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Gaston VÉRINE (1882-1929)

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    M. Gaston Vérine naquit à Loulay, au diocèse de La Rochelle, le 3 octobre 1882. Nous n’avons pas de détails sur ses premières années, mais de ce que nous savons de sa régularité, de sa douceur, nous pouvons conclure qu’il fut un enfant exemplaire. Il entra jeune au Séminaire des Missions-Etrangères ; son caractère sérieux et son esprit de discipline lui valurent d’être remarqué de ses Supérieurs qui lui confièrent la charge d’infirmier de la com-munauté. Ses études terminées, comme il n’avait pas l’âge canonique pour recevoir la prêtrise, il fut donné comme socius à M. Casenave, Procureur de la Société à Rome. Il conserva un pieux souvenir de cette année passée dans la Ville éternelle, et aimait à parler de son séjour dans le centre du monde chrétien.

    Destiné à la Mission de Birmanie Méridionale, il arriva à Rangoon le 11 septembre 1905. Mgr Cardot, le voyant plein d’ardeur, et le jugeant assez robuste pour affronter tout de suite les fatigues de la brousse, le nomma vicaire de M. Jumentier à Mergui, le poste le plus méridional de la Mission. Il se mit sans tarder à l’étude de la langue birmane, s’occupe des orphelins du poste et des chrétiens manillois pêcheurs de perles. Grâce à son profond esprit de foi, grâce aussi à l’exhubérante gaieté de son aîné qui, bien que poitrinaire et menacé d’une fin prochaine, n’avait rien perdu de sa belle humeur et savait d’un seul mot remonter le moral de ses confrères, il surmonta les ennuis inséparables de l’adaptation, de l’acclimatement, du ministère. Après la retraite de 1906, il quitta Mergui et alla passer quelques mois à Yandoon chez M. Ballenghien. L’année suivante, M. de Chirac, curé de la paroisse la plus importante de Moulmein, après une maladie des plus sérieuses, dut rentrer en France pour assurer sa guérison, laissant interrompus les travaux de construction de son église : M. Vérine fut désigné pour le remplacer.

    Dès son arrivée à Moulmein, il se mit au travail tant spirituel que temporel. Il fit réparer le toit du presbytère que les nombreuses gouttières rendaient inhabitable pendant la saison des pluies. Il étudia les quelques plans de l’église laissés par M. de Chirac et continua les travaux commencés par ce dernier, et s’il n’avait dû quitter le poste, certainement ce chef-d’œuvre d’architecture eût été terminé en peu de temps. M. de Chirac reprenant son poste de Moulmein, M. Vérine fut nommé vicaire à la cathédrale de Rangoon. Ce bel édifice venait d’être terminé par M. Jantzen, mais l’ameublement était loin d’être complet ; le curé, M. Luce, très pris par l’administration de la paroisse, à laquelle se joignant la rédaction du bulletin mensuel « The Voice », se reposa sur M. Vérine du soin d’embellir la cathédrale : elle eut bientôt des bancs, des prie-Dieu, des stalles en bois de teck poli, que tous les visiteurs admirent. C’est à lui aussi que l’on doit la belle grotte de Notre-Dame de Lourdes en ciment armé, qui orne le jardin de la cathédrale ; les frais en furent couverts au moyen d’une souscription dans la paroisse, qui fut close au bout de quelques mois. Il restait auprès de l’Evêché ce que nous appelions « la vieille cathédrale », construction provisoire qui servait au culte, pendant l’érection de la nouvelle. M. Vérine la fit démonter, et des matériaux disponibles, il bâtit à peu de frais une jolie petite église et un presbytère à Syriam, petite bourgade à une douzaine de kilomètres de Rangoon. Les chrétiens de la localité lui en ont gardé une vive reconnaissance.

    Malgré tous ces travaux d’ordre matériel, M. Vérine ne négligeait pas ses paroissiens : il les visitait souvent, il dota la paroisse d’un club pour les jeunes filles. C’était une œuvre diffi-cile à réaliser, car l’argent manquait ; les fonds furent fournis par une dame riche qui voulut construire et meubler ; rien n’y manqua, pas même un piano.

    En mai 1915, à la mort de M. Luce, M. Vérine quitta la cathédrale pour remplacer à la paroisse du « cantonnement » M. Saint-Guily qui venait d’être nommé Provicaire. Il fut en même temps, comme ses prédécesseurs, aumônier des troupes anglaises et aumônier du Couvent du Bon-Pasteur. Sa politesse, ses bonnes manières lui attirèrent l’estime et la confiance de ses paroissiens et même de beaucoup de protestants. Jusqu’alors il n’avait encore pris aucun congé ; fatigué, il demanda et obtint la permission d’aller se reposer quelques semaines dans le Nord de l’Inde, à Darjeeling, chez les Pères Jésuites qui le reçurent à bras ouverts. C’est à cette occasion qu’il lui fut donné de faire visite à nos confrères du Thibet-Sud, à Kalimpong, à Padong, à Mariabasti. Il revint à Rangoon, enchanté de son voyage et plein d’une nouvelle ardeur pour continuer ses travaux. Depuis des années, les jeunes filles du Couvent venaient chaque dimanche chanter à l’église ; la distance et les moyens de communication rendaient cet arrangement peu pratique; aussi M. Vérine organisa un chœur paroissial grâce au concours d’un certain nombre d’artistes bénévoles.

    Il se proposait d’embellir son église, de la doter d’un nouveau clocher, d’un autel en marbre, d’un pavé. Il fut arrêté par la maladie. Depuis quelque temps, sa santé laissait beaucoup à désirer ; un retour en France l’aurait probablement remis sur pied, il préféra rentrer dans sa paroisse. Le dimanche 27 janvier au matin, il se sentit très mal, une douleur intense au côté droit l’avertit que le mal était sérieux ; il se fit transporter de suite à l’hôpital de Rangoon. Les médecins furent rassurants : c’était probablement, dirent-ils, un cas d’appen-dicite. L’opération eut lieu le mardi suivant, mais de ce jour une fièvre continuelle indiqua que l’état du malade ne faisait qu’empirer. Le samedi suivant, 2 février, l’aumônier de l’hôpital fut appelé d’urgence : il eut le temps de préparer notre confrère à la mort. Le mourant reçut les derniers sacrements en pleine connaissance, et quelques minutes après il tombait dans le délire. Malgré tous les soins qui lui furent prodigués, la fièvre persista, et le lundi soir M. Vérine rendait son âme à Dieu.

    La dépouille mortelle du missionnaire fut de suite transportée à l’Evêché, et les chrétiens, aussitôt avertis, vinrent en foule prier auprès des restes de leur cher pasteur. Les funérailles eurent lieu le lendemain soir à la cathédrale : une vraie foule faisait suite aux confrères qui accompagnaient le défunt à sa dernière demeure, rendant ainsi hommage aux vertus et aux mérites du cher disparu.

     

     

    • Numéro : 2842
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1905