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Léon VANPEENE (1884-1963)

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    Léon, Gabriel, Joseph Vanpeene est né le 28 mars 1884 à Dunkerque, dans la paroisse Saint-Martin. De 1891 à 1901, il fit de brillantes études au collège Notre-Dame des Dunes ; il en sortit avec son diplôme de bachelier. Il entra au grand séminaire de Cambrai en 1901 et fut tonsuré la fin de sa première année, le 28 juin 1902. A la rentrée suivante il se retrouvait à Notre-Dame des Dunes comme professeur, charge qu’il conserva trois ans. C’est pendant sa deuxième année de grand séminaire à Cambrai, en 1906, qu’il demanda à être admis aux Missions Etrangères de Paris, et le 14 septembre 1906 il entrait au séminaire de la rue du Bac. Il fut appelé aux ordres mineurs en 1907, reçut le sous-diaconat à la fin de cette même année et fut ordonné prêtre le 27 septembre 1908. Affecté à la mission de Mysore (Inde), il s’embarqua à Marseille en décembre 1908.

     

    Si le jeune Vanpeene s’était vu, dans ses rêves d’enfant ou de jeune homme, occupé à de grandes chevauchées missionnaires, il aurait été bien déçu par la réalité, car durant toute sa vie apostolique il n’eut que deux résidences, l’une regardant l’autre à travers un carrefour de rues, en plein milieu de la ville de Bangalore : d’abord le Collège, puis la paroisse Saint-Patrick.

     

     

    LE COLLÈGE

     

    Dès son arrivée à destination en janvier 1909, il reçut comme premier poste le collège Saint-Joseph de Bangalore. Fondé soixante ans plus tôt sous la forme imprécise d’une école à tous usages, ce collège s’était lentement spécialisé. Il avait vu partir d’abord les séminaristes, puis les orphelins et avait alors limité son activité à l’enseignement de l’anglais. En janvier 1909 il était devenu une école secondaire en plein épanouissement et songeait à une section d’enseignement supérieur qui disposait déjà de deux salles.

     

    Le premier soin du jeune Père fut de bien apprendre l’anglais et il réussit rapidement à acquérir une maîtrise parfaite de cette langue. Ensuite il se lança, par devoir et par goût, dans l’enseignement de la physique ; ses autres spécialités étaient le chant, pour lequel il avait une belle voix chaude et « glorieuse », et la musique dont il appréciait religieusement les grands chefs d’œuvre classiques et qu’il jouait lui-même sur les orgues du collège avec un rare talent. Cinq ou six ans se passèrent ainsi sans incident notable.

     

    Mais la première guerre mondiale avait éclaté, imposant bien des embarras et contraignant à bien des ajustements. Pour ajouter aux difficultés, le P. Froger, Recteur du collège, mourut. Et c’est le P. Vanpeene qui, à 32 ans, fut désigné pour le remplacer. Il n’avait pas encore beaucoup d’expérience, mais il avait ce génie qui ne s’épanouit vraiment qu’au moment où les obstacles s’accumulent. Et ces obstacles étaient nom­breux. Il y avait d’abord le corps professoral qui était réduit, car les besoins dévorants des diverses organisations de guerre avaient coupé court à tout envoi de nouvelles recrues de France. Il y avait aussi les fonds qui s’épuisaient rapidement alors que le coût de la vie montait en flèche, sans espoir d’y remédier comme par le passé en faisant appel aux bienfaiteurs d’Europe. Par dessus tout il y avait un certain esprit d’indiscipline qui se faisait sentir parmi les élèves, contrecoup évident de l’inquiétude du monde entier. C’est alors que le nouveau Recteur donna toute sa mesure. Sa taille l’avantageait : ses élèves l’appelaient « la Quille » à cause de sa droiture physique, de la coupe étroite de sa soutane et des bords plats de son casque colonial. Mais ce qui le caractérisait le plus c’était son inflexible droiture morale, son aspect froid, distant, la pleine maîtrise de soi. Il parlait peu, ne se fâchait pas ; il n’intervenait que rarement, sans avoir besoin d’enfler la voix ou de menacer. Il prenait son temps — d’aucuns disaient même qu’il le prenait trop — pour réfléchir avant de décider ; mais on savait qu’il ne reviendrait jamais sur une décision prise. Aussi impressionnait-il fortement son petit monde de collégiens. Si un professeur avait maille à partir avec ses élèves, le Recteur n’avait qu’à paraître pour que l’ordre fût rétabli. Dans ces conditions, l’esprit d’indiscipline ne tarda pas à céder et fondit comme neige au soleil. En même temps il engageait plusieurs maîtres laïcs, réorganisait les finances et arrivait même à faire des économies. Bien vite le collège vit s’accroître le nombre des élèves et de brillants succès furent obtenus aux examens. En 1920, il put orienter son activité vers le développement de la section universitaire, pour laquelle il fit aménager tout un étage nouveau à la place des deux salles qui jusque là lui étaient réservées C’est aussi vers cette époque que furent entrepris les premiers travaux pour la construction d’un bâtiment spécialisé qui comprendrait plus tard trois sections d’études supérieures groupant plus de 2.000 élèves et jouirait d’une réputation méritée à travers l’Inde entière.

     

    Le P. Vanpeene resta au collège jusqu’en 1926. Tout ce qu’il avait entrepris pour la bonne marche et la réussite de cette institution eurent pour résultat de l’y attacher par toutes les fibres de son âme. Mais s’il eut beaucoup de peine à quitter « sa maison », il le fit totalement. Tout autre que lui aurait peut-être été tenté de profiter de sa longue expérience pour chercher à influencer les décisions toutes nouvelles de son successeur. Lui, au contraire, se montra toujours d’une discrétion et d’une loyauté parfaites, venant à l’aide de qui venait à lui, mais se gardant jalousement de tout ce qui aurait pu tant soit peu amoindrir l’autorité du nouveau supérieur.

     

     

    LA PAROISSE SAINT-PATRICK

     

    Pourtant il ne s’éloignait guère de son collège ; il n’avait même pas à changer de rue pour passer à la paroisse cathédrale Saint-Patrick, la plus importante alors de la ville de Bangalore et même du diocèse. Au temps des Indes anglaises, c’était la grande paroisse blanche et durant la dernière guerre mondiale elle devait devenir, à l’arrivée des nombreuses troupes britanniques et américaines, une paroisse militaire très active. Ce fut d’ailleurs là son dernier lustre, car après la guerre, tout en demeurant la paroisse des Anglo-Indiens, elle perdit son titre de cathédrale au profit de la belle église Saint-François-Xavier qui avait été construite à proximité de l’évêché.

     

    En 1926, l’église Saint-Patrick avait eu le malheur d’être abandonnée subitement par son pasteur ; et la paroisse était complètement désemparée. C’est alors que Mgr Despatures, encore évêque de Mysore, fit appel au P. Vanpeene. La tâche était délicate ; mais la dignité de vie, la réputation du Recteur du Collège étaient assez solidement établies pour qu’on pût compter sur lui. Le travail pastoral lui était alors complètement étranger ; il le savait, mais le désir de son évêque était lui un ordre de la Providence. Grâce à son sens de la mesure, sa patience, son doigté et sa maîtrise de la langue anglaise, seule usitée dans cette paroisse, firent qu’en peu de temps fut un curé très apprécié. Le passé fut oublié, la confiance reconquise et les œuvres ne tardèrent pas à reprendre vie : école, orphelinat. Pain de Saint-Antoine Tiers-Ordre, Légion de Marie. Son amour pour la musique l’aida beaucoup à remonter une belle schola et le poussa à doter son église d’un orgue tout neuf qu’il fit venir d’Italie. On venait souvent le consulter, car on le savait d’un jugement très sûr et d’une loyauté à toute épreuve. La haute société de Bangalore le tenait en haute estime et il semblait tout naturellement fait pour s’occuper d’elle, alors qu’il aurait pu être embarrassé dans une petite paroisse de campagne. Il préparait soigneusement ses sermons : il avait quelque chose à dire et il le disait dans une langue châtiée et avec une diction parfaite. Cela ne l’empêchait pas de sentir la nécessité de donner parfois à ses paroissiens d’autres prédicateurs ou confesseurs, surtout dans les grandes occasions. Il avait alors, pour recevoir ses hôtes, une courtoisie et une affabilité de grand seigneur.

     

    Tout en gardant le soin de sa paroisse, le P. Vanpeene fut appelé à d’autres responsabilités. Mgr Despatures le nomma vicaire général en 1927 et le désigna comme Administrateur du diocèse chaque fois qu’il se rendit en Europe. Le Père fut d’ailleurs confirmé dans cette fonction d’Administrateur Apostolique par Rome après la démission de l’évêque et jusqu’à la nomination de Mgr Thomas Pothacamury au siège de Bangalore en octobre 1942. Il fut supérieur régional pour l’Inde de 1945 à 1951. Il fut ainsi mêlé aux travaux apostoliques de beaucoup de ses confrères et sentit parfois s’appesantir lourdement sur ses épaules le poids de sa charge. Mais homme de devoir, il pensait que la vraie sainteté du prêtre c’est d’accepter la tâche à lui confiée par les supérieurs, d’essayer de la remplir de son mieux et de ne confier ses soucis qu’à Celui qui seul peut donner la force de les supporter.

     

     

    LES DERNIERS TEMPS

     

    Cependant à mesure que les années s’écoulaient, ses forces fléchissaient. D’autre part le départ des Blancs avait amené un bouleversement dans sa vie et ses vieilles habitudes. Mais, optimiste malgré tout, il ne se résignait pas à réduire son activité ; peu prolixe dans ses confidences, il ne se plaignait jamais et continuait à diriger sa paroisse avec fermeté.

     

    Il le fit presque jusqu’à la fin. Cependant le jour vint où il accepta d’aller prendre sa retraite à l’hôpital Sainte-Marthe. Il était vraiment rendu. Chaque matin la célébration de la sainte messe lui coûtait plus d’efforts que la veille, et c’est très fatigué qu’il rentrait dans sa chambre, où il restait allongé toute la journée. Sur avis médical, il fut conduit à l’hôpital protestant de Vellore ; le diagnostic ne laissa guère d’espoir et le traitement de la dernière chance s’avéra inutile. Le P. Vanpeene fut ramené à Bangalore ; mais il lui fallut encore du temps pour s’avouer qu’il ne se relèverait pas. Finalement il consentit à recevoir les derniers sacrements et quelques heures avant son dernier soupir, il se déclara prêt, « autant que faire se peut », à paraître devant Dieu.

     

    Il mourut dans la nuit du 23 au 24 février 1963. Sa dépouille mortel1e fut ramenée à l’église Saint-Patrick où une foule émue vint assister à ses obsèques. De l’église au cimetière la distance n’est pas longue. Ses anciens paroissiens pourront lui faire de fréquentes visites et unir leurs prières aux nôtres pour le repos de son âme.

     

    • Numéro : 3008
    • Pays : Inde
    • Année : 1908