Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

André VIÉVILLE (1922-2006)

Add this

    André, Pierre Camille Vieville naît à Laon, le 22 mars 1922, à neuf heures, au domicile de ses parents, Jean Camille et Marie Augustine Irma Compain, épiciers, rue du Mont de Vaux, sur la paroisse Saint Marcel, au diocèse de Soissons, dans l’Aisne. Plus tard, ils géreront à La Fère une coopérative d’alimentation. Il a deux frères et une sœur. Famille solidement chrétienne, dira d’elle, plus tard, l’abbé J. Besnard, supé- rieur du grand séminaire de Soissons.

    Donnait-il des signes alarmants de santé fragile ou est-ce piété singulière de ses parents ? Il est baptisé le même jour. Son parrain est le Père Viéville, vicaire général.

    Il fait ses études, primaires à Crécy-sur-Serre et secondaires, d’abord au col- lège laïc de La Fère, puis au petit séminaire Saint Léger et enfin au grand séminaire de Soissons, de 1944 à 1948. Aucun document ne permet de fixer l’époque de son appel au sacerdoce. Toutefois, à la veille de demander le sous diaconat, son supérieur donne son avis sur sa démarche d’aller en mission : André est généreux mais assez imaginatif et impulsif. Il a tout juste les moyens suffisants du côté aptitudes intellectuelles. Mais sa piété est fervente quoique plutôt sentimentale. Il est plus porté aux activités extérieures qu’au travail intellectuel qui ne semble pas avoir beaucoup d’attrait pour lui.

    Sous diacre le 26 juin 1948, il se sent appelé à la mission, et voici comment. Comme tous les plans de Dieu, a-t-il écrit, mon appel est d’une simplicité insondable. Pendant une retraite au grand séminaire de Soissons, je feuilletais une revue des missions. Je suis tombé sur une statistique des prêtres dans le monde. J’ai eu la curiosité de chercher où il y en avait le moins par nombre d’habitants. En découvrant que c’était en Asie, ça m’a fait l’effet d’un coup de pied là où vous pensez. Ce fut le coup d’envoi en mission qui m’a fait rejoindre les MEP. Comme quoi, pour appeler à son service, le Seigneur peut se servir aussi des statistiques qui pourtant ne valent que ce qu’elles valent: l’espace d’un moment. Dans sa demande d’admission aux Missions Étrangères adressée à Monseigneur Lemaire, il écrit : Après mon passage à la rue du Bac, guidé par Henri Malin, j’ai été tellement impressionné que je me demande si je serai à la hauteur de ce qui m’attend. Mais si le Christ me pousse dans cette voie, ne me donnera-t-il pas les grâces nécessaires ? J’ai dit les « deux Ave » à vos intentions, monseigneur, et je continue à prier pour vous. Je recommande instamment à vos prières ma famille : Maman est une sainte et elle m’a dit qu’elle ne pourrait s’opposer à Dieu mais je sens de plus en plus tout le sacrifice que ce sera pour elle. Je crois que Papa supportera plus facilement cette épreuve. Quant à mes deux frères et à ma sœur, je ne rencontrerai aucune difficulté de leur côté d’autant plus que l’aîné est actuellement à Saigon, comme engagé volontaire. André entre donc, sous diacre, à la rue du Bac, le 27 septembre 1948, comme « extravagant ». Il y est ordonné diacre début mai de l’année suivante et prêtre le 29 du même mois.

    Agrégé à la Société le 18 septembre 1949 avec 20 autres aspirants, il est destiné au Vietnam, à la mission de Hunghoa où il part le 26 septembre. Avec le Père Desroches, il est en poste pour étudier la langue successivement à Hanoï, à l’orphelinat Sainte-Thérèse du Père Seitz, jusqu’en avril 1950, puis, à la demande du Père Chabert, pendant six mois à Laokay, où il donnera ses premiers sermons en se perfectionnant dans la langue. Ensuite, il fait un an à Hunghoa et autant à Sontay, avant d’être nommé vicaire à Sonla, chef lieu des thaïs rouges, puis à Thai-Bat, sur la Rivière Noire, où l’attendaient 245 chrétiens et où il eut la joie de catéchiser une centaine de familles ce qui nécessita la construction d’une chapelle. Enfin, pour cause d’avancée des Vietminh, déplacé pour la seconde fois, il se voit confier le poste de Phu- huu, de mars 1953 à mai 1956. Imperturbable et malgré une santé qui laisse fort à désirer, il recommence le travail à la base car de nouveaux catéchumènes se font inscrire et il met la main à la pâte pour mettre debout une mai- son chapelle. À peine est-elle terminée, qu’un village voisin de quatre cents personnes demande à entrer en religion (c’est l’expression courante chez les Thaïs pour dire qu’ils veulent devenir catholiques). Derechef, il se rend auprès d’eux et commence une nouvelle fondation. Pendant tout ce temps, lit-on sur une note de l’époque, il se fait l’avocat inlassable des infortunés des prisons.

    Après les événements de Dien Bien Phu et la défaite française consommée le 7 mai 1954, aux accords de Genève, il est décidé de partager le pays en deux, à la hauteur du 17ème parallèle. Le Vietminh, marxiste, obtient la moitié nord du pays et en fait une république démocratique populaire présidée par M. Nguyên Ai Quoc, alias Hô Chi Minh, ‘le Lumineux’. La moitié sud reste une démocratie libre, présidée par M. Ngô Dinh Diem. Ces accords faisaient passer sous le régime communiste dix missions sur quinze que comprenait alors tout le Vietnam avec plus de onze cent mille catholiques sur un million et demi soit les deux tiers de l’Église vietnamienne. Profitant de la clause des accords qui permettait à chacun de choisir entre le nord et le sud, environ 675 000 d’entre eux, préférèrent quitter maison, rizières et tout ce qui les attachait à la terre ancestrale, plutôt que de subir un joug dont beau- coup d’entre eux avaient fait l’expérience aux cours des années de guerre. Environ 600 prêtres vietnamiens et presque tous les religieux et religieuses les accompagnèrent au sud.

    Il n’en restait plus en zone vietminh que 400 000 environ avec 375 prêtres vietnamiens et 25 missionnaires dont quinze MEP. Parmi eux, notre Père André. Il décide de demeurer avec celles de ses ouailles qui veulent rester chez elles, quoi qu’il arrive.

    De ce fait, quelques semaines plus tard, il se retrouve évidemment devant un tribunal populaire au cours duquel il est accusé de toutes sortes de crimes imaginaires. « Quand on veut tuer son chien...»

    Le plus grave, le dernier, est d’avoir violé une vingtaine de belles jeunes filles vietnamiennes. À cette accusation, il éclate d’un rire tel qu’il entraîne avec lui tous les membres du tribunal et même l’assemblée. Le président, sentant qu’il perd la face en ne maîtrise plus la situation, lève la séance et le renvoie en prison. André apprendra par la suite qu’il est condamné, ‘par mesure de clémence’ à la liberté et, en mai 1956, il quitte non seulement le nord mais aussi le sud du Vietnam et rentre en France.

    Il se remet de ses émotions en famille, puis est nommé à Saint-Jean fin 1954, comme préfet du Moyen Collège où il prend en charge la chorale. Des anciens se souviennent de la foi qu’il rayonnait en leur faisant chanter le credo. Il était très fatigué et racontait sa vie de mission. L’année suivante, suite au départ du Père Louison pour la mission de Kontum, du Père Magnin pour celle de Malaisie et de l’adjonction d’une classe de troisième, à l’École missionnaire de Ménil-Flin, en Meurthe-et-Moselle, il y est nommé, pour y renforcer provisoirement le corps professoral.

    Voyant que la mission est encore possible dans ce pays, le vicaire apostolique de Kontum, Mgr Seitz, lui fait signe et, le 31 janvier 1961, André, disponible et heureux, repart au Vietnam. Mais ce n’est plus en milieu vietnamien. Il est envoyé à Ban-Me-Thuot, sur les Hauts Plateaux, chez les Rhadés. Il lui faut donc apprendre cette langue orale. Il est chargé successivement des postes de Buon Hjung, de Buon Ea Ktur où il catéchise 819 catéchumènes avant d’être évacué à Darlac et de remplacer le Père Bianchetti au Centre montagnard de Ban-Me-Thuot en 1967. Blessé le 25 mai 1964 et souffrant en plus d’une surdité avancée, la pratique de cette langue lui pose des problèmes. Et pas qu’elle ! Puisqu’un jour où, ayant circulé en Jeep dans une zone peu fréquentable, il constate en arrivant chez lui que tout un côté de son véhicule est criblé d’impacts de balle. Il en conclut qu’il avait essuyé plusieurs rafales d’armes automatiques. Évidemment, ce peut être un avantage de ne pas s’en être aperçu sur le coup, car un arrêt aurait pu lui être fatal. Heureuse surdité ! Toutefois, il en tire les consé- quences : dans ce contexte, et avec cette épreuve d’ouïe, sa sécurité lui conseille de s’éloigner.

    Il revient donc dans son diocèse de Soissons. Il y sera en paroisses de 1969 jusqu’en 1996, occupant d’abord et successivement, comme curé, les paroisses de Marly-Gomont, puis de Mont-Notre-Dame et de Braine. Grand handicapé devant l’Éternel, André se disait un laboratoire ambulant étant passé une douzaine de fois sur le billard pour y subir dix neuf inter- ventions chirurgicales, dont cinq en dessous de la ceinture, ce qui fait autant d’anesthésies générales sauf une, par péridurale. Excusez du peu ! Vraiment frère l’âne était de bonne et noble lignée pour ne pas lui refuser ses services dans ces conditions. Malgré cela, et quoique servi par une seule oreille, la gauche appareillée, - la droite servant de garniture, comme il disait – à la demande expresse de son évêque, Mgr Labille, en 1982, il prend en charge le secteur de Béthan- court en Vaux, aux confins de la Picardie et de la Brie, avec 8 paroisses rurales.

    En 1984, malgré une opération de la cataracte, son œil gauche lui refuse tout service. En octobre de l’année suivante, il subit une nouvelle intervention, cette fois sur l’œil droit. L’opération réussit et lui est bénéfique puisque, avec des lunettes loupes, il dispose désormais de 5 ou 6 dixièmes de ce côté, alors que, sans elles, il distingue à peine l’environnement.

    Du côté de l’audition, à gauche c’est zéro et, à droite, il est appareillé. Ça fait un certain temps que ça dure, dit-il, mais on ne s’y habitue pas pour autant!

    Bien qu’en 1987, la perte de toute audition à droite se confirme, son évêque en rajoute pour l’année suivante. C’est dire la pénurie de curés ! Il lui demande de se mettre au service d’une nouvelle communauté de cinq villages, tou- jours dans ce secteur. Ce sont Montescourt, Hinacourt, Gibercourt, Sérau- court et Remigny, en tout 3736 habitants.

    En décembre de cette année, ayant subi une énième opération, deux hernies, comme cadeau de Noël et pour lui redonner confiance en lui, le même évêque lui augmente sa part d’héritage : vingt communes en plus soit un total de 9873 habitants.

    À cette époque, dit-il, il sent monter en lui une poussée irrésistible d’anticléricalisme. Irrésistible ! Alors, malgré une pastorale sacramentelle de plus de cent célébrations d’obsèques et de baptêmes par an et trois Messes chaque dimanche, avec un autre prêtre, il décide cependant de préparer l’ave- nir, en prenant le temps de former des laïcs, dont 48 catéchistes. Comment a-t-il fait pour en trouver autant ? Il a annoncé urbi et orbi qu’il n’y aurait plus de profession de foi. Et que pensez-vous qu’il arriva ? Rien moins qu’une mobilisation générale des jeunes concernés qui en trouvèrent et en décidèrent, eux, à s’intéresser à leur préparation. Tant qu’il y aura des enfants, tous les espoirs sont permis ! Même de catéchiser les parents !

    De ce fait, André devient inspecteur général de la catéchèse. Comme curé, il publie régulièrement des « encycliques ». En voici une à titre d’exemple, intitulée : ‘Si vous voulez encore des curés, il faut vous dépêcher d’en faire’.

    « Vous voulez encore faire baptiser vos enfants, leur faire faire leur Communion solennelle, vous marier et vous faire enterrer à l’Église, est-ce par tradition, ou par conviction : cela vous regarde. Mais vous protestez :

    . parce qu’on ne peut plus faire les baptêmes, les Communions solennelles, dans chaque village, n’importe quel jour, à l’heure qui vous convient : on est obligé de les regrouper ; parce que les catéchismes doivent être regroupés dans certains villages à des heures qui ne vous conviennent pas ;

    . parce qu’ il y a parfois trois mariages le même après midi de samedi et qu’il vous faut faire des concessions pour les horaires – sans doute faudra-t-il aussi un jour les regrouper ; . parce qu’on ne peut plus faire les enterrements aux jours et heures qui vous conviennent : il faudra peut-être aussi un jour retenir son tour à l’avance.

    Vous protestez : . quand votre évêque vous prend votre curé et l’envoie dans un autre secteur où il y a plus d’urgences ; . quand vous ne l’avez plus sous la main vingt quatre heures sur vingt quatre; . quand votre évêque ne peut plus vous en donner un autre après que vous l’ayez usé jusqu’à la corde et que le pauvre vieux peut enfin se reposer au cimetière.

    Ma grand-mère me disait : ‘Tchiot, un jour des missionnaires noirs ou jaunes viendront évangéliser la France’. Vous pouvez rire jaune. Vous devriez être rouges de confusion ou blêmes devant cette prophétie. Vous allez peut-être finir par comprendre que les curés sont d’une race qui s’éteint. On ne peut malheureusement pas en faire de père en fils ».

    Et, en conclusion, une page dans le même ton, dont voici l’essentiel :

    « Faut pas prendre le Bon Dieu pour un distributeur automatique. Vous êtes des consommateurs, pas des producteurs. Il va falloir que vous vous preniez par la main pour faire des A.D.A.P. et des O.C.A.P. (obsèques). Vous êtes majeurs et vaccinés par votre baptême, alors au lieu de protester vous savez ce qu’il vous reste à faire ».

    Début février 1996, ne pouvant plus assurer son ministère pour cause de santé, - oreilles, vertiges, artériectomie, cardite, fatigue, entre autres -, son évêque, Mgr Labille, lui offre une place dans la maison de retraite des prêtres du diocèse, à Saint-Quentin où il retrouve des anciens du petit séminaire. Ça y est, s’exclame-t-il, dernière étape avant le Paradis. Mais MEP quand même et toujours, il continue de se dire ad extra et souhaite bon courage à ceux qui sont encore dans l’Active. Comme il ne sait pas se reposer, il fait du combat contre Amaleq – Ex 17, 8-16 – sa nouvelle motivation missionnaire. Mais, en plus, un dernier combat l’attend, imprévu celui- la.

    Tout abîmé physiquement et handicapé qu’il est, André a cependant conservé son tempérament et il en a encore à revendre. Il aperçoit vite que ce qui manque à cette communauté c’est une âme, et le missionnaire qu’il est resté en souffre et voudrait en faire évoluer l’esprit.

    Dans cette maison Notre-Dame, se trouvent autant de laïcs – des femmes sauf deux hommes - que de prêtres. Il entre vite en conflit avec le responsable, d’extrême-droite, dit-il, pour toutes sortes de raisons. Et voici ce qui met le feu aux poudres. Dans cette maison, se trouve une chapelle semi publique et des fidèles y viennent à la Messe, surtout le dimanche et le lundi, jours où aucune Messe publique n’est célébrée dans tout Saint-Quentin. Le responsable de la maison a décidé, seul, que, par manque de prêtre volontaire, il n’y aurait plus de Messe à cette chapelle. André réagit contre le manque de concertation et adresse une lettre à l’évêque. Sachant que l’évêque devait venir, le responsable décide, toujours seul, d’afficher qu’il y aurait encore une Messe les dimanches et lundis, mais sans préciser qui la présiderait. Et André se demande si sa lettre sera remise à l’évêque. En prévision du contraire, il en a préparé une autre, identique, dans laquelle il se porte volontaire pour la célébrer.

    Après une altercation au réfectoire devant tout le monde, le responsable dit que si André voulait partir, la maison serait bien débarrassée. André répond que si c’était lui qui se démettait de ses fonctions de responsable tout irait mieux dans la maison, son mandat étant arrivé à son terme.

    Il l’accuse d’avoir fait de cette maison un pourrissoir, un mouroir, une morgue, un funérarium. D’ailleurs, dit-il, un vicaire général qui y avait pris lui aussi sa retraite n’y est resté que peu de temps déclarant qu’il ne tenait pas à pourrir là.

    Dans une ‘encyclique’ intitulée : ‘Les joyeusetés de la maison Notre-Dame’ qui rappelle ‘Les Gaîtés de l’escadron’, adressée cette fois aux autorités diocésaines et à ses confrères, il dénonce les ‘anomalies’ de la gouvernance de cette maison. C’est à lire mais, hélas, pas à publier. C’est dommage ! Car c’est un morceau choisi, aussi lyrique que tragi-comique.

    Après avoir rappelé le règlement de la maison, qui devrait normalement pré- server et intensifier son âme, il stigmatise les bizarreries des élections des délégués qui tournent toutes en eau de boudin et qu’il qualifie tantôt de pré- maturées, tantôt de fausse couche, tantôt d’I.V.G.

    Le 23 décembre 1999, le nouvel évêque, Mgr Herriot, alerté, leur annonce une visite et, sans avoir lu le règlement de la maison, leur dit qu’il n’y aura plus ni responsable, ni délégué mais un correspondant qui n’aura aucune autorité mais sera chargé de la communication avec le diocèse.

    Alors, le jour de l’élection de ce ‘correspondant’, se mettant dans la peau de l’évêque, André persifleur, s’adresse à la communauté en ces termes, imitant les travers de langage de ce dernier :

    « Voilà ! Mes chers frères aînés dans la fraternité sacerdotale, vous qui avez évangélisé notre diocèse, il ne vous reste plus qu’à ...prier. Voilà ! Du temps de mes prédécesseurs, vous aviez un supérieur, ou un directeur, ou un res- ponsable et un délégué. Quelle aberration ! Pour vous qui êtes des ‘dépen- dants’ je vais simplifier les choses. Voilà !

    Plusieurs d’entre vous m’ont écrit, mais ces lettres ne méritent aucune réponse, ni écrite, ni orale. Voilà ! Bouffez-vous entre vous. Dieu reconnaîtra les siens. Voilà ! Voilà ! Quelqu’un m’a parlé de faire élire un porte parole mais il y a encore dans ce mot un relent de délégué.

    Alors voilà ! Vous allez élire, disons un correspondant. Il me téléphonera s’il a quelque chose à me signaler et si j’ai des papiers à vous transmettre je lui enverrai. Voilà ! Voilà ! Il n’aura aucune autorité. Vous voyez comme c’est simple. Voilà !

    Ne parlons donc plus de ‘responsable’, ni de ‘délégué’. Vous n’avez aucun problème. Voilà ! Vous ne pouvez pas avoir de problème puisque vous êtes des zombies. Je ne vous demande pas votre avis c’est le mien qui compte et je le partage. Voilà! Vous n’avez qu’à manger, dormir et...vous taire. Voilà !

    Acceptez-vous que je dise à tout le diocèse que vous priez à toutes ses intentions ? Eh bien, voilà, voilà, voilà ! Et maintenant foutez-moi la paix ».

    Mgr Marcel Herriot, n’a pas très apprécié, on s’en doute. Parce qu’il n’avait pas réussi à donner à cette communauté de retraités – prêtres et laïcs – un autre esprit et un règlement auquel personne ne tenait, André prit ses distances vis-à-vis de ses confrères et décida de déserter leur table et de rejoindre celle du personnel.

    Il aurait voulu donner à cette maison un esprit missionnaire mais il s’était heurté à une incompréhension rédhibitoire. Il ne comprenait pas cette résistance : il n’y voyait plus clair, au figuré comme au propre.

    Malgré ces graves inconvénients, il refuse de rejoindre Lauris ou Monbeton car, dit-il, c’est dans ce diocèse que j’ai travaillé. Lors d’une visite que je lui fis en janvier 1998, il était dégoûté de vivre et désirait mourir, se demandant à quoi il servait. Le samedi 22 mai 1999, dans l’intimité de l’Eucharistie de 07 h 00, à la Chapelle de la rue du Bac, il célèbre ses noces d’or avec deux confrères, anciens du Viet Nam comme lui, les Pères Jean Savel et Jean Moriceau, entourés par la communauté de Paris et des prêtres étudiants vietnamiens qui donnent le ton avec, dans leur langue, et à leur intention, une hymne, pour la joie d’avoir été choisis et, à la communion, une polyphonie louant l’appel du Seigneur et la réponse de l’élu et son action de grâce. Sa santé se dégrade progressivement, régulièrement. Mai 2005 est un mauvais crû : il doit courir, beaucoup courir et souvent vite courir : d’abord, dans son appartement, aux toilettes, puis très fatigué, et donc moins vite – chez le médecin.

    Dans la nuit du lundi au mardi 18 juillet 2006, André est pris d’un malaise avec un fort mal de tête. C’est en fait une grave hémorragie cérébrale. Le matin à 09 h 15, il quitte ce monde qui passe, entouré de ses frère et sœur, sans avoir repris connaissance. Il avait fait don de son corps à la médecine, si tant est qu’elle puisse encore, le moment venu, en tirer quelque chose, disait-il en plaisantant. Cela explique que l’Eucharistie de son départ n’est célébrée que le mardi 25 juillet suivant, à l’église basilique, à Saint-Quentin, à 10h30. Elle est présidée par M. le curé de la paroisse qui est en même temps le vicaire général de ce diocèse de Sois- sons, l’abbé Michel de Hédouville, entouré d’une quinzaine de prêtres concélébrants. Le père inséra la vie sacerdotale et missionnaire d’André dans le commentaire des textes que la famille avait choisis : Is 25, 6-9 et Mt 11, 25-28. Il le connaissait, l’ayant visité régulièrement, et il dit que ce qui l’avait frappé chez lui c’était sa simplicité, la pauvreté de son style de vie et son dynamisme apostolique, bien digne d’un missionnaire. Dans son homélie d’esprit missionnaire et, s’inspirant des Monita qu’il semblait connaître, il mit en relief la méthode pastorale d’André : l’adaptation à tout un chacun tel qu’il est, avec le plus grand respect pour sa personne mais dans la Vérité. Saint Paul l’avait déjà pratiqué qui a écrit aux Corinthiens au soir de sa vie : Je me suis fait tout à tous afin d’en sauver à tout prix quelques-uns.

    Personnellement, je ne l’ai connu qu’en France et c’est aussi ce qui m’a frappé en lui et chez lui : il vivait de l’esprit de la première béatitude. Nul ne conteste son mode d’existence frugal : souvent c’était des jeunes qui venaient lui préparer ses repas ; il avait grande confiance en eux.

    Il a vécu un dénuement matériel rare - des caisses retournées lui servant de meubles – dans de pauvres presbytères de campagne, non par idéologie provocatrice, mais en acceptant simplement ce qu’on mettait à sa disposition, par esprit de pauvreté évangélique.

    Aussi bien à la Maison Notre Dame où il a vécu dix ans que dans le diocèse ou en famille, tous ceux qui l’ont approché s’accordent pour dire qu’il avait mené un genre de vie spartiate, comme le curé d’Ars, m’a même dit une de ses anciennes paroissiennes, mais que c’était un tempérament. Il lui arrivait d’être tout simplement un grossier personnage qui jurait comme un charretier, se souviennent certains. Car il avait horreur de la dissimulation, de l’hypocrisie du genre ecclésiastique lénifiant qui veut arrondir les angles sous prétexte de diplomatie ou d’une charité mal comprise. Mais il était attaché au Christ, profondément, viscéralement.

    Sa parole ne laissait personne indifférent. Il avait de l’humour, était à l’aise avec les manuels – pas les scolaires ! – et prenait ses repas avec eux au restaurant en les interpellant comme ils ont coutume de le faire entre eux. Le personnel de Notre-Dame l’aimait beaucoup, précisément pour son caractère un peu passionné, mais surtout pour sa générosité, son esprit de détachement et aussi pour son esprit d’à-propos grinçant mais perspicace, pour ses réflexions et ses remarques, parfois acerbes.

    Apôtre dynamique, simple et pauvre, il cherchait à se mettre au niveau des gens et à leur faciliter une approche en laquelle ils puissent pressentir Dieu, a écrit de lui une personne qui l’avait fréquenté dans une Association.

    Choisi, André a servi usque ad mortem, fidèlement, le Seigneur qui a respecté sa personnalité et son originalité attachantes. Il avait tout donné et même son corps duquel il s’était par avance détaché. Mais là, on le comprend!

    Délivré de ce corps de misère, il est entré désormais dans la lumière et la paix divine attendant, comme tout un chacun, la résurrection bienheureuse qui, le moment venu, lui en recréera un, tout neuf, pour l’éternité.

     

     

    • Numéro : 3874
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1949