Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

André VÉRINEUX (1897-1983)

Add this

    Enfance et jeunesse

     

    André Vérineux naquit à Reims, le 4 novembre 1897. Après ses études primaires à l’école Saint-Rémi et ses études secondaires au petit séminaire du diocèse de Reims, il entra au séminaire Saint-Sulpice. Sa famille s’était vraisemblablement repliée sur Paris, en raison de la guerre. André Vérineux fut mobilisé en 1916 jusqu’à la fin de la guerre. Une fois libéré, il entra au grand séminaire de Reims pour y continuer ses études en vue du sacerdoce. Nous n’avons aucun détail sur l’origine et le développement de son désir d’être prêtre missionnaire. Sans doute portait-il depuis longtemps ce désir dans son cœur. Il s’en ouvrit à son directeur et au supérieur du grand séminaire, Mgr Paulot. Tous les deux reconnurent le sérieux de sa vocation. Avec l’autorisation du Cardinal de Reims, il fit sa demande d’entrée aux Missions Étrangères, le 14 août 1919. Cette demande fut suivie le 16 août d’une lettre très élogieuse de Mgr Paulot : « Je ne puis que vous apporter le meilleur témoignage sur notre élève André Vérineux, qui demande à entrer dans votre grand séminaire. Je dois dire que c’est même à cause de l’excellence de ses dispositions et la fermeté de sa vocation que cette permission lui a été plus facilement accordée. J’ajoute personnellement que je fais le plus grand cas de la personne de Monsieur Vérineux et que c’est un véritable et grand sacrifice de nous séparer de lui. » C’est donc sans difficulté qu’André Vérineux fut admis le 19 août 1919. Le 30 septembre, il entrait au séminaire des Missions Étrangères pour y poursuivre ses études. Ordonné prêtre le 23 décembre 1922, il reçut, quelques semaines après, sa destination pour la mission de Moukden, en Mandchourie. Il quitta Paris, le 16 avril 1923, en compagnie de treize autres jeunes missionnaires destinés à diverses missions en Extrême-Orient.

     

     

    En mission :

    Première partie : en Mandchourie (1923-1951)

     

    Arrivé à Moukden, il se mit sans tarder à l’étude du chinois. Comme il était doué pour les langues, il fit de rapides progrès. C’est d’ailleurs toute sa vie qu’il poursuivit cette étude avec succès au point de devenir un fin lettré chinois.

     

    Après quelques mois passés à l’évêché de Moukden, où il s’exerça à moduler les tons de la langue chinoise, il fut envoyé à Newchang pour y continuer l’étude du chinois et commencer l’exercice du ministère. Il resta dans cette paroisse jusqu’en 1927. C’est alors qu’il fut rappelé à Moukden pour prendre en main les affaires de la procure de la mission qu’il dirigea pendant trois ans. En 1930, nous le retrouvons dans le poste de San Tai Tse, une vieille chrétienté où il resta cinq ans. Il montra dans cette paroisse ses talents d’architecte en construisant une belle église. Au mois de mai 1935, il prit son congé régulier et comme on lui demanda de s’employer à l’Information missionnaire, ce congé se prolongea jusqu’au mois de septembre 1936. En rentrant, il passa par les Etats-Unis et le Japon. A Kobé, il rencontra le jeune P. Chagny destiné à Moukden et, avec lui, il regagna la Mandchourie. Le P. Chagny reçut comme « destination » le petit séminaire pour se mettre à l’étude du chinois tandis que le P. Vérineux était envoyé à Heichan, chrétienté située au Nord-Ouest de Moukden, non loin de la ligne de chemin de fer reliant Moukden à Pékin. Il resta dans ce poste à peu près deux ans. En octobre 1938, le P. Sage, supérieur du petit séminaire, prit son congé en France et le P. Vérineux fut appelé à Moukden pour le remplacer. Au retour du P. Sage, le P. Vérineux fut envoyé, au mois de mai 1940, au poste de Sifeng, au Nord-Est de Moukden, en direction de la frontière de Corée, une région de collines au climat plus rude que celui de Moukden. En septembre 1942, le P. Chagny lui fut adjoint et, comme Mgr Vérineux était un peu frileux et n’aimait pas beaucoup voyager, il confia au P. Chagny la visite des chrétientés pendant que lui s’occupait du centre. Le P. Chagny resta avec le P. Vérineux jusqu’en fin 1945. A cette date, il fut affecté à un autre poste et le P. Vérineux resta seul. Au mois d’avril 1946, la hié­rarchie fut établie en Chine et Mgr Blois, jusqu’alors Vicaire apostolique, devint Archevêque de Moukden. Mais la mort le surprit avant qu’il ait eu le temps de prendre canoniquement possession de son siège. Le P. Beaulieu prit la direction de la mission. Sans tarder, il appela près de lui le P. Vérineux et le chargea de la procure. Le 1er décembre de cette même année 1946, le P. Beaulieu mourut à son tour. Dans son testament, il désignait le P. Vérineux pour lui succéder. C’est ainsi que le P. Vérineux accéda à la direction de la mission de Moukden.

     

    Depuis le début de 1947, la situation politique se dégradait de jour en jour. Les troupes communistes de Mao Tse Tong gagnaient du terrain ; les troupes gouvernementales étaient en pleine débandade ; la famine menaçait et même sévissait dans les villes. Aux yeux de tous, il était clair que la partie était perdue. Cette situation créait de gros soucis pour le P. Vérineux. Il était spécialement préoccupé par le sort des religieuses et des séminaristes. Au prix de multiples démarches et en dépensant beaucoup d’argent, il réussit à faire évacuer les sémina­ristes et les religieuses en direction de Nangking. Puis tout juste avant l’arrivée des communistes, le P. Boschet quitta Moukden par le dernier avion, rejoignit et regroupa religieuses et séminaristes. Plus tard, sous la pression des événements, il gagna Taïwan avec son troupeau : ce fut le début de l’histoire de la mission de Hualien.

     

    Le 30 octobre1948, les troupes communistes entraient à Moukden. Un défilé impeccable donna à la population un sentiment de force et de sécurité. Cet effet était calculé. L’armée communiste, accompagnée d’un fort contingent de cadres, pour l’administration de la ville à tous les échelons, voulait inspirer la confiance. De fait l’ordre fut vite rétabli ; tout le monde respirait, tout le monde était content. Tout était ainsi prêt, au bout de quelques semaines, pour l’application progressive mais inexorable du plan prévu.

     

    Au mois d’août 1949, les tractations engagées par le Nonce apostolique, Mgr Ribéri, aboutirent à la nomination de Mgr P’i, comme archevêque de Moukden, à l’érection du nouveau diocèse de Yinkow et à la nomination de Mgr Vérineux comme premier évêque de ce nouveau diocèse. Mgr Vérineux reçut l’ordination épiscopale des mains de Mgr Gaspais, évêque de Kirin, le 16 octobre 1949. Mgr P’i avait été ordonné par Mgr Ribéri au carmel de Shang Hai, le 11 octobre 1949. Malgré des demandes réitérées, une bonne dizaine, jamais Mgr Vérineux ne put obtenir l’autorisation de se rendre à Yinkow. Il fut obligé de rester à l’évêché de Moukden.

     

    Pendant les années 1949-1950, les ennuis, certes, ne manquèrent pas mais ce fut encore relativement calme pour Mgr Vérineux et les missionnaires. Mais, à partir du 14 août 1951, les choses se gâtèrent. Ce jour-là, après la messe et le petit déjeuner, Mgr Vérineux vit entrer dans sa chambre un sous-officier accompagné de quatre hommes. Le sous-officier lui dit simplement : « Défense de sortir », puis les soldats se livrèrent à une fouille en règle. A partir de ce jour, il lui fut interdit de sortir de sa chambre. Il était à peu près tranquille pendant la journée. Il n’en était pas de même pendant la nuit. A plusieurs reprises, au moins une dizaine de fois, il fut réveillé et emmené pour des interrogatoires. Tout cela avait pour but de constituer son dossier et de préparer un procès public qui eut lieu le 8 octobre 1951. Mgr Vérineux et cinq de ses confrères furent condamnés à trois ans de prison avec sursis et à l’expulsion à vie du territoire chinois. Après quoi tous furent ramenés à l’évêché en attendant leur départ, une semaine plus tard, en direction de Hongkong où ils arrivèrent le 22 octobre 1951. Ainsi s’achève la première partie de la vie missionnaire de Mgr Vérineux.

     

     

    Deuxième partie :

    La Mission de Hualien

     

    Une fois arrivé à Hongkong, Mgr Vérineux réussit à aller à Taïwan, pour un bref voyage, avant de rentrer en France. C’est à partir de ce voyage que s’engageront des tractations qui aboutiront à l’érec­tion de la Préfecture apostolique de Hualien. C’est dans cette préfecture apostolique que va se dérouler la seconde partie de sa vie.

     

    C’est le 7 août 1952 que fut érigée la Préfecture apostolique de Hualien, avec Mgr Vérineux comme Administrateur apostolique, car il restait toujours évêque de Yinkow en Mandchourie.

     

    Comme il était alors en France, il prit possession de son siège le 2 novembre 1952 par procuration donnée au P. Boschet. Le 25 février 1953, il quitta la France pour rejoindre son nouveau champ d’apos­tolat.

     

    Le territoire confié à son zèle apostolique était une longue bande de territoire en bordure de l’Océan Pacifique, constituée par deux chaînes de montagnes quasi inhabitées et par deux plaines où vivaient alors 430.000 habitants. Mais cette population était loin d’être homogène. Elle comptait des Chinois de divers dialectes et 22,8 % d’ethnies aborigènes. Ce qui était particulier à cette région, c’était la proportion importante d’aborigènes.

     

    Avant de quitter la France, Mgr Vérineux avait étudié la situation de sa Préfecture apostolique et constaté qu’avec le personnel dont il disposait, il lui était impossible de faire face aux besoins. Tout d’abord il nomma le P. Boschet Pro-Préfet de la nouvelle Préfecture. Puis il se rendit en Suisse pour demander le concours des Pères de Bethléem qui acceptèrent de prendre en charge le Sud de cette nouvelle mission. Ensuite il alla aux États-Unis à la recherche des ressources nécessaires. Peu à peu, il put organiser tout un réseau de bienfaiteurs dont le concours lui fut très utile et cela avec l’aide du P. Snel, puis ensuite du P. Poupon.

     

    Le 12 mars 1953, Mgr Vérineux arriva à Taipei en compagnie du P. Peckels, son ancien Vicaire général de Yinkow. Le 17 mars, tous les deux arrivaient à Hualien.

     

    La mission comptait alors 800 baptisés, 500 catéchumènes, 3 prêtres et 12 religieuses chinoises qui dirigeaient deux dispensaires et deux jardins d’enfants. Ainsi, au moment de la création de la Préfecture apostolique, l’apostolat était déjà bien lancé par les prêtres chinois. Le P. Boschet écrit dans ses Mémoires que, sans eux, rien n’aurait été fait.

     

     

    Développement de la Mission de Hualien

     

    Dès les premières semaines qui suivirent son arrivée, Mgr Vérineux fit la visite des cinq chrétientés de la nouvelle Préfecture. Il mena les affaires rondement : le 3 avril, il fixait l’emplacement de la future cathédrale et de l’évêché. Le 10 mai, il achetait une maison et un terrain pour y installer le P. Rondeau qui vint prendre possession de son poste le 13 juin 1953.

     

    A partir de ce moment commença ce que l’on a appelé « la période du miracle ». Les catéchumènes vont affluer dans les cinq premiers postes comme le note le P. Boschet dans ses Mémoires. Quand le 26 octobre 1953, le P. Rondeau passera le district de Taitung aux Pères suisses, il leur laissera. 1.000 catéchumènes et 200 baptisés.

     

    Durant l’été 1953, Mgr Vérineux bâtit sa résidence épiscopale avec une chapelle paroissiale. Il s’y installa le 2 septembre. Le 15 octobre, arrivait du renfort dans la personne des deux jeunes Pères Poupon et Zaldua.

     

    Au mois de juillet, Monseigneur avait visité la ville de Yuli en compagnie du P. Rondeau. Un peu plus tard, il acheta dans cette ville une maison où le P. Rondeau ira s’installer le 16 novembre 1953. Un an plus tard, le district de Yuli comptait 4.000 catéchumènes.

     

    Le 13 novembre, Monseigneur bénissait la première église construite par ses soins : ce fut la première d’une longue série. A la fin de 1953, la mission de Hualien comptait 9 prêtres, 7 postes missionnaires, 1.200 baptisés et de très nombreux catéchumènes. Les aborigènes étaient la majorité, mais il y avait aussi beaucoup de Chinois du Nord de la Chine et une soixantaine de familles taïwanaises. Tous les espoirs étaient permis.

     

    Cependant survint une dure épreuve : le 4 juillet 1953, un typhon sema partout la désolation. Mgr Vérineux fit appel à ses bienfaiteurs et distribua généreusement les secours reçus aux populations touchées par ce sinistre. Ainsi la mission catholique fut très vite connue et eut de bons rapports avec les autorités locales : ce qui facilita, par la suite, l’installation de prêtres dans les diverses petites villes.

     

    Devant un tel afflux de catéchumènes, surtout aborigènes, il fallait mettre sur pied un plan d’évangélisation pour l’ensemble de la Préfecture. Comme on l’a dit plus haut, en fin 1953, Mgr Vérineux confia aux Pères de Bethléem la région de Taitung. Par contrat, ils se chargeaient de l’apostolat, du financement et de l’évangélisation de ce district. En fin 1954, il confia aux Chanoines du Grand-Saint-Bernard, anciens du Thibet, le territoire situé au Nord de la ville de Hualien. De ce fait, il n’avait plus la charge financière que d’environ 40 % du territoire de la Mission, mais il gardait la responsabilité de l’organisation générale et assurait les visites pastorales dans l’ensemble du territoire.

     

    Devant l’augmentation continue du nombre des baptisés et des catéchumènes, il fallut penser à construire des lieux de culte. Mgr Vérineux se réserva toujours l’achat des terrains, la construction des églises et des presbytères. De ce fait, il voyageait beaucoup pour trouver les terrains convenables et surveiller les constructions. Il a visité la plupart des 390 villages de la mission au moins une fois.

     

     

    Enseignement doctrinal

     

    Il ne suffisait pas de construire des églises et des presbytères. Il s’agissait d’instruire les très nombreux catéchumènes qui se présentaient. Pour cela Mgr Vérineux fit entière confiance aux missionnaires.

     

    Comment procédaient les missionnaires pour parer au plus urgent ? Dans un premier temps, chaque missionnaire choisissait parmi les catéchumènes quelques jeunes gens ou jeunes filles. Pendant la journée, il leur donnait un cours de doctrine chrétienne et, le soir, ces jeunes allaient enseigner dans les villages que le Père leur indiquait. Après quelques mois, le Père choisissait et nommait un catéchiste titulaire pour un ou deux villages. Ces catéchistes allaient résider dans les villages désignés par le Père, mais se réunissaient chez lui une ou deux fois par semaine pour approfondir la doctrine chrétienne. Ces catéchistes étaient rétribués et il y eut de nombreux candidats. Mais, avec l’élévation du coût de la vie à Taïwan, l’entretien des catéchistes fit problème et s’avéra très lourd. Dans une lettre circulaire datée du 30 novembre 1956, Mgr Vérineux disait que dans la partie de la Préfecture qu’il dirigeait lui-même, il y avait 160 catéchistes et 70 élèves catéchistes, mais que la Mission ne pourrait longtemps encore entretenir tant de personnel, faute de moyens financiers suffisants. Il proposait donc de faire une sélection parmi ces catéchistes. De fait, à partir de 1956, leur nombre diminua et, en 1984, il n’en reste que 50 environ pour tout le diocèse. Mais, grâce à ces premiers catéchistes formés sur le tas par les missionnaires, le message évangélique put être assimilé par ces nombreux catéchumènes qui, à cette époque, se réunissaient tous les soirs pour prier et apprendre la doctrine chrétienne. En 1958, on fit un pas de plus : Mgr Vérineux approuva la fondation par les Pères suisses d’une école de catéchistes qui fonctionna pendant treize ans. La formation durait deux ans et il sortit de cette école d’excellents catéchistes.

     

    De toutes manières, on s’ingéniait à bien former les nombreux chrétiens. On comprendra la difficulté de la tâche si l’on se rappelle que pendant les vingt années d’épiscopat de Mgr Vérineux à Hualien, il y eut 68.788 baptêmes dont environ 55.000 baptêmes d’adultes pour l’ensemble de la Préfecture. Tout cet apostolat était animé par Mgr Vérineux. Il en était responsable et il ne ménageait ni son temps ni sa peine pour visiter et encourager ses missionnaires.

     

     

    Éducation chrétienne

     

    Il ne suffisait pas de baptiser des catéchumènes même bien instruits. Il fallait penser à former des cadres, pour cette jeune Église de Hualien. C’est pourquoi, dès 1959, Mgr Vérineux fit appel aux religieuses Ursulines qui ouvrirent une école secondaire pour jeunes filles, le 15 septembre 1959.

     

    Dès la même année, Monseigneur projeta la fondation d’un Institut de religieuses aborigènes qui se consacreraient à l’apostolat dans leurs ethnies d’origine. En mars 1960, les premières postulantes furent reçues ; leur formation fut confiée à une Ursuline, la Mère Ursule Blot. Monseigneur bâtit pour elles un couvent et une chapelle ; il prépara les constitutions de cet Institut qu’il nomma l’institut de Sainte-Marthe. Il s’est bien développé et il compte actuellement, en 1984, environ 55 religieuses qui travaillent dans 10 paroisses.

     

    Il fallait aussi penser à la formation du clergé local, but principal de la Société des Missions Étrangères. En 1963, Mgr Vérineux construisit un petit séminaire, près de l’évêché, et il mit à sa tête un prêtre suisse, le P. Burck. Huit étudiants de ce petit séminaire sont devenus prêtres.

     

     

    Liturgie

     

    Mgr Vérineux aimait beaucoup la langue latine et le chant grégorien, mais il aimait aussi la langue chinoise qu’il avait étudiée en profondeur. Devenu évêque d’une mission où la majorité des convertis n’était pas de langue chinoise, il fit taire ses préférences sachant que la liturgie, célébrée dans la langue des aborigènes, favoriserait la vie spirituelle des chrétiens. Dès avant le Concile, il obtint de Rome, pour la Préfecture de Hualien, un induit, daté du 3 mars 1961, qui autorisait le peuple à chanter l’ordinaire de la messe dans les langues aborigènes et à remplacer le propre par des cantiques également en langues du pays, suivant les ethnies. Cependant, il ne voulait pas que les Chinois soient en reste. Comme il était aussi musicien, il composa lui-même la musique d’une messe sur un texte chinois.

     

     

    Apostolat chez les Taïwanais

     

    On aurait peut-être tendance à penser que le diocèse de Hualien ne compte que des chrétiens aborigènes. Certes, ce sont les plus nombreux. Mais les Chinois, soit les Taïwanais, soit ceux venus du continent (Nord de la Chine) n’ont pas été oubliés. Dans ses mémoires, le P. Boschet signale que, dès 1953, il y eut des catéchumènes taïwanais. En 1958, on comptait dans la mission de Hualien 778 Taïwanais baptisés et 3.121 catéchumènes. Plusieurs Pères suisses apprirent le chi­nois de Taïwan. Les Pères Le Corre et Zaldua, des Missions Étrangères, firent également cet effort. Comme le personnel missionnaire était limité en nombre et devait se consacrer surtout aux catéchumènes et aux baptisés aborigènes, Mgr Vérineux fit appel, en 1959, à un prêtre taïwanais, le P. Ly, pour fonder la paroisse taïwanaise de Hualien. Au bout d’un certain temps, cette paroisse cessa de fonctionner. Mais en 1969, Monseigneur la rouvrit et la confia au P. Lespade. En 1971, il créa une deuxième paroisse taïwanaise, en ville de Hualien, et en chargea le P. Jacques-Antoine Rollin.

     

     

    Œuvres  – Action catholique

     

    Mgr Vérineux se sentait peu fait pour lancer des œuvres et des mouvements d’action catholique dans un milieu aussi divers que celui de la mission de Hualien, et il en laissait l’initiative à ses prêtres. C’est ainsi que, durant son épiscopat, on vit s’établir dans le diocèse la Légion de Marie, l’Apostolat de la prière, la JOC, l’œuvre des catéchistes, les Crédit-Unions. Il est une œuvre qui mérite une mention spéciale, c’est l’œuvre des Migrants à Taipei. Parmi les aborigènes, un assez grand nombre quittaient le village pour aller en ville chercher du travail. Totalement dépaysés, sans savoir à qui s’adresser, ils risquaient de perdre la foi. C’est pourquoi Mgr Vérineux, d’accord avec l’Archevêque de Taipei, dépêcha deux confrères, les Pères Gérard Cuerq et Jean-Marie Redoutey pour s’occuper de ces jeunes et essayer de les regrouper.

     

     

    La retraite

     

    Au mois de février 1973, Mgr Vérineux ressentit de vives douleurs dans le dos. C’était la conséquence d’une chute de cheval, 48 ans plus tôt, en Mandchourie. Les examens médicaux révélèrent que la colonne vertébrale commençait à s’affaisser dangereusement. Se rendant compte de la gravité de son état, Mgr Vérineux présenta sa démission qui fut acceptée le 23 juillet 1973. Mais il voulut finir sa vie en Chine. Il se retira dans un pavillon, près de l’Institut Sainte-Marthe qu’il avait fondé, et continua à s’occuper de ces religieuses. Comme il avait des loisirs, il lisait beaucoup, notamment les livres français qui concernaient la Chine. Par correspondance, il restait en relation avec les prêtres de Yinkow dispersés à travers le monde. C’est alors qu’il écrivit et publia un ouvrage intitulé « Souvenirs ».

     

    Étant donné son état de santé, il ne pouvait voyager beaucoup. Cependant tous les lundis, il allait manger à l’évêché et souvent aussi il se rendait à la Maison régionale des Missions Étrangères.

     

    Si son état de santé était déficient, ses facultés intellectuelles étaient intactes, Il aimait recevoir la visite des confrères qu’il tenait sous le charme de sa conversation, s’intéressant à tout ce qui se passait dans la mission, à Taïwan, en Chine continentale, à Rome, en France.

     

    Il semblait devoir vivre longtemps encore quand, le 5 janvier 1983, au repas du soir à l’évêché, il se sentit indisposé et demanda à se retirer. Le 6 janvier, il s’excusa de ne pouvoir venir à la Maison régionale des Missions Étrangères pour la fête de l’Épiphanie. Le docteur diagnostiqua une broncho-pneumonie. Après un léger mieux, Mgr Vérineux succomba le 10 janvier à 4 h 20 du matin.

     

    Ses obsèques eurent lieu, le 14 janvier 1983, en présence de tous les évêques de Taïwan, des autorités et avec un grand concours de chrétiens de toute la mission de Hualien. Le moment le plus émouvant de la cérémonie fut celui où, selon les rites chinois, toutes les religieuses de Sainte-Marthe, se considérant comme membres de la famille du défunt, vinrent se prosterner trois fois devant le cercueil et l’image mortuaire de Mgr Vérineux. Le geste avait alors une telle densité d’expression que beaucoup ne purent retenir leurs larmes. De leur côté, les nombreux aborigènes, de toutes les ethnies, tinrent également à rendre un dernier hommage à leur Père dans la Foi. Sous la direction du P. Maillot, ils chantèrent un vibrant adieu à celui qui s’était laissé séduire par leur sens inné de l’harmonie. Selon son désir le plus cher, Mgr Vérineux a donc été confié à cette terre de Chine sur laquelle il a travaillé 60 ans.

     

    À l’occasion de son décès, son successeur, Mgr Shan écrit : « Mgr Vérineux a été un grand missionnaire dans la lignée de ceux qui ont fait le plus d’honneur à votre Société des Missions Étrangères. Au nom des Chinois auxquels il a consacré 60 ans de sa vie et au nom du diocèse de Hualien qu’il a lui-même fondé et dirigé pendant 20 ans, je remercie Dieu et la Société des Missions Étrangères de nous l’avoir donné.»

     

    Mgr Vérineux était un homme de prière : toute sa vie il est resté fidèle à la formation qu’il avait reçue des Pères sulpiciens. Il estimait que la spiritualité qu’on lui avait enseignée était suffisante pour former des prêtres pieux, zélés et apostoliques, fidèles jusqu’à leur mort. Il était profondément prêtre, sans ostentation, sans problèmes ni difficultés.

     

    De plus, il était à la fois épris de culture et d’action. Toute sa vie il a développé sa culture par de nombreuses lectures; il a apprécié particulièrement la langue et la culture chinoises. Il a étudié à fond le chinois avec un professeur particulier pendant vingt-cinq ans. Il le parlait et l’écrivait avec facilité et élégance. Il était aussi doué pour la musique; il aimait le chant grégorien, mais sans exclusive. Comme on l’a dit, il composa lui-même toute une messe sur un texte chinois.

     

    Il appréciait également les chants traditionnels des diverses ethnies de la mission ainsi que les danses exécutées lors de ses visites pastorales, ou pour la bénédiction d’églises.

     

    Il était un homme d’action : après avoir consacré le temps voulu à la prière, il donnait tout le reste de son temps à l’action sous de multiples formes : recherches et achats de terrains, surveillance des constructions, courrier très abondant avec ses nombreux bienfaiteurs, voyages à travers la mission et à l’étranger, organisation de fêtes diocésaines. Il fut sans cesse en déplacements durant tout son épiscopat.

     

    Avec son tempérament d’homme d’action, il était parfois un peu vif : ce qui pouvait occasionner quelques éclats de voix, mais jamais rien de grave, car il n’aimait rien plus que l’harmonie et la bonne entente entre tous.

     

    On peut dire, en toute vérité, qu’il a bien rempli ses soixante années de vie sur la terre de Chine et que son souvenir restera longtemps vivant au cœur des prêtres, des religieuses et des chrétiens de la Mission de Hualien.

     

    • Numéro : 3233
    • Pays : Chine
    • Année : 1923