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Henri VASSELON (1854-1896)

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    « Henri Vasselon naquit le 1er avril 1854, à Craponne, chef-lieu de canton situé à l’extrémité septentrionale du département de la Haute-Loire, sur les limites du Puy-de-Dôme et de la Loire.

    « Son père, Antoine Vasselon, qui exerçait l’humble profession de boisselier, était en même temps employé à l’église: il louait, chaque dimanche, les chaises de la fabrique. C’était un homme d’une intelligence simplement ordinaire, mais d’une probité à toute épreuve.

    « Sa mère, Isabelle Clavel, personne très intelligente et très pieuse, était petite-fille de Jean-Baptiste Clavel et de Catherine Boutin et petite-nièce de l’abbé Antoine Clavel, trois martyrs de la grande Révolution française. L’abbé Clavel, prêtre des plus instruits et des plus zélés, vicaire de sa paroisse natale, ne prêta aucun des serments schismatiques exigés des prêtres, sous peine, suivant leur âge, de réclusion, de déportation et même de mort. Il fut surpris par les révolutionnaires le 30 prairial an III (19 juin 1794), dans la maison paternelle où il se cachait, au village d’Ollias. Ce petit village couronne un monticule qui s’élève au couchant et à quelques pas de Craponne. Arrêté avec Jean-Baptiste, son frère, Marguerite, sa sœur, Catherine Boutin, sa belle-sœur, et Mathieu Ranchoux, leur domestique, il fut conduit avec eux, le lendemain, au Puy, pour y être jugé. La sentence ne se fit pas attendre : Marguerite Clavel et Mathieu Ranchoux furent acquittés et remis aussitôt en liberté. Mais condamnés à mort, l’abbé Clavel, son frère Jean-Baptiste et Catherine Boutin furent guillotinés quelques heures après la lecture du jugement. C’était le surlendemain de leur arrestation, le 2 messidor, an III (25 juin 1794).

    « Au commencement de ce siècle, plusieurs personnes de Craponne, atteintes de maladies graves, ont déclaré avoir obtenu leur guérison par l’intercession du prêtre-martyr, Antoine Clavel.

    « Henri entendit souvent raconter dans l’atelier paternel, situé derrière la cure, sous l’antique donjon des Polignac, seigneurs de Craponne, l’arrestation, l’interrogatoire et le supplice des trois martyrs de sa famille ainsi que tous les autres sinistres exploits des farouches révolutionnaires de son pays natal. Ces émouvants récits, joints aux constantes exhortations de sa sainte mère, qui ne négligeait rien pour le tenir éloigné des fréquentations dangereuses et pour ouvrir son âme aux inspirations secrètes de la grâce, donnèrent tout de suite à sa vie une direction vraiment sérieuse.

    « Un prêtre vénérable, M. Chambouvet, ancien vicaire de Craponne, aujourd’hui curé de l’importante paroisse de Saint-Georges-Saint-­Régis, dite du collège, au Puy-en-Velay, nous disait dernièrement qu’il avait préparé le jeune Henri à sa première communion. Dès qu’il le vit à ses catéchismes, il fut frappé de son maintien. Cet enfant à l’air grave, d’un sérieux au-dessus de son âge, n’avait pas l’air d’écouter ; ses regards se fixaient toujours sur un point à droite ou à gauche : il paraissait étranger à ce qui se faisait autour de lui. Lorsque l’excellent catéchiste le voyait en particulier, il le trouvait froid, réservé, très peu communicatif, il se demandait si ses bienveillantes paroles trouvaient le chemin de son cœur.

    « Heureusement, le grand moraliste a eu raison de dire, et Henri en fut une preuve, qu’il ne faut pas juger des gens sur l’apparence. Quand l’enfant était interrogé sur la lettre du catéchisme, sa mémoire ne lui faisait jamais défaut, sa récitation était sûre et parfaite ; quand il était appelé à répéter une explication déjà donnée sur un point de la doctrine chrétienne, il montrait par ses réponses qu’il avait bien écouté, bien compris et bien retenu ; il montrait une intelligence peu ordinaire et un rare bon sens.

    « Henri se prépara ainsi, non seulement par l’étude des mystères de la religion, mais encore par une piété éclairée, sincère, profonde, à approcher pour la première fois de la sainte table et à goûter les ineffables délices que les âmes pures trouvent dans l’auguste sacrement de l’Eucharistie.

    « Après sa première communion, ses parents, sa mère surtout, petite-nièce, comme nous l’avons dit, d’un prêtre qui avait versé son sang pour la foi, et proche parente d’un autre prêtre vénérable, aumônier des religieuses de Fontevrault, à Brioude, le crurent appelé à grossir les rangs de la tribu sacrée. Ils prièrent donc un ancien vicaire de Craponne qui, retiré du saint ministère, avait voulu passer les dernières années de sa vie dans cette ville, de lui enseigner les premiers éléments du latin. M. Brenas, c’était le nom de ce prêtre, se rendit à leur désir : il prit avec lui Henri Vasselon, en même temps que plusieurs autres enfants. Il le garda peu de temps, mais il put, grâce aux heureuses dispositions de son élève, l’envoyer bientôt dans une classe relativement avancée.

    « Henri alla continuer ses études de latin au petit séminaire de la Chartreuse, près Le Puy. Entré en cinquième, au mois d’octobre 1867, il occupa dans cette classe un assez bon rang : il était à la fin de l’année dixième en excellence et son nom figurait trois fois dans le palmarès. Mais, l’année suivante, il se releva considérablement : il fut sixième en excellence et il obtint neuf nominations, parmi lesquelles trois prix. En humanités il fut second, et il garda cette place jusqu’à la fin de ses études.

    « Au témoignage de ses maîtres et de ses condisciples, Henri Vasselon fut toujours excellent camarade, élève très studieux et très docile ; il montra dans tous ses travaux d’écolier un esprit judicieux et une intelligence des plus lumineuses. Sous le rapport du caractère, il rappelait aux uns Justum ac tenacem propositi virum d’Horace ; il était, suivant d’autres, comme saint Thomas d’Aquin, le bœuf muet qui devait être un jour, non pas un docteur angélique, mais l’ange préposé à la garde d’une jeune église catholique fondée en plein paganisme.

    « Comme tous les bons élèves, le futur évêque d’Osaka voua à la Chartreuse où il fit ses études, à tous ses condisciples, à tous ses maîtres, à son directeur spirituel en particulier, un attachement et un dévouement inébranlables qu’il leur garde intacts dans le ciel ! »  (Ces pages intéressantes sur l’enfance et la jeunesse de Mgr Vasselon nous ont été gracieusement envoyées par M. l’abbé R. Pontvianne, professeur au petit séminaire de la Chartreuse.)

    À la fin de sa philosophie, le jeune Vasselon sollicita son admission au Séminaire des Missions-Etrangères où il entra le 23 sep­tembre 1873. Après y avoir passé près de quatre années pendant lesquelles il développa et mûrit, sous l’action de la grâce, les belles qualités qu’il avait déjà montrées au petit séminaire, il fut ordonné prêtre le 22 avril 1877 et partit le 17 mai suivant pour le Japon Méridional. Plus tard, quand fut formé le Vicariat apostolique du Japon Central, il exerça le saint ministère dans cette nouvelle mission dont il devait devenir le supérieur et où il est décédé le 7 mars 1896.

     

    « Il y a déjà plusieurs mois, nous écrivait à la date du 1er juin le successeur du regretté prélat, que ce coup foudroyant est venu nous frapper et cependant l’impression, non seulement de regret et de douleur, mais de véritable consternation, dure toujours. Nul de nous ne peut se faire à la pensée que notre évêque si jeune, si doux et tant aimé, n’est plus là, et qu’il ne servirait de rien d’aller frapper à la porte de sa pauvre chambre. Car aller frapper à cette porte était pour tous une vraie fête du cœur. On savait que l’accueil serait réconfortant, parce qu’il serait simple, cordial, fraternel, avec ce je ne sais quoi d’aimable et d’attachant qui se dégageait de son sourire, du sourire d’une belle âme. C’est à dessein que j’ai employé le mot fraternel, voici pourquoi. Le jour de son sacre, il nous avait tous réunis pour nous donner sa première bénédiction de père et à cette occasion : « Dorénavant, je serai encore plus confrère que par le passé, si c’est possible », nous dit-il. Et ce n’était pas là une simple manière de parler ; c’était le désir, le besoin de son cœur, comme la suite le prouva bien. Dans cette âme forte et simple, les honneurs de l’épiscopat n’avaient produit d’autre changement que la résolution fermement tenue de se montrer toujours forma gregis ex animo.

    « Au reste, il avait été formé à trop bonne école pour ne pas devenir l’évêque qu’il fallait à notre mission d’Osaka. Il avait été ordonné prêtre par Mgr Petitjean, de vénérée mémoire, et il était arrivé en mission à sa suite. Pendant le voyage, le Vicaire apostolique avait pu apprécier tout ce qu’il y avait de vertu solide, de talent et d’aménité chez son jeune missionnaire. Aussi, arrivé à Osaka, voulut-il le garder auprès de lui pour l’initier lui-même à la vie apostolique et lui donner les premières leçons de langue japonaise.

    « Après environ un an il fut chargé d’enseigner le latin à quelques élèves, et c’est un de ces latinistes que, peu de mois après son sacre, Mgr Vasselon eut le bonheur d’ordonner prêtre, le premier prêtre indigène de notre Mission,

    « À l’époque du séjour de Mgr Petitjean à Osaka, les missionnaires étaient encore peu nombreux et ne pouvaient guère occuper que les ports ouverts aux étrangers. Les voyages dans l’intérieur étaient rares. Dans la partie du Japon qui forme aujourd’hui la Mission d’Osaka, les travaux d’évangélisation ne s’étaient pas étendus au delà de Kioto. Quelques années à peine s’étaient écoulées depuis que l’exil des chrétiens avait pris fin, et il eut été difficile de tirer des passeports de voyage le parti qu’on en tire aujourd’hui. Les moyens de communication étaient lents et difficiles.

    « Vers la fin de 1879, un Japonais vint un jour frapper à la porte de la Mission. « Qui êtes-vous ?— D’où êtes-vous ?— Que voulez-vous ? » A ces questions qu’on lui posa, il donna son nom et celui de son pays. Il était d’Okayama, ville située à 50 lieues d’Osaka et il venait demander un professeur de français pour une école qu’il se proposait d’établir dans sa ville natale. Il offrait de contracter un engagement pour trois ans pendant lesquels le missionnaire catholique aurait droit de résidence à Okayama.

    « Mgr Petitjean vit dans cette démarche du païen japonais le doigt de la Providence ouvrant, au moyen de la langue française, la voie à l’Evangile dans une province qui avait donné à l’Eglise l’illustre martyr Jacques Kizayemon. Cependant la loi de crainte durait en­core et il fallait un homme prudent, capable de se concilier les bonnes grâces de tous et de prendre racine dans le pays. Cette considération domina le sentiment qui portait l’évêque à garder son cher missionnaire auprès de lui, et son envoi fut décidé. Mgr Cousin, à cette époque-là provicaire du Japon Méridional, alla voir sur place quelles étaient les garanties présentées par le Japonais. Ces garanties furent jugées suffisantes, et M. Vasselon s’installa à Okayama. Il était le premier de notre mission qui allât habiter au loin dans l’intérieur.

    « Cette première installation était bien rudimentaire ; mais l’apôtre sut tout souffrir en patience et simplicité, et les succès ne tardèrent pas à venir, peu bruyants, mais sérieux. Les confrères qui eurent successivement l’occasion de lui rendre visite, furent frappés de la paix et de l’affabilité qui régnaient dans son intérieur. C’était une pauvre maison japonaise. Le propriétaire, un vieillard, y demeurait aussi, et il ne tarda pas, au contact du missionnaire, à devenir fervent chrétien et à aimer M. Vasselon un peu comme son fils, tout en le vénérant comme son père spirituel. C’était touchant de voir combien continuelles et délicates étaient les attentions de ce bon vieillard pour le prêtre que Dieu lui avait envoyé comme locataire !

    « Après la mort de Mgr Petitjean, en 1885, Mgr Cousin, qui venait d’être nommé vicaire apostolique du Japon Méridional, se hâta de rappeler M. Vasselon auprès de lui, à Osaka, pour en faire son confident et son conseiller. La Providence l’initiait ainsi à la science de l’administration, d’autant plus que Mgr Cousin devant partager sa sollicitude entre les deux parties de sa Mission, Nagasaki et Osaka, tenait à voir dans ce dernier poste qu’il avait fondé lui-même et administré pendant 18 ans, un homme en qui sa confiance pût se reposer.

    « En 1888, le Japon Méridional fut divisé et une nouvelle Mission fut formée, qui s’appela le Japon Central, Mgr Midon en fut nommé Vicaire apostolique et l’un de ses premiers actes fut de s’adjoindre M. Vasselon comme provicaire. Quelque temps après, quand la cons­truction de la belle église de Kioto était déjà commencée et que M. Compagnon fut rappelé en France, ce fut encore M. Vasselon que le Vicaire apostolique envoya présider à l’achèvement des travaux et administrer ce poste considérable.

    « Dans sa nouvelle situation, le jeune provicaire déploya ses qualités aimables d’esprit calme, de zèle éclairé et de bonté d’âme qui le faisaient estimer et chérir de tous, missionnaires et chrétiens. Aussi quand la nouvelle de la mort inopinée de Mgr Midon vint nous surprendre et nous attrister, il n’y eut aucune incertitude dans les esprits touchant le choix du successeur. Le télégramme du mois d’août 1893, annonçant la nomination de Mgr Vasselon ne fit que combler une attente et la joie fut d’autant plus profonde et sincère qu’il s’y ajoutait un long espoir. Monseigneur n’avait que 39 ans et sa constitution ne semblait pas maladive.

     

    Après les nombreux et rapides changements survenus en quelques années dans cette partie du Japon, nous allions enfin voir s’ouvrir l’ère de longs travaux dans le calme. Hélas ! les voies de Dieu ne sont pas celles de l’homme. Trop souvent le pourquoi des événements nous échappe, surtout quand l’âme est encore voilée de tristesse : nous n’avons qu’à adorer et rassembler toutes les énergies de notre foi et de notre espérance pour prononcer le Fiat de l’abandon à la volonté du Père céleste. Les jours de l’administration de Mgr Vasselon ont été bien courts ! Toutefois ils furent bien remplis.

    « Les fêtes du sacre étaient à peine finies qu’il commençait déjà ses tournées pastorales pendant lesquelles il était tout à tous. Sa science profonde de la langue et des mœurs  japonaises le mettait à même de juger sainement et rapidement de l’état d’un district. Pendant les courtes années de son épiscopat, il a visité tous les postes de son diocèse et quelques-uns même plusieurs fois : aussi comme il connaissait bien le champ dont il avait la garde ! En outre, la question financière avait été, dès le début, l’objet de sa préoccupation. Mgr Midon avait été surpris par la mort, au moment où son zèle venait de mener à bien quelques entreprises qui étaient nécessaires, il est vrai, mais aussi très lourdes pour la caisse de la Mission. Grâce à la sage administration de Mgr Vasselon, nous demeurons toujours pauvres, mais, du moins, il n’est plus nécessaire de recourir à l’emprunt.

    « La vie privée du prélat, du reste, explique bien la sagesse de l’administrateur ; sa piété se répandait peu au dehors, mais elle était sérieuse, régulière, et venait du fond de l’âme. Depuis surtout qu’il était évêque, il récitait son bréviaire avec lenteur et application, et il était facile de voir quel goût il trouvait à cette prière par excellence. Il appartenait à l’Association des Prêtres Adorateurs et, soit dans sa résidence, soit dans ses tournées, il était fidèle à son heure d’adoration. La mort pouvait venir soudaine, elle le trouverait prêt.

    « Il faisait comme d’habitude, avec calme, suaviter et fortiter, son devoir quotidien. Le vendredi, 6 mars, il s’était confessé ; le lende­main, il vaqua à ses occupations habituelles. Rien ne faisait présager, ni à lui-même ni aux autres, une fin, hélas ! si proche. Vers 4 heures de l’après-midi, il se rendit à l’orphelinat des filles pour entendre les confessions des Religieuses. Quand il repartit, celles-ci furent cependant frappées de sa démarche et de ses gestes incertains : le pauvre évêque s’appuyait aux murailles. La distance de là à la Mission n’est pas grande, il put rentrer à pied et envoya M. Cettour, le confrère nouvellement arrivé, donner le salut à l’Orphelinat.

    « M. Cettour étant revenu vers 6 heures moins le quart, il alla, comme tous les jours, prendre sa leçon de japonais chez Monseigneur. Cette leçon fut donnée avec difficulté. La parole était embarrassée, parfois inintelligible. A 6 heures, M. Daridon vint pour affaire ; il remarqua l’air ému du jeune missionnaire qui, ne soupçonnant pas la gravité de la situation, faisait répéter ce qu’il n’avait pas saisi. Vaille que vaille on arriva au bout ; il était environ 6 heures 20 minutes. Monseigneur remercia M. Cettour d’un travail de copie que celui-ci avait fait et, péniblement, s’appuyant de toutes ses forces à son bureau, il se leva et reconduisit le Père jusqu’à sa chambre, de l’autre côté du corridor. A l’entrée, il prononça ou plutôt essaya de prononcer quelques paroles ; en outre le geste devint si vague et si tremblant, le visage si coloré, que le missionnaire fut effrayé et lui dit, mais toujours sans se rendre compte de l’imminence du danger : « Vous paraissez fatigué, Monseigneur, il serait peut-être bon de vous reposer dans votre chambre. » Immédiatement l’évêque retourna chez lui et le Père commença la récita­tion du bréviaire.

    « Dès les premiers versets, il entend un grand bruit dans la chambre de Monseigneur, il accourt et le trouve tombé à la renverse. Il s’ap­proche et questionne, pas de réponse : l’usage de la parole est perdu ; de plus, le côté droit du corps est inerte. L’évêque peut cependant s’aider de son bras gauche passé autour du cou du Père, quand celui-ci le soulève pour l’asseoir sur un fauteuil. M. Daridon, appelé aussitôt, trouve le vénéré malade regardant tranquillement, la main gauche libre, mais la langue tout à fait paralysée. Les deux Pères le transportent sur son lit et l’avertissent qu’ils vont faire venir un médecin, il fait de la tête un signe d’adhésion. Il n’y a pas de docteur européen à Osaka ; mais plusieurs excellents médecins japonais donnent leurs soins aux orphelines élevées par les Religieuses. C’est à eux qu’on a recours. Les trois premiers qu’on envoie chercher, sont absents ; un quatrième est chez lui et vient immédiatement ; mais toutes ces courses avaient pris du temps et l’attaque avait fait des progrès rapides. Le médecin ne put que constater un terrible épanchement au cerveau. Il n’y avait plus d’espoir !

    « M. Daridon avertit aussitôt Monseigneur qu’il va lui donner l’abso­lution et l’extrême-onction, mais le prélat ne donnait plus signe de connaissance. Après l’application de l’indulgence plénière, on commence la récitation des prières des agonisants, et dès le com-mence­ment des litanies Mgr Vasselon rend le dernier soupir. Il était 8 heures et demie du soir. Né le 1er avril 1854, l’évêque d’Osaka, n’avait pas accompli sa quarante-deuxième année !

    « Quand le médecin avait fait connaître la gravité de l’attaque, M. Daridon avait envoyé avertir les confrères de la ville et lancé un télégramme au vicaire général, M. Chatron. Tous accoururent sur le champ, mais il était trop tard. Le lendemain était un dimanche et, afin que les chrétiens pussent avoir une plus grande facilité de prier pour le pasteur défunt, une chapelle ardente fut établie dans la cathé­drale et l’évêque, revêtu de ses ornements pontificaux, parut une dernière fois au milieu de l’assemblée des fidèles. Il y eut beaucoup de larmes et surtout des prières continuelles jusqu’au mardi. Dès le dimanche, des télégrammes sans nombre nous apportaient des condoléances de toutes les parties du Japon. Le mardi, à 9 heures du matin, eut lieu le service solennel des funérailles. Comme Osaka ne possède pas de cimetière convenable pour les Européens, l’inhumation devait avoir lieu le lendemain à Kobé. Le vice-consul de France, empêché, se fit représenter par son chancelier,et plusieurs catholiques tinrent à honneur de venir jusqu’à Osaka, donner à l’évêque un témoignage de leurs regrets et de leur douleur. La cathédrale était trop petite pour contenir la foule des chrétiens de la ville et des stations voisines qui avaient envoyé des délégués. Mais surtout notre consolation à tous fut bien profonde à l’arrivée du vénérable Mgr Osouf qui, ne tenant compte ni de son âge ni des fatigues d’un long voyage en chemin de fer, ne se souvint que de ses devoirs de métropolitain et spontanément voulut bien venir officier pontificalement aux obsèques de son jeune suffragant, un suffragant qu’il venait de sacrer.

    « Dans l’après-midi du mardi, le corps, mis en bière, fut transporté en chemin de fer à Kobé et le lendemain, mercredi 11 mars, eut lieu le service solennel d’enterrement. Mgr Osouf voulut bien pontifier de nouveau. Trois confrères de la Mission de Tokio, un de celle de Hakodaté étaient venus témoigner de la sympathie que ces Missions éprouvaient pour notre deuil. Tous les catholiques de Kobé se firent un devoir et un honneur d’assister à la cérémonie, car, malgré ses apparences pleines de réserve, l’évêque qu’on venait de perdre était très populaire.

    « Mgr Vasselon alla ainsi, accompagné de tous ses missionnaires, prendre possession de sa dernière demeure, au magnifique cimetière de Kobé. C’est là qu’il repose, in spem resurrectionis, à l’ombre de la croix et des grands pins aux longues branches pendantes qui semblent pleurer sur les tombes qu’elles abritent ! »

     

     

     

     

    • Numéro : 1338
    • Pays : Japon
    • Année : 1877