Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Alain VAN GAVER (1921-1993)

Add this

    Mgr Alain van GAVER (1921-1993)

    VAN GAVER, Alain, Sauveur, Ferdinand, né le 13 février 1921 à Marseille (Bouches du Rhône), diocèse de Marseille, entré au séminaire des Missions Étrangères le 29 octobre 1938 ; ordonné prêtre le 23 décembre 1946, destiné à Lanlong (Chine) le 28 décembre 1946 ; parti pour sa mission le 29 avril 1948 ; expulsé de Chine le 1er mai 1952, revenu en France le 16 juin 1952 ; affecté à Bangkok (Thaïlande) le 2 février 1953, parti pour sa nouvelle mission le 17 avril 1953 ; nommé vicaire apostolique de Khorat le 22 mars 1965 ; démissionne le 17 juin 1977 ; retiré en Thaïlande en novembre 1987 ; rentre en France le 4 juin 1990 ; décédé le 4 mai 1993 chez les Petites sœurs des Pauvres à Marseille.

     

    Le 13 février 1921 naissait à Marseille – « à une heure de l’après-midi, pour embêter tout le monde », lui disait son père en plaisantant – un bébé de sexe masculin que l’on prénomma Alain, Sauveur, Ferdinand ; il était le fils de Ferdinand van Gaver et d’Andrée Giraud, unis devant Dieu et les hommes le 27 juillet 1918, par l’office d’un chanoine van Gaver, probablement un grand-oncle, vicaire général d’Aix. Baptisé le 17 février en l’église paroissiale de Saint-Giniez, il eut quatre sœurs et un seul frère. Leur père, docteur en médecine renommé, devint plus tard professeur à la faculté des Sciences de Marseille. Leur mère, qu’un Alain grandi et taquin appelait volontiers « la reine-mère », était vraiment la femme forte selon les Écritures, tout occupée de l’éducation de ses enfants, et les maintenant avec fermeté dans le droit chemin. La famille, lointainement originaire de Gavere, autrefois Gaver, en Flandre Orientale (Belgique), était établie sur les côtes de la Méditerranée depuis trois ou quatre siècles.

     

    Le jeune Alain fit son école primaire dans une institution marseillaise, reçut la confirmation le 25 avril 1929 à la paroisse Sainte-Marthe, et poursuivit ses études secondaires au collège diocésain du Sacré-Coeur. Rien ne semblait le prédisposer à « une vocation », et dans sa famille même il était plutôt considéré comme l’enfant terrible. C’est vers la fin des vacances qu’il se décide à écrire à Mgr Jean-Baptiste de Guébriant, en s’excusant de s’y prendre tardivement, et en expliquant le pourquoi de cette tergiversation : « La lettre ci-jointe, qui est du supérieur du pensionnat du Sacré-Cœur, où j’ai fait mes études, vous apprendra que je viens d’échouer au baccalauréat de mathématiques élémentaires au mois de juillet ». Et il paraphe sa signature en forme d’une croix potencée, ayant dès l’abord signalé qu’il faisait partie d’une troupe scoute. Au fait, le message du supérieur signale que « M. van Gaver a toujours donné entière satisfaction par son application, sa conduite, son bon esprit et sa piété », estimation que partage entièrement son directeur, l’abbé Hermellin. En conséquence, le candidat est admis en date du  27 août 1938, au lendemain même de sa lettre, et à l’âge de 17 ans et demi. Il fera une année à Bièvres.

     

    Comme l’année suivante, le séminaire avait fermé ses portes en raison de la guerre, il dut continuer sa philosophie au grand séminaire de Marseille qui s’était replié sur Aix-en-Provence. Mais en octobre 1940, les Missions Étrangères ayant rouvert leur séminaire de la rue du Bac, il vint alors à Paris et, l’année scolaire terminée, repartit tout guilleret en direction de Marseille, pour les vacances. L’épisode que voici révèle bien son caractère aventureux, son esprit épique, son tempérament le conduisant à prendre des risques, qui pouvaient mettre parfois sa vie même en péril. Le voilà, avec deux compagnons, qui traverse la ligne de démarcation pour pénétrer en zone libre. À peine y avait-il mis le pied qu’une patrouille de police, survenue ex abrupto l’interrogea et sur-le-champ l’arrêta, ayant découvert qu’à vingt ans, il n’était pas encore passé par les Chantiers de jeunesse. Il y fut enrôlé en août 1941, et envoyé au groupement 33, à Noyon, dans la Drôme, jusqu’à sa démobilisation en septembre 1942.

     

    Retour vers Paris et le séminaire où il reprend ses études. Cependant, en janvier 1943, les déportations et le travail obligatoire en Allemagne menaçant toute la jeunesse, le séminaire ouvrit ses portes pour prévenir toute descente intempestive, et les jeunes clercs s’égaillèrent chacun vers son destin. Alain arrivait donc chez lui en février 1943, au moment où son père venait de mourir. Le projet qu’il avait formé de gagner l’Espagne fit long feu, et il se mit en quête de travail pour venir en aide à sa mère. Après de multiples requêtes vouées à l’insuccès, il finit par trouver un poste de chef d’atelier en un endroit qu’il connaissait bien : Noyons, au groupement 33 des chantiers. Très rapidement après ceux-ci furent mis sens dessus dessous, l’arrestation du général de la Porte du Theil provoquant la démission de tout le personnel des cadres : celle d’Alain fut      acceptée, et cette fois il décida de s’évader par l’Espagne. En route dans les Landes, il fit étape à Gabarret pour toucher un arriéré de solde qu’il jugeait ne pas pouvoir négliger. Et c’est là qu’un beau matin de mai 1944, les « SS » lui mirent la main au collet.

     

    Il passe par les villégiatures du fort du Ha et de Mérignac, et de là en Allemagne et en Tchécoslovaquie, où il achève son périple dans une usine de montage. Jusqu’en août, quand il joue la fille de l’air ; presque avec succès, puisqu’il réussit, à plus de 1200 km de son point de départ, à gagner les abords de la frontière suisse ; il se fait malheureusement choper quand il s’apprête à l’enjamber. On ne badine pas avec ces jeux-là : d’où six semaines de camp de représailles en Autriche, à Innsbruck, suivies d’un renvoi en Tchécoslovaquie, à Karlsbad. Il n’y est pas de  cinq jours qu’il est arrêté de nouveau pour une affaire de sabotage où, apparemment, il n’était pour rien. Mais il s’est fichu dans le colimateur de la gestapo qui le tient à l’œil, et qui, pendant deux mois et demi, lui en fait voir des vertes et des pas mûres, avant d’être, en  novembre, muté à Reichenau, puis à Dachau. Noël le trouve là, interné au bloc des prêtres, souffrant du typhus, puis de la scarlatine ; il ne sera sauvé de la mort que par l’arrivée des troupes américaines du général Patton, le 21 avril 1945. Convalescence sur place aux bons soins de la Croix-Rouge, puis affectation, par la 1ère armée française, au service du rapatriement à Stuttgart, et finalement rentrée au pays, lauré des honneurs de la guerre.

     

    Octobre de la même année le revoit au séminaire Mep, reprenant sa théologie. Pour ses ordinations, il dût fournir, bien entendu, des lettres de renseignements et des témoignages, dont voici quelques extraits. Des Chantiers de jeunesse tout d’abord, où le P. Fritsch, op, est aumônier du groupement 33 en 1942 : « il fut estimé de tous ses chefs, fut irréprochable, fut le dévouement et la charité même envers ses camarades de travail, dur pour lui-même, mais tenace malgré les fatigues ». Puis de l’abbé Edmond Cleton, qui était à Dachau avec Alain van Gaver : il a « pu apprécier son zèle apostolique, spécialement au moment de Pâques, où il a préparé plusieurs Français et deux étrangers à refaire leur devoir oublié depuis longtemps, et un jeune Polonais à le faire pour la première fois ». Enfin l’abbé Langeois, aumônier de la mission de rapatriement indique qu’il « s’est comporté en digne séminariste, et il s’est dépensé sans compter auprès des milliers de prisonniers de guerre à rapatrier ».

     

    Que veut-on de plus ? Peut-être la réponse du curé de Sainte-Marthe à Marseille sur la manière dont se sont passées ses dernières vacances ? ce qui en ressort concernant sa vocation, c’est qu’on estime autour  de lui « qu’elle est très sérieuse ». En définitive, le 23 décembre 1946, Mgr Charles Lemaire l’ordonne, et lui fixe quelques jours plus tard sa destination, bien qu’il n’ait pas terminé son cycle d’études, pour la mission de Lanlong. Quelques semaines encore s’écoulent, et l’ »André Lebon » l’emportait, le 29 avril 1947, de telle sorte qu’il arrivait  vers la mi-août en vue de la terre promise. Aussitôt, Mgr Alexandre Carlo, le mit à l’étude de la langue à l’évêché. En octobre déjà, bien que ne maîtrisant qu’à moitié le chinois, il remplace dans sa léproserie, durant une absence, le P. Marcel Signoret, qui devait y être assassiné quelques mois plus tard. Après un an, un peu plus affranchi, il est nommé curé de Hin Jen, où il s’applique avec entrain à ses tâches pastorales, organisant sans tarder école et dispensaire. Il est bientôt victime d’une fièvre typhoïde qui le conduit aux portes du tombeau ; seuls, les soins assidus des sœurs de la léproserie parvinrent à le tirer de ce mauvais pas.

     

    Mais il devait connaître encore une autre série de maux quand, le 14 décembre 1949, les troupes de Mao Tsé-toung arrivèrent chez lui. La ville investie le 1er janvier 1950 il fut soumis à un jugement populaire, sans suites immédiates trop graves, mais le forçant néanmoins à quitter son logement pour être assigné à résidence dans le grenier dominant l’écurie de son presbytère : il ne put d’ailleurs survivre qu’en s'établissant marchand de charbon. Finalement arrêté en février 1951, il comparaît le 19 mars devant le tribunal où il est successivement accusé, jugé, et condamné le 31 à cinq ans de travaux forcés. Il est écroué le 3 avril, mais bien vu de ses gardiens, ils ne lui font pas la vie trop dure : il va parfois en ville pour effectuer des travaux de menuiserie. Dès le 16 mai, il sort de prison pour être transféré à la « compagnie de rééducation par le travail ». Là, petits travaux divers, puis aménagement d’un site pour une briqueterie, ensuite fabrication des briques, et enfin de formes pour les y modeler. Grâce à son esprit inventif, il parvient toujours à simplifier la tâche : lui-même produit 280 briques par jour, alors que la moyenne de ses compagnons ne dépasse guère 230 ! serait-il par hasard stakhanoviste sans le savoir ? Du moins est-il reconnu par ses chefs comme ouvrier modèle, devenant bientôt sous-chef d’équipe, « capo » et responsable politique ! Il fit tant et si bien  à ce régime qu’au bout de trois mois, il se cassa deux côtes, et les maîtres des lieux, alors qu’il souffrait beaucoup, plutôt que le faire soigner, le maintinrent par négligence dans une complète inactivité.

     

    Il s’en sortait vaille que vaille quand, le 8 août, lui vint une convocation pour se rendre au tribunal : son second procès allait commencer, et de ce fait, son retour sans faille en prison. L’occasion en fut la mise en cause de son vicaire chinois, le P. Jacques Yang Iu Min, auquel diverses magouilles étaient reprochées, dans lesquelles lui-même aurait été compromis. Son incarcération d’alors se passe dans de meilleures conditions que la première : elle a lieu dans un « centre de rééducation pour intellectuels », où cependant certaines activités de pionniérisme, pratiquées jadis dans le scoutisme, ne sont pas du tout à dédaigner, et se révélèrent de bon appoint. Malgré tout, l’affaire de sa connivence avec son ancien assistant ne fut jamais entièrement éclaircie, et sans qu’aucun blâme lui fut infligé, il est néanmoins envoyé purger sa peine antérieure dans une mine d’étain, avant d’être transféré en décembre à la maison d’arrêt de Kweyang, la capitale provinciale. Il s’y trouvait non loin d’une triste auberge où se mourait de misère et de froid son évêque, Mgr Carlo, qui allait douloureusement y finir ses jours. Plusieurs mois passèrent, et de nouveau le P. van Gaver eut à répondre à des interrogatoires : cette fois, ce fut l’expulsion. Le 19 avril, il fut conduit à la station autoroutière en compagnie du vicaire général, le P. Cyprien Huc, rencontré quelques jours plus tôt, au hasard des lieux de détention. Avec lui, par Tchungking et Canton, il passa la frontière le 1er mai 1952 et arriva à Hongkong, en proie à une forte fièvre : il n’avait séjourné qu’un peu moins d’un lustre en Chine, dont quinze mois dans les geôles communistes.

     

    Passages obligés par divers examens, et un petit séjour de repos, puis il revoit la France le 16 juin 1952, pour une remise en état tant physique que psychologique, donnant une interview remarquée au journal « Le Figaro », et faisant paraître son livre intitulé « J’ai été condamné à la liberté », où il raconte son aventure chinoise. Le 2 février 1953 il est affecté à la mission de Bangkok, pour laquelle il appareille le 17 avril, à bord de « La Marseillaise ». Il en débarque le 14 mai, est reçu avec grande joie par Mgr Louis Chorin, et est l’hôte des frères des Écoles chrétiennes, arrivés l’année précédente, auprès desquels, à Paknampho, il étudie le thaï tout en faisant office d’aumônier. Puis, au mois de décembre, il va aider le P. Antoine Deschamps à Nakhonxaisi, sans discontinuer ses prouesses linguistiques, et en mars 1954 s’installe avec le P. Pierre Laborie dans le petit village de Chaochet. En janvier 1955, il est appelé à seconder le vieux P. Léon Perrouchon comme vicaire à la cathédrale, et y fait dès la première année 41 baptêmes. Son dynamisme trouve là matière à s’épanouir ; il a de quoi exercer son zèle avec la Légion de Marie, fondée naguère par le P. Louis Léon, et la catéchèse des enfants ainsi que d’adultes très nombreux. En mars 1956, il doit aller à l’hôpital soigner une sciatique, et s’oblige à un continuel et fatigant va-et-vient entre clinique et paroisse, jusqu’à la fin mai, où la faculté lui laisse enfin la paix. Le 11 novembre, encore 20 baptêmes d’adultes, et en décembre une retraite pour un important nouveau groupe de catéchumènes : nous n’énumérerons plus de statistiques suivies à l’avenir, afin de ne pas nous y perdre. Pour couronner le tout, le dernier jour de l’année, escapade « tape-cul » avec le P. Robert Malsert sur les terres de leur confrère Paul Jubin.

     

    Malgré cette vie trépidante, il reste en place trois ans durant, s’occupant tout particulièrement des catéchismes, en dehors desquels il passe une bonne partie de son temps sur sa légendaire motocyclette  qui lui vaut le surnom de « vicaire-moto » -, ce qui n’est pas sans avoir des conséquences funestes sur son comportement dorsal. Il n’en a cure, semble-t-il, puisqu’il continue de plus belle, sans cesse à la recherche des chrétiens isolés ou en marge de l’Église, brebis égarées qu’il essaie d’intégrer au bercail, dans la grande famille paroissiale, dans une ambiance communautaire. Finalement, épuisé, il décide quand même d’aller se requinquer tant soit peu. Le 11 mars 1957, celui qui est aussi connu comme « l’atomique vicaire de la cathédrale », s’en va, par-delà le Mékong, prendre quinze jours d’un repos bien mérité ! Mais déjà, le 29 avril, il emmène en colonie de vacances, au bord de la mer, à Huahin, en récompense de leur fidélité, une quarantaine d’enfants de chœur. Et enfin, pour l’ouverture de l’année scolaire, il inaugure un service de ramassage gratuit par autocar des enfants du catéchisme, et conclut son année par 42 baptêmes d’adultes à Noël.

     

    Arrive un moment où trop, c’est trop : le 17 mars 1958, il démissionne de ses fonctions de vicaire à la cathédrale de l’Assomption pour des raisons de santé : il va se faire opérer pour se débarrasser d’une hernie discale, à l’hôpital Graal à Saigon, et sa convalescence se passe au Vietnam, notamment à Dalat ; il resta quatre mois absent de Thaïlande, et en revint en bien meilleure santé. La preuve en est qu’il a plein de projets en réserve. Il commence par apprendre le tio-tsiu sous le férule du P. Marcel Gauchet à Banna : c’est le langage parlé dans la région de Swatow, que la plus part des gens d’origine chinoise utilisent couramment dans le coin. Mais Dieu dispose de nous d’une manière que nous ne prévoyons pas d’habitude : il doit se rendre temporairement à Khorat pour y remplacer le P. Marius Bray, qui part en congé en Europe. Il se met donc en mesure d’y aller dès le 2 janvier 1959, mais à peine y est-il arrivé que l’évêque le mande d’urgence : il s’agit de tenir, à Bangkok, la paroisse de l’Immaculée Conception que le P. Marcel, d’origine khméro-thaïe, vice-doyen du clergé local de la mission, venait de quitter inopinément pour un monde meilleur.

     

    Dans cette vieille chrétienté que fonda Mgr Louis Laneau en 1675, il se surpassa : en effet, le boulot n’était pas mince ! Elle était constituée d’éléments de vieille souche cambodgienne, dont les ancêtres étaient venus dans le pays en 1834, à la suite d’une expédition siamoise. Passablement turbulente et contestataire, elle comprenait certaines brebis qui se plaisaient à défier le berger, si bien que le premier prêtre venu ne pouvait convenir. Il fallait quelqu’un qui se montre plutôt carré sur l’essentiel, tout en sachant, sur les bords, ménager le pour et le contre. Mgr Chorin confia cette charge au P. van Gaver, qui fut exactement l’homme providentiel que l’on cherchait. Les paroissiens se rendirent vite compte qu’ils avaient hérité d’un excellent pasteur, c’est-à-dire d’un curé qui ne s’en laissait pas conter : en un clin d’oeil repérant les personnages influents, détectant leurs intrigues ; en un mot, un chef énergique, intrépide, mais juste : quelqu’un qui les connaissait bien et les aimait tels qu’ils étaient. Ils en conçurent une certaine fierté, et leur ravissement dès lors apaisa leurs excitations. Lui se sent tout à fait heureux d’avoir réussi, en trois ans de temps, à maîtriser la situation. Aussi, pour les fêtes de Noêl 1961, il fait mettre en scène, pour quatre représentations, un de ces vieux mystères du Moyen Äge comme le Midi les affectionne. Et comme ses paroissiens les adorent. Vraiment, on avait trouvé l’homme qu’il fallait.

     

    Il prend en mars 1962 un congé en France, en repart le 15 décembre pour reprendre le collier le 11 février 1963, et retrouve sa paroisse, dont il agrandit l’église, reconstruit presbytère et école, laquelle propose maintenant aux plus de mille garçons et filles qui la fréquentent, et parmi eux quelque 300 catholiques, les cours d’enseignement secondaire. À lui encore on doit le développement de formes originales d’apostolat, comme le théâtre, ainsi qu’on l’a vu, et le sport, pour lequel il fait venir de France un moniteur ; tout cela sans négliger le moins du monde les oeuvres habituelles, en particulier la catéchèse, et une section de Joc qu’il crée de toutes pièces. Il est nommé au début de 1963 vice-supérieur régional.

     

    Années fertiles en événements d’Église pour la Thaïlanxe, 1964 et 1965 voient non seulement la fondation de la Conférence épiscopale, mais aussi la nomination à Bangkok, de Mgr Joseph Khiamsum Nittayo comme évêque coadjuteur, prenant la succession de Mgr Chorin en avril 1965, et surtout, pour ce qui concerne le P. van Gaver, l’annonce, le 22 mars 1965, qu’il a été choisi par le Saint-Siège comme évêque de Capra, vicaire apostolique de la nouvelle circonscription de Nakhon Ratchasima, créée par démembrements de celle d’Ubon. Le 21 avril fut le jour où sa nomination devenait officielle ; sentiments mêlés dans la paroisse, où il restera jusqu’au 15 juillet, avant de se rendre dans la capitale d’Ubon, dans la cathédrale de l’Assomption. Le 5 août, un premier salut à Khorat où et organisée la réception d’accueil et la prise de contact avec ce qui sera désormais son domaine. Le nouveau dignitaire deviendra évêque de Nakhon Ratchasima le 18 décembre 1965, lors de l’institution de la hiérarchie épiscopale en Thaïlande.

     

    Son territoire, détaché de la mission d’Ubon, est formé des trois départements de Nakhon Ratchasima, Buriram, et Chayaphum, comptant environ 2 millions et demi d’habitants pour une superficie de plus de 41.000 km2. On y relève à peine trois paroisses importantes et plusieurs postes secondaires – au total onze lieux de culte -, que desservent les six prêtres formants tout le clergé diocésain, si l’on excepte les deux jeunes missionnaires tout récemment arrivés et encore étudiants. Il n’y a pas de prêtre autochtone, ni de grand séminariste, mais l’espoir est là avec la présence de dix petits séminaristes à Tharé. Tout bien compté, la population catholique est estimée au maximum à 2500 âmes, mais les écoles tenues dans ce secteur sont florissantes et jouissent d’une excellente réputation. Le nom de Nakhon Ratchasima est le nom officiel de la ville épiscopale, que les habitants laos appellent communément Khorat. Comme personnel religieux féminin, on compte dx-huit soeurs enseignantes, deux infirmières et quatre en service paroissial, plus une future religieuse qui se forme sous la conduite d’une oblate missionnaire de Marie Immaculée ; du côté masculin, il y a deux frères de Saint-Gabriel, dont un du pays, et deux juvénistes. Mais déjà, il est temps de partir pour assister à la dernière session du Concile : c’est le 4 septembre 1965 que Mgr van Gaver quitte pour Rome, n’ayant encore de la réalité de son diocèse qu’une idée assez floue.

     

    Cette même année 1965, il avait donné son appréciation sur les contacts avec les non-chrétiens, dans « Épiphanie », de juillet-août, et sur la manière dont il conviendrait selon lui d’approcher les bouddhistes. « Je crois possible de retenir l’attention d’un bouddhiste en abordant le problème de la rémission des péchés. Selon la doctrine du « Petit Véhicule », les joies et les peines de cette vie sont fonction directe des mérites et démérites d’une existence passée. Il y a là l’acceptation d’une certaine fatalité, le « venkharm ». Avec une rigueur mathématique, les actes méritoires ou les fautes (il faudrait creuser la notion de faute ou de péché selon l’entendement bouddhiste) d’une existence précédente conditionnent le succès ou l’insuccès, la réussite ou l’échec, la richesse ou la pauvreté, la santé ou la maladie dans l’existence suivante, et jusqu’aux joies ou déceptions sentimentales. Rien ne permet d’échapper à cette loi, sinon l’acquisition de nouveaux mérites pour une vie ultérieure plus heureuse, mais avec la désespérante conviction dans le même temps, en raison de la faiblesse humaine reconnue en toute humilité par le bouddhiste, qui se sait pécheur.

     

    « Les devoirs de piété filiale comportent l’obligation, purement morale, d’acquérir des mérites pour les parents défunts. Cette obligation se traduit fréquemment par un séjour des héritiers masculins à la pagode, pendant un laps de temps qui dépend de leur piété filiale. Bien qu’elle ne repose sur aucun fondement doctrinal de réversibilité des mérites, cette manifestation de miséricorde témoigne d’un désir émouvant d’améliorer de quelque façon la situation, inconnaissable mais présumée déplorable, des défunts ».

     

    Le 21 avril 1967, le voilà à Manille, pour participer à une semaine d’études catéchétiques, avec une section sur les moyens de communication sociale, à la tête de laquelle se trouve le P. Edmond Becker, de Pondichéry ; il en revient le 3 mai, un peu déçu du niveau des prestations, dont il attendait trop. Le 8 juin, il part pour le synode des évêques à Rome, où il représentera la Conférence épiscopale thaïlandaise. Il prolonge un peu sa présence en Europe, dont il repart le 28 novembre.

     

    Dans les années suivantes, le diocèse prend son essor, à tous points de vue. C’est ainsi que 1968 voit se terminer la construction d’un évêché-procure. De leur côté, les pères essaient, avec un certain degré de réussite, d’insérer la vie chrétienne dans les activités quotidiennes, et à cet égard, l’élément le plus marquant est le résultat du travail auprès des non-chrétiens. Tous les ans, en particulier, même parfois deux fois l’an, des sessions catéchétiques sont tenues pour la formation des catéchistes. Ceux-ci, des hommes pour la plupart, sont ensuite mandatés par l’évêque et envoyés en plein milieu bouddhiste par leurs curés respectifs. Ce sont là les premières pousses de l’arbre que Mgr van Gaver veut voir fleurir. Ce qui ne l’empêche pas d’entourer tous ses prêtres de sollicitude pastorale, veillant sur eux et sur le diocèse pour lequel il cherche toujours davantage de collaborateurs ; les moyens de communication sociale, dont il est chargé à l’échelon national par la Conférence épiscopale, lui prennent pas mal de temps qu’il doit distraire de son attention aux besoins immédiats.

     

    C’est pourquoi, avec son presbyterium, il met au point, pour une période de cinq ans, un programme de pastorale unifiée dont voici les différents chapitres : petit séminaire, problèmes du surpeuplement et du sous-emploi, instruction secondaire des garçons et des filles, aide aux indigents, service de la famille, santé et loisirs, proclamation du message et sanctification des fidèles, équipements divers. Avec de telles perspectives, les projets ne vont pas manquer de surgir ! Ce qui prime là-dedans, c’est la catéchèse aux enfants et aux adultes : à cet effet, il envoie quelques villageois choisis – horticulteurs, riziculteurs – en stage ; ils suivent plusieurs sessions avant d’être reconnus catéchistes. Et c’est en 1970, sur le plan de la Thaïlande entière, l’apostolat par ciné bus qui démarre, avec dans tout le pays, des émissions catholiques régulières sur Radio-Veritas, et surtout, pour tous les diocèses qui en font la demande, la diffusion de films, dans chaque village, au cours d’une ou plusieurs soirées de cinéma, sur la vie du Christ par exemple, ou les mystères  du rosaire. Un communiqué officiel de l’évêché, en date du 13 août 1970, signale l’arrivée de deux pères philippins affectés à son diocèse.

     

    Le 10 octobre 1971, Mgr van Gaver est présent à la consécration épiscopale de Mgr Pierre Bach à Thakhek. Et en septembre 1972 aux funérailles de Mgr Jean Arnaud, ancien évêque de ce diocèse.  En 1973, le 28 avril, congé en France, dont il repart le 29 décembre, pour atteindre Khorat en février 1974. Il revient en France, pour participer à l’assemblée de 1974, et arrive le 19 juillet ; il en repart le 28 septembre.

     

    De 1973 à 1976, l’événement important qui a marqué dans le pays la vie de l’Église, c’est le passage du gouvernement des diocèses à des évêques thaïs. Les évêques européens en charge se sont longuement concertés, ils ont prié tout aussi longuement au cours d’une sorte de retraite épiscopale, et ont réfléchi sur ce qu’il convenait de faire pour éviter le renouvellement de l’histoire cambodgienne, où il avait fallu quasi improviser le transfert au clergé local. Pour que les choses se passent dans le calme, ils décident de s’effacer de leur plein gré. Coup sur coup, quatre évêques européens ont donné spontanément leur démission pour accélérer le processus ; parmi eux, Mgrs Michel Langer et Germain Berthold, des Missions Étrangères, ont déjà leur remplaçant ; quant à Mgr van Gaver, il est le dernier à recevoir un successeur. Sa démission est acceptée le 17 juin 1977, et la passation des pouvoirs à Mgr Joachim Phayao Manisab, qui prend la relève, a lieu le 3 septembre. Entre-temps, il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur : on l’apprend par le journal « Le Monde » du 20 avril.

     

    Quand il quitte son siège, le diocèse compte sept églises, cinq écoles, un hôpital, cinq missionnaires Mep et deux prêtres philippins. Comme chargé des mass-media, il a à son actif des traductions d’encycliques, des films et lancement de deux hebdomadaires, un pour adultes et l’autre pour enfants. Non seulement il a construit de nombreuses chapelles pour répondre aux besoins des chrétiens isolés dans les trois départements de son diocèse, mais aussi il a partout encouragé la création de conseils pastoraux, qui s’efforcent de conscientiser les chrétiens sur leurs responsabilités dans la communauté. Il a aussi grandement favorisé le développement : puits artésiens, méthodes de culture du riz, production de la soie, rien n’échappe à son attention, jusqu’à la fondation de banques de crédit pour tous, et celle de caisses d’assurance-maladie pour son clergé.

     

    Homme dynamique et résolu, Mgr van Gaver aimait par-dessus tout la légalité. Il avait épluché minutieusement  Droit Canon, actes du Concile, constitutions diverses, et avait balisé une fois pour toutes le chemin ouvert par Vatican II. Il ne comprenait pas que l’on prît des libertés indues,  et attendait de tous une discipline plutôt rigoriste. Son devoir d’évêque lui dictait de veiller à l’orthodoxie de son peuple et de ses pasteurs. Si le principe était bon en soi, son  application n’alla pas toujours sans difficultés ni remous.

     

    Une fois déchargé de ses obligations pastorales, laissant le champ libre derrière lui, il part pour l’Indonésie le 12 septembre, et termine son voyage en décembre. À son retour, il est chargé de l’intérim du P. Louis Tavennec à Chayakrum, et le 1er janvier 1978 s’installe dans une maison louée pour assurer un service de brousse, celui de curé de Nong Bua Deng et, à partir de juin de la même année, de Keng khro. Ces postes s’étendent sur une distance de 175 km d’est en ouest, qu’il parcourt toutes les semaines. Il a eu la douleur de perdre sa mère le 25 mars 1978.

     

    Alors que son district ne cesse de s’agrandir par l’adjonction de différentes dessertes, en 1980, Mgr van Gaver s’occupe en collaboration avec le P. Bray d’un hôpital, qui apporte par son équipe sanitaire un soulagement appréciable dans les villages reculés. C’est là qu’il rassemble et instruit les catéchumènes et anime les communautés chrétiennes. Mais sa santé lui cause du souci ; en 1983, il part en France pour se soigner : il y arrive le 29 juin, pour son troisième congé ; il assiste à Lauris, le 20 septembre, à la journée jubilaire, organisée par le P. Roland Brossard, où furent fêtés notamment les confrères Fernand Fabre, Raymond Froidevaux et Régis Moulin.. En octobre, le magazine « Famille chrétienne » publie de lui une interview où il explique ce qu’est sa vie : « Je passe le plus clair de mon temps à enseigner la parole de Dieu en parlant à tous ces hommes de Jésus-Christ et de son amour pour l’humanité. Petit à petit, ces personnes ont remplacé ma famille : ma vocation missionnaire fait que je souhaite mourir là-bas, au milieu d’eux ». Il est de retour en Thaïlande le 6 février 1984, et reprend ses activités dans les deux paroisses précitées. Les succès n’y sont pas fulgurants : n’importe, pourvu que l’évangile soit annoncé. Quand même, là où il n’y avait rien, de petites communautés sont en train de naître, et il a fort à faire pour visiter et instruire tout le monde. Quelques dizaines de baptêmes chaque année, tant d’adultes que d’enfants, sont un des fruits de tous ses déplacements et des sessions de catéchèse. Mais les conditions de vie sont dures dans cette région, en particulier lorsque le déficit des pluies, plusieurs années de suite, obligera beaucoup de familles et d’adolescents à quitter le village pour chercher du travail soit à Bangkok, soit dans les pays du Golfe.

     

    Petit incident en 1985 : il a dû se confier aux chirurgiens pour l’ablation d’un calcul, et part se reposer en France le 2 février 1986, pour en repartir le 1er septembre. Les crises maintenant le font davantage souffrir, et se manifestent de façon plus rapprochée. Il passe ses moments d’accalmie à traduire en français deux livres renommés en Thaîlande : « Les Quatre Règnes » et « Le Fils du Nord-Est ». Vient le moment où son hospitalisation à Khorat, en février 1987, est rendue nécessaire. Remis sur pied, il se décide en novembre à prendre une semi-retraite à Petchabun, comme aumônier des sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui y dirigent une école où quelques dizaines de chrétiens sont perdus au milieu d’un  millier d’élèves. En mars 1990, il essuie une attaque d’hémiplégie qui le laisse fort dépendant : il est soigné alors dans l’hôpital qu’il a lui-même mis sur pied. Lorsqu’un membre de sa famille survient le 4 juin, et le jugeant mal en point, le convainct de se laisser emmener en France pour traitement. Bien que son vœu le plus cher – on l’a vu plus haut – soit d’être inhumé en terre thaïlandaise, à Khorat, centre de son diocèse, il se laisse séduire par l’espoir de retrouver bientôt force et vigueur. Sa santé s’y améliore en effet, et sa sœur, qui s’occupe de ses petites affaires à Marseille, écrit aux supérieurs de Paris le 12 juillet que « malgré des hauts et des bas dans son état physique et moral, sur conseil médical, mon frère célébrera quand même, comme prévu, sur son fauteuil roulant, ses vingt-cinq ans d’épiscopat le dimanche 22 juillet en la chapelle du Plan d’Aups à la Sainte-Baume (Var). Messe concélébrée à11 h 30. Après le 22, nous attendons une place dans une maison de rééducation ».

     

    En vue de ce jour-là, il avait reçu du supérieur général, le P. Jean-Paul Bayzelon, qui rentrait d’un périple à Maurice et Madagascar, une lettre de félicitations et de bonne fête ; et ce jour même, la présence du P. Raymond Rossignol, alors premier assistant, à la cérémonie le remplit d’une profonde émotion. Cela lui mit un peu de baume au cœur, et il en avait besoin : on l’a dit déjà, très rigide dans ses actes, il n’admettait pas la moindre dérogation à ce qu’il estimait être le bon droit de chacun. Et il se trouvait depuis tout un temps en conflit avec des confrères de Thaïlande à propos de décisions qu’il jugeait peu appropriées. Il s’estimait lâché par la direction des Missions Étrangères, au point qu’il s’était cru voué, à un moment donné, à l’aversion de Paris. Il s’en excuse humblement dans sa réponse du 25 juillet, au supérieur général, quand de l’hôpital Saint-Joseph, il récapitule les mois qui viennent de s’écouler. « Je demande à Dieu de m’aider à oublier le passé. Mais, durant ces cinq mois dans mon lit, je ne peux  empêcher mon esprit de vagabonder et de revivre le passé, bon et mauvais. Croyez quand même à mon attachement à la Société, à la mission, et à tout ce qui peut nous réunir. Amitiés ».

     

    Pour lors, il s’installe sagement à « Ma Maison », chez les Petites Sœurs des Pauvres, et se sent si bien portant que, malgré les tentatives de dissuasion, il pousse une pointe en Thaïlande en avril 1991 ; ce sera pour prendre vraiment conscience de l’impossibilité de réaliser son ultime souhait. Ce sera sa dernière insiste : acceptant son sort avec tristesse, mais aussi avec soumission à la volonté divine, il retrouve sa place chez les sœurs de Marseille, où grâce à la vigilance de mère Madeleine, la supérieure, il sera soigné jusqu’à la fin avec un admirable dévouement et une rare compétence.

     

    C’est le 4 mai 1993, qu’il s’est éteint discrètement, vers 9 heures du soir, assisté dans ses derniers moments par un confrère Mep, comme lui hôte de « Ma Maison », le P. Antoine Pezeu, qui le décrira à cet instant crucial : « Monseigneur avait toute sa lucidité ; il était calme et, en rendant le dernier soupir, il avait le visage épanoui pour la grande Rencontre ».

     

    Les obsèques ont eu lieu dans la chapelle des Petites Sœurs des Pauvres, au n°640 de l’avenue de Mazargues à Marseille, le 7 mai 1993, en présence de l’archevêque, Mgr Robert cardinal Coffy, et d’un clergé nombreux ; le nouveau supérieur général des Missions Étrangères, le P. Rossignol, lui-même en visite à Rome, était représenté par un de ses assistants, le P. Georges Mansuy, qui avait connu le défunt en Thaïlande, et qui prononça l’homélie. La famille du disparu, à laquelle il était resté très attaché, occupait les premiers bancs de la chapelle, qui était pleine comme aux jours de fête. L’inhumation a eu lieu dans le caveau de famille au cimetière Saint-Pierre à Marseille.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3776
    • Pays : Chine Thailande
    • Année : 1947