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Edmond VANDENBOSSCHE (1876-1905)

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    C’est à l’heure des deuils irréparables, que les cœurs brisés trouvent grande consolation à entendre faire l’éloge de leurs chers défunts. Les parents de M. Edmond Vandenbossche ont dû goûter cette consolation, à la lecture des pages écrites par Mgr Baunard, recteur de l’Université catholique de Lille, à la mémoire de l’un de ses élèves bien-aimés. C’est le pâle résumé de cette notice que nous donnons ici.

    Edmond Vandenbossche naquit à Lille (Cambrai, Nord), le 10 décembre 1876, d’une famille d’ouvriers très chrétiens. Son père, sa mère et ses deux sœurs gagnaient leur vie par un travail assidu. Dès son enfance, il fut mis à l’école des Frères, dont il fut le meilleur élève. Le Frère Justin, des Écoles chrétiennes de la rue des Sarrazins, écrivait en septembre 1887 : « C’est un enfant d’une intelligence d’élite. Il vient d’arriver premier dans tous les concours. « Il a tout ce qu’il faut pour aboutir n’importe dans quelle carrière. »

    Il entra ensuite au collège Saint-Joseph, comme élève de sixième à l’essai. Mais, dès le mois de janvier de la première année scolaire, il primait déjà tellement ses condisciples, qu’on le fit monter d’une classe. Il ne tarda pas, là encore, à se placer au premier rang, et ce rang, il ne le quitta plus jusqu’à la philosophie. Quel triomphe ce fut pour lui quand, à la proclamation du prix d’honneur, offert par l’association des anciens élèves, il s’entendit appeler par le supérieur, qui se leva tout ému pour le serrer dans ses bras, aux acclamations sympathiques de toute l’assemblée !

    Pour se présenter au baccalauréat, il dut obtenir une dispense d’âge. Ce premier examen devant la Faculté fut si brillant, que l’un des examinateurs voulut l’accompagner à chacun des bureaux et, après lui avoir annoncé qu’il était reçu avec la meilleure note, c’est-à-dire la mention très bien, il ajouta : « Monsieur, vous devez aller à l’Ecole normale supérieure », Vandenbossche ne répondit pas : il aspirait déjà à une autre gloire qu’à celle des lettres.

    Ses études terminées, il alla faire une retraite à Mouvaux, pour y décider, devant Dieu, de sa voie et de sa vie. Il se crut appelé à devenir missionnaire. « Je quitte Mouvaux le cœur  content, écrit-il à son oncle maternel, curé de Houplin. Je sais où je dois aller.»

    Bachelier à seize ans et demi, il consacra son temps à préparer sa licence ès lettres, qu’il regardait sans doute, par ce temps d’éducation à outrance, comme un utile instrument pour son futur ministère.

    Le sacrifice que le bon Dieu lui demandait était grand. Il aimait tendrement sa famille qui le considérait comme son futur soutien. Avec sa belle santé, son caractère plein de gaîté et des talents exceptionnels, toutes les carrières lui étaient ouvertes et, quel que fût son choix, il avait droit d’espérer un brillant avenir. D’un autre côté, quitter ses parents, c’était les abandonner à leur petite vie, tant qu’ils auraient en partage l’âge et la santé ; et pour leurs vieux jours, la misère peut-être.

    Son oncle curé, qui, lui aussi, avait eu des vues sur son cher Edmond, et qui se plaisait à le regarder comme son futur bras droit en attendant sa succession, fut l’ange consolateur de la famille. Ces braves chrétiens comprirent que Dieu parlait ; ils pleurèrent et se turent.

    Le 11 octobre 1895, M. Vandenbossche entra tout joyeux au séminaire de Bièvres ; et, pour consoler ses bien-aimés parents, il leur écrivit fréquemment, ne cessant de leur parler de son bonheur. Lui-même, en écoutant l’histoire intime de plusieurs aspirants qui se trouvaient dans des circonstances de famille analogues aux siennes, et les paroles pleines de foi de ses supérieurs, prenait courage pour surmonter ce qu’il appelait « des faiblesses ».

    Il fit son service militaire dans le 16e bataillon de chasseurs à pied, en garnison à Lille ; ce qui lui permit de rendre à ses chers parents des visites quotidiennes. La vie de caserne n’entame ni sa vertu ni sa gaîté. Sous son uniforme bleu marin, le petit chasseur se fait le bon ange de ses camarades. Ayant confié à l’un d’entre eux qu’il allait se faire missionnaire et s’en aller bientôt au bout du monde, celui-ci lui dit naïvement : Oh ! que vous devez être joliment payé pour cela. — Je crois bien, répondit Edmond ; j’en serai payé par le sacrifice de ma famille, de mon pays, de mon bonheur dans le monde, et peut-être par le martyre. » L’autre en fut renversé : « Mais c’est un miracle, cela ! » Il disait vrai. L’année suivante, le camarade faisait savoir à Edmond que lui, qui ne pratiquait plus, venait de faire ses pâques, en souvenir de ce qu’il avait vu et entendu du soldat missionnaire.

    De retour au Séminaire de la rue du Bac, l’aspirant se remit avec amour à l’étude de la théologie. Il avait le travail facile, une intelligence claire et remplissait ses devoirs simplement, sans ostentation, ne laissant jamais soupçonner ses succès antérieurs, pratiquant la maxime : Ama nesciri et pro nihilo reputari.

    Enfin, le 24 juin 1900, il recevait l’onction qui fait les prêtres et, quelques jours après, il était au milieu de sa famille tant aimée, à laquelle il faisait ses adieux les plus tendres, donnant à tous rendez-vous au ciel.

    « Je n’ai guère de chance d’aller en Chine, avait-il écrit quelques mois auparavant. Mon « titre de licencié pourrait bien me valoir un simple poste de professeur au Japon ou dans « l’Inde. J’avoue pourtant qu’en prenant la soutane, je ne m’attendais pas à l’user dans une « chaire de professeur. À vingt ans, on rêve quelque chose de plus héroïque que cela ! »

    C’est au Maïssour qu’il fut envoyé. À peine arrivé à Bangalore, chef-lieu de la mission, il fut placé à la paroisse Saint-Joseph, où il se mit à apprendre le tamoul.

    Mgr Kleiner le nomma ensuite curé de Balaghat, aux mines de Kolar. C’était enfin la vie de mission : étude des langues tamoule, anglaise et italienne ; de pauvres travailleurs pour fidèles ; un étroit presbytère ; la peste, la fièvre et le choléra régnant un peu partout dans ce vaste camp de mines ; des courses à bicyclette tous les jours. Comme il se trouve heureux, au milieu de ses travaux, de pouvoir faire du bien aux malheureux et gagner des âmes à Jésus-Christ !

    L’année 1901 s’achevait dans ces travaux ; quand, à la fin d’une retraite des missionnaires, M. Vandenbossche se vit nommé professeur au collège Saint-Joseph à Bangalore. Ce qu’il avait appréhendé depuis longtemps, lui arrivait. Il quitta avec soumission « la bonne part, la vie au grand air » pour étudier de nouveau et enseigner.

    Il apprit avec un chagrin immense la mort de sa mère, l’affaiblissement de la santé de son père, lequel faisait vivre la famille. Par des lettres pleines de foi et d’affection filiale, il consolait ce bon père et sa sœur, leur apprenant à convertir toutes ces épreuves en mérites pour le ciel. Il devint même la providence de ce pauvre père infirme, veuf, sans ressources ; il lui fit parvenir des secours, pris sur son épargne ou dus à la générosité de ses confrères.

    Au collège, il ne trompa point l’attente de ses supérieurs. Il devint bientôt, grâce à son travail et à ses aptitudes, un excellent professeur ; il eut aussi bien vite gagné l’affection des enfants pour qui il savait se montrer indulgent. Il avait l’esprit large, et il comprenait que la discipline méticuleuse d’un collège de France n’était pas un idéal applicable dans tous les pays et dans toutes les circonstances. Plus d’un de ses élèves a regretté non seulement le brillant professeur, mais surtout l’ami généreux, qui, souvent, pour l’aider, sut saigner sa bourse, pourtant bien réduite.

    Quand la nouvelle qu’il était à l’agonie vint nous surprendre comme un coup de foudre, les enfants, qui se trouvaient alors en récréation, se rendirent tous à la chapelle, de leur propre initiative, afin d’essayer de toucher la miséricorde divine à son égard. Hélas ! il fallut se soumettre au décret de la Providence, et renoncer aux espérances que donnait cette intelligence d’élite.

    Le 14 mars, une fièvre légère s’emparait de M. Vandenbossche, et, quoiqu’elle ne présentât aucun symptôme alarmant, pour plus de sûreté on le conduisait à l’hôpital Sainte-Marthe, dans l’espoir que les soins empressés du docteur et des religieuses le remettraient à flot. Pendant quelques jours, la fièvre ne le quitta point ; mais elle ne devint jamais très forte, et personne, pas même le docteur, ne soupçonnait qu’il y eût le moindre danger. Le matin du 19 mars, on trouva notre cher confrère sans connaissance. Une pneumonie galopante s’était déclarée, avec épanchement au cerveau. Le médecin jugea aussitôt qu’il n’y avait plus d’espoir, et, à partir de ce moment, le pauvre malade ne cessa de décliner. Il rendit son âme à Dieu, le lendemain 20 mars, à 6 h. ½  du matin.

    Dieu appelle ses serviteurs à la récompense quand il Lui plaît. Courbons la tête sous la main du Tout-Puissant, et, si grande que soit notre douleur devant la disparition soudaine d’un jeune frère d’armes, disons quand même : Fiat voluntas tua !

     

     

    • Numéro : 2495
    • Pays : Inde
    • Année : 1900