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Jean-Louis VACANT (1831-1898)

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    Né à Fillières, alors paroisse du diocèse de Metz, aujourd’hui rattachée à celui de Nancy, le 31 août 1831, Jean-Louis Vacant était minoré quand il entra, en 1853, au séminaire des Missions-Étrangères. Ordonné prêtre le 3 juin 1855, il partit, le 21 septembre de la même année, pour les Indes orientales.

    Dès son arrivée à Pondichéry, il fut nommé professeur de rhétorique au collège impérial de cette ville. Cette situation exigeait chez le jeune maître des aptitudes spéciales et un travail considérable. Ces aptitudes, M. Vacant les possédait ; ce travail ne l’effraya pas. Doué d’une nature très vive, mais aussi d’une intelligence remarquable, il devint en peu de temps un professeur distingué. La noblesse de ses sentiments, la profonde tendresse de son cœur lui conquirent tout de suite l’estime de ses confrères et l’affection de ses élèves.

    Après cinq ou six ans de séjour au collège, M. Vacant fut envoyé en district dans le sud de la Mission, notamment à Vadougarpatty et à Karikal, succédant, dans ce dernier poste, à M. Dépommier nommé vicaire apostolique du Coïmbatour.

    À Karikal, M. Vacant eut à se défendre contre certaines tracasseries suscitées par l’administration locale, mais son tact et sa fermeté firent cesser ces petits ennuis, et c’est avec regret qu’en 1866 la population se sépara de son pasteur bien-aimé. M. Vacant était nommé Principal du collège de Pondichéry où il s’appliqua à continuer les traditions du vénérable M. Godet et de Mgr Laouënan. Mais le travail qu’il s’imposait alors était au-dessus de ses forces, et en 1873, il dut aller refaire sa santé dans son pays natal devenu en grande partie, hélas ! terre allemande. La douleur patriotique de son cœur, resté toujours si ardemment français, à la vue des humiliations de sa chère Lorraine, et la pensée de ses enfants lui firent hâter son retour à Pondichéry.

     

    Dès qu’il eut repris son poste, il comprit que l’heure des épreuves allait sonner. Les idées politiques marchaient grand train dans la colonie. La doctrine républicaine de l’égalité échauffait toutes les têtes.

    Jusqu’alors, les enfants d’Européens ou descendants d’Européens étaient seuls admis au collège. La Mission entretenait à ses frais un petit séminaire où les indigènes recevaient une instruction complète. Un mouvement néanmoins se forma, tendant à faire admettre au collège tous les enfants sans distinction d’origine. Il réussit. Ce fut ensuite la question des programmes d’enseignement qui s’agita. Il fallut réformer le plan des études. Bien secondé par ses professeurs, M. Vacant mit l’institution au niveau des meilleurs établissements de la Métropole. Un magnifique succès aux examens du baccalauréat le prouva.

    Cet état de choses ne désarma pas les mécontents qui s’agitaient contre les missionnaires. Ils prétendirent qu’il était nécessaire de soumettre le collège à une inspection spéciale. En réalité, ce qu’ils voulaient, c’était arriver à sa laïcisation.

    Mgr Laouënan comprit qu’il était plus digne de se retirer que de soutenir une lutte sans succès certain, et le 31 août 1879, le collège était rendu à l’administration. Dieu ne permit pas que des laïques vinssent détruire l’œuvre des missionnaires : l’établissement fut confié aux Pères du Saint-Esprit qui le gardèrent jusqu’en 1887.

     

    M. Vacant fut nommé à Goudelour. Il y resta trois ans pendant lesquels il restaura et agrandit l’église paroissiale. Sa santé continuant à donner des inquiétudes, Monseigneur l’envoya à Yercaud, charmant poste situé à 1.700 mètres sur les Shevaroy’s Hills. L’air de la montagne lui rendit ses forces, et il put pendant quinze années, administrer ce district.

    Il construisit une modeste chapelle à Longlypett, et avec le concours de M. Welter, l’architecte diocésain, il fit de la misérable église de Yercaud un temple spacieux et assez beau. Il travailla avec ardeur à l’établissement d’un pensionnat des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, avec école primaire pour les indigènes et dispensaire pour les malades.

    Yercaud, à cause de sa magnifique position, était devenu une sorte de sanatorium où les Européens et les créoles épuisés par les ardeurs de la plaine venaient en grand nombre respirer un peu d’air frais. Les missionnaires fatigués y venaient aussi. Le bon M. Vacant était pour ses confrères un hôte aimable et dévoué, unissant dans ses manières et sa conversation la simplicité et la dignité, comme il était pour ses chrétiens un père tendre et condescendant. Depuis qu’il était à Yercaud, les Pondichériens surtout avaient pour ce lieu un attrait tout spécial, parce que, outre l’agrément et la salubrité de la montagne, ils avaient le plaisir d’y revoir leur ancien Principal et Maître. Le Père en effet, les recevait avec une joie toute paternelle. Il embrassait avec tendresse ces hommes qu’il avait connus petits enfants, il s’intéressait à toutes leurs affaires ; ses conseils étaient écoutés et suivis avec un respect filial, et quand il lui arrivait de revoir un de ses anciens élèves oublieux de ses devoirs de chrétien, il lui redisait ces chaudes paroles qui avaient fait épanouir son jeune cœur à la piété et à la vertu.

     

    M. Vacant restait toujours gai et serviable, et cependant il souffrait, dans ces derniers temps surtout, de la cruelle maladie d’estomac qui devait l’emporter. En juin dernier, il comprit bien que le moment était venu de faire à Dieu le sacrifice de sa vie. Il laissa à M. Welter le soin de ses chrétiens, et arriva épuisé, mourant, à Pondichéry. Il voulait finir sa carrière au milieu de ses frères. Les soins du Dr Rançon, médecin de la marine, ne purent enrayer le mal. Voyant l’impuissance des remèdes humains, Mgr Gandy proposa au Père de lui administrer l’extrême-onction : « Comme vous voudrez, Monseigneur, » répondit-il.

    Mgr l’Archevêque commença aussitôt les cérémonies du sacrement des mourants auxquelles le malade s’associa tout le temps, répondant aux prières avec ferveur. Sa résignation était admirable. Quand Monseigneur eut achevé les onctions saintes, le P. Vacant lui prit les mains dans ses mains tremblantes, et du fond du cœur, il lui dit : « Merci, Monseigneur, merci ! Quel bien vous m’avez fait ! Je puis maintenant aller en paix. » C’était son Nunc dimittis qu’il chantait avec sa pleine lucidité d’esprit, avec tout l’abandon de sa volonté. Peu après, on lui apporta le saint Viatique qu’il reçut dans les plus profonds sentiments de piété et d’amour. Il remercia ce Dieu qui venait se joindre à lui pour quitter la terre, et puis il prit son chapelet qu’il égrena lentement. Le lendemain, son état s’était aggravé, et le 5 juillet, vers huit heures du soir, le vénéré malade rendait doucement son âme à Dieu dans les bras de son évêque.

     

    Dès que la nouvelle de sa mort se répandit dans la ville, les chrétiens de Pondichéry, et surtout les anciens élèves du P. Vacant, vinrent en foule prier devant ses restes, et ils lui firent jusqu’à sa dernière demeure un cortège ému et recueilli.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 677
    • Pays : Inde
    • Année : 1855