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Gaston VANDEMPETRY (1891-1927)

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    Gaston-Gabriel-Charles Vandempétry naquit à Paris, le 15 août 1891. Orphelin de bonne heure, il n’eut pas la consolation de connaître les joies de la famille. Il fut élevé à l’orphelinat de Montferroux-Méplier, diocèse d’Autun, et il en garda toujours un souvenir reconnaissant. Une dame de Paris s’intéressa au jeune garçonnet à la mine éveillée et intelligente. Grâce à son aide généreuse, le petit Gaston put faire de bonnes études secondaires et entrer au grand séminaire d’Autun. Il se classa vite parmi les premiers de son cours : c’est ainsi qu’il fut « argumentateur », c’est-à-dire chargé, en séance publique, de soutenir une thèse désignée contre quelque adversaire. Les séances durent être intéressantes car notre séminariste était d’un tempérament plutôt combatif. Cependant le désir d’entrer aux Missions-Etrangères le poursuivait constamment, mais de violents maux de tête joints à une constitution qui paraissait faible firent ajourner son admission.

    Survint la guerre. Le jeune missionnaire demanda l’autorisation de s’engager. « C’est une bonne idée, lui fut-il répondu ; si vous êtes tué, on ne parlera plus de vous pour les Missions, mais si vous supportez les fatigues de la guerre, il n’y aura plus de raison pour vous ajourner davantage. »

    Au front, le futur missionnaire se montra vaillant soldat : il devint sergent mitrailleur au 321e d’infanterie et fit partie de la fameuse division Passage, dite « La Gauloise ». Quatre belles citations attestent sa bravoure. Citons la dernière en date : « Jeune gardé extrêmement brave et plein d’allani. Le 25 septembre 1918 a pris à l’improviste le commandement d’une pièce servie par un personnel de fortune, et malgré de très lourdes pertes, a contribué puissamment à la défense de la position conquise. Blessé en combattant. » Ce jour-là en effet, il avait été blessé à la tête par une balle de mitrailleuse ; la grenade de son casque le sauva de la mort. Précédemment déjà il avait été « gazé » ; il s’en tira sans trop de peine sur le moment il est vrai, mais eut depuis lors en lui le germe de la maladie qui devait l’emporter. La guerre finie, il déposa les armes pour reprendre la vie studieuse du séminaire.

    Le voilà à Paris, au Séminaire des Missions-Etrangères ; que fait-il ? Il travaille, c’est sûr ; il a toujours aimé les sciences ecclésiastiques, surtout la philosophie et la théologie. Il doit égayer ses confrères, il n’est pas d’un tempérament morose ; bon musicien, il aime le chant, et sa voix n’est pas désagréable. Il a le culte des belles cérémonies, on le nomme cérémoniaire. Comme tel, sa tenue édifie les fidèles, nous en avons pour preuve la dédicace suivante écrite à la première page de la « Vie de Charles de Foucauld » et signée d’un nom qui appartient à l’aristocratie parisienne :

    « Au maître de cérémonies Monsieur Vandempétry, qui a aidé par sa piété à réveiller les sentiments de foi dans une pauvre âme endormie. Souvenir reconnaissant.

     

    Paris, le 14 avril 1923. »

     

    On a dit que la première intention du Séminaire de Paris était d’envoyer M. Vandempétry comme professeur dans une autre Mission que Siam : de fait, notre cher confrère était bien doué pour le professorat. Mais son état de santé ne lui permettait pas ce travail, et il fut envoyé à Bangkok où, espérait-on, le climat lui serait plus favorable.

    Il fit le voyage de Penang à Bangkok en compagnie de Mgr Lécroart,Visiteur Apostolique des Missions de l’Indochine, et arriva à destination le 19 mai 1923, veille de la Pentecôte. Dans ce pays polyglotte, chaque missionnaire doit savoir au moins deux ou trois langues ; il commença donc par étudier l’annamite à Songphinong auprès de M. Tapie, et apporta à cette étude toute son ardeur habituelle. Au bout de quelques mois il put commencer à aider pour le ministère religieux, mais sa santé restait mauvaise. Pendant ses quatre ans de vie en Mission, il fut obligé de s’arrêter bien souvent, mais il ne sut ou plutôt ne voulut jamais se soigner. Parfois il passait ses longues heures d’insomnie à l’étule de la langue annamite ou siamoise.

    Envoyé à Chanthabun comme auxiliaire de M. Peyrical, il ne put rester que quelques mois dans ce district ; l’air marin lui était contraire, et il eut plusieurs crises d’hémoptysie. Après quelque temps de repos à Bangkok, il fut envoyé en décembre 1925 à Banplaina avec M. Broizat. Là aussi il se donna tout entier à son travail, mais ses forces trahissaient son énergie. Sa santé déclinait à vue d’œil ; enfin il se résigna à entrer à l’hôpital Saint-Louis. Cette fois, disait-il, il était décidé à se laisser soigner sérieusement... néanmoins il ne laissa pas de donner plus d’une fois du souci à la Faculté et aux Sœurs qui le soignaient. Il ne voulait pas se rendre compte de la gravité de son état, et il fut grandement surpris lorsque son évêque lui parla de recevoir les derniers sacrements. S’étant ressaisi, il demanda un jour de préparation, se confessa et reçut le saint Viatique et l’Extrême-Onction avec une piété édifiante : c’était le vendredi 29 juillet. Il n’en continua pas moins de garder un espoir de guérison.

    Cependant les dernières illusions finirent par tomber, et il renouvela de grand cœur le sacrifice de sa vie, sans arrière-pensée cette fois. C’est en toute simplicité qu’il vit venir la mort, cette mort qui l’avait tant de fois frôlée de son aile sur les champs de bataille et qui venait le prendre cette fois après quatre ans seulement de Mission... Il rendit l’âme le samedi 10 septembre 1927, à six heures et demie du matin, ayant à ses côtés M. Broizat qui l’avait veillé cette nuit-là. Aux funérailles célébrées pontificalement le surlendemain lundi matin, se pressait une nombreuse assistance, désireuse de témoigner sa sympathie envers ce jeune missionnaire mort avant d’avoir pu donner toute sa mesure.

     

    Très bien doué au point de vue surnaturel, M. Vandempétry était en même temps un « bûcheur ». Il ne croyait jamais en savoir assez long pour exercer le saint ministère, et relisait assidûment sa théologie morale ; le Summarium d’Arregui l’accompagnait dans tous ses voyages, et pendant ces quatre années il l’a relu au moins trois fois, sans parler de l’étude des auteurs quand il était à la maison. Ce petit fait n’est-il pas significatif ? ... Il aimait discuter théologie ou philosophie ; il se plaisait à poser des cas de morale et à demander quelle solution pratique il fallait y apporter suivant les circonstances.

    Quoique d’un cœur sensible, il était avant tout un homme de raison. D’une nature énergique, il montrait une extrême retenue dans ses procédés avec les fidèles, et peut-être, à cause d’un certain manque de souplesse, il était plutôt craint des chrétiens. Cependant il savait recevoir les observations amicales ; aussi peut-on croire qu’avec l’âge les angles se seraient adoucis : de fait, il lui manquait l’expérience vécue de la vie apostolique. Homme intelligent, tout en nerfs et fait pour l’action, il était souvent arrêté par la maladie ; fait pour les hauteurs, il était obligé de se traîner. Est-il surprenant que la patience lui ait parfois fait défaut ?

    De cette vie si courte et qui à d’aucuns pourrait paraître sans fruits, une leçon se dégage : M. Vandempétry a souffert plusieurs années ; chaque matin il a pu s’offrir en oblation avec la Sainte Victime, et il a offert sa vie pour sa Mission. C’est là le meilleur emploi d’une vie de missionnaire ; c’est par la Croix que les âmes se rachètent. « Souffrir passe, avoir souffert ne passe pas. »

    • Numéro : 3240
    • Pays : Thailande
    • Année : 1927