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Henri VALOUR (1902-1978)

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    Enfance et jeunesse

     

    C’est le 8 janvier 1902 que naquit Henri VALOUR au Suc-Rousset, village de la commune d’Yssingeaux au diocèse du Puy en Haute-Loire : ce qui lui faisait dire plus tard comme Victor Hugo « Ce siècle avait deux ans. » Le 12 janvier, malgré la neige, une voiture à cheval conduisait son père, sa marraine Marthe et ses frères à l’église paroissiale pour le baptême du nouveau-né. Les cloches sonnaient joyeusement pour l’entrée de ce garçon dans la famille chrétienne.

     

    Il grandit et peu à peu se manifesta ce caractère plein de calme et d’humour qu’il conservera pendant toute sa vie. Il aime marcher à pied, pieds nus, quitte à s’écorcher sur les prés nouvellement fauchés ou sur l’éteule après la moisson. Le papa parle ordinairement le patois local, mais la maman ne sait que le français. Son frère Jean-Marie, de huit ans plus âgé, qui veut rester à la ferme, parle parfaitement le patois. Il sera mortellement blessé pendant la grande guerre.

     

    La famille grandit : six frères et trois sœurs, tous s’aimant tendrement, remplissent de joie les parents. Pendant l’hiver, ce sont les longues veillées près de l’âtre où brûlent de grosses bûches ; sous la cendre dorent des pommes de terre que l’on mange avec du « sarrassou » (lait caillé).

     

    Henri commence ses études à Yssingeaux. Il est doué d’une excellente mémoire : ce qui excite l’aversion d’un professeur impulsif qui le traite par dérision de « Phénix »: ce qui déconcerte Henri qui n’ose plus répondre aux questions du professeur et se met à bégayer. Ce bégaiement durera pendant un certain temps, mais finira par disparaître au bout de quelques années.

     

    Il fit ses études secondaires au collège du Sacré-Cœur à Yssingeaux. Bonne moyenne, bonnes notes dans ses compositions orales et écrites. Sa rhétorique terminée, il entre au grand séminaire du Puy où il reste deux ans. Mais l’attrait des Missions le pousse à aller rejoindre son frère Louis au séminaire de la Rue du Bac. De fait il entre à Bièvres le 14 septembre 1921 pour y faire sa première année de théologie. Après quoi il accomplit son service militaire, de mai 1922 à novembre 1923, à la Valbonne à Lyon. Une fois libéré, il rentre au séminaire. Mais en 1925, une grave maladie se déclare : il est atteint du « mal de Pott ». Il lui faudra passer trois ans à Berck-Plage pour se soigner et se guérir. Pendant ces trois années d’inactivité forcée il se fait au sana de nombreux amis et par son humour il entretient un climat de joie parmi les malades. Une fois guéri, il revient à Paris en février 1928. Il ne reprend pas ses études immédiatement. Il s’en va dans sa famille jusqu’au mois de septembre. Comme son état de santé se confirme, il est autorisé à reprendre le cours de sa préparation au sacerdoce. C’est le 15 mars 1930 qu’il reçoit l’ordination sacerdotale et quelques mois après il est désigné pour la mission de Malacca-Singapore. Le 8 septembre 1930, il s’embarque pour la Malaisie. A cette époque cette mission couvrait toute la péninsule. Pendant les années 1930-1932, il apprend l’anglais et s’initie au ministère à Singapore même. Hélas, des troubles de santé ne tardent pas à se manifester et il est obligé de rentrer en France. Arrivé à Marseille, il est opéré sans plus tarder et on lui enlève un rein. L’opération bien réussie lui redonne vigueur et espoir mais il ne peut être question pour lui de retourner en Malaisie, même après une bonne convalescence. La prudence demande d’attendre pour voir comment les choses vont évoluer. Une fois assez remis sur pied, il prend du ministère dans I’Indre à la paroisse de Saint-Cyran du Jambot. Il y restera jusqu’en 1938. C’est alors qu’il est autorisé à repartir en mission. Une fois en Malaisie, on le place à Tanah Rata, station d’altitude située dans le diocèse actuel de Kuala Lumpur. Il est chargé de la maison d’accueil où viennent se reposer les missionnaires et de plus aumônier des religieuses qui ont là une école secondaire pour les filles des classes aisées de Malaisie. C’est à Tanah Rata que se trouve le P. Valour quand les Japonais envahissent la Malaisie. C’est pour lui une situation délicate car les Japonais, dans leur ensemble, sont hostiles aux Européens. Mais les choses tournent assez bien. Le P. Valour, en effet, leur en impose par sa dignité et son tact, et tous respectent le « Pasteur catholique ». Il a même une certaine influence et évite à des Anglais d’être incarcérés. Les officiers japonais viennent chez lui jouer au billard anglais. En un mot, sans collaborer avec l’envahisseur, ils font quand même assez bon ménage... D’ailleurs le P. Valour sera reconnaissant envers les Japonais de leur attitude et lorsque en 1945 viendra la défaite, il interviendra pour eux, invoquant les « droits de l’homme » et portant témoignage de la clémence des Japonais à Tanah Rata. Il restera douze ans à ce poste. Mais en 1951, sa santé donne de nouveau des inquiétudes sérieuses, et il est obligé de rentrer en France pour se soigner. Le climat tropical ne lui est pas du tout favorable. Cette fois, ce sera l’adieu définitif à la Malaisie! Arrivé en France, il reçut les soins appropriés à son état et sa santé se rétablit convenablement. Comme il n’était pas l’homme à rester à ne rien faire, il se trouve une place d’aumônier chez les Frères des Ecoles Chrétiennes au Puy. Mais de fait il est en surnombre... C’est alors qu’on lui signale une place d’aumônier à N.-D. de la Blache, maison de retraite des Frères. Il pose sa candidature et est tout de suite accepté. C’est là qu’il va travailler encore de longues années à un ministère à la mesure de ses forces.

     

    Rien de plus éclairant sur cette période de sa vie que de reproduire la petite allocution que fit le Frère Bonvent pendant la veillée funèbre précédant les obsèques. Selon ses paroles, « il essaya de traduire les sentiments communautaires à l’égard du très regretté défunt... »

     

    « Seigneur, au moment où tu viens de rappeler à toi le P. Henri Valour, nous voulons te dire quelle place il a tenu parmi nous, dans cette Communauté de N.-D. de La Blache où il a séjourné vingt-six ans.

     

    « Combien sa présence nous était bonne ! Combien elle était appréciée dans ce quartier de La Blache. Il aimait visiter les familles, porter le réconfort aux personnes âgées, soutenir tous ceux qui étaient dans l’épreuve, mais aussi sourire aux enfants qu’il voyait grandir !

     

    « Combien son rôle a été apprécié à la léproserie de la Valbonne située tout près d’ici. Valide, chaque dimanche, il y assurait une messe pour les catholiques de l’établissement. Ensuite il allait visiter les lépreux sans distinction de religion ou de race, établissant ainsi un lien précieux avec le personnel directorial et soignant. Favorablement était accueillie la silhouette légendaire du missionnaire, portant en elle-même le témoignage de l’apôtre, du consolateur si compréhensif des misères humaines stigmatisées sur beaucoup de visages de malades et déjà côtoyées en Malaisie, son champ d’apostolat !

     

    « Un témoignage émouvant vient de lui être rendu par le médecin traitant de la Valbonne. Rencontré près de sa couche funèbre, profondément ému de voir disparaître celui qu’il avait soigné pendant six ans avec compétence et un immense dévouement, il nous révèle l’influence profonde que le P. Valour a exercée sur sa personne. Le docteur est protestant. Et les Frères lui sont grandement redevables de ses soins constants et désintéressés.

     

    « Partageant la vie communautaire des Frères pendant vingt ans, le P. Valour rayonne sur cette nombreuse communauté, non seulement par son rôle de prêtre, sa direction spirituelle, ses instructions dominicales, mais aussi par son esprit très compréhensif. sa grande discrétion, ses conseils pleins de sagesse. Il fut vraiment un soutien très précieux pour la communauté, partageant ses joies et ses deuils, s’intéressant aux travaux saisonniers, à l’activité de chacun, mais aussi attirant sur tous des grâces bien précieuses.

     

    « Chapelain de N.-D. de La Blache pendant vingt ans, il eut à cœur de vivifier le mouvement marial de ce sanctuaire où au cours de l’année défilent de nombreux pèlerins et de contribuer à la réussite de la fête du 8 septembre, célébrée solennellement sur l’esplanade et suivie d’une procession vers la Tour Notre-Dame, regroupant plusieurs centaines de participants.

     

    « Qui aurait pu prévoir, lorsque la maladie vint l’arrêter en 1972 que celle-ci allait se prolonger pendant six ans. Répondant à son désir intime, il fut admis et soigné à l’infirmerie de la Maison de Retraite, restant ainsi parmi les Frères. Des examens prolongés révélèrent qu’il ne lui restait qu’un cinquième de rein. Ainsi donc le P. Valour dut garder la chambre en permanence, souffrant jour et nuit. Bénéficiant d’abord des soins du Frère infirmier, il était depuis vingt mois l’objet des soins vraiment maternels de la part des Sœurs Trinitaires installées à demeure et chargées de l’infirmerie : soins particulièrement méritoires en cette dernière période et nécessitant une surveillance de jour et de nuit.

     

    « Est-il exagéré de dire que, durant sa longue maladie, le P. Valour dont le courage et la résignation faisaient l’admiration de tous ceux qui le visitaient, fut considéré comme un paratonnerre sur cette Maison de La Blache ! Uni quotidiennement au Christ souffrant, il ne pouvait manquer d’attirer des grâces précieuses sur tous ceux sui l’entouraient mais aussi sur toute sa famille qu’il affectionnait tout spécialement et qui le visitait périodiquement, sur la Société des Missions Etrangères à laquelle il restait très attaché, suivant attentivement tous les événements d’Asie de ces dernières années, sur tous ceux qu’il approcha durant son ministère sacerdotal et dont il gardait un fidèle souvenir. »

     

    « Bénis sois-tu, Seigneur, en cette heure de séparation

    Ouvre nos cœurs à ta parole pour que nous y trouvions

    Lumière dans notre tristesse

    Certitude dans nos doutes

    Force dans cette heure d’épreuve ! »

     

    Les obsèques du P. Valour eurent lieu à N.D. de La Blache. Elles furent présidées par son frère Dom Claudius Valour, Abbé de la Trappe de N.-D. des Neiges, entouré de son autre frère Louis et de plusieurs confrères des Missions Etrangères. Plus tard, dans le courant du mois d’août, un service funèbre fut célébré à Yssingeaux. Avec Louis son frère, plusieurs confrères de la Loire et de la Haute-Loire étaient venus entourer la famille si méritante par sa générosité pour les Missions, spécialement pour la Société des Missions Etrangères.

     

     

     

    • Numéro : 3411
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1930