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Jean Louis VEY (1840-1909)

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    Jean-Louis Vey naquit à Aroles (canton d’Issingeaux, Haute-Loire) le 6 janvier 1840. Il reçut de ses parents, profondément religieux, une sérieuse éducation chrétienne. Plus tard, le vénérable pasteur de la paroisse, remarquant les bonnes qualités et les aptitudes de l’enfant pour l’étude, lui enseigna les premiers éléments de la langue latine. L’élève fit de rapides progrès et son maître conseilla à M. Vey père de l’envoyer au petit séminaire de Monistrol. Au petit séminaire, il fut un élève sérieux et brillant, ont toujours affirmé ses anciens maîtres. Admis comme aspirant au Séminaire des Missions-Étrangères sur la demande du grand vicaire du diocèse, il s’y rendit en 1862. Ordonné prêtre on juin 1865, il reçut sa destination pour la mission du Siam. En passant à Lyon lors de son départ, il eut la consolation de recevoir un dernier adieu de ses vieux parents qui s’y étaient rendus pour voir encore une fois le fils qu’ils avaient si généreusement donné à Dieu.

    Le jeune missionnaire arriva au Siam au mois de septembre de la même année. Il y trouva Mgr Dupond, nouvellement sacré évêque d’Azoth, et 8 missionnaires. ll se mit de suite à l’étude de la langue siamoise qu’il ne tarda pas à connaître suffisamment pour exercer le ministère. L’évêque d’Azoth ne fut pas long à remarquer les brillantes qualités du nouvel ouvrier apostolique. M. Clémenceau qui, durant de longues années, avait dirigé le séminaire de la mission et administré les quelques familles chrétiennes qui formaient alors le poste de l’Assomption, était mort l’année précédente et n’avait été que temporairement remplacé. Mgr Dupond n’hésita pas à confier cette œuvre au zèle du nouveau missionnaire. Comme les élèves étaient peu nombreux, M. Vey profita de tout son temps libre pour développer la chrétienté naissante de l’Assomption, étudier et appro­fondir le siamois et la langue bali. Le souvenir de Mgr Pallegoix, parfait linguiste siamois, était tout vivace encore dans Bangkok. Le jeune missionnaire voulait marcher sur ses traces ; et il y réussit : après l’évêque de Mallos, de tous les Européens passés au Siam, c’est bien M. Vey, devenu plus tard l’évêque de Géraza, qui eut la plus grande connaissance de la langue siamoise.

    Sur ces entrefaites, Mgr Dupond étant parti pour le Concile du Vatican, M. Vey eut l’occasion de prendre une part plus directe aux affaires intéressant la mission. Il y révéla et déploya toutes ses qualités. Pourvu d’un jugement sûr pour apprécier les hommes et les affaires, il voyait juste, et ses arguments et ses démarches lui assuraient presque toujours le succès. Aussi quand Mgr Dupond revint de Rome, exténué par l’âge et la maladie, il trouva dans M. Vey un conseiller et un aide précieux. Mgr Dupond ne survécut pas longtemps aux fatigues du voyage en Europe et rendit sa belle âme à Dieu le 11 décembre 1872. Au mois de juillet 1875, M. Vey fut nonmmé par le Souverain Pontife évêque de Géraza et vicaire apostolique de Siarn. Le sacre eut lieu à Bangkok le 5 décembre 1875 dans l’église de Saint-François-Xavier, la plus belle et la plus vaste alors de la mission. La cérémonie fut imposante : le roi s’y était fait représenter, les membres du corps diplomatique y assistaient et les chrétiens, accourus des différents districts, attestaient, par leur pré­sence, l’estime et la vénération qu’ils avaient pour le nouveau Prélat.

    Quand Mgr Vey prit la direction de la mission, celle-ci se trouvait en pleine renaissance, grâce aux travaux et aux efforts de ses prédé­cesseurs, Mgr Pallegoix et Mgr Dupond. Plusieurs stations nouvelles avaient été créées, il fallait les développer. Faibles et peu peuplées au début, ces stations n’avaient offusqué personne ; mais, lorsque les chrétiens s’y multiplièrent, l’esprit du mal en prit ombrage et commença à les battre en brèche. Les païens manifestèrent de la haine pour ceux qui embrassaient notre sainte religion et leur créèrent toutes sortes de difficultés. Les nouveaux convertis chinois surtout furent, plus que les autres, en butte à ces attaques ; leurs voisins compatriotes voyaient, dans l’augmentation des chrétiens, une force croissante, capable d’être un jour rivale de la leur ; de là des insultes, des rixes et quelquefois des batailles qui pouvaient ruiner entièrement ces jeunes chrétientés.

    C’est dans ces conjonctures pénibles et difficiles, que l’évêque de Géraza montra qu’il était bien l’homme de la situation. De caractère ferme, il trouva le moyen de protéger et de sauvegarder toutes les stations. Par ses avis, ses instructions, il encourageait les missionnaires et leur traçait une ligne de couduite toujours conforme aux circons­tances ; puis, par ses prières, il obtenait que la victoire restât aux chrétiens. Si des procès étaient portés devant les tribunaux, par sa connaissance profonde de la langue, par ses relations fréquentes avec les personnes notables du gouvernement qui devaient porter la sen­tance finale, il réussissait à faire prévaloir le bon droit et à obtenir gain de cause pour les chrétiens attaqués.

    Quand survinrent les événements de 1893 et que, le 13 juillet, le commandant Borie, franchissant victorieusement la passe qui l’entrée du fleuve de Bangkok, jeta l’ancre devant le consulat français, la situation de la mission fut critique. Le bruit de l’invasion française s’était répandu dans l’intérieur ; la haine et le mépris pour tout ce qui était français gagnaient la population ; des menaces d’attaques contre nos chrétientés circulaient un peu partout. L’évêque de Géraza saisit de suite la gravité de la situation. Un coup de gouvernail mal donné pouvait aisément compromettre l’existence même de la mission. Mgr Vey dirigea si bien sa nacelle, qu’elle passa au travers de tous les écueils sans en toucher aucun.

    L’accord fut enfin conclu entre la France et le Siam. Comme il n’était point à l’avantage des Siamois, les esprits furent loin de se calmer. Heureusement, plusieurs arrangements conclus plus tard entre les deux puissances furent plus favorables au Siam. On pouvait donc espérer que le mouvement des conversions allait reprendre son cours. Mais vers 1900, une autre difficulté surgit : le mode d’acqui­sition de propriétés par la mission fut mis en cause et combattu : on ne tendait, ni plus ni moins, qu’à vouloir nous mettre sur le même pied que les nouvelles compagnies étrangères, sans tenir nul compte des acquisitions faites sous l’ancien régime et en conformité avec les usages du pays.

    L’idée, jetée dans le public, se répandit bien vite dans les provinces, et les missionnaires ne tardèrent pas à se voir dépouiller, l’un après l’autre. S’ils portaient plainte devant les tribunaux, la réponse était partout la même : « Les missionnaires n’ont pas le droit de posséder, ce sont des étrangers.»

    Cette querelle se présentait à l’évêque de Géraza comme plus dan­gereuse encore que toutes les précédentes, car elle menaçait non pas l’existence de quelques stations, mais bien celle de la mission tout entière.

    La discussion de nos droits fut portée en haut lieu ; des rapports furent écrits, des projets de convention se succédèrent nombreux, mais inutilement. Mgr Vey est mort sans avoir vu la victoire couronner ses longs efforts.

    Mais ces difficultés n’absorbaient pas Mgr Vey tout entier. Il s’appli­quait en même temps à créer ou à soutenir les institutions qui, tout en développant l’œuvre de l’évangélisation, devaient donner à la mission du Siam la stabilité dont elle n’avait pu jouir encore. La formation du clergé indigène lui avait été confiée à son arrivée au Siam ; il en comprenait l’importance et lui donna tous ses soins. Afin de soustraire les séminaristes aux distractions qu’offre toujours une grande ville et aux visites trop fréquentes de leurs parents, en 1872, il transporta le séminaire de Bangkok à Bangxang et le dota de fonds réguliers.

    Témoin chaque jour des aspirations du Siam à marcher dans la voie du progrès et de la civilisation moderne, Mgr Vey comprit que la mission n’aurait qu’à gagner à entrer elle-même dans cette voie. Dans ce but, il encouragea les missionnaires à créer et à multiplier les écoles dans leurs districts ; puis à Bangkok, la capitale, où un enseignement supérieur paraissait être à l’ordre du jour, il ouvrit, le 5 février 1885, le collège de l’Assomption, où des professeurs euro­péens et indigènes enseignent, outre le siamois, le français et l’anglais. Plus de 3.000 élèves déjà ont reçu leur éducation dans cet établis­semnent et beaucoup occupent dans l’administration civile des charges plus importantes.

    La population de la capitale désirait aussi la création d’un établissement pour l’éducation des jeunes filles. Mgr Vey crut opportun de céder aux instances réitérées qui lui étaient faites et fit appel au dévouement des Dames de Saint-Maur, déjà établies à Singapore. Leur établissement passa quelque temps après aux mains des Sœurs de Saint-Paul de Chartres ; et, de plus, 3 autres écoles furent ouvertes dans différents quartiers de la ville et promettent d’heureux résultats.

    Une autre œuvre devenait urgente à Bangkok et paraissait s’imposer. C’était la création d’un hôpital ; mais où trouver des ressources suffisantes ? Les événements de 1893 en fournirent le moyen. Très satisfait et très reconnaissant à la mission catholique pour les bons soins donnés alors à nos marins, le gouvernement français lui alloua un subside pour cette fondation. On se mit donc à l’œuvre , on dressa des plans, et, le 15 septembre 1897, entouré de l’élite de la population européenne, Mgr de Géraza bénit et ouvrit au public l’hôpital Saint- Louis complètement terminé.

    Nous avons jusqu’ici suivi Mgr de Géraza dans l’administration de son vicariat. Il nous reste maintenant à dire quelques mots de ses vertus.

    Il fut, par-dessus tout, un homme de foi.

    De ce grand esprit de foi qui l’animait, découlait une grande piété ; il priait, faisait prier et n’avait confiance que dans la prière. C’était là pour lui un point capital ; dans ses sermons, dans ses directions, il recommandait toujours cette union que la prière établit entre l’homme et Dieu dont il expérimentait lui-même les bienfaits.

    Ardente élait sa charité pour Dieu et pour le prochain. Nous n’avons pas oublié la réponse qu’il lit à une religieuse, lors des troubles de 1893. Sollicitée par ses amies de la ville de fermer son établissement et de gagner un port voisin comme elles, jusqu’à ce que le calme fut rétabli, elle vint consulter l’évêque : « Madame, lui répondit-il, en venant en mission, nous avons fait à Dieu le sacrifice de notre vie et, s’il nous la demande cette semaine, nons devons être prêts à la lui donner ; allez, ma fille, continuez votre travail, et quant à fuir, n’y songez plus. » Habitué lui-même à la maladie, à la fièvre contractée dès le début de son séjour au Siam, et dont il ne put jamais complètement se débarrasser, il ne pouvait voir les autres souffrir sans compatir à leurs peines et à leurs douleurs. Quand un missionnaire de l’intérieur arrivait malade à Bangkok, l’évêque n’était tranquille que lorsqu’on avait procuré au malade tout ce qui lui était nécessaire.

    Mgr Vey ne dépensait rien ou presque rien pour lui-même ; autour de lui tout indiquait la pauvreté ; il se plaisait dans ce milieu. Tout ce qui avait tant soit peu l’apparence du luxe, soit dans les meubles, soit dans les vêtements, était exclu de l’évêché,

    Une autre vertu caractéristique de l’évêque de Géraza fut son zèle pour l’amour de Dieu et le salut des âmes. Touché profondément du malheur de tant d’infidèles qui vivent et meurent dans l’erreur, il eût voulu les convertir tous. Il ne put sans doute réaliser complètement son désir ; néanmoins, sous sa longue et sage administration, l’œuvre d’évangélisation fit au Siam de réels progrès.

    Au moment de sa nomination comme vicaire apostolique, la mission possédait environ 30 églises ou chapelles, 17 missionnaires, 7 prêtres indigènes et 11.000 chrétiens ; à sa mort, elle compte 55 églises ou chapelles, 41 missionnaires, 12 prêtres indigènes et 23.000 chrétiens, sans parler du vicariat de Laos détaché de celui du Siam, et qui compte à lui seul 50 églises ou chapelles, 32 missionnaires, 4 prêtres indigènes et plus de 11.000 chrétiens.

    Dès l’année 1902, la santé de Mgr Vey commença à décliner, le temps de répit que lui laissait ordinairement la fièvre des bois dont il était atteint devenait de plus en plus court. En 1908, le mal s’accen­tua, l’estomac ne fonctionnait plus et se refusait à toute nourriture. Une grande faiblesse s’en suivit et, dès le mois de mai, le docteur de l’hôpital ne put s’empêcher de nous manifester ses craintes. On redoubla de soins, on employa tous les remèdes, tout fut inutile. Au mois de juin, les mauvais symptômes devinrent plus fréquents et le docteur nous prévint que la vie de notre évêque était en danger. Sa Grandeur fut informée de la gravité de son état, et, le 15 juin, M. Colombet, provicaire, en présence de plusieurs missionnaires et des religieuses de l’hôpital, lui administra les derniers sacrements qu’il reçut avec les sentiments d’une piété profonde, après avoir fait sa profession de foi et le sacrifice de sa vie. La visite de Notre-Seigneur, les grâces que confère le sacrement de l’Extrême-Onction, firent une vive impression sur le cœur de l’évêque, et comme le provicaire lui demandait sa bénédiction pour les présents et les absents, en nous la donnant il essaya de prononcer quelques paroles de remerciement et d’exhortation, mais les sanglots étouffèrent sa voix.

    Cependant le mal suivait son cours ; le malade avait peine à respirer, et il tomba bientôt dans une prostration complète.

    Depuis plusieurs jours, des prières ardentes montaient vers le ciel, dans toutes les chapelles et les églises du vicariat; un triduum de prières avait été ordonné et les fidèles le suivaient avec piété et empressement. Nous voulions obtenir, sinon la pleine guérison, du moins une amélioration, une prolongation de la vie de notre évêque.

    Dieu exauça nos supplications ; l’état du vénéré malade s’améliora, et, quelques jours après, Monseigneur était en pleine convalescence.

    Sa santé se maintint jusqu’en février, mais à ce moment de mau­vais symptômes commencèrent à reparaître. Dès les premiers jours de ce mois, Mgr Vey se sentit faible et dut cesser tout travail. Les petites promenades faites de temps en temps en voilure dans la soirée ne lui causaient plus aucun bien, il dut les suspendre ; son estomac refusait de nouveau toute nourriture. Dès le 15, son état était très cri­tique et, le 18, Sa Grandeur insista elle-même pour qu’on lui administrât les derniers sacrements. Elle les reçut avec ce même esprit de foi, d’humilité et de piété qui nous avait tant édifiés le 15 juin dernier. Comme le provicaire, après avoir reçu sa profession de foi, allait commencer les prières de l’Extrême-Onction, Monseigneur dit : « Avant de mourir, je vous recommande à tous de continuer à travailler de « toutes vos forces pour la plus grande gloire de Dieu, je vous bénis tous, présents et absents, « je bénis tous les bienfaiteurs de la mission, et d’une manière spéciale les grandes Œuvres de « la Propagation de la foi et de la Sainte-Enfance, l’Œuvre Apostolique, l’Œuvre de Saint-« Pierre et toutes les bonnes Œuvres qui nous ont secourus. Quant à moi, sur le point de « paraître devant le bon Dieu, je me soumets entièrement à sa sainte volonté, je demande bien « pardon pour tous les péchés que j’ai commis par faiblesse humaine, je demande pardon à « tous ceux que j’aurais pu offenser ou auquels, sans le savoir, j’aurais pu déplaire. Je « demande qu’on m’enterre comme on enterre les pauvres, et qu’on évite tout ce qui aurait les « apparences du faste et de la représentation dans mes funérailles ; placez mon corps, ajouta-t-« il, dans un coin quelconque de l’église provisoire, et vous pourrez le transporter plus tard « dans la nouvelle église, quand elle sera construite, si vous le jugez bon. » Puis, d’un signe, appelant la supérieure de l’hôpital, qui avait le soin de ses affaires personnelles, il lui demanda s’il restait quelque argent dans son portefeuille ; elle le lui présenta et y trouvant encore 40 ticaux (70 francs) : « Prenez ceci, Père Colombet, dit-il, c’est tout ce qui me reste, « c’est ma dernière offrande pour la cathédrale en construction, priez bien pour moi. » Sa Grandeur inclina la tête, joignit pieusement les mains et invita le provicaire à commencer les prières de l’Extrême-Onction.

    Les jours suivants, le malade s’affaissa de plus en plus ; comme il ne prenait aucun aliment, la vie se retirait à vue d’œil , et, le 21 février, dimanche de la Quinquagésime, à 4 heures du matin, dans un mouve­ment qu’il fit pour se redresser et faciliter la respiration, Sa Grandeur rendit le dernier soupir dans les bras de M. Ganton, de garde en ce moment, et qui eut le temps de lui donner une dernière absolution.

    Ainsi s’éteignit l’évêque de Géraza, après 43 ans d’apostolat dont 33 d’épiscopat.

    De l’hôpital, on communiqua en toute hâte la triste nouvelle à toutes les stations catholiques de Bangkok.

    Elle ne causa pas de surprise, car elle était attendue chaque jour ; mais elle fit couler bien des larmes et provoqua pour le repos de l’âme du vénéré défunt des prières longues et ferventes.

    Dans la matinée, le corps de l’évêque fut mis en bière, puis trans­porté et exposé dans le salon de l’évêché converti en chapelle ardente. Depuis ce moment jusqu’à l’heure des funérailles, des flots de fidèles se succédèrent jour et nuit à l’évêché pour rendre à la dépouille mor­telle du défunt une dernière marque de respect et de sympathie. Européens, Siamois, Annamites, Chinois vinrent tour à tour prier devant elle. Les confrères accoururent nombreux des districts et, le 23 au soir, veille des funérailles, chantèrent solennellement l’office des morts dans l’église de l’Assomption. Beaucoup de chrétiens de Bangkok et des environs y assistèrent et prièrent avec eux.

    Les obsèques eurent lieu le 24 février à 8 heures du matin. De très bonne heure, les alentours de l’église et de l’évêché furent envahis par la foule ; à 7 heures arrivèrent les envoyés du palais revêtus d’uniformes rouges. Un groupe portait un catafalque royal à tentures dorées, un autre des parasols d’honneur, les musiciens tenaient on bandoulière les antiques tambourins de parade en usage seulement pour les funé­railles des grands. Leur chef, un maître de cérémonie du palais, présenta l’escorte au provicaire au nom de Sa Majesté le roi qui dési­rait donner à l’évêque de Géraza les mêmes honneurs funèbres que ceux accordés jadis par son auguste père, le roi Phia-Chom-Klao, à l’évêque de Mallos, Mgr Pallegoix. Ce mnênme mandarin remit au provicaire, de la part de Sa Majesté, les cierges, les fleurs qu’elle a coutume d’accorder pour les funérailles des hauts mandarins et, en plus, 200 pièces d’argent. Les envoyés royaux, n’ayant pas à prendre part dans nos cérémonies, furent échelonnés comme cortège d’hon­neur le long du parcours à suivre de l’évêché à l’église. A 8 heures précises, eut lieu la levée du corps, suivie immédiatement de la sainte messe et des absoutes.

    La cérémonie, en conformité avec les instructions du prélat défunt, fut, de notre part, aussi simple que possible ; mais le public, qui ne se croyait pas atteint par les injonctions formelles du vénérable évêque, voulut, au contraire, donner à ses obsèques un caractère plus solennel. Sa Majesté le roi se fit représenter aux obsèques par un aide de camp, le général Phaya-Surasena, puis, ce jour-là même, elle fit adresser une lettre de condoléances au supérieur de la mission, par Son Altesse Royale le prince Phevavong, ministre des affaires étran­gères.

    Les personnages officiels et les notables de la capitale se firent un honneur d’assister ou de se faire représenter aux obsèques. Le corps diplomatique et consulaire représentant les grandes puissances y était au complet ; les principaux membres de la communauté euro­péenne ou asiatique s’y trouvaient aussi en grand nombre et attes­taient par leur présence l’estime et la vénération qu’ils avaient toujours eues pour le vénérable et saint prélat.

    La dépouille mortelle de l’évêque de Géraza fut déposée dans un caveau préparé à l’entrée du sanctuaire ; c’est là qu’elle attend le jour de la résurrection glorieuse.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 874
    • Pays : Thailande
    • Année : 1865