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Alphonse VIGNOL (1858-1905)

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    Ferdinand-Alphonse Vignol naquit à Bièvres (Reims, Ardennes) le 5 février 1858. Il entra sous-diacre au Séminaire des Missions-Étran­gères le 20 décembre 1879 et fut ordonné prêtre le 26 septembre 1881 par Mgr Gasnier, vicaire apostolique de Malacca, mission pour laquelle le nouveau prêtre allait recevoir sa destination.

    Parti de Marseille le 30 octobre suivant, il devait interrompre son voyage, après quelques jours seulement de traversée. Quatre semaines auparavant, Mgr Gasnier s’était lui-même embarqué pour regagner sa chère mission, malgré les pénibles douleurs qu’il ressentait dans la jambe gauche. L’énergique prélat avait présumé de ses forces. A peine installé à bord, il dut s’aliter. Les souffrances, au lieu de se calmer, devinrent intolérables, et en même temps, une forte fièvre lui rendit tout repos impossible. Aussi dut-on le débarquer à Port-Saïd, et le porter presque mourant à l’hôpital. On était alors au 8 octobre. Le 5 novembre, M. Vignol arrivait lui-même à Port-Saïd, et trouvait son évêque dans cet état alarmant. Il s’installa à son chevet et, pendant près de deux mois, le soigna avec tout le dévouement d’un fils pour son père. Ceux qui ont connu M. Vignol, avec son cœur si bon et si complaisant, toujours prêt à faire plaisir et à rendre service, comprendront facilement quelle consolation ce fut pour le vénéré malade d’avoir son jeune missionnaire près de lui. Pendant plusieurs jours encore, le mal ne fit qu’empirer, et tout espoir semblait perdu, quand, le 23 novembre, un mieux se produisit. Cette amélioration progressa lentement, jusqu’à ce qu’enfin, le 31 décembre, il fut permis à l’évêque et à son missionnaire de reprendre la mer et de continuer leur voyage vers Singapore. Ils y arrivèrent le 22 janvier 1882.

    M. Vignol fut mis à l’étude du chinois et donné comme assistant à M. Paris, provicaire de la mission. Pendant une longue suite d’années, c’est à l’école de ce saint prêtre que les nouveaux missionnaires de la presqu’île de Malacca se formèrent à la pratique du ministère et de la vie apostolique. M. Vignol fut son dernier élève, et, sans nul doute, l’un des plus aimés et des plus appréciés, puisque ce vétéran de l’apostolat, sur son lit de mort, le désigna à son évêque comme l’un des plus aptes à diriger l’importante paroisse chinoise de Singapore. C’est ce qui devait se réaliser, moins de trois ans après la mort du vénéré provicaire. Quand celle-ci arriva en 1883, M. Vignol avait déjà quitté Singapore pour Pinang. Là, il était devenu vicaire de M. Grenier, pour la population chinoise de la paroisse de l’Assomption ; car, à cette époque, il n’y avait pas encore d’église séparée pour les chrétiens chinois de la ville et des environs.

    Quelque temps après, M. Mazery, consumé par la fièvre, ayant dû retourner en France, M. Vignol, toujours prêt à se dévouer, fut chargé de le remplacer à Taïping, capitale de Perak. Il y travailla, avec une ardeur extraordinaire, et, tandis que les missionnaires qui l’ont précédé ou lui ont succédé dans ce poste ont tous souffert plus ou moins de la fièvre, lui ne cessa de jouir d’une santé merveilleuse. Qui eût pensé que, vingt ans plus tard, c’est là qu’il devait trouver la fin de sa carrière apostolique, pendant un court séjour qu’il y faisait, auprès de son ancien curé, M. Grenier, gravement malade ?

     

    Au mois de mai 1885, M. Vignol fut transféré à Malacca comme assistant de son compatriote, M. Délouette, en même temps qu’il était chargé de la chrétienté des Montras d’Ayer-salah. Missionnaire dans l’âme, il aimait à courir à la recherche de ces pauvres sauvages dispersés dans la forêt. Et cependant, là encore, il ne devait faire que passer. Avant la fin de 1885, Mgr Gasnier le rappelait à Singapore et lui confiait la direction de la paroisse chinoise de Saint-Pierre et Saint-Paul. Il était bien jeune pour être mis ainsi à la tête du poste chinois, le plus important de la mission, mais, plus qu’aucun autre, le vicaire apostolique avait été à même de connaître son missionnaire, et il savait tous les trésors de bonté et de prudence, de zèle et de piété, renfermés dans cette âme apostolique. D’autre part, ayant eu, en peu d’années, à passer par des situations bien différentes, il avait acquis rapidement de l’expérience et la connaissance des langues et dialectes, qui lui étaient nécessaires dans l’exercice du ministère à Singapore. A son arrivée en mission, il avait étudié le tchao-tchou ; à Pinang, le hak-ka, à Taïping, l’anglais ; et, à Ayer-salah, le malais. De sorte qu’il revint à Singapore, comme un soldat armé de pied en cap, et prêt à tous les dévouements pour le bien des âmes qui lui étaient confiées. Il resta sur la brèche pendant vingt ans, ne cessant le travail que lorsque de cruelles souffrances l’obligeaient à prendre quelques mois de repos. Et ce travail de vingt années a été couronné du plus beau succès. Grâce à M. Vignol, le nombre des chrétiens chinois de Singapore a triplé ; ils sont maintenant près de 3.000, formant une des plus belles chrétientés que l’on puisse voir en pays de mission.

    Néanmoins, ce n’est pas dans cet accroissement du nombre de ses chrétiens que consiste l’œuvre de M. Vignol à Singapore : elle réside dans l’orientation qu’il sut donner à sa paroisse.

    Avant lui, les missionnaires qui s’étaient occupés des Chinois de Singapore, avaient surtout travaillé à l’évangélisation des habitants de la campagne, où les mœurs sont plus douces et la corruption moins grande. M. Paris lui-même, sur cinq courses apostoliques qu’il s’était fixées par semaine, en consacrait quatre à la campagne de Singapore ; et l’on peut dire qu’en général, les missionnaires cherchaient plutôt à éloigner leurs chrétiens de la ville pour les tenir davantage à l’abri des dangers que les âmes y rencontrent.

    M. Vignol, missionnaire de ville, crut devoir former des chrétiens pour la ville. Les païens ne faisaient que trop souvent résonner à ses oreilles des réflexions comme celles-ci : « Les « chrétiens ne sont que des campagnards et des ignorants ; en trouve-t-on beaucoup qui ne « soient des miséreux ? » Et ces réflexions étaient, pour eux, des arguments péremptoires contre le christianisme. M. Vignol en conclut qu’il fallait remédier à cet état de choses. Son devoir était de fournir à ses chrétiens les moyens de s’introduire dans toutes les places et dans tous les rangs de la Société.

    Pour atteindre ce but, la première chose nécessaire était de procurer aux enfants et aux jeunes gens l’instruction et l’éducation, sans lesquelles l’accès aux différents emplois leur était impossible. En conséquence, il exhorta les parents à envoyer leurs enfants à l’école des Frères. Il donna lui-même l’exemple en faisant apprendre l’anglais aux orphelins qui lui étaient confiés, et toujours il paya les frais d’école d’un bon nombre d’enfants pauvres. Aussi la grande et belle école Saint-Joseph, qui jadis, à côté des élèves européens et eurasiens, ne comptait guère que des Chinois païens, est maintenant fréquentée par plus de 200 jeunes Chinois catholiques. En lançant sa paroisse dans cette nouvelle direction, M. Vignol prévoyait bien que, là comme partout, il y aurait desinconvénients regrettables. Il était inévitable, en effet, que quelques jeunes gens, mis ainsi en contact journalier avec une certaine classe d’Européens et de païens, ne subissent une influence peu favorable à la pratique de leurs devoirs religieux. Mais, pour la grande majorité, les résultats ont été très consolants. Au point de vue matériel, les chrétiens sont bien plus à l’aise ; et, tandis qu’autrefois, bon nombre d’entre eux ne pouvaient pas trouver à se marier à cause de leur pauvreté, maintenant les familles se multiplient, et la paroisse s’accroît à vue d’œil. Au point de vue religieux, ils sont en général bien plus instruits et leur foi est plus éclairée. Jadis, il était assez difficile d’éloigner toute superstition des familles des néophytes ; aujourd’hui, ces tendances superstitieuses disparaissent entièrement, à mesure que les enfants sont instruits et bien formés. Dans beaucoup de cas, cette transformation et ces bons résultats étaient si évidents, que M. Vignol lui-même en manifestait avec joie son étonnement.

    Pour aider ses chrétiens, il ne refusait pas non plus de s’occuper de leurs affaires et de leurs intérêts temporels. Il était si bon, qu’il devait, comme fatalement, excéder sur ce point. Il l’avouait volontiers, car ces préoccupations incessantes avaient fini par devenir un fardeau qu’il avait peine à porter.

    Son dévouement avait un autre champ d’action, dans la formation et la direction des nombreuses orphelines chinoises, élevées au couvent de Singapore. Il montrait une sollicitude extrême vis-à-vis de ces pauvres enfants. Elles étaient vraiment, à ses yeux, la portion choisie de son troupeau ; et pour elles, il avait des délicatesses toutes paternelles. Il ne paraissait jamais plus heureux que lorsque, aux jours de grande fête, il pouvait entasser dans des corbeilles, les fruits, les gâteaux et toutes les friandises que ses chrétiens lui avaient offerts, et les envoyer à ses chères orphelines.

     

    Par suite de l’accroissement du nombre de ses chrétiens, M. Vignol dut bientôt songer à agrandir son église. Il se mit à l’œuvre avec son entrain ordinaire. Il lui fallait des fonds considérables, car les bâtisses coûtent cher, dans une ville comme Singapore ; et il ne s’agissait de rien moins que de doubler l’édifice alors existant. Il lança donc des souscriptions parmi ses Chinois. En quelques années de séjour à Singapore, il avait si bien su gagner leur cœur, qu’ils donnèrent généreusement, et qu’en 1891, l’œuvre put être entreprise et menée à bonne fin. L’église Saint-Pierre et Saint-Paul, ainsi agrandie, présente une vaste nef, avec un transept et un sanctuaire ornés de magnifiques vitraux. C’est la plus belle église catholique de Singapore. Cependant elle ne devait pas tarder à devenir elle-même trop étroite. Alors M. Vignol se résolut à fonder une seconde paroisse chinoise, dans la ville même, et à bâtir une autre église. Il se mit tout d’abord à la recherche d’un ter­rain convenable. Depuis vingt ans, la ville de Singapore s’est tellement développée, que bien rares sont les terrains assez spacieux pour la construction d’une église avec presbytère et catéchuménat, et ceux qui existent sont à des prix pour ainsi dire inabordables. Plus M. Vignol cherchait, plus il lui semblait impossible de recueillir les fonds nécessaires pour l’achat du terrain tant désiré. Néanmoins, il ne perdit pas courage. Il fit neuvaines sur neuvaines au Sacré-Cœur, auquel la future église devait être dédiée, et adressa un nouvel appel à la générosité de ses chrétiens. Ses vœux furent exaucés, le terrain fut acquis. Mais Dieu devait rappeler notre confrère à Lui, avant la construction de l’église du Sacré-Cœur.

    Un autre rêve, qu’il n’eut pas le temps de réaliser, était d’établir des maisons d’enseignement religieux, dans différents quartiers de la ville, pour y attirer plus facilement les catéchumènes. Puissent ses successeurs être plus heureux que lui, et trouver moyen de combler cette lacune !

    Tous ces projets qu’il formait pour l’extension du royaume de Dieu, M. Vignol s’en entretenait, volontiers et souvent, avec les jeunes missionnaires dont la formation lui était confiée. Avec lui, ils étaient vite habitués ; car il n’y avait pas de société plus aimable que la sienne. Toujours jeune de cœur, gai, ouvert, plein d’un entrain qu’il savait communiquer aux autres, il gagnait sans peine la confiance de ceux avec qui il vivait. Il apprenait à ses jeunes confrères à connaître les Chinois, avec leurs grandes qualités et leurs multiples défauts, mais surtout à les aimer beaucoup, malgré leurs défauts, comme il le faisait lui-même.

     

    À cause de son bon cœur, tout le monde chérissait M. Vignol ; à cause de ses vertus sacerdotales, de son zèle, de son dévouement, il était tenu par tous en haute estime. Aussi, après la mort de son vicaire général, M. Mazery, c’est sur M. Vignol que le choix de Mgr Fée se porta sans hésitation, tant l’évêque était sûr que ce choix était dans la pensée et le désir de tous. Hélas ! quelques années seulement devaient s’écouler, avant que le nouveau vicaire général prit en main l’administration du diocèse ; d’abord, pendant l’absence de l’évêque malade ; puis, pendant la vacance du siège ! Depuis longtemps, Mgr Fée et M. Vignol étaient unis par les liens de la plus étroite amitié, tant il y avait d’affinité entre ces deux natures dont la bonté était la note dominante ; et ces liens avaient encore été rendus plus intimes par leur communauté de vues sur la direction à donner au diocèse. Personne, on peut le dire, ne ressentit plus douloureusement que M. Vignol, la perte de celui qui était, tout à la fois, son évêque et son ami.

    Le vicaire général de Mgr Fée resta supérieur de la mission pendant dix mois, du 20 janvier au 21 novembre 1904. Le nouvel évêque de Malacca, Mgr Barillon, qui le connaissait de longue date, fut heureux, lui aussi, immédiatement après sa prise de possession, de le nommer son vicaire général, pour profiter de sa longue expérience des hommes et des affaires.

    Cependant le surcroît de travail et de préoccupations qu’il avait dû s’imposer, depuis le départ de Mgr Fée pour la France, l’avait beaucoup fatigué. Un repos était nécessaire. Il fit d’abord un voyage à Saïgon, pour revoir un de ses neveux qui servait dans l’armée. Le changement et l’air de la mer lui firent grand bien. A son retour, il se sentait plus fort. Peu après, vers la fin de février 1905, M. Grenier étant tombé gravement malade à Taïping, il demanda la permission de se rendre près de lui.

    Arrivé à Taïping, il trouva son confrère hors de danger, mais sans forces et profondément anémié. L’avis formel du docteur était qu’il devait partir le plus tôt possible pour les Indes ou Hong-kong. En conséquence, M. Vignol le prépara à ce départ, et le 6 mars, M. Grenier quittait Taïping pour se rendre au sanatorium de Saint-Théodore. En attendant l’arrivée d’un autre missionnaire, M. Vignol prit soin de ce poste, où il avait jadis travaillé et qui lui était resté bien cher. Le 12 mars, il dut aller à Pinang, pour assister aux obsèques de la Révérende Mère Saint-Anselme, supérieure du couvent de cette ville. Le 16, il rentrait à Taïping. Tous les confrères qui l’avaient vu à Pinang, l’avaient trouvé en très bonne santé, et lui-même affirmait que, depuis longtemps, il ne s’était pas senti si bien portant. Laissons maintenant la supérieure du couvent de Taïping nous raconter ce qui se passa, après le retour du Père :

    « Ce bon Père est venu nous voir hier matin jeudi, vers 10 h. ½  , en arrivant à Taïping. Il « était en très bonne santé ; il m’a annoncé l’arrivée, pour dimanche, de M. Mariette, et m’a « dit que lui-même pensait repartir pour Singapore, lundi ou mardi. Une de nos Sœurs est « allée le voir vers 5 heures du soir, et a causé longuement avec lui au sujet d’une femme « chinoise qui veut nous reprendre ses enfants : il s’est occupé de cette affaire avec grand « intérêt. Le missionnaire de l’église indienne, M. Passail, a soupé avec lui ; il a mangé « comme d’habitude, et vers 9 heures, il a reconduit M. Passail jusque sur la route. Il était, « paraît-il, très gai. Vers 11 h. 10, nous entendons frapper à notre porte ; c’était un petit « garçon qui venait nous annoncer que M. Vignol s’était trouvé subitement très mal. Nous « sommes parties tout de suite, et nous avons trouvé le pauvre Père étendu sur le plancher de « sa véranda ; il avait vomi son souper mêlé à un sang noirâtre. Il avait encore sa « connaissance, mais ne pouvait s’exprimer que par signes. Juste avant de tomber, il avait pu « appeler le petit garçon et lui dire : « Va chercher les Sœurs, je vais mourir. » Nous l’avons « relevé, lui avons donné les premiers soins et avons envoyé chercher M. Passail et le « médecin. Ils sont bientôt arrivés l’un et l’autre. M. Vignol entendait encore, et quand on lui « demandait ce qui le faisait souffrir, il montrait sa tête. Le médecin est resté près d’une « heure ; ses paroles étaient peu rassurantes. Alors M. Passail administra les derniers « sacrements au malade. Vers 6 heures, le docteur est revenu ; mais alors tout espoir était « perdu. M. Vignol a rendu son âme à Dieu, après de vives souffrances, à 7 h. ½  du matin, le « 17 mars. Le médecin dit qu’il a succombé à une attaque d’apoplexie foudroyante. »

     

    Quand le télégraphe apporta cette triste nouvelle à Singapore, elle y causa une sorte de stupeur ; elle était si inattendue et paraissait si incroyable ! Bientôt, le glas funèbre de nos trois églises annonça notre deuil à toute la ville. Pas un seul instant, les chrétiens chinois ne purent se faire à l’idée que la dépouille mortelle de leur bien-aimé Père resterait loin d’eux, en dehors de cette paroisse, où, pendant tant d’années, il s’était dépensé pour eux.

    Immédiatement, ils demandèrent que son corps fût ramené à Singapore, s’offrant spontanément à couvrir les frais considérables qui devaient en résulter. Les autorités anglaises se montrèrent très bienveillantes pour accorder les permissions nécessaires en pareil cas. Son Excellence le gouverneur, sir John Anderson, informé par Mgr Barillon du décès de son vicaire général, lui écrivit une lettre pleine de la plus haute estime pour le noble caractère de M. Vignol, et des plus vives sympathies pour la perte irréparable que la mission catholique venait de faire. Quelques heures après, il députait vers Sa Grandeur le secrétaire colonial, pour offrir son propre « steamer » en vue de ramener à Singapore le corps du défunt. Cette offre ne put être acceptée, parce que des arrangements avaient déjà été pris avec le capitaine d’un bateau qui allait partir de Telok-anson, l’un des ports les plus rapprochés de Taiping. Mais quand ce bateau arriva à Singapore, le lundi matin 20 mars, il fut accosté par un « launch » gouvernemental, qui prit le cercueil à son bord et vint le déposer sur la jetée. Le cercueil fut transporté à l’église chinoise, où une messe pontificale de Requiem fut célébrée.

    Les obsèques eurent lieu dans l’après-midi. Jamais Singapore n’en vit de plus imposantes. Une foule énorme accompagna au cimetière la dépouille de cet homme apostolique, qui avait passé en faisant le bien, et ce long cortège fut comme un triomphe de la foi qu’il avait prêchée. La douleur de ses chrétiens chinois était navrante, celle surtout de ses pauvres orphelines qu’il avait comblées de tant de soins. Elles suivaient le cercueil en pleurant, comme des enfants pleurent un père très aimé et très regretté.

    M. Vignol, qui connaissait bien les sentiments de ses chrétiens, avait souvent répété ces paroles : « Je suis sûr que ce ne seront pas les prières et les messes qui me manqueront, après ma mort. » En effet, ses paroissiens firent célébrer plus de trente services solennels et plu-sieurs centaines de messes basses, pour le repos de son âme.

    Oh ! oui, qu’il repose dans la paix du Seigneur, ce cher ami, ce prêtre si bon, si dévoué et si regretté par tous ceux qui l’ont connu!

     

     

    • Numéro : 1504
    • Pays : Malaisie Singapore
    • Année : 1881