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Albert VERDURE (1874-1936)

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    Né à Setques, diocèse d’Arras, au sein d’une famille profon­dément chrétienne, M. Verdure eut le malheur de perdre sa mère de très bonne heure ; heureusement son père, homme de grand cœur et de devoir, sut remplacer la maman absente dans la forma­tion de l’enfant.

    À l’école primaire et au catéchisme, le petit Paul se fit remar­quer par sa vive intelligence. Aussi le curé de la paroisse lui proposa-t-il de lui donner des leçons de latin en vue de l’envoyer au petit séminaire de Boulogne-sur-Mer. Mgr Lejeune, archiprêtre de Notre-Dame de Boulogne, alors supérieur du petit séminaire, écrira de lui : « Intelligent, il l’était de façon « remarquable. Sa classe comprenait plusieurs élèves de haute valeur, qu’il sur­passait tous. « Pour faire juger de ce que furent ses études, il suffira de dire qu’à la fin de sa rhétorique, la « composition des prix de ce qu’on appelait Discours latin fut envoyée pour la correction à M. « Bayard (futur professeur aux Facultés catho­liques de Lille) qui préparait alors à Paris « l’agrégation des lettres. Les copies revinrent avec cette note : « Les deux premiers sont « voisins de la licence ès lettres. » Le premier était Paul Verdure. Ils n’ont jamais été « nombreux les rhétoriciens écrivant assez bien en latin pour mériter presque d’être licenciés.

    « Il va sans dire que la première partie du baccalauréat fut obtenue sans difficulté en « Sorbonne, après explication d’une page de Démosthène que le candidat n’avait, je crois, « jamais lue, et qui étonna l’examinateur. »

    L’écolier studieux était en même temps un gai compagnon, et par-dessus tout le modèle du pieux jeune homme ; il avait cepen­dant, à cet âge, toutes les tendances espiègles de la jeunesse : léger, remuant et bavard durant les heures d’étude, il aurait donné du fil à retordre à un maître d’étude tant soit peu porté à user de rigueur, mais il eut la bonne fortune d’avoir affaire à un digne prêtre, M. Caloin, qui, par la douceur persuasive de ses répri­mandes, obtenait des élèves tout ce qu’il voulait. Un jour, le surveillant prit notre petit espiègle à part et lui dit très paternel­lement : « Eh bien ! mon petit, n’est-ce pas que tu t’en es payé à cœur  joie durant toute l’étude ! ne vas-tu donc pas te corriger pour faire plaisir au Bon Dieu et un peu aussi à moi, qui tiens sa place ? » L’enfant, complètement gagné, promit et désormais pour rien au monde il n’aurait voulu faire de la peine au bon M. Caloin.

    Pour préparer la seconde partie du baccalauréat, Paul fut envoyé au petit séminaire d’Arras, comme c’était alors l’usage. Cette année lui fut pénible ; des soucis de famille le tourmentaient. Il se demandait comment y pourvoir et dans quel chemin il devait définitivement s’engager. Or jusque-là il n’avait jamais songé qu’à être prêtre et missionnaire. « Je désespérais, dira-t-il lui-même, d’arriver au but. »

    Entré en octobre 1892 au séminaire de philosophie Saint-Thomas, il y resta à peine deux mois et rentra dans sa famille. Heureusement son ancien directeur de Boulogne lui fit comprendre son erreur et le remit sur sa route. Les démarches de M. Lejeune et les renseignements élogieux fournis par M. le Supérieur du séminaire Saint-Thomas déterminèrent son admission aux Missions-Étrangères et le 6 décembre il entrait à Bièvres. Là comme à Paris, il fut au témoignage de ceux qui l’ont connu, un séminariste modèle.

    Ordonné prêtre le 5 mars 1898 et destiné à la mission de Pondichéry, il débarquait dans cette ville à la fin de mai et rece­vait presqu’aussitôt sa nomination au collège Saint-Joseph de Cuddalore : il y devait passer les 36 ans de sa vie de missionnaire.

    M. Bertho, supérieur de la Maison, sut vite apprécier le nouveau venu à sa juste valeur, et en septembre 1906 il était heureux de se décharger sur lui du lourd fardeau du supériorat. M. Verdure accepta, mais sans enthousiasme, car il se sentait bien jeune pour assumer une pareille responsabilité ; il se mit cependant à l’œuvre de toute son âme.

    Il s’appliqua à tout améliorer : les finances de la maison par une gestion plus minutieuse, le bon esprit des élèves par une meilleure compréhension de leurs besoins tant matériels que spirituels, les programmes universitaires par une intelligente adap­tation aux exigences des temps nouveaux.

    Les bâtisses, déjà vieilles, menaçaient ruine. Par de méthodiques réparations, M. Verdure remit successivement tout à neuf, et donna au vieux collège un air de fraîcheur et de jeunesse. Il ajouta plusieurs nouveaux corps de bâtiments, étendit et embellit les cours de récréation, modernisa un peu le tout et fit ainsi de sa maison l’école modèle du District.

    À ces occupations s’en ajoutaient d’autres à l’extérieur. Chargé en particulier du couvent indigène des Sœurs de la congrégation enseignante du Saint Cœur de Marie à Cuddalore, il en renou­velait et doublait les locaux, donnait un nouvel essor aux études, faisait passer aux religieuses les examens universitaires et ouvrait sous leur direction une école secondaire et une école normale.

    Bientôt il se fit un nom comme éducateur dans la Présidence de Madras, devint tour à tour membre influent de diverses Com­missions, examinateur pour les examens de français à l’Université de Madras. Ces dernières années, Mgr l’Archevêque qui l’avait choisi pour Vicaire général, lui confiait la direction de toutes les écoles primaires de la mission de Pondichéry.

    Menant de front tant de choses à la fois, rien d’étonnant que M. Verdure se trouvât parfois débordé et accablé de difficultés que bien d’autres auraient jugées insurmontables. Avec calme, clarté d’esprit et sûreté de jugement il menait tout à bonne fin. Sa correspondance, officielle et privée, était volumineuse, son bureau en était généralement couvert ; mais il s’était étudié à imiter saint François de Sales et aurait pu dire avec lui : « Sou­vent je suis si accablé d’affaires que je ne sais où me tourner ni par quel bout commencer ; cependant cela ne m’importune en aucune manière. » En effet, M. Verdure classait ses affaires par rang d’importance, puis les prenait une à une et sans précipi­tation les réglait tranquillement chacune à son tour.

    En dehors de ses heures de classe et du temps consacré à ses exercices de piété, M. Verdure passait sa journée à son bureau, à la disposition de tout venant, recevant avec la même bonté sou­riante et une paternelle bonhomie élèves et professeurs, chrétiens et païens, riches et pauvres, souvent aussi d’importuns quéman­deurs. Son humeur toujours égale, et à l’occasion badine, finissait par avoir raison de tout et de tous. Il n’était pas rare d’y ren­contrer des officiers du Gouvernement ou de hautes personnalités, venues là uniquement pour chercher des lumières ou connaître l’avis de M. Verdure sur telle ou telle question du jour. Il avait en effet le talent de saisir de suite le fond d’une question et de la résumer en quelques mots clairs et convaincants.

    Ces qualités de clarté faisaient de lui un excellent professeur, mais c’est surtout dans ses conférences spirituelles qu’il se sur­passait ; donnant libre cours à son cœur, il empoignait littéra­lement son auditoire. « Aimer les élèves et faire confiance aux professeurs », telle était la devise qui guidait ses rapports avec ses subordonnés. Il aimait surtout les enfants, tant païens que chrétiens, et cherchait sincèrement leur bien ; s’il avait des préfé­rences, c’était en faveur des enfants chrétiens pauvres, qu’il aidait par tous les moyens à arriver au bout de leurs études et à se faire une situation.

    Sa sollicitude apostolique n’avait garde d’oublier les anciens élèves. Il s’ingéniait à les suivre partout, en Mésopotamie, en Malaisie, en Indochine. Sachant qu’un certain nombre d’entre eux étaient assez mal partagés au point de vue spirituel, il créa à leur intention une Association d’anciens élèves, qu’il organisa de ma­nière à en faire surtout une association de prières pour les membres vivants et défunts.

    Si maintenant nous recherchons la source de tout ce zèle, la sève de cette belle floraison d’œuvres de toute sorte, nous la trouvons dans l’esprit de foi, dans le foyer de vie intérieure que M. Verdure entretenait dans le plus intime de son âme. Au milieu de ses absorbantes occupations, il ne perdit jamais de vue le but à atteindre : amener les âmes à Dieu. Cette vie intérieure, il eut soin de la conserver toujours vivace par une régularité exemplaire dans l’accomplissement de ses exercices de piété. Même quand sa journée avait été entièrement prise par des travaux de première urgence, il savait s’ingénier pour mettre sa conscience à l’aise sur ce point si nécessaire, à la lueur de la lampe avant de prendre son repos. La grande source de sa vie surnaturelle et de toutes ses activités était sa dévotion au Saint-Sacrement. Avec quelles délices il allait chaque soir devant l’autel se reposer des fatigues de la journée ; avec quelles effusions il ouvrait son âme à Notre-Seigneur dans son tabernacle ! S’il lui arrivait de se trouver seul à la chapelle, ses prières devenaient des cantiques : il fredonnait ses complaintes, tantôt au Sacré-Cœur, tantôt à la Sainte Vierge. Souvent, dans le silence de la nuit, il trouva là une solution aux difficultés qui s’étaient présentées durant le jour. Avant de quitter la chapelle, il faisait le tour des statues, recommandant à chaque saint une intention particulière.

    Tant de travaux, soucis et tracas, devaient cependant, à la longue, avoir raison de sa robuste santé. Au mois de septembre 1933 se firent sentir les premières atteintes du mal : la dilatation de l’aorte, le privant de sommeil, fut cause d’un affaiblissement rapide. En mars 1934, il allait prendre à Bangalore quelque peu de repos, de façon à pouvoir supporter le voyage de retour en France qui venait d’être décidé. Deux mois après, il s’embarquait.

    Plusieurs séjours dans des stations d’eaux thermales et divers traitements ne purent le remettre sur pied. Dans l’Inde, ses amis, chrétiens et païens, se faisant illusion sur la gravité du mal, espé­raient toujours le voir revenir, tandis que le cher malade renou­velait, dans chacune de ses lettres, ses adieux à sa patrie d’adop­tion. Pendant son séjour de dix-huit mois au sanatorium de Montbeton, il fut pour tous ses confrères un sujet de grande édifi­cation, au milieu de ses multiples souffrances. La circulation du sang se faisant mal, la respiration était difficile et occasionnait de nombreuses crises de suffocation, surtout la nuit.

    Le 10 décembre 1936, son état s’étant sensiblement aggravé, il reçut les derniers sacrements en présence de toute la commu­nauté, avec des sentiments de résignation et de foi admirables ; deux journées de souffrances amoureusement acceptées achevèrent de purifier son âme. Le samedi matin, 12 décembre, il reçut encore la sainte Communion avec une joie extrême et une ferveur profonde. Une heure après, il s’éteignait doucement : Jésus était venu lui faire une dernière visite et l’emmenait avec lui en paradis. Il est mort en prédestiné et en saint, comme il avait vécu.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2345
    • Pays : Inde
    • Année : 1898