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Gabriel VERNIER (1923-1989)

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    Gabriel Vernier naquit le 21 octobre 1923 à Pont-de-Roide (Doubs) dans le diocèse de Besançon. Son père, Paul Vernier, comptable dans une usine Peugeot, et sa mère née Cécile Cuenin, étaient d’excellents chrétiens qui élevèrent quatre enfants : Joseph, Gabriel, Geneviève et Jean-Marie, dont deux, Joseph et Gabriel, devaient être ordonnés prêtres. Après des études primaires faites au bourg natal, Gabriel entra au petit séminaire de Maiche en 1936 et il y resta jusqu’en 1942. Il alla ensuite au séminaire de philosophie de Faverney.

     

    La fin de ses études philosophiques coïncidèrent avec le débarque­ment allié en Normandie, suivi de la libération du pays. Depuis longtemps Gabriel pensait aux missions, et il avait obtenu des autorités diocésaines l’autorisation d’entrer aux Missions Étrangères. Le 10 août 1944, il écrivit une lettre demandant au Supérieur général de l’accepter comme aspirant missionnaire. Le malheur des temps voulut que cette lettre n’arrivât à Paris que le 7 octobre suivant, et les directeurs devaient demander des renseignements avant de répondre. De son côté, ne recevant aucune réponse du séminaire de la rue du Bac, Gabriel s’était engagé dans l’année pour la durée de la guerre, le 21 octobre 1944, le jour même de ses vingt et un ans. Il fut affecté à la Compagnie des transmissions de la 9e Division d’infanterie Coloniale, et fit ainsi la campagne d’Alsace et celle d’Allemagne. Le 1er novembre 1945 il s’embarquait à Marseille pour la campagne d’Indochine. Il arriva à Saïgon le 27 novembre et vécut trois mois en Cochinchine. Le 9 mars 1946, il débarqua à Haïphong et arriva le 1er avril à Hanoï. Il rentra en France le 6 août et, démobilisé, il put enfin rejoindre le séminaire de la rue du Bac le 10 octobre suivant.

     

    Ordonné prêtre le 28 mai 1950, il reçut le lendemain sa destination pour la mission de Bangkok (Thaïlande). La cérémonie du départ eut lieu à Paris le 11 octobre et le 14, Gabriel Vernier s’embarquait pour la deuxième fois à Marseille, mais cette fois-ci en qualité de missionnaire se rendant à Bangkok. Il devait faire le voyage en compagnie d’un autre « jeune » destiné à la même mission, Louis Léon.

     

    Émigrer en Thaïlande en 1950, c’était aller dans un pays ruiné par la guerre qui s’était terminée quatre ans auparavant, et où les ruines accumulées par les bombardements venaient juste d’être effacées. C’était aussi aller dans un pays de grande instabilité politique : un coup d’État venait d’avoir lieu, et un autre se préparait qui éclatera quelques mois plus tard. C’était également entrer dans un pays où ni la présence des missionnaires, ni la présence des Français n’étaient désirées ; elles n’étaient que « tolérées » par la population, malgré tout ce que les accords internationaux pouvaient prétendre. La dernière persécution sanglante, accompagnée d’expulsions de missionnaires et d’incendies d’églises, ne datait que de dix ans, et le P. Nicolas venait d’être agressé et dépouillé de tout. Quant au vicariat apostolique de Bangkok, il couvrait 278.000 km2, soit la moitié de la superficie du pays, habités par une population estimée à dix millions. (De nos jours, 1990, dans la seule ville de Bangkok vivent dix millions de personnes.) Dans ce vicariat apostolique se trouvaient trente mille catholiques, et un clergé comprenant 25 missionnaires des Missions Étrangères, 7 Salésiens de Don Bosco, 2 Rédemptoristes et 35 prêtres thaïlandais du clergé séculier. Il y avait également des Frères de Saint-Gabriel (27 dont 3 Thaïlandais), des Sœurs de Saint-Paul de Chartres (74 dont 29 Thaïlandaises), des religieuses Ursulines (24 dont 2 Thaïlandaises), des Carmélites (26 dont 9 Thaïlandaises), des religieuses de Marie Auxiliatrice (3 dont 1 Thaïlandaise), et des Amantes de la Croix (175, toutes Thaïlandaises). Partir pour cette mission représentait un sacrifice, car en comparaison des missions de Chine et du Vietnam, la mission de Bangkok avait mauvaise réputation en raison du petit nombre des conversions.

     

    Gabriel Vernier et Louis Léon allèrent étudier la langue siamoise au petit séminaire de Sriracha, avec comme professeur le supérieur, le P. On qui devait bientôt devenir évêque et vicaire apostolique de Thare. Ils rejoignirent là trois autres jeunes missionnaires de la mission de Thare qui avaient déjà commencé leurs études de siamois. Après un an d’étude de langue, M. Vernier fut nommé vicaire de M. Verdière dans le poste de Muang Phan, dans le nord du pays. Pour y aller en partant de Bangkok, il fallait passer une nuit dans le train pour accéder à Lampang, et faire les derniers cent soixante-trois derniers kilomètres en quatre heures, assis sur des sacs contenant du riz que transportait un camion. À Muang Phan, poste de création récente, vivaient quelque deux cents catholiques, mais le missionnaire devait aussi s’occuper de deux cents autres catholiques résidant à Viengpapao, distant de Muang Phan d’une bonne journée de marche à travers la forêt. M. Verdière qui venait d’acheter une école et qui se devait de la développer, s’était surmené et il avait besoin de quelqu’un qui l’épaulât. Quelques mois plus tard, il dut d’ailleurs rentrer se reposer en Europe, et M. Vernier resta seul dans ce poste isolé. Il eut beaucoup de mal avec les professeurs de l’école qui auraient voulu profiter de son inexpérience pour alléger leur travail, mais il réussit à garder l’école florissante jusqu’au retour du chef de poste.

     

    M. Vernier demanda alors à quitter Muang Phan pour pouvoir se perfectionner en siamois, car dans le Nord, le parler courant ressemble davantage à celui de Vientiane qu’à celui de Bangkok. En mars 1953, il s’installa donc comme vicaire de M. Deschamps à Nakhon Xaisi, poste très important d’environ deux mille sept cents catholiques travaillant dans les rizières à une quarantaine de kilomètres de Bangkok, et de qui dépendaient deux autres petites chrétientés de deux cents et trois cents personnes, à une vingtaine de kilomètres de là. Situé sur la rive d’un fleuve, l’énorme presbytère, construit en bois et pouvant facilement loger quatre prêtres, parut un palace à notre jeune missionnaire qui venait d’en quitter un dont la construction n’était pas achevée.

     

    À Nakhon Xaisi, où il demeura deux années, M. Vernier avait de nombreux catéchismes à faire. Il avait aussi à sa disposition les professeurs de l’école paroissiale comptant quatre cents élèves et avec qui il pouvait se perfectionner en siamois. Pendant un congé en France du curé du lieu, il se lia d’amitié avec le remplaçant de ce dernier, le P. Juang Khiemsun Nittayo, qui devait devenir le dernier vicaire apostolique et le premier archevêque de Bangkok. M. Vernier ne perdit pas son temps, car il put passer avec succès un examen qui lui permettait d’enseigner dans les écoles du pays.

     

    En 1955, après un séjour de quelques mois à Nonkeo dans le Nord-Est, puis auprès de M. Carrié à Chachœngsao, M. Vernier fut nommé aumônier au collège des Frères des Écoles Chrétiennes à Nakhon Sawan. Cette ville, à environ deux cent cinquante kilomètres au nord de Bangkok, était un gros centre commercial situé au confluent de trois rivières, où les Frères avaient fondé un collège quelques années auparavant. Ce collège comprenait alors huit cents élèves, dont trente seulement étaient catholiques. Outre les catéchismes à faire à ces jeunes chrétiens, le zèle de M. Vernier le poussa à enseigner la morale aux élèves de ce collège et aussi au collège des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, quand ces dernières se furent installées près de l’église de cette ville. Le curé du lieu était un Père thaïlandais très âgé qui ne pouvait se déplacer que difficilement. M. Vernier l’aida de son mieux en allant visiter les petites communautés chrétiennes éloignées de vingt à trente kilomètres de la ville de Nakhon Sawan.. Cela ne pouvait suffire à son zèle, M. Vernier aida aussi M. Larqué à fonder l’édition thaïlandaise du journal « Cœur Vaillant », en envoyant beaucoup de photographies à Bangkok et en allant vendre des journaux dans différentes écoles de la région. Cela l’amena à contacter de nombreux fonctionnaires de l’enseignement public et à aller assez loin, par exemple dans la ville de Kamphaengphet, à 120 kilomètres de Nakhon Sawan, ville où très probablement aucun missionnaire n’avait mis les pieds depuis le XVIIe siècle. En 1957, il prépara une émission à la radio locale à l’occasion de la fête de Noël.

     

    En 1959, le curé de Nakhon Sawan étant décédé, M. Vernier fut nommé à sa place. Les visites aux chrétiens dispersés s’intensifièrent; et il bâtit une église reposant sur les bambous qui flottaient sur le fleuve, à l’instar de beaucoup de maisons, à Manorom, gros marché à trente kilomètres de Nakhon Sawan et où les quelque cent chrétiens qui y résidaient n’avaient jamais eu de lieu de culte. Mais sa santé s’était détériorée, il ne pouvait presque plus marcher, aussi un retour en France s’imposa-t-il.

     

    En 1962 M. Vernier rentra en France, et malgré tous les soins dont il fut l’objet, son pied malade ne put guérir complètement. Les supérieurs l’affectèrent alors au « Service des Vocations ». Là il essayait de remettre en ordre photographies, images, films et documents divers dont usaient les membres de ce service sans prendre le temps de les ranger. Ce travail sans gloire permit cependant au service de fonctionner pour le plus grand bien de tous.

     

    En 1965, pouvant marcher sans difficulté grâce à des chaussures orthopédiques, M. Vernier repartit pour la Thaïlande où Mgr Nittayo l’affecta à l’imprimerie de la Mission. Cette imprimerie avait une histoire déjà ancienne, car elle avait été fondée en 1796 par Mgr Garnault pour l’impression de livres religieux. C’était donc la plus ancienne imprimerie du pays. Elle avait également aidé le travail des missionnaires des pays voisins en imprimant un catéchisme en Vietnamien, avant que ne fût fondée l’imprimerie de Saïgon. Mais en 1965 cette imprimerie, où travaillaient une trentaine d’ouvriers, avait un matériel usé. M. Vernier la renouvela, il changea le matériel, il introduisit l’impression en offset, il remplaça les anciens ouvriers à l’âge de la retraite par des jeunes sortant des écoles techniques. Les clients affluèrent, dont M. Vernier fit des amis, et son bureau devint un lieu où l’on traitait d’affaire, et aussi où l’on pouvait trouver un réconfort spirituel. Cela avait certes l’inconvénient de lui prendre beaucoup de temps, et pourtant, le zèle de M. Vernier le poussa à prendre une part très active à la Chambre de Commerce à tel point qu’il devint une personnalité sur la place de Bangkok. Il trouvait encore le moyen de visiter des confrères, et de leur rendre service à l’occasion. Il rendit de grands services à la mission auprès des réfugiés en imprimant de nombreux livres en khmer.

     

    Toujours surchargé d’occupations diverses, il arrivait à M.Vernier d’avoir des oublis, d’égarer des documents, d’être d’humeur variable. Au fil des années, ces ennuis se multiplièrent jusqu’au jour où tout le monde fut inquiet et où le médecin prononça le nom de maladie d’Alzheimer. Toute activité normale lui étant désormais interdite, il rentra en France dans le courant de l’année 1986, et quelques mois plus tard la maison de Lauris l’accueillait. Il y alla non seulement pour se soigner, mais aussi pour n’être pas à charge à ceux qui l’avaient adopté, en particulier à la mission de Bangkok. Il avait étudié cette maladie et chacune de ses destructions successives lui était connue. Il accepta cette souffrance et ce qu’elle a d’incontrôlable. Dieu a eu pitié de lui, il l’a pris avant que son mal ne fît les derniers ravages qui ramènent l’homme à l’état d’enfance. M. Vernier mourut le 19 juin 1989. Les obsèques eurent lieu le 22 juin à Pont-de-Roide, son village natal.

     

    M. Vernier laisse le souvenir d’un prêtre très zélé et qui avait le don de se faire l’ami de quiconque le rencontrait.

     

     

    • Numéro : 3899
    • Pays : Thailande
    • Année : 1950