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Georges VAUTRIN (1911-1996)

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    Georges Joseph Vautrin naquit le 21 décembre 1911 à lgney (Vosges), de Joseph et de Marie-Léonie Euriat, le dernier d'une famille de 6 enfants. Son père, cultivateur, mourut l'année suivante. Après ses études secondaires de 1925 à 1930 au petit séminaire de Mattaincourt, Georges entre au grand séminaire de Saint-Dié. Il reçoit la tonsure le 19 décembre 1931 et le ministère de portier le 9 juillet de l'année suivante, à la suite de quoi il part faire son service militaire en 1932‑1933 à Paris et Strasbourg. Au cours de deux années de stage comme professeur au petit séminaire de Saulcy-sur-Meurthe, il entre en contact avec les Missions Étrangères et fait sa demande d'admission le 8 avril 1935, muni de certificats élogieux des supérieurs de Saulcy et du grand séminaire de Saint-Dié ("belle intelligence, bon jugement, solide piété, excellent caractère"). Il entre à la Rue du Bac le 12 septembre 1935, reçoit successivement les ordres de sous‑diacre le 18 décembre 1937, de diacre le 4 avril 1938 pour être ordonné prêtre le 29 juin 1938. Le même jour, il reçoit sa destination pour Salem (Inde).

     

    Salem était un nouveau diocèse, établi en 1930 à partir de secteurs détachés de Pondicherry, Coimbatore et Bangalore. Situé à la limite nord du pays tamoul, peu développé tant du point de vue socio‑économique que chrétien, c'était un diocèse «missionnaire", à la mesure du zèle d'un jeune missionnaire. Parti le 13 septembre 1938, il est d'abord envoyé à la "montagne" de Yercaud qui, dominant la plaine du Salem de ses 1500 mètres d'altitude, jouit d'un climat agréable et de jolis sites, au milieu des plantations de café. On y envoyait souvent les jeunes missionnaires tant pour les aider à s'acclimater que pour étudier l'anglais car Yercaud est doté d'écoles anglo‑indiennes prestigieuses tenus par les Frères de Saint-Gabriel et les Sœurs de Cluny. Le jeune Père Vautrin fera donc de l'anglais jusqu'en juin 1939, date à laquelle il descend à Salem, d'abord pendant quelques mois comme professeur au petit séminaire de la ville, puis comme vicaire à la "cathédrale" qui est aussi l'unique paroisse de la ville. C'est là qu'il apprend le tamoul sur le tas. Mais ces études sont vite interrompues quand il est nommé au grand séminaire de Bangalore où il arrive à la rentrée de février 1941. Fondé à Pondicherry au 18e siècle et transféré à Bangalore en 1934, ce séminaire régional allait bientôt subir un nouvel exode quand l'armée britannique le réquisitionna pour en faire un hôpital militaire. Voilà donc le grand séminaire parti camper pendant quelques années dans les bâtiments du petit séminaire de Salem nouvellement construit. Le séminaire était alors confié à une équipe de jeunes professeurs dont le zèle et le dynamisme dépassaient peut‑être la compétence. Seuls les PP. Harou et Harmandon avaient des grades académiques. Quant au P. Vautrin, il dut se mettre à ce qu'on appelait les "sujets mineurs", écriture sainte, liturgie, droit canon à quoi s'ajoutait parfois l'économat.

     

    À la rentrée de janvier 1948, les "jeunes" de l'après‑guerre commencent à arriver et le P. Vautrin quitte le séminaire pour retourner à Yercaud, cette fois comme curé. L'année suivante, en juin, il quitte cette paroisse bien établie dans son cadre agréable pour descendre dans la plaine, chez les "nouveaux chrétiens" de Namakkal.

     

    Cette nomination à Namakkal était en fait autre chose qu'un simple changement de poste. C'était une option prise dans un contexte de crise orageuse. Le 20 novembre 1947, en effet, le premier évêque de Salem, Mgr Prunier, donnait sa démission pour raisons de santé. Il restait administrateur du diocèse mais la nomination du successeur allait prendre du temps. Finalement ce fut un jeune prêtre local de 36 ans, Mgr V.S. Selvanathar, qui fut nommé le 18 mars 1949. Cette nomination allait déclencher une crise aiguë dans le groupe MEP de Salem. Ce n'était pas la nomination d'un évêque indien qui était en question. Un bon nombre de diocèses de l'Inde avait déjà été confié au clergé local et on savait bien que, avec l'indépendance, le mouvement ne pouvait que se généraliser. Mais jusqu'alors, la pratique avait été de laisser au clergé local le diocèse ainsi devenu autochtone tandis que le groupe missionnaire se retirait pour aller fonder ailleurs une autre entité. C'est ainsi d'ailleurs que le diocèse de Salem lui‑même avait été constitué par la division du diocèse‑mère de Kumbakonam, remis au clergé local. Ou au moins, comme au Japon, on pouvait confier un secteur géographiquement bien délimité au groupe missionnaire qui pouvait alors le gérer de façon largement autonome. C'est ce que réclamaient vigoureusement un bon nombre de missionnaires chevronnés, à la lumière de l'expérience passée. Mais Mgr Lemaire et le Conseil Central estimaient que le temps était venu d'amorcer une autre politique missionnaire qui intégrerait les missionnaires davantage dans le clergé local. Par ailleurs on ne pouvait guère compter sur le nouvel évêque pour aider à tirer les choses au clair. Jeune et inexpérimenté, il était par tempérament plus porté à la temporisation qu'à l'initiative.

     

    Bref, à Salem, c'était la confusion la plus totale. Certains demandaient que la partie nord du diocèse soit attribuée aux MEP D'autres prônaient l'intégration et acceptaient une nomination dans le Sud. Mgr Lemaire dut venir personnellement pour décider de l'attitude à prendre. Une réunion des missionnaires avec leur Supérieur Général eut lieu le 7 avril. Il fut décidé que "une partie de la Mission serait plus spécialement réservée aux missionnaires, mais pour éviter la séparation complète, resterait la possibilité pour certains confrères de passer dans la partie indigène". Faute d'obtenir satisfaction totale, plusieurs anciens quittèrent le diocèse pour passer dans un autre pays. Le P. Vautrin, lui, opta pour l'intégration et accepta de "passer dans la partie indigène", partie la plus difficile, au sud du diocèse. Son contact avec les jeunes Indiens en formation au séminaire l'avait peut‑être rapproché d'eux davantage. Quoi qu'il en soit, en juin 1949, il consentit courageusement à quitter les frais ombrages de Yercaud pour les steppes torrides de Namakkal, zone ingrate, chaude et desséchée, nouvellement évangélisée par le zèle de Mgr Prunier et du P. Hourmant, encore mal équipée avec souvent de pauvres paillotes comme églises et "presbytères". Le Bulletin MEP de septembre 1949 le décrit "sur une des routes qui mène à l'un des dix villages dont il a la charge, car il roule inlassablement, non plus sur la moto qu'il a abandonnée, mais sur une simple bicyclette."

     

    Mais ce sacrifice ne dura pas longtemps. Il fallait quelqu'un pour gérer la plantation diocésaine de café de High Fields à Yercaud. Ayant pris un congé en France en 1950, il prit charge de cette plantation en décembre 1950. Il allait y rester jusque 1957. Il devra s'y débattre avec des problèmes de planteurs : moussons trop faibles ou trop violentes, cours fluctuants du café, singes maraudant les meilleures baies de ses caféiers, législation du travail de plus en plus complexe, comptabilité pénible devant une administration de plus en plus tatillonne. Le P. Vautrin recevait bien et les confrères de la plaine se faisaient une joie d'aller se refaire le physique et le moral à la fraîcheur de High Fields. Mais le P. Vautrin, lui, ne se détendait pas. Consciencieux jusqu'à la minutie et au scrupule, il tendait à se perdre dans les détails et à dramatiser les problèmes. Sa santé physique et mentale en vint à en être affectée et il rentra en France en congé maladie en octobre 1957.

     

    Il ne retournera plus en Inde. Deux ans de séjour chez un frère à Thaon‑les‑Vosges le remettent en forme. En 1960, il est suffisamment rétabli pour se mettre à la disposition du diocèse de Nancy où il est affecté à la paroisse de Domjevin dont il gardera la charge jusqu'en 1976. En décembre 1975, il se casse le col du fémur. Une opération suivie de rééducation le remet plus ou moins en jambes mais des complications dermatologiques et intestinales l'obligent à prolonger son hospitalisation. Finalement, en juillet 1976, le vicaire épiscopal lui conseille de se retirer, ce qu'il fait, écrit‑il au Supérieur Général, "le cœur bien gros après 15 ans passés à Domjevin". Il se retire donc à la Villa Saint-Pierre Fourier, maison de retraite du clergé de Nancy. Petit à petit, il baisse. Il finit par perdre la mémoire, sauf pour un éclair de joie luisant dans ses yeux quand un confrère de l'Inde passe lui rendre visite et lui parle de Salem. Il meurt le 13 mars 1996. Sa vie sacerdotale avait été à peu près régulièrement divisée en trois parties : 19 ans en Inde, 18 ans en service au diocèse de Nancy et 20 ans à exercer le ministère de la prière et de la souffrance en maison de retraite. Comme il l'écrivait au Supérieur Général à l'occasion de la nouvelle année de 1976, "Voilà 18 ans que j'ai quitté l'Inde ; je ne suis pas encore complètement habitué ici. Que de fois ma pensée se tourne vers Salem et le pays tamoul ; j'ai dans mes livres le Nouveau Testament en tamoul que je relis encore souvent. Chaque samedi, j'ai un chapelet spécial pour ma mission et un autre pour toutes nos missions".

     

    • Numéro : 3616
    • Pays : Inde
    • Année : 1938