Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

André VIGNAU (1911-1977)

Add this

     

    Enfance et jeunesse

     

    André VIGNAV naquit à Le Blanc dans l’Indre au diocèse de Bourges le 19 janvier 1911. Il était l’aîné de trois enfants. Deux sœurs  vinrent au foyer après lui. Son père était originaire des Landes : mais comme il était employé des chemins de fer, il était amené par sa profession à changer de résidence.

     

    Une fois ses études primaires terminées à Parthenay, André Vignau entra au petit séminaire de Fontgombault où pendant six ans, de 1921 à 1927, il fit ses études secondaires. Pendant ce temps mûrit sa vocation sacerdotale, et malgré son jeune âge, il entra au grand séminaire de Bourges en octobre 1927. Il n’avait pas encore 17 ans. Il fit au grand séminaire de Bourges ses deux années de philosophie. C’est au cours de la deuxième année, le 7 mars 1929, qu’il adressa à Monseigneur de Guébriant sa demande d’admission aux Missions Etrangères. Il y disait notamment : « j’ai enfin obtenu de mes parents l’autorisation si longtemps désirée d’entrer au séminaire des Missions Etrangères. Mon directeur m’en donne aussi l’autorisation ». Selon l’usage, le chanoine Claude, supérieur du grand séminaire, donna les renseignements requis. Voici ce qu’il écrivait le 4 juillet 1929 : « Monsieur l’abbé Vignau est un séminariste modèle, d’une régularité exemplaire, d’un travail assidu lui permettant d’arriver le premier de son cours, d’une piété très intense. Son seul défaut est d’être encore jeune d’âge ». L’admission d’André Vignau se fit donc sans difficulté.

     

     

    Aux Missions Etrangères

     

    Le 14 septembre 1929, il entrait à Bièvres en première année de théologie. Cette première année terminée, il accomplit son service militaire par devancement d’appel (1930-31) en en octobre 1931, il revenait au séminaire rue du Bac avec les confrères de son cours qui eux aussi rentraient de la caserne. On ne voit rien de spécial à signaler pendant ses années de séminaire sinon qu’André Vignau était un séminariste régulier, travailleur, même un peu effacé et peut-être un peu trop concentré sur lui-même. Ordonné prêtre le 1er juillet 1934, il reçut le soir même sa destination pour la mission de Hung-Hoa, couramment appelée alors le Haut-Tonkin.

     

     

    En Mission

     

    C’est le 16 septembre que s’embarqua le P. Vignau sur le « Chenonceaux » avec 26 compagnons, jeunes missionnaires comme lui ; voyage « classique », sans guère d’incidents jusqu’à Saigon. Comme le « Chenonceaux » allait au Japon, les jeunes missionnaires destinés au Tonkin et à la Chine du Sud transbordèrent sur le « Claude Chappe » qui faisait habi­tuellement la navette entre Saigon et Haïphong, avec escales à Quinhon et à Tourane. Tout alla bien jusqu’au Cap St-Jacques. Mais dès qu’on aborda la haute mer, le bateau fut pris dans un typhon. Il roulait bord sur bord et les vagues passaient par-dessus le pont. Inutile de dire que les voyageurs étaient presque tous en proie au mal de mer, et avaient hâte d’arriver à Haïphong. Ce voyage fut vraiment dur et même dangereux.... !

     

    C’est avec 30 heures de retard que le « Claude Chappe » accosta à Haï­phong, à la grande satisfaction de tous les passagers. Hébergés chez les Pères dominicains espagnols, tout le groupe des jeunes missionnaires gagna Hanoï le lendemain dans la matinée. Après quelques jours de repos, les jeunes Pères destinés à la Chine du Sud prirent le chemin de fer pour Kunming ; ceux destinés au Viêt-Nam se rendirent dans leurs missions respectives. Pour le P. Vignau ce fut, comme nous l’avons dit, la mission de Hung-Hoa, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Hanoi.

     

    A l’époque, la Mission du Hung-Hoa ou du Haut-Tonkin était dirigée par Mgr Ramond, un Rouergat. C’était le premier Vicaire apostolique depuis la fondation de la Mission en 1895. Le P. Vignau fut envoyé d’abord à la paroisse de Hà-Thach pour commencer l’étude de la langue vietnamienne sous la direction d’un catéchiste, car à cette époque il n’y avait pas encore d’école de langue organisée. Au bout d’un an environ, après cette première initiation, il fut adjoint au P. Massard à Son-Tây pour faire un peu de ministère et continuer l’étude de la langue. Tout semblait aller pour le mieux et notre étudiant en langue faisait des progrès. Il s’adonnait d’ailleurs de tout son cœur à ce travail, peut-être même un peu trop, car il restait concentré sur lui-même et ne prenait pas assez de détente. Il en arriva à un tel degré de tension que sa santé en fut gravement perturbée et qu’il fut obligé de rentrer en France, en fin 1937.

     

     

    En France

     

    Avec les soins requis et le calme, cette tension nerveuse se calma peu à peu, tant et si bien que son état de santé, nettement amélioré, lui permit de faire un peu de ministère pendant quelques années. Il semble qu’il ne fut pas mobilisé en 1939-1940, car d’après le témoignage d’un membre de sa famille il avait été réformé.

     

    En septembre 1946, nous le trouvons professeur au petit séminaire de Beaupréau où il enseignait l’histoire et la géographie dans plusieurs classes : deux matières qu’il aimait particulièrement. En fin d’année scolaire 1949, un renouvellement du corps professoral eut lieu à Beaupréau. C’est alors que le P. Vignau quitta cet établissement pour prendre du ministère dans le Gers, au diocèse d’Auch. La raison en était qu’il voulait rejoindre ses parents. Son père était originaire des Landes. Mais arrivé à l’âge de la retraite, il s’était fixé dans le Gers, à Cazaubon d’abord, puis il vint rejoindre son fils à Ste-Christie. C’est là que décéda Monsieur Vignau. Après le décès de son père, André Vignau qui n’avait plus de raison de rester dans le Gers demanda et obtint un poste dans son diocèse d’origine, Bourges. C’est en 1954 qu’il fut nommé curé de Prissac où il exerça son ministère pendant 10 ans, à Prissac même et dans quelques paroisses environnantes, dont il avait aussi la charge. En 1964, il devint curé de Luçay-le-Mâle avec la charge de quatre autres paroisses voisines. Il se dévoua corps et âme pour entretenir et développer la vie chrétienne dans ces paroisses, portant une attention spéciale à la catéchèse des enfants. Hélas ! tous ces gens ne répondaient guère aux efforts de son zèle.

     

    Le Père Vignau venait régulièrement à la retraite commune à Bièvres et passait aussi régulièrement une ou deux fois par an au séminaire à l’occasion des visites qu’il faisait à sa famille dans la région parisienne. On sentait que c’était pour lui une joe de rencontrer les confrères de son temps et d’avoir avec eux des échanges sur son ministère, sur les méthodes catéchétiques qu’il mettait en œuvre. Il restait en effet très attaché à la Société des Missions Etrangères et à sa Mission de Hung-Hoa. Au cours des 10 dernières années de sa vie, il prit plusieurs fois sur ses économies personnelles des sommes relativement importantes qu’il envoya à la procure de Paris pour la mission de Hung-Hoa.

     

    Sa mère et sa sœur célibataire venaient volontiers le voir à Luçay-le-Mâle et y faisaient des séjours plus ou moins prolongés. C’est au cours d’un de ces séjours qu’ils décidèrent d’aller tous les trois à Sainte-Christie dans le Gers pour se recueillir sur la tombe du papa. C’était au mois de septembre 1974. A un certain endroit, le P. Vignau « brûla » un feu rouge qui était totalement invisible, masqué qu’il était par des arbres touffus. Sa mère et sa sœur  trouvèrent la mort dans ce terrible accident. Lui-même fut blessé assez légèrement et il eut le temps et la présence d’esprit de donner une dernière absolution à sa mère et à sa sœur. Hospitalisé pendant quelques jours à Mont-de-Marsan, il fut peu après autorisé à rentrer en ambulance à Luçay-le-Mâle. Mais ce drame lui causa un choc terrible dont il ne se remit jamais. La dernière fois qu’il passa au séminaire, il était méconnaissable : triste, avec difficulté d’élocution, démarche hésitante... Il avait vieilli de dix ans... ! Et ce qui ajoutait encore à sa peine, c’est qu’il allait voir sa sœur Odette atteinte d’un cancer incurable. Vraiment ce cher Père Vignau faisait peine à voir ! Il est vraisemblable aussi que le mal qui devait l’emporter et dont il ne se doutait pas contribuait à l’accabler. Il ne passa que quelques heures au séminaire, puis s’en alla voir sa sœur à St-Cyr-Ecole et de là regagna sa paroisse quelques jours plus tard. Nous ne devions plus le revoir au séminaire. Il continua courageusement son ministère jusqu’au moment où il fut obligé de se faire hospitaliser à Châteauroux : crise de diabète proche du coma ! Son état était très grave, et ne fit qu’empirer. Malgré tous les soins spéciaux qui lui furent prodigués, il succomba le 30 avril. Quelques jours auparavant, le Père Sylvestre et le P. Briand étaient allés le voir ; mais il ne les avait probablement pas reconnus.

     

    Ses obsèques eurent lieu à Luçay-le-Mâle le mardi 3 mai. La concélébration eucharistique fut présidée par Mgr Vignancourt, archevêque de Bourges, entouré d’une trentaine de prêtres dont 6 confrères des Missions Etrangères. Dans son homélie, Monseigneur fit remarquer qu’il y avait 13 ans, jour pour jour, que notre confrère célébrait sa première messe dans l’église de Luçay-le-Mâle, le 3 mai 1964. Après avoir brièvement résumé la vie du P. Vignau, Monseigneur continua : Après quelques années de ministère dans le Gers, le P. Vignau retrouve son Berry natal. Le Cardinal Lefebvre le nomme curé de Prissac avec la charge de 4 autres paroisses. Son souvenir y est resté si vivant que jeudi dernier, à l’occasion d’une confirmation dans ce secteur, plusieurs personnes ont évoqué sa physionomie et son activité sacerdotale. — En mai 1964, il devenait votre curé. Près de vous, je crois pouvoir dire en toute simplicité qu’il eut de la peine à s’adapter à votre mentalité berrichonne. Il ne cachait pas sa déception lorsque — au contraire des pays dits de « mission » comme au Tonkin avant la guerre de 40 — il ne suffisait pas de sonner la cloche pour emplir l’église. Sa timidité d’une part, sa conception du ministère d’autre part reflétaient son état d’âme. Sa fermeté sur les principes se traduisait par ses exigences pour le catéchisme et les 4 messes du dimanche ou pour la pastorale des sacrements. Mais en même temps, il était humain, capable d’amitié ; il savait compatir aux souffrances des hommes. — A la suite de la terrible épreuve du 16 septembre 1974 qui endeuilla sa famille, il fut touché des marques de sympathie qui lui vinrent de ses paroissiens. Ceux-ci découvrirent aussi des qualités secrètes que notre époque ignore trop souvent : rectitude et dignité de vie, témoignage de la prière, dévotion envers la Vierge Marie, fidélité totale à Jésus-Christ en même temps que très grande discrétion vis-à-vis de ceux qui venaient le consulter. — Peu à peu vous l’aviez conquis. Cette affection pour votre curé, vous l’avez traduite en des gestes qui partent du cœur : cette collecte des enfants du catéchisme pour l’achat d’une plaque, ces gerbes de fleurs provenant des paroisses dont il était le pasteur, les délicates attentions de Monsieur le Maire de Luçay-le-Mâle ainsi que la présence des municipalités voisines.

     

    Le départ d’un prêtre en notre Berry nous pose à tous un cas de conscience. Il faut souvent un événement douloureux pour comprendre la véritable mission du prêtre... Le prêtre est celui qui annonce la Parole de Dieu, qui accompagne et soutient les chrétiens, qui va au devant de ceux qui sont loin, qui, comme le Christ avec les disciples d’Emmaiis, fait route avec ses frères les hommes pour les éclairer et les appeler à l’unité  ».

     

    De son côté, le P. Chagny qui a fait ses études avec le P. Vignau à Fontgombault évoqua, en termes d’une intensité émouvante, son amitié pour le P. Vignau, amitié de toujours, scellée dès la jeunesse par les années passées ensemble à Fontgombault avec Mgr Le Guenne, leur ancien professeur qui avait tenu à être présent aux obsèques, amitié continuée au long des années malgré l’éloignement des champs d’apostolat. Pour conclure, le P. Chagny demanda à tous de prier pour la « relève » car 1’Eglise aura toujours besoin de prêtres.

     

    Que le P. Vignau intercède auprès du Seigneur pour qu’il nous accorde de saints prêtres tant pour l’apostolat en France que pour porter la lumière de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ.

     

     

    • Numéro : 3515
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1934