 février 1909, après avoir reçu une dernière fois la sainte communion, il s’éteignait doucement, dans la 67eannée de son âge.

     

    • Numéro : 967
    • Pays : Malaisie Japon
    • Année : 1868