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René VERNOIS (1902-1977)

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    Enfance et jeunesse

     

    René VERNOIS naquit à Asnières le 28 novembre 1902. Après ses études à Asnières, il entra au petit séminaire de Paris à Conflans à l’âge de 16 ans, pour y terminer sans doute ses études secondaires. Ses études terminées, il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères. Il y pensait depuis longtemps. Dans sa demande d’admission il écrit 1ui-même : « A mon entrée en 1918 au petit séminaire de Paris, j’étais déjà épris du désir de me consacrer un jour à l’apostolat lointain ». Le supérieur de Conflans donna de bonnes notes. Il écrivait notamment : « René Vernois est animé d’une piété sérieuse ; son intelligence est de bonne moyenne ; son application au travail a toujours été satisfaisante ; le caractère paraît bien équilibré ; la santé est bonne. Il semble pouvoir être admis en toute confiance au Séminaire des Missions Etrangères ». De fait René Vernois fut admis le 12 juillet 1922.

     

     

    Aux Missions Etrangères

     

    C’est le 11 septembre 1922 qu’il arriva à Bièvres pour y commencer ses études ecclésiastiques. Selon la coutume d’alors, il passa trois ans au séminaire de Bièvres, fit son service militaire et vint ensuite achever ses études au séminaire de la rue du Bac. Ordonné prêtre le 22 septembre 1928, il reçut quelques semaines plus tard sa destination pour la mission de Moukden en Mandchourie, une des provinces du nord-est de la Chine, aux confins de la Mongolie, de la Sibérie et de la Corée.

     

     

    En Mission en Mandchourie

     

    Avec quelques autres compagnons, jeunes missionnaires comme lui, il s’embarque pour rejoindre sa mission. Arrivé à pied d’œuvre, il doit se mettre tout de suite à l’étude du chinois à Moukden même et ses premiers essais en cette langue ardue à apprendre et qu’il parlera bien se feront à la cathédrale où il a été nommé vicaire. Puis de 1933 à 1935, il sera professeur au petit séminaire de la mission. A cette époque fut fondé un grand séminaire régional pour grouper tous les séminaristes des diverses missions de Mandchourie. Il fut érigé à Kirin et confié aux Missions Etrangères. Le Père Vernois y fut envoyé comme professeur, charge qu’il assuma pendant deux ans. En 1937, il fut placé à la tête du vaste district de SI-AN, au nord-est de Moukden, en direction de la frontière coréenne : région au climat rude et où, pendant i’hiver qui commence en octobre, le thermomètre descend parfois à 30 et même 40 degrés au-dessous de zéro.

     

    Peu communicatif, plutôt silencieux, le P. Vernois cache sous ces apparences un cœur  toujours prêt à se dévouer aux autres. Aussi va-t-il se trouver facilement à l’aise au milieu des nouveaux chrétiens qui composent une bonne partie de son troupeau, se faisant des amis solides, même parmi les non-chrétiens, se dépensant pour tous, rendant de multiples services surtout à cette époque où la Mandchourie, devenue l’Empire du Mandchoukuo sous la tutelle japonaise, subissait de fréquentes tracasseries tant bureaucratiques que policières de la part des occupants.

     

    Il aimait le chant et possédait une belle voix claire et juste et il fallait l’entendre nous régaler avec des airs du célèbre opéra de Gounod « Faust ». Aussi va-t-il donner tous ses soins à ‘la récitation rythmée des prières à l’église, et il y réussira à merveille, ayant bien saisi le rythme et la mélodie propres à la langue chinoise. Il se montrait également très exigeant pour tout ce qui concernait les célébrations liturgiques.

     

     

    Formose et Malaisie

     

    En 1946, après 17 ans de séjour ininterrompu, le P. Vernois prit en France un congé assez long car sa santé s’était altérée. Mais pendant ce congé la situation en Chine s’était sérieusement détériorée. Une partie tout au moins de la Mandchourie était aux mains des communistes de Mao-tse Tong. Arrivé à Shanghai en janvier 1949, le P; Vernois ne pourra aller plus loin. Il va alors se joindre au P. Boschet qui conduit un petit groupe de séminaristes qui ont pu s’échapper à temps de Moukden. Voyant que la situation risque aussi de devenir dangereuse à Shanghai, étant donné l’avance des troupes communistes, le P. Boschet décide de gagner Formose avec ses élèves. Le P. Vernois, constatant qu’il n’y a plus pour lui d’espoir de pouvoir rentrer en Mandchourie, accompagne le P. Boschet et les séminaristes.  Arrivés à Formose, ils peuvent s’installer tant bien que mal et les cours reprennent. Le P. Vernois redevient professeur pendant environ un an. En mars 1950, il conduira au séminaire de Penang les aînés de ces séminaristes de Moukden qui ont fini leurs études et sont ainsi prêts à entrer au grand séminaire. Une fois les séminaristes entrés au grand séminaire de Penang, la mission du P. Vernois est terminée. Il va cependant rester en Malaisie pendant une dizaine d’années, comme aumônier à N.D. du Mont-Carmel à Cameron Highland d’abord, puis chez les Frères à Seramban.

     

     

    Apostolat en France

     

    En 1959, il prend un congé en France, ou plus exactement il rentre en France. Après un temps de repos, il est nommé vicaire dans une paroisse près de Paris à Bondy. Il y restera jusqu’en 1965. C’est alors qu’il se crut appelé à la vie contemplative.... Il fit un essai à la Trappe de Bellefontaine en Maine-et-Loire du mois de novembre 1965 au mois d’avril 1966. Ce laps de temps écoulé, les supérieurs responsable de la Trappe lui conseillèrent vivement de ne pas continuer. Son intention était certainement louable, mais il n’était pas fait pour la vie cloîtrée.... Le P. Vernois quitta la Trappe et revint à Paris. C’est à cette époque que l’on demanda un aumônier pour l’Hôpital-Hospice de Honfleur. Le P. Vernois accepta ce poste qu’il prit en charge le 17 mai 1966. Il y alla pour un « essai » de quelques mois. En fait il se trouva très bien dans cette ambiance et son ministère fut très apprécié par les religieuses, les malades et les vieillards. Depuis le début de 1977, les religieuses ont laissé la direction de l’établissement à du personnel civil. L’atmosphère de la maison a beaucoup changé. Cependant le P. Vernois est resté jusqu’à sa mort survenue vraisemblablement dans la soirée du 13 juillet. Ce mercredi 13 juillet, il avait célébré la messe dans l’après-midi pour les personnes âgées et avait pris son repas du soir comme d’habitude. Dans l’après-midi du 16 juillet, une employée de l’hôpital, inquiète de ne pas voir le Père Vernois depuis quelques jours, demanda l’ouverture de son appartement. Le Père Vernois était étendu sur son lit.... Sans témoin, il est rentré à la Maison du Père, seul et silencieux dans le calme de la nuit.

     

    Ses obsèques eurent lieu à Honfleur le 19 juillet. Le P. Chagny, un ancien de Moukden, fit une touchante homélie, résumant la vie du Père Vernois et faisant ressortir les caractéristiques de sa vie sacerdotale, spécialement pendant son séjour à Honfleur, au service des religieuses, des malades et des personnes âgées.

     

    Deux religieuses ont bien voulu donner leur témoignage sur le Père Vernois pendant son temps de ministère à Honfleur. Ces confidences nous permettent de dépasser les apparences et de mieux connaître la qualité de vie du Père. En voici de larges extraits: « C’est le 17 mai 1966 que le cher Père Vernois fut reçu comme un don du ciel par notre petite communauté franciscaine qui comptait alors 15 religieuses ; nous l’attendions, ce don, car nous étions sans prêtre depuis plusieurs mois.

     

    « Dès le premier jour, il se mit entièrement à notre service. Cependant, dans sa pensée, les premiers mois n’étaient qu’un essai. Cet essai fut concluant. Aussi fûmes-nous toutes rassurées et dans la joie quand il nous apprit qu’il restait parmi nous. Depuis ce jour, c’est dans la plus étroite collaboration que nous avons travaillé et cheminé ensemble. Les portes de la communauté lui étaient ouvertes afin de lui faire partager notre vie de famille, dimanches et fêtes et chaque fois que se présentait une occasion de réjouissance. Il montrait d’ailleurs beaucoup de discrétion, de tact et de délicatesse à notre égard. C’est ainsi qu’une veille de Noël nous fûmes surprises de découvrir un magnifique poste de télévision : c’était le Noë1 du Père ! Un véritable climat d’amitié respectueuse s’était établi entre lui et nous.

     

    « Ce que le Père Vernois était pour nous, il l’était aussi pour les vieillards et les malades auxquels il donnait le meilleur de lui-même. Les plus déshérités avaient sa préférence ; il savait partager leurs peines et leurs joies et trouver les occasions et les moyens d’améliorer leur vie ou de leur faire plaisir. C’est ainsi qu’il procura un fauteuil roulant à un handi­capé pour lui faciliter ses déplacements. Que de fois il prenait des personnes âgées dans sa voiture pour une promenade à Lisieux, à Caen, au Bec-Hellouin ou ailleurs. « Il faut les sortir, disait-il qu’ils ne soient pas toujours entre leurs quatre murs ». Si une personne désirait voir un malade de sa famille à l’hôpital et ne pouvait se déplacer, il allait volontiers la chercher et la reconduisait chez elle, une fois la visite terminée. « Ma voiture n’est pas à moi, disait-il, elle est faite pour rendre service ». Il se mettait de même bien volontiers à la disposition des Sœurs pour les conduire à la communauté à Deauville ou pour quelques promenades de détente et d’agrément. — Il se mêlait bien volontiers aux fêtes organisées pour les vieillards et ne manquait jamais d’apporter quelques gâteries pour augmenter la joie.

     

    Le Père Vernois était un homme de prière : le matin, il était le premier à la chapelle ; il partageait l’office divin avec nous et cette présence du prêtre donnait à notre prière quelque chose d’indéfinissable !

     

    Il célébrait la messe avec beaucoup de dignité et apportait son concours aux religieuses pour la préparation des cérémonies et des chants. La semaine sainte était particulièrement soignée et nous aimions entendre le Père chanter l’Exultet de sa voix juste et sonore. Nous aimions aussi son assiduité au confessionnal où il se trouvait fidèlement à la disposition de tous ceux et celles qui désiraient recevoir le sacrement de purification.

     

    Il apportait non moins de soin à la célébration du sacrement des malades qu’il tenait à proposer et à donner quand les malades avaient encore toute leur connaissance.

     

    Il aurait voulu rénover la chapelle, changer la disposition de l’autel et le placer face au peuple. Mais comme elle était « classée » il ne put jamais faire aboutir ses demandes ; ce -fut pour lui une cause de déceptions renouvelées et de souffrances morales vivement ressenties ».

     

    Et voici la fin de ce témoignage : Mon Père, pour tout ce que vous nous avez donné, apporté, vos Sœurs vous disent respectueusement et affectueusement « Merci ! ». En cette vie, elles vous aimaient ; au-delà de la mort, elles vous aiment encore davantage.

     

    « Pour vous l’heure de la solitude et du silence est terminée et vous êtes entré dans le royaume de paix et de bonheur promis à ceux qui, à l’image du Christ ont ouvert leurs bras, aux limites de l’effort, pour étreindre le monde dans son indulgence infinie ».

     

    Aux yeux de certains, le P. Vernois restait énigmatique. On le considérait volontiers comme un anxieux et un instable. Ce n’est pas tout à fait inexact si l’on considère son curriculum vitae. Il semble le reconnaître lui-même dans une lettre adressée le 1er mars 1975 au Père chargé des confrères de la « diaspora ». « Je tiens ici depuis bientôt 9 ans. Je puis vous assurer que c’est un exploit que j’ai réussi grâce à la divine Providence ». Le témoignage des religieuses rapporté ci-dessus nous prouve que l’ambiance humaine fait beaucoup pour que quelqu’un puisse se sentir à l’aise et mettre en œuvre toutes les richesses de sa personne. Ce que le P. Vernois n’avait peut-être pas trouvé ailleurs, il le trouva à Honfleur pour son épanouissement, ce qui lui permit un ministère fructueux qu’il acheva dans le silence de la nuit pour rejoindre le Dieu de toute lumière.

     

     

    • Numéro : 3375
    • Pays : Chine
    • Année : 1929