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Henri VETTER (1926-1998)

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    Henri, Fernand VETTER, fils unique de Ferdinand et de Joséphine Spitz, naquit le 29 janvier 1926, à la maternité de l'hôpital Boucicaut, 78, rue de la Convention, Paris 15ème. Ondoyé le lendemain de sa naissance, il reçut le supplément des cérémonies du baptême, le 7 mars 1926, à la paroisse Saint Martin de Palaiseau, diocèse de Versailles, alors département de la Seine & Oise, la famille demeurant au lieu dit le "Fruitier", sur le territoire de la dite paroisse, où ses parents avaient fait construire une petite maison.

     

    Alsaciens du département du Bas-Rhin, d'origine très modeste, son père était né à Beinheim/Lauterbourg, et sa mère, semi-orpheline, à St.Pierre/Barr- ils s'étaient exilés à Paris pour travailler comme "gens de maison". Ce fut là qu'ils se connurent, et s'épousèrent, le 2 mai 1924, en l'église Saint François Xavier . A Paris, le papa travaillait tantôt comme chauffeur, tantôt comme maitre d'hôtel, ou valet de chambre. La maman était femme de chambre, lingère, cuisinière. Elle possédait le diplôme de la "Bonne Cuisinière de Massy-Palaiseau de 1923".

     

    Dans un document qu'il a rédigé lui-même et intitulé "Un Malgré-Nous" et que nous allons citer longuement, M. Fernand Vetter nous raconte ce que fut sa jeunesse.

     

    "Souvent les Alsaciens – surtout les incorporés de force – sont appelés des "Malgré Nous". Dans ma vie, il y a eu souvent des évènements de Malgré-nous, malgré-moi....Arriva donc le jour où mes parents durent me "placer". C'est ainsi qu'entre 7-8 ans, à contre-coeur, je fus confié à ma grand mère maternelle et à mon parrain, grand fermier à St.Pierre (Barr). Mes camarades m'avaient vite trouvé un surnom "De Bariser" – le Paroissien de Paris. Mais bientôt, je sus balbutier le charabia alsacien et ma foi, je devins un alsacien avec ses défauts et ses qualités –malgré-moi !..

     

    J'ai appris le travail de valet de ferme bien rapidement et je le serais devenu si mes parents n'avaient pas (alors qu'ils devinaient mes complexes) décidé de me faire intégrer l'école apostolique des Missions Africaines....

     

    En septembre 1939 comme réfugié, élève à Chamalières, je fis une excellente 4ème. C'est à Chamalières que le 2 mai 1940, je fis ma profession de foi et mes parents avaient fait le voyage de Voyenne (Aisne) pour me choyer....

     

    Je dois beaucoup aux professeurs des SMA (Société des Missions Africaines). Chez eux, j'ai appris une certaine discipline, l'amour de l'Eglise, le patriotisme. Sans omettre de dire aussi la tendance d'aimer les disciplines classiques. En fait, j'ai trouvé pendant ma pré-adolescence une deuxième famille.

     

    Le grand drame fut le 10 mai 1940. Mes parents avaient accompagné leurs excellents pratrons M.& Mme Gentilliez dans leur fuite sur Argentré/Laval. C'est alors que le bon Supérieur crut que mon salut était d'aller à Argentré. Je me rappelle de ce fameux voyage, alors que je n'avais que 14 ans. Malgré-moi.

     

    Ce voyage qui devait m'amener à Laval fut interrompu à Tours. Des milliers de personnes encombraient les garez SNCF et routières. Plus de train, plus de bus. Je quitte donc à pied la Ville et je marche...Je marche.. Inutile de penser au stop. Toutes les voitures se dirigeant vers le Sud, j'étais bien le seul piéton à aller vers le Nord. Comme un voleur, je me faufilais dans des granges abandonnées pour y dormir et grapiller de quoi manger. Arrivé à Argentré, le métayer du château Grenusse (ort.douteuse !) M. Rangalu me dit : "Les Gentilliez, les Vetter mais ils sont partis en Véndée et ils vont partir pour Chamalières."

     

    Me voilà donc, malgré-moi, dans la Mayenne. Je l'ai su plus tard : mes parents ont été retenus par les Allemands à Chateaubriant pendant des semaines le long de la nouvelle ligne de démarcation. M. Rangalu m'engagea pour les foins, car, pratiquement, il n'y avait plus d'hommes à Argentré, pendant cette bourrasque de Mai 40. J'ai passé de très belles journées grâce au travail, grâce à l'hospitalité de ce métayer. J'avais droit à la plus belle chambre de la ferme. Je ne voulais quand même pas loger au château, comme on me l'avait proposé.

     

    J'ai, à la sortie de l'église d'Argentré, servi d'interprète, lors d'une dispute qui allait dégénérer en pugilat, et ainsi j'étais découvert comme alsacien par l'Orstkammandatur. Le Kommandant me fit arrêter et expulser. Mais cela n'était pas brutal, car on m'a muni d'une bicyclette (volée certainement) de "Ausweis" spécial pour rejoindre un train spécial à Chateaudun. Eh bien! Je savais pédaler à 14 ans.

     

    À Chateaudun, arrêté bien moins doucement, on m'a pris mon vélo (vélo revolé), et jeté dans un wagon à bestiaux qui devait me mener au "Sammellager" des soi-disant Volksdeutschen de la caserne Mortier (Métro: Porte des Lilas). Huit jours sur la paille, dans une promiscuité repoussante.

     

    Un beau matin, embarquement à la gare de l'Est, et je pensai qu'au bout de quelques heures, je serai à Strasbourg. Mais non !.Le conducteur du train ne savait pas l'itinéraire à l'avance – presque tous les ponts avaient été minés ! Voici donc le périple aujourd'hui encore incompréhensible pour moi ; Gare de l'Est – Troyes – Châlons s/Marne – Reims – Charleroi – Eindhoven – Cologne – Karlsruhe – Kehl – traversée du Rhin à pied sur des passerelles en bois. Voilà du tourisme à bon compte, prélude de tant d'autres pérégrinations dans ma vie. J'ai marché de Strasbourg à St.Pierre (Barr). Il était urgent que j'arrive. Mes souliers ressemblaient à des mâchoires de crocodile.

     

    Plus je m'approchai de la maison de Grand-Mère, plus mon coeur battait la chamade. L'accueil était agréable. Il faut dire qu'alors le service social allemand marchait fort bien et mes bons samaritains étaient bien rétribués.

     

    Mes parents revinrent de l'Aisne, en octobre 40. J'aurais aimé continuer immédiatement mes études. Pour le moment, il fallait vivre. L'Ingénieur des Ponts-et Chaussées de l'époque était devenu un grand ami de mon parrain (grâce au marché noir.). Il me donna un travail d'ouvrier auxiliaire (Laufbursche) et aide au bureau. Je cherchai le courrier, je me rendai sur les chantiers et distribuai les salaires (contre reçu évidemment). Les randonnées étaient parfois fort longues ; c'était l'époque où l' on construisait la nouvelle route du Rothbach-Champ du Feu. Comme l'ingénieur était aussi le commissaire politique-adjoint de Barr, je devais en son nom visiter les familles de son territoire, les recenser, faire un travail de détective pour ne pas dire de mouchard. Mon papa qui prenait tous les soirs le gros risque d'écouter Radio-Londres n'a pas du tout aimé le travail de son fils. Je me souviens de soirées très orageuses. Mes parents commençaient à me soupçonner de "nazisme".

     

    À Barr, un jour, je tombe nez-à-nez sur trois pilotes américains cachés dans un grenier. Je déserte mon travail et j''avertis mes parents. Le soir venu, on cherche trois vélos et nous voilà à la recherche des trois américains, qui, apeurés le matin, se cachaient dans les vignes du Bühl. Je n'ai jamais pu donner une explication de mon absence à l'ingénieur des P &.C. Mécontent, il me conseilla de retourner au Collège. C'est ainsi que je devins élève du Lycée de Barr. Dire que ce fut facile serait un mensonge : nul en maths, en sciences, bon en latin, en allemand, je serais un cancre si, plus tard, je ne serais pas devenu un peu auto-didacte.

     

    À 17 ans, les jeunes alsaciens passaient déjà au conseil de révision    -on cherchait des volontaires Waffen SS. Je me rappelle comment lors de la visite médicale à Sélestat (un local face à l'église St. Georges), je sautais hors d'une fenêtre, sans autre bobo que la peur d'être éventuellement poursuivi. Je fus convoqué une deuxième fois et proclamé bon pour le service du Führer.

     

    Je pris une décision hasardeuse : avec deux autres copains nous prenons contact avec des travailleurs français libres, qui, moyennant un petit dédommagement, organisaient le passage, le long du lac de Constance, d'alsaciens fuyant l'incorporation de force. La Gestapo eut vent de ce petit trafic. Je dormais et exactement à la station bien nommée pour moi "Sitzenhausen", on me réveille : "Ausweis bitte". J'avais bien ma carte d'identité, mais rien n'expliquait ma présence près de cette frontière. Je fus donc condamné à trois mois de prison. Ces trois mois, je les subis assez placidement "au frais" à Stockhach. Libéré, renvoyé à mes parents, j'ai rendu service à la ferme de mon parrain ou de la mission à St.Pierre, jusqu'à mon appel sous les drapeaux comme malgré-nous..."

     

    Et voici quel fut le parcours militaire de M. Henri Vetter dans l'armée allemande, pendant la seconde guerre mondiale. Incorporé de force dans le Service du Travail Obligatoire allemand, le 23 novembre 1943, il fut envoyé au camp de travail à Alzey en Hesse-Rhénanie. A partir du 15 avril 1944, il fut dirigé vers un camp de formation de la Marine de guerre allemande (Kriegsmarine) à Deutsch-Krone en Poméranie (territoire aujourd'hui annexé à la Pologne). A partir de Juillet 1944, il effectua un stage sur le garde-côte "Nordland", un bâtiment de la marine de guerre allemande, basé à Kiel, sur la mer Baltique.

     

    En août 1944, versé dans l'Infanterie de Marine, il fut envoyé, en septembre 1944, au front russe nord, dans le secteur de Léningrad, puis en Lettonie, province de Courlande. Blessé à Rimini/Liebau, le 23 décembre 1944, hospitalisé à Magdebourg sur l'Elbe, il passa sa convalescence, du 20 janvier 1945 à mars 1945, à Burg/ Magdebourg, au Couvent des Adventistes transformé en Lazarett. D'avril à mai 1945, le voilà versé dans un "sammelkompanie d'Artillerie où il était "Geschützfürher" à Cuxhaven ; fait prisonnier par les Anglais, à Osnabrück, le 5 mai 1945 , il fut emmené en captivité à Brême, et enfin libéré le 13 août 1945 par les Français.

     

    Après une telle odyssée, marquée par beaucoup de souffrances, M. Henri Vetter retrouva les siens. ..."Me voilà chez moi, écrit-il, -un peu dégoûté de la vie de collégien- je préférai donc préparer mes "bachots" à titre privé – abonné aux cours de l'Ecole Universelle, je me présente à la session d'octobre 45 –échec à l'oral- réussite à l'oral de la session spéciale de février 46 – échec à l'écrit (2ème partie) en juin 46 – Je me présente pour la session d'octobre quand on m'accorde le "Reifevermerk".. C'était l'équivalent de la 2ème partie du baccalauréat pour les incorporés de force, diplôme reconnu le 1er octobre 1950.

     

    M. Henri Vetter repartit alors aux Missions Africaines. .."..En octobre 1946, relate-t-il, j'ai été admis au noviciat-séminaire de Philosophie de Chanly (Belgique) . J'ai dû arrêter les études en octobre 47, après un ennui cardiaque. J'ai pû récupérer pendant une année de probation au Collège Urbain IV de Troyes, chez les Oblats de Saint François de Sales. Pendant l'année scolaire 48/49 j'y ai enseigné le latin et l'allemand en 5ème et 4ème, fait quelques surveillances d'études. Année sans problème de sorte qu'en septembre 1949, je pus être accepté comme étudiant en théologie aux Missions Etrangères de Paris..."

     

    Le 19 septembre 1949, M. Henri Vetter entra laïque, au séminaire des Missions Etrangères. Tonsuré le 28 mai 1950, lecteur le 24 septembre 1950, acolyte le 23 décembre 1950, agrégé à la Société des Missions Etrangères, le 1er juin 1951, sous-diacre le 3 juin 1951, il reçut le diaconat le 22 décembre 1951. ..

     

    ".. Ma maman, écrit il, souffrait depuis plusieurs années de TB et portait un pneumo-thorax. Elle n'aurait certainement pas pu faire le voyage à Paris, pour mon ordination sacerdotale. Ainsi, j'ai obtenu la faveur de me faire ordonner prêtre à Strasbourg..."    Le Samedi des Quatre Temps de la Pentecôte, 7 juin 1952, Mgr. Jean Julien Weber lui imposait les mains. Le 6 juillet 1952, M. Henri Vetter célébra sa première messe solennelle à St.Pierre (Barr). En ce jour de fête, la prédication fut assurée par M François Haller "Fanfan", des Missions Etrangères, d'origine alsacienne et grand ami de la famille.

     

    Le 15 juin 1952, M. Henri Vetter reçut sa destination pour le service du diocèse de Bangalore.  Mais, nous dit il, :..."En principe, j'aurais du partir pour Bangalore, en Inde. L'obtention d'un visa étant problématique, le Supérieur Général me fit faire des études à l'Institut Britannique de Paris en vue de l'obtention du Senior Cambridge for Oversea students. Je fis aussi un stage d'aide-soignant, suivis quelques cours en dilettante à l'Institut des Langues Orientales.

     

    Ouf ! Ma nouvelle destination fut la Malaisie. Je m'embarquais sur le "Félix Roussel", à Marseille,le 19 novembre 1953. Arrivée à Singapore, le 9 décembre 1953...."

     

    Pour qu'il s'initie à la langue et au travail missionnaire auprès des communautés tamoules, Mgr. Michel Olçomendy envoya le nouveau missionnaire à Kuala Lumpur auprès du P. Dominique Vendargon chez qui il arriva le 23 décembre 1953. Ce dernier sera nommé premier évêque de Kuala–Lumpur, le 25 février 1955, mais il était alors curé de la paroisse tamoule St.Antoine. .."Nommé comme prêtre étudiant de tamil à Saint Antoine Kuala-Lumpur, raconte –t-il, je pus chanter les messes de minuit et du jour, en latin svp ! Je ne sais pas si le latin était propice à l'inculturation, mais à l'époque, c'était très pratique. Les prêtres connaissant les langues confessaient ou allaient dans les outstations, l'étudiant célébrait en latin, le catéchiste faisait les lectures, d'ailleurs, une heure avant la messe, les paroissiens étaient là pour une leçon de catéchisme communautaire..."

     

    "Prêtre étudiant", et vicaire, il fit de rapides progrès en anglais; par son travail et, pendant deux ans avec l'aide d'un professeur, il parvint à maitriser le tamil, même si, écrit il :..."Je ne sais pas ce que valait mon tamil, mais, alsacien, je devais avoir un drôle d'accent même en tamil.."   En fait, il s'exprimait bien dans les deux langues. Puis énumérant rapidement les lieux où s'exerça son apostolat, et donnant des dates approximatives : ." Voici, dit il, les postes occupés par moi en Malaisie : Kuala-Lumpur  déc 53 – Avril 55 ; Ipoh avril 55-fév.56 ; Sungei-Patani, quelques semaines ; Taiping fev.56- 25 août 1966..."

     

    Après un passage de quelques mois à Bagan-Serai, Ipoh, puis à nouveau, à St Antoine, M. Henri Vetter fut nommé vicaire du P. Norris à Sungei-Patani, dans le diocèse de Penang, au nouvel an de 1957. Là il ne manqua pas de travail. En effet, quelques 3.600 chrétiens indiens vivaient dispersés dans tous les coins de l'état de Kedah. En plus de l'église paroissiale, bénie en novembre 1956, on n'y comptait pas moins de 16 chapelles installées au hasard des villages et plantations de caoutchouc.

     

    En mai 1957, M. Henri Vetter arriva à Taiping, dans le Perak central, comme vicaire à l'église St. Louis des Indiens. Il travailla d'abord avec M. Arsène Rigottier, curé de cette paroisse. Celui-ci était un ancien missionnaire de Salem, en Inde, qui pendant plus de quinze ans, avait travaillé dans le monde indien; venu en Malaisie,il s'était mis au service de ces communautés. Puis, au départ de M.Rigottier, M.Henri Vetter fit équipe avec M. Pierre Gauthier nommé curé à Taiping. Pendant le congé en France de ce dernier, il eût la responsabilité de la paroisse, et reçut comme vicaire M. Catel qui venait de terminer ses études de langue.

     

    En 1963, à son retour de congé, M.Pierre Gauthier revint à Taiping ; aidé par M. Henri Vetter, il reprit sa charge de curé à Saint Louis des Indiens. Cette paroisse trés étendue comptait alors près de 5.000 catholiques, avec un orphelinat de 76 enfants et une école paroissiale de 750 élèves. Un nouveau presbytère venait d'être bâti, et 6 nouvelles salles de classes étaient en construction. Les divers mouvements d'Action Catholique d'adultes et d'enfants y étaient florissants, ainsi qu' un catéchuménat pour les Indiens.

     

    À Taiping, M. Henri Vetter se trouva heureux. Travailleur, homme au contact facile, de belle prestance, avec une barbe abondante, parlant bien anglais et tamoul, les paroissiens appréciaient son zèle, même si quelques uns pouvaient être surpris, parfois, par ses sautes d'humeur. Il résume lui même ce que fut son travail :

    .." Mes attributions étaient très variées : étudiant en langues, vicaire, curé, aumônier militaire, administrateur avec le P. Gauthier ou Rigottier de l'orphelinat, pastorale des chrétiens dans les plantations de caoutchouc, aumônier de la Guilde des Infirmières, etc..." Aujourd'hui encore à Taiping, des paroissiens parlent avec reconnaissance de son ministère parmi eux.

     

    M.Henri Vetter était un "Malgré-nous". .." Dans ma vie, a-t-il écrit, il y a eu souvent des évènements de malgré-nous, malgré-moi.."  Ayant combattu sur le front russe, il refusait de "se laisser marcher sur les pieds". Au dire de ses confrères, il racontait volontiers sa confrontation avec la supérieure du couvent des Dames de Saint Maur, à l'autorité inconstestée.

     

    Selon la coutume, les prêtres de la ville de Kuala-Lumpur prenaient leur tour pour assurer la Messe du matin, à Bukit-Nanas, -la "colline des ananas", où se trouvaient l'école et le couvent des soeurs – à laquelle assistaient une quarantaine de religieuses, et une centaine d'orphelines et de pensionnaires.

     

    Le P. Vetter s'y rendait à pied ; un matin de pluie, il arrive en retard. Mère Pauline va à la sacristie, et sans un mot, du doigt, lui montre la pendule. Il comprend si bien ce que cela veut dire qu'il déclare à la soeur qui prépare les ornements : "Dites à votre supérieure que la prochaine fois qu'elle se conduit de cette manière, je ne célèbrerai pas la Messe". La soeur, évidemment n'en souffle pas un mot – qui oserait ?

     

    Quelques semaines plus tard, avec les pluies de mousson, notre Henri est de nouveau en retard de quelques minutes. Le scénario se reproduit, et fidèle à sa parole, alors qu'il enfilait déjà l'aube, il repose le tout et rentre à Saint Antoine...

     

    Coup de téléphone de l'archevêché depuis Singapour, paroles apaisantes du curé...mais il reste inflexible : "Que Mère Pauline vienne me faire des excuses. Je ne me suis pas battu en Russie pour rien ." La supérieure, femme intelligente et de caractère sut apprécier un homme de caractère et vint au presbytère faire la paix. Le jeune vicaire resta toujours fier de cette victoire et toujours dévoué aux Dames de Saint-Maur.

     

    Après un congé en France du 2 juin 1961 au 20 juin 1962, il passa un mois à Hongkong, en 1965. Mais, en 1966, nous dit il : .."J'ai du quitter ma mission pour m'occuper de mon père malade, amputé. Ma mère étant morte le 13.03.58, il était seul. La piété filiale primait même si cela a été très douloureux pour moi, car je n'ai pu m'adapter complètement au ministère en Europe..."

     

    Rentré en France, il se mit à la disposition du diocèse de Strasbourg. Dans une lettre datée du 5 mars 1967, il faisait savoir au P. Cussac : ..."On vient de me proposer une petite paroisse Kirrwiller (B.R.) dans un canton particulièrement protestant. Je serai aussi aumônier auxiliaire du Lycée de Bouxwiller. J'ai bien sûr accepté...."

     

    En 1971, il manifesta le désir de repartir en Malaisie; il en fit part à ses supérieurs. Mais la situation en ce pays où l'église locale désirait prendre de plus en plus des responsabilités, et surtout la difficulté à obtenir un visa d'entrée ne le lui permirent pas. Il se résigna donc à rester en France. Ayant obtenu son incardination au diocèse de Strasbourg, le 22 octobre 1970, il reçut alors le titre de curé de Kirrwiller et, il s'y trouvait encore, en juin 1973 ; par la suite, successivement, il fut chargé des paroisses de Gries et Kurtzenhouze où le 6 juillet 1975, il organisa une kermesse, de celle d'Eschwiller où il travaillait dans la période 1978 - 1984, puis de celle de Val de Villé.

     

    À la fin de 1987, fatigué, il prit sa "retraite concordataire" et alla se reposer à Montbeton. En octobre 1988, il accepta le poste d'aumônier de l'hôpital Léon Bérard à Hyères, dans le diocèse de Toulon. Au début de 1990, il se retira à Lauris, puis il rentra au sanatorium St. Raphaël, à Montbeton, en 1995. C'est là qu'il décéda le 24 août 1998.

     

     

     

    • Numéro : 3958
    • Pays : Inde Malaise
    • Année : 1953