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Pierre VALENTIN (1880-1962)

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    Pierre, Sylvain Valentin est né le 11 décembre 1880 aux Terrassettes, petit village de la commune d’Usson dans la Loire. Ses parents étaient de ces solides paysans du Forez, fidèles à leur foi et à leurs traditions, intransigeants sur les devoirs religieux. Ils lui ont transmis une piété ferme, éclairée, et un sérieux qui pouvait paraître de prime abord un peu rigoriste.

     

    Après de solides études, couronnées par le baccalauréat, au petit séminaire de Charlieu, il passe deux ou trois ans au séminaire de Lyon où il reçoit les ordres mineurs. Encouragé par son directeur spirituel, le futur cardinal Verdier, il demande son admission au séminaire des Missions Etrangères, comme naguère un autre enfant d’Usson devenu Mgr Chouvellon, vicaire apostolique de Chungking. Pierre Valentin arrive à la rue du Bac en 1900. Le jour même de son ordination sacerdotale, le 29 juin 1904, il reçoit sa destination pour la mission du Thibet. Ses confrères arrachent des poils de la barbe à cet heureux partant qui a obtenu la meilleure part, celle dont tous rêvaient, la mission où l’on n’a pas coutume de mourir dans son lit !

     

     

    I – Jeune missionnaire

     

    Le P. Valentin arrive à Tatsienlu, siège de la mission, à l’extrémité orientale du Thibet, à la fin de 1904. Aussitôt il se livre avec ardeur à l’étude du chinois. Ses progrès sont rapides et il est bientôt envoyé en stage pratique à Lengtsi, poste récemment créé dans le district de Chapa, au sud-est de Tatsienlu. Il y passe seize mois heureux et arrive à parler chinois avec beaucoup de facilité.

     

    Son vicaire apostolique, Mgr Giraudeau, le rappelle alors à l’évêché pour reprendre en main le petit séminaire qui végète sous la trop maternelle direction d’un vieux prêtre thibétain, unique représentant du clergé autochtone à cette époque. A force de patience, le P. Valentin parvient à imposer son autorité à la quinzaine de séminaristes installés dans une dépendance de l’évêché. Ce n’est pas sans difficultés ni déboires, mais, en 1911, il goûtera la première récompense de ses efforts avec l’ordination sacerdotale du P. Vincent Ly, qui viendra lui apporter une aide précieuse au séminaire.

     

    Les loisirs que lui laisse sa fonction de supérieur sont bien employés. Il perfectionne sans cesse son chinois et devient très fort dans la lecture des caractères. Puis Mgr Giraudeau recourt à lui pour gérer la procure. En 1908-1909, le Père dirige la construction de plusieurs bâtiments où les Franciscaines missionnaires de Marie viendront établir un hôpital et un orphelinat en 1911. Il se fait même entrepreneur pour la future cathédrale dont le P. Quvrard est l’architecte. Le bois des colonnes et des charpentes est encore dans la forêt ; personne n’accepte d’aller le chercher. Alors le P. Valentin se dévoue : pendant les vacances, il emmène ses élèves dans la vallée du Ya Kia Ken et, logeant avec eux dans les huttes primitives édifiées de leurs mains, il organise et active les travaux, puis assure un difficile transport à travers un col de 4 000 mètres d’altitude. Le supérieur et ses élèves reviennent épuisés, amaigris, couverts de vermine, mais le bois est à pied d’œuvre en temps voulu.

     

    En 1911 éclate la révolution chinoise qui aboutit à la proclamation de la République. Des bandes armées envahissent le Se-Tchouan et parviennent jusqu’aux Marches thibétaines. Tatsienlu est menacé. Mgr Giraudeau décide le départ des séminaristes, des religieuses et de leurs orphelins vers l’ouest, jusqu’à Tongolo, à quatre journées de marche. Le P. Valentin, supérieur du séminaire et procureur, est le Moïse de cet exode. Lorsque la menace chinoise est écartée, les exilés reviennent à Tatsienlu. Mais, à peine arrivés, ils doivent fuir de nouveau, cette fois vers l’est, afin de se mettre à l’abri des rebelles thibétains. Installés provisoirement à Chapa, ils ne regagnent le centre de la mission qu’en avril 1912.

     

    Le P. Valentin réorganise alors son séminaire. Pour lui assurer un silence favorable aux études et à la prière, il construit de nouveaux bâtiments en dehors de l’évêché, inaugurés en août 1912.

     

     

    II – Provicaire

     

    L’année suivante, le P. Valentin est nommé second provicaire, chargé de la vaste portion du vicariat qui avoisine le Yunnan, à vingt-cinq jours de marche au sud-ouest de Tatsienlu. La plupart des chrétientés sont établies dans la vallée du Mékong ; quelques-unes se trouvent dans celles du Fleuve Bleu et de la Salouen ou sur les plateaux qui les dominent. Le Père devient en même temps curé de Yerkalo, l’un des postes les plus avancés en amont du Mékong. Sa possession est l’objet de perpétuelles querelles entre Chinois et Thibétains et les missionnaires n’y sont jamais sûrs du lendemain. Mais, en 1914, le provicaire s’installe plus au sud, à Tse Kou ( Tse chung ) où il se trouve davantage au centre de l’immense région dont il supervise l’apostolat. Dès son arrivée il s’est mis à étudier le thibétain avec le même zèle et le même succès que naguère le chinois. Mais de nombreuses difficultés l’assaillent, des malheurs surviennent, telle la grave maladie contractée par de nombreux enfants à la suite d’une vaccination. Si la paix règne dans cette partie du Thibet, la famine et les épidémies multiplient les victimes et provoquent d’incessantes émigrations. Chez les chrétiens, ces vides sont à peine comblés par les baptêmes. 1919 est une année terrible : la peste se déclaré au début de janvier ; des villages entiers sont atteints ; toute activité est suspendue : il n’y a même plus d’assistants à la messe du dimanche. Le P. Valentin est atteint parmi les premiers. L’hiver suivant, le typhus vient à son tour désoler le pays ; le provicaire n’est pas davantage épargné et n’en réchappe que de justesse.

     

    Sa convalescence est en bonne voie quand le P. Ouvrard vient lui succéder. Mgr Giraudeau l’envoie à Hongkong pour refaire sa santé et participer à la réunion qui prépare l’assemblée générale. Suffisamment rétabli, il entreprend un voyage jusqu’aux confins sud du Thibet pour voir les missionnaires du district himalayen de la mission, auxquels le vicaire apostolique n’a jamais pu rendre visite, et pour prospecter le petit Etat indien du Sikkim qu’il est question de rattacher à la mission. En fait, c’est la préfecture apostolique de Sikkim, constituée en 1929, qui absorbera le Thibet-Sud.

     

     

    III – Coadjuteur

     

    Le P. Valentin est de retour à Tatsienlu en 1921, heureux de retrouver son premier champ d’apostolat. Nommé provicaire pour la région du nord, il reprend ses anciennes activités de procureur et de supérieur du séminaire. Pauvre supérieur, qui ne trouve guère d’aide autour de lui : il doit se charger de la plupart des cours du séminaire et de quelques autres auprès des religieuses institutrices.

     

    Mgr Giraudeau, qui avance en âge, ne se sent plus capable d’assurer la visite pastorale des postes éloignés. Il demande un coadjuteur et c’est le P. Valentin qui est élu en décembre 1926, avec le titre d’évêque titulaire de Zeugma de Syrie. Il reçoit la consécration épiscopale à Tatsienlu même, en août 1927, des mains de Mgr Rouchouse assisté de Mgr Renault et du P. Poisson. Le nouveau coadjuteur n’en continue pas moins à diriger le séminaire et à assurer l’aumônerie des religieuses de l’hôpital.

     

    La mission vient d’acheter un terrain assez vaste à Tse Ma Khiao, à cinq kilomètres au sud de Tatsienlu. Avec le P. Valour, Mgr Valentin y fonde la colonie « Sainte-Thérèse » où catéchumènes et néophytes peuvent tirer leur subsistance du défrichement et de la culture. En l’honneur de la Sainte de Lisieux, il y bâtit une belle chapelle qui va devenir un centre de pèlerinage, fréquenté même par les païens.

     

    En 1930, il abandonne la direction du séminaire, qui sera reprise par le P. J. Leroux. Comme trois séminaristes ont terminé leurs études secondaires, le coadjuteur les fait envoyer au collège général de Penang en Malaisie.

     

    Il s’occupe alors de la fondation de la léproserie d’Otangse – à 4 km du poste de Mosimien et à 58 km au sud de Tatsienlu, au delà du col de Ya Kia Ken  –  pour laquelle Mgr Giraudeau a obtenu l’autorisation officielle. Il y conduit lui-même quatre Franciscains arrivés en avril 1930 : deux frères qui se chargeront des travaux et de la recherche des lépreux et deux Pères aumôniers qui s’occuperont en outre de la chrétienté. L’année suivante quatre Franciscaines missionnaires de Marie viennent prendre la direction de l’établissement, inauguré le 6 avril, lundi de Pâques.

     

    Quelques mois plus tôt, à la fin de 1930, des religieux du Grand Saint-Bernard sont venus étudier un projet de fondation sur les hauts plateaux thibétains, entre le Mékong et la Salouen. Ils reviennent en 1933 pour leur installation définitive. Pendant quinze ans, ils tiendront à rester sous l’autorité du vicaire apostolique de Tatsienlu. C’est à ce titre qu’ils reçoivent la direction du séminaire fondé à Weisi, dans la vallée du Mékong, pour des élèves purement thibétains.

     

    En mai 1935, la mission du Thibet est envahie par des troupes communistes venues à la fois du nord et du sud. Les districts de la partie orientale du vicariat et la léproserie d’Otangse sont saccagés ; deux Franciscains — un Père et un Frère — sont tués. Tatsienlu est menacé à son tour. Malgré ses 85 ans, Mgr Giraudeau quitte la ville, accompagne des Franciscaines et des élèves institutrices, et se réfugie au nord-est dans la province de Yutong. Les séminaristes sont renvoyés chez eux ; les orphelins sont évacués vers la Chine avec les missionnaires invalides. Mgr Valentin, lui, reste à Tatsienlu avec le P. Pasteur. Apprenant que les Rouges ne sont plus qu’à une étape de la ville, ils se décident à partir dans la soirée du 29 mai. Mais la piste qu’ils veulent prendre est déjà coupée. Car, délaissant Tatsienlu, les Rouges cherchent à regrouper leurs troupes dans la région de Mongkong avant de remonter vers le nord. Le pays retrouve un peu de tranquillité, mais pas pour longtemps. Car tandis que Mao Tse Tung réussit à se maintenir dans le nord et à coexister pacifiquement avec les forces chargées de le combattre, les autres troupes communistes, refoulées par l’armée régulière, redescendent avec l’intention de gagner la vallée du Mékong. Elles évi­tent Tatsienlu, fortement défendu, mais se heurtent plus bas à d’autres forces régulières qui leur infligent des pertes sévères. Privées de vivres et de munitions, elles finissent par rebrousser chemin pour rejoindre Mao Tse Tung.

     

    Pendant cette période de troubles, les missionnaires se cachent où ils peuvent chaque fois que les Rouges approchent. Mgr Valentin veille jalousement sur les communautés qu’il a prises en charge. Les communistes ont tout pillé et saccagé sur leur passage, mais les personnes sont sauves. Le coadjuteur voit là l’effet de la protection de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, à qui on a fait vœu de construire un beau sanctuaire. Ce sera la chapelle, agrandie, de la colonie de Tse Ma Khiao qui porte son nom. Peu à peu un calme relatif renaît, les ruines sont relevées. Et, immense joie qui compense bien des tristesses, Mgr Valentin ordonne prêtres les trois premiers séminaristes revenus de Penang. Pareille cérémonie ne s’était encore jamais vue au Thibet !

     

     

    IV – Vicaire apostolique

     

    En juin 1936, Mgr Giraudeau célèbre son jubilé sacerdotal de diamant. Il a 86 ans ; depuis longtemps déjà il s’est déchargé sur son coadjuteur de la direction de la mission. Mais pour laisser toute liberté à celui-ci, il donne sa démission au mois d’août. Mgr Valentin devient vicaire apostolique.

     

    En 1937, la détresse est extrême dans le pays : on se bat, on s’entretue pour un morceau de pain ; il y a même des scènes de cannibalisme, Autour de Tatsienlu, les routes sont infestées de brigands... La situation s’améliore cependant et Mgr Valentin peut reprendre ses activités normales. En marge de ses tâches épiscopales, il continue de donner des cours au séminaire. Pendant les vacances, il visite les postes de la région, laissant au P. Goré la charge des Marches thibétaines du Yunnan.

     

    Depuis longtemps il a eu l’idée de faire venir des prédicateurs étrangers au vicariat pour donner des retraites au clergé et aux communautés, ainsi que des missions aux fidèles. Ce projet se réalise pour la première fois en 1938 avec la venue de Pères Rédemptoristes.

     

    La deuxième guerre mondiale n’a d’autre effet immédiat, en ce pays à l’écart du monde, que d’augmenter les restrictions. Et l’on peut espérer que des temps meilleurs sont venus pour la mission du Thibet quand, L’année même de son centenaire, en 1946, l’institution de la Hiérarchie épiscopale en Chine fait du vicaire apostolique le premier évêque résidentiel de Kangting (nouveau nom de Tatsienlu) . Ces espoirs seront vite déçus.

     

    Cette même année, les autorités thibétaines expulsent de Yerkalo le P. Tornay, chanoine du Grand Saint-Bernard. Mgr Valentin, puis l’internonce, tentent en vain d’intervenir. Profitant d’un voyage en Chine, où il assiste Mgr Derouineau pour le sacre de Mgr Boisguérin, le 1er mai à Ipin, l’évêque de Kangting obtient des Maristes qu’ils viennent prendre la direction de son école. Mais il les attendra jusqu’en 1949, et trois des quatre religieux arrivés alors seront rappelés presque aussitôt. Le quatrième se charge d’instruire les Oblates futures institutrices. Comme celles-ci, faute d’autre place, sont logées au petit séminaire, les séminaristes, confiés à la direction du P. Richard, doivent chercher asile près de Mosimien dans des installations de fortune.

     

    C’est en 1949 que les Chanoines du Grand Saint-Bernard acceptent de prendre sous leur propre responsabilité les Marches thibétaines du Yunnan. La fondation de cette nouvelle mission est aussitôt endeuillée par l’assassinat du Chanoine Tornay qui a voulu aller à Lhassa plaider lui-même la cause de sa chrétienté de Yerkalo.

     

    Mgr Valentin, qui approche alors de ses 60 ans, reste ainsi affronté aux ennuis et aux malheurs. Mais c’est un optimiste, un lutteur. S’il n’est pas un évêque de tout repos pour ses missionnaires, ceux-ci le savent plus dur encore pour lui-même, veillant à tout sauf à son propre confort. Gros mangeur, il se soucie peu de la qualité de son ordinaire. Aux prêtres qui lui demandent conseils ou directives, il répond longuement, gardant sa dextérité à la machine à écrire même après la mauvaise chute sur la glace qui lui a déformé le poignet. En conversation, quelque éclat de voix laisse parfois percer la vivacité du caractère, mais on reste toujours sous l’impression de calme maîtrise et de bonté.

     

    L’évêque ne fait aucune distinction entre ses missionnaires et ses prêtres thibétains. Tous ont droit au même viatique et l’ancienneté constitue la seule hiérarchie. Le grand cœur de Mgr Valentin a toujours fait régner la plus parfaite harmonie dans son clergé. Son amabilité est d’ailleurs proverbiale, surtout envers les humbles paysans. Et quand le ministère français des Affaires Etrangères lui décerne la Légion d’honneur, en octobre 1948, il ne fait que reconnaître l’autorité morale et l’influence bienfaisante de l’évêque de Kangting.

     

     

    V – Persécution communiste

     

    En mars 1950, quinze ans après leur premier passage dans la région, les communistes reviennent à Kangting en « libérateurs ». La courtoisie qu’ils affectent d’abord laisse bientôt percer leurs véritables intentions. Dès octobre, l’évêque est taxé d’infraction aux lois du nouveau gouvernement pour s’être rendu en pèlerinage à la chapelle Sainte-Thérèse sans autorisation. Le jour même de Noël, il est convoqué à la police. On le fait attendre toute la matinée, puis on lui arrache bréviaire et chapelet pour l’empêcher de prier. Il est sommé de signer un acte de repentir : le pasteur protestant qui y a consenti a été relâché aussitôt. Mgr Valentin s’y refuse, parce que le texte met des tiers en cause. A 9 heures du soir il consent enfin à signer une reconnaissance de ses seules « fautes » personnelles.

     

    Le 8 avril 1951, les forces de police cernent les bâtiments de la mission. Monseigneur est fouillé, privé de sa soutane qu’on ne lui rendra plus. Gardé prisonnier à l’évêché, avec le P. Le Corre, il est enfermé dans la chapelle où il passe les nuits sans couverture. Son interrogatoire commence le 17 avril ; les mauvais traitements qu’il subit font craindre pour sa vie. Le 28, à 9 heures du matin, on le traîne, à bout de forces, les mains liées derrière le dos, devant le tribunal populaire qui siège dans la cathédrale même. L’accusation dure quatre heures ; ses éléments sont si vagues que les autorités renonceront à les publier dans les journaux. Mais tandis qu’on les énumère, l’évêque est insulté, frappé comme le dernier des malfaiteurs, giflé même par un ou deux chrétiens égarés. On lui arrache la barbe à pleines mains ; les sentinelles ne lui ménagent pas les coups de crosse. De tels actes de sauvagerie n’ébranlent pas la force morale de ce vieillard de 71 ans ; il prie pour ses bourreaux. La quasi totalité des chrétiens gardent d’ailleurs une attitude très digne et une oblate chinoise prend si crânement sa défense qu’elle paie son courage de sa liberté.

     

    Au sortir du jugement populaire, Mgr Valentin est jeté dans la prison de la ville et mis au secret. Mais il est si épuisé qu’on doit le transporter deux jours après à l’hôpital provincial. Quand il réintègre sa cellule, le 25 juin, on lui refuse de l’eau pour se laver et ses vêtements sont bientôt couverts de vermine. Sous prétexte qu’il va bien et qu’il n’a besoin de rien, on lui refuse tout secours de l’extérieur. Les autres prisonniers n’ont aucun contact avec lui. Son état n’est connu, par hasard, que le 17 décembre, lors de son transfert de Kangting à Yagan : il doit se nommer pour être reconnu par une oblate chinoise croisée sur la route, tant il est décharné.

     

    A Yagan, station climatique toute proche du Se Tchouan, on enferme le prisonnier, dont la taille attteint 1 m 74, dans un étroit réduit de 1 m 60 de hauteur. Les mauvais traitements continuent et sa faiblesse est extrême. En octobre 1952, il s’évanouit dans la cour de la prison : ce n est plus qu’une loque humaine, à bout de résistance. Alors ses geôliers, craignant de le voir mourir entre leurs mains, hâtent la fin du procès qui se termine par un arrêté d’expulsion.

     

    Le 1er novembre, Mgr Valentin, étendu sur une civière, est extrait de la prison recouvert d’une couverture comme un cadavre, et dirigé sous bonne escorte vers Hongkong. Le surlendemain, dans une auberge de Chengtu, il retrouve son vicaire général, le P. Charrier, jugé et condamné lui aussi au bannissement. Après un voyage en train, on les fait monter sur le pont d’un cargo où ils restent exposés cinq jours durant au vent et à la pluie. Débarqués à Hangkow, ils sont rejoints par les PP. Le Corre et Pecoraro qui réussissent à leur passer quelques vivres. Mais c’est à peine si l’évêque peut encore s’alimenter. Une dernière étape — trente-trois heures de train — les conduit jusqu’à Kow Loon ; ils arrivent à Hong-Kong le 17 novembre. Mgr Valentin est immédiatement admis à l’hôpital Saint-Paul, mais son taux d’urée interdit l’opération qui s’impose d’urgence. Dès le 14 décembre, accompagné du P. Charrier, il est transporté en avion à Paris où il arrivera le surlendemain.

     

     

    VI – Dernières Années

     

    Mgr Valentin est hospitalisé aussitôt à la clinique des Frères de Saint-Jean-de-Dieu. .11 se remet de son opération quand il fait une chute dans sa chambre et se casse le col du fémur. Enfin, le 31 mars 1954, il est suffisamment rétabli pour pouvoir se rendre à Montbeton. Mais il n’en a pas encore fini avec les hôpitaux : il lui faudra subir une dernière opération à Toulouse en 1956.

     

    Au sanatorium Saint-Raphaël, il vit dans la plus grande simplicité, fraternellement mêlé aux missionnaires. Dans le silence aussi, répugnant à rappeler le long chemin de croix dont Dieu garde le secret. Son jubilé sacerdotal serait même passé inaperçu sans une lettre du Pape Pie XII qui le félicitait vivement « de laborioso munere sacro et pastorali tam diu exercito » en évoquant tout ce que le vénérable vieillard avait souffert pour le Christ.

     

    En juin 1959, invité par Rome à exprimer ses vœux pour le futur concile, Mgr Valentin répond qu’en raison de son extrême faiblesse, il ne peut qu’offrir ses prières et ses sacrifices pour le succès de la grande assemblée œcuménique. De fait, il s’affaiblit de plus en plus. Il doit bientôt renoncer à célébrer la sainte messe et à réciter le bréviaire. Il attend sereinement l’heure du grand départ. Ses ultimes sourires sont pour le P. Millacet qui lui chante le refrain des anges de Noël, et pour Mgr de Courrèges, évêque de Montauban, qui vient lui exprimer ses vœux de nouvel an. A 81 ans passés, le 7 janvier 1962, vers six heures du matin, Mgr Valentin s’éteint doucement, au moment précis où son infirmier achève les prières des agonisants.

     

    Aux obsèques, présidées par Mgr de Courrèges, le mardi 9 janvier, assistent Mgr Despatures, les PP. J. Leroux et Mauger, de la mission de Kangting, les PP. Pencolé, Gallice et Fuma, qui représentent avec les confrères du sanatorium la société des Missions Etrangères, une délé­gation des Sœurs de La Motte conduite par la T. R. Mère Marie-Dolorès. La famille du défunt est représentée par son neveu, M. Claude Valentin, accompagné de son épouse. Le R. P. Chouvellon, o.m.i., chante la messe des funérailles ; Mgr l’évêque de Montauban donne l’absoute. La dépouille mortelle est inhumée dans le petit cimetière du sanatorium de Montbeton, tout près de la chapelle centrale.

     

    En recommandant Mgr Valentin aux prières des communautés religieuses et des fidèles de son diocèse, Mgr de Courrèges résumait ainsi la vie du grand missionnaire : « La sévérité du climat, les distances à parcourir dans un diocèse de montagnes grand comme le quart de la France, la dispersion des populations et l’isolement des missionnaires, tout ce qu’un changement de civilisation demande de sacrifices et les renoncements que Dieu seul sait furent la matière de l’offrande quotidienne que Mgr Valentin renouvela au cours de ses quarante-sept ans d’apostolat au Thibet. » La persécution communiste, puis l’expulsion du pays auquel il avait tout donné furent le couronnement d’un tel apostolat. Mgr Lovey, prévôt du Grand Saint-Bernard, évoquant tout ce que ses religieux missionnaires doivent à leur ancien vicaire apostolique, lui rendit ce témoignage : « Il fut un missionnaire d’un zèle extraordinaire et d’une mortification peu commune ». Enfin S. Em. le cardinal Agagianian, préfet de la S. Congrégation de la Propagande, apprenant le décès de Mgr Valentin, exprima le vœu  que tant de souffrances offertes au cours de sa longue existence contribuent à la conversion du monde et particulièrement à la paix de la Chine.

     

    • Numéro : 2770
    • Pays : Tibet
    • Année : 1904