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Henri UNTERWALD (1908-1998)

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    Né citoyen allemand à Mulhouse, le 16 septembre 1908, le petit Alsacien Henri Unterwald ne devint Français que vers la fin de sa scolarité primaire à Strasbourg. Peu expansif sur son passé - hormis le peu de sympathie qu'il éprouvait pour les Allemands qui occupaient alors l'Alsace - il n'a guère laissé de souvenirs précis de son enfance. Ses études secondaires se déroulèrent à Maîche, dans le Doubs, et sans doute au petit séminaire de cette ville. Le jour anniversaire de ses dix-huit ans, il entra aux Missions Étrangères de Paris, le 16 septembre 1926. Quand et sous quelle influence a-t-il perçu sa vocation ? Quels furent ses rêves d'aspirant missionnaire ? Ni les archives ni les témoignages ne peuvent livrer son évolution intime ou ses convictions de futur apôtre. Tonsuré le 29 juin 1931, sous-diacre un an après, le 17 décembre 1932 il devenait diacre. Le 2 juillet 1933, il était ordonné prêtre, à 25 ans, et affecté au diocèse d'Osaka, au Japon.

     

    Deux mois après, le 8 septembre 1933, il s'embarquait pour l'Asie. C'était la fête de la Nativité de la Vierge Marie. Vue l'ardente dévotion continue qu'il manifestera envers la Vierge jusqu'à la fin de sa vie, il est vraisemblable que le départ du port s'accompagna d'une remise totale de sa future mission entre les mains de Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes. Dans les soutes du bateau, les cantines marquées de l'étiquette "Unterwald" contenaient probablement des kilos de Médailles miraculeuses, des chapelets, des ouvrages sur Lourdes, Fatima, etc., et renfermaient aussi quelques soutanes, vêtement ecclésiastique qu'il portera toute sa vie.

     

    Arrivé dans la mission d'Osaka, le 29 octobre 1933, le jeune missionnaire se met à l'étude de la langue locale, un peu sur le tas, comme tous ses prédécesseurs, car les écoles de langue n'existaient pas encore. Bilingue dès sa naissance, possédant déjà allemand, français, anglais, - sans compter le latin et le grec - le père Unterwald se lance à la découverte d'une langue asiatique, qu'il maîtrisera bien par la suite. Au cours de ses 46 ans d'apostolat au Japon, il enrichira ses connaissances en étudiant, à l'aide de la Méthode Assimil, le russe et l'espagnol. Mais l'écriture japonaise, avec ses idéogrammes d'origine chinoise le passionnent. Il inventera même une méthode pour les fractionner en éléments simples, afin de mieux les retenir. Une patience soutenue était nécessaire pour écouter ses très longues explications sur cette méthode révolutionnaire - et totalement personnelle -, spécialement quand - succombant à son tic le plus redouté - il vous serrait fortement le bras entre le pouce et l'index pour vous faire découvrir toutes les arcanes des caractères les plus complexes de l'écriture japonaise.

     

    Un an après, il est nommé vicaire à la paroisse de Tamatsukuri, à Osaka. Bref séjour à Sékime, dans la même ville, et il rejoint Shimoyamate, à Kobé, où, de 1935 à 1938, il restera vicaire du célèbre P. Henri Perrin, constructeur d'une très belle église, qui s'effondrera lors du grand tremblement de terre de Kobé, en 1995. Le curé n'hésite pas à faire des homélies de cinquante minutes à une heure. Le vicaire, moins audacieux, se contente d'une petite demi-heure et, selon certaines confidences, a hâte de voler de ses propres ailes !

     

    Il vient d'entrer dans la trentaine. Jeune missionnaire zélé, vivant la théologie de son époque, il profite de toutes les occasions pour baptiser ceux qui le désirent. Ainsi en 1938, de fortes pluies provoquent des inondations à Kobé. De petites rivières ayant été détournées de leur lit naturel cherchent à reprendre leurs droits. Leurs flots emportent tout sur leur passage, même les tramways de la ville. Le père Unterwald se trouve dans l'un d'eux. L'eau monte, au tournant du quartier de Kanochô. Croyant sa dernière heure venue, il exhorte les passagers à se tourner vers leur Sauveur et - l'eau ne manquant pas! - il arrive à en baptiser quelques-uns.

     

    Il se trouve brièvement à Tanabe d'Osaka, de 1938 à 1939, mais revient à Kobé à la mort du père Perrin pour lui succéder comme curé. De 1939 à 1942, dans cette paroisse de Shimoyamate, il va découvrir progressivement avec ses chrétiens la déstabilisation de la société japonaise causée par la guerre d'expansion dans le Pacifique. Il en souffrira beaucoup plus, les années suivantes, à la paroisse de Nakayamate, à Kobé, où il est appelé, en 1942 comme vicaire du père Fage et comme Procureur de la Mission. La guerre bat son plein. Le père Unterwald n'apprécie pas le favoritisme réservé aux Allemands - alliés des Japonais - (spécialement celui réservé aux Jésuites allemands de Rokko, paroisse voisine de la sienne) et il subit toutes les limitations, humiliations, suspicions et impositions auxquelles furent soumis les étrangers. Cela ne l'empêche pas, la soutane au vent, d'aider des victimes de la guerre, dans la mesure de ses moyens très modestes à cette époque.

     

    Le 5 juin 1945, les aviateurs américains bombardent la ville de Kobé. Des bombes incendiaires tombent sur l'église du Sacré-Cœur. Il faut sauver le Saint-Sacrement des flammes. Le père Fage meurt sur place dans l'église, suffoqué par la fumée de l'incendie, tandis que son vicaire s'effondre évanoui dans le transept, juste devant l'autel de la Vierge. C'est cet autel qu'il fera transporter par la suite dans sa future église de Sumoto. Il est profondément brûlé sur une bonne partie du corps et ne sera sauvé de justesse que grâce aux soins d'un médecin étranger.

     

    Plus tard, au cours d'une cérémonie de canonisation, dans la basilique même de Saint-Pierre de Rome, il montrera à des pèlerins américains ses mains, dont la peau est restée blanche et nécrosée depuis ce bombardement de 1945, et, avec sa malicieuse habileté, il réussira à les apitoyer et à leur extorquer quelques chèques en dollars comme aide pour les reconstructions dans le district de Kobé. Il confia par la suite au Procureur Mep de Rome, non sans pertinence : "Ça sert quand même d'avoir eu les mains brûlées !".

     

    En fait, toutes ces souffrances ne furent pas sans marquer la personnalité du vicaire de Nakayamate. Vingt ans après, alors qu'il était isolé dans l'île d'Awaji, il refusera vigoureusement la pose d'une ligne téléphonique dans son presbytère, de peur d'être "espionné" par la police. Cette situation rendait difficile les communications avec les paroissiens et les confrères, mais c'était là l'expression de la peur omniprésente et viscérale, qu'il ressentit pendant la guerre, notamment celle d'être arrêté arbitrairement pour espionnage. D'autres séquelles de ces traumatismes de la guerre apparaîtront encore plus tard.

     

    À la mort du père Fage, le vicaire devient curé de Nakayamate, paroisse rassemblant surtout la communauté des étrangers de Kobé. Plus ou moins bien remis de ses brûlures et du choc émotionnel de cette fin de la guerre, il fait un bilan de la situation : autour de l'église tout est dévasté, et la communauté est décimée et dispersée. Il faut repartir de zéro. Heureusement des secours arrivent progressivement de l'étranger et l'occupation américaine permet d'obtenir du ravitaillement.

     

    Petit à petit, le Japon se remet de sa défaite. Les conversions deviennent plus nombreuses. Des Congrégations religieuses et de nouvelles Sociétés missionnaires affluent sur l'archipel nippon. Il faut des terrains pour y construire couvents, écoles, hôpitaux ou paroisses. Le Procureur Mep - il avait gardé cette responsabilité - sait fort bien comment approcher ses relations internationales et comment les solliciter pour que le Royaume soit plus visiblement présent dans le district de Kobé. Il achète terrain après terrain, et c'est grâce à son habileté et à son dynamisme que les Franciscaines missionnaires de Marie, les Frères Maristes et ceux de Saint-Jean de Dieu, les Carmélites de la Charité, etc. purent fonder leurs œuvres, tandis que le district de Kobé s'enrichissait de terrains sur lesquels seront construites les églises de Nada, de Hyogo et de Sumoto. Inutile de préciser que ses qualités spirituelles firent aussi de lui un prêtre très prisé par les religieuses ! De même, son zêle et son dévouement firent l'admiration du père Arrupe, le célèbre jésuite, qui connut la bombe d'Hiroshima, lors de son séjour à Nakayamate, en 1949.

     

    La plus grande joie du Procureur fut certainement d'accueillir de jeunes missionnaires Mep à Kobé, en fin 1949. Il prépare pour eux des chambres confortables - selon les normes de l'époque - dans le nouveau presbytère qu'il vient de construire. La salle à manger est assez vaste pour recevoir tout ce monde, ainsi que les autres confrères travaillant dans le diocèse d'Osaka. Tout est prêt. Il a simplement - comme d'habitude - oublié une personne dans ses plans : il n'y a pas de chambre pour lui-même, et pendant plusieurs années il dormira sous les toits dans un petit cagibi, servant plus ou moins de débarras. Personnellement, il vivait toujours très pauvrement, et sa bonté, si prévenante, faisait excuser certains traits de son originalité. Par exemple, pendant la période d'étude du japonais des jeunes missionnaires, dans les couloirs du presbytère, il promenait chaque jour la statue de N.D. de Fatima, qu'il vénérait en la caressant délicatement de ses mains nécrosées. Il semble que les jeunes ne surent pas tous apprécier pleinement ce genre de dévotion mariale !

    Dénuement pour soi et abondance pour les autres : c'était une ligne de force constante chez lui, qui s'appuyait sur une volonté affirmée d'imitation du Christ. Et ce n'est pas par un pur hasard que le père Unterwald prit amoureusement le temps de traduire en japonais "L'Imitation de Jésus-Christ" - son livre de chevet - , qui fut édité en caractères romains et largement distribué par le traducteur, avec générosité. Il se dépouillait de tout ce qu'il avait ou recevait, et un pauvre mendiant d'Itayado se souviendra longtemps de cet étranger aux cheveux blancs qui, passant près de lui, lui donna son propre pantalon, celui qu'il portait ce jour-là ! sans aucune offense à la pudeur, puisque la soutane couvrait largement toute mauvaise interprétation de ce geste de charité.

     

    Tous les mercredis, il accueillait chaleureusement au presbytère de Nakayamate les confrères Mep du diocèse, si bien que cette paroisse fut par la suite considérée comme une "maison de Société", avec sa bibliothèque, etc. L'ensemble disparaîtra à la suite du tremblement de terre de Kobé, en janvier 1995. En bon Alsacien, ayant vécu à Strasbourg, le père Unterwald se sentait en affinité profonde avec les Juifs. Ceux de Kobé étaient surtout des expatriés de Russie, d'Égypte ou d'Afrique du Nord, souvent devenus apatrides à la fin de la guerre. Le commerce reprenant ses droits progressivement, ces Juifs connurent une certaine aisance et, avec le savoir-faire du curé, ils devinrent des bienfaiteurs de la paroisse de Nakayamate, à laquelle ils firent don de superbes cloches.

     

    Les années ont passé. Le père Unterwald cède sa fonction de curé de Nakayamate au père Étienne Durécu. Il part pour la France où, pendant près de deux ans - de 1954 à 1956 - il sillonne l'Alsace et bien d'autres provinces pour parler de la Mission du Japon et faire comprendre à ses auditeurs qu'elle a des besoins financiers importants et qu'elle attend également du personnel nouveau.

     

    De retour au Japon en 1956, Mgr Taguchi, évêque d'Osaka, l'envoie évangéliser l'île d'Awaji, face à Kobé, la plus grande île de la Mer intérieure, avec ses quelque 200.000 habitants. Cette affectation a tenu compte du fait qu'après la guerre, le père Unterwald y venait en bateau pour célébrer la Messe chez des chrétiens, une ou deux fois par mois, le soir, et y préparait les catéchumènes à s'acheminer vers le baptême. Le curé de Sumoto se met rapidement au travail. Il loue d'abord une maison, puis il achète plusieurs rizières, qui deviendront le terrain paroissial, sans attendre et sans argent, mais pleinement confiant en Marie et la Providence. Il construit église, presbytère et, sur le terrain adjacent, il demande aux Sœurs de l'Assomption de créer un Jardin d'enfants. Il achète une petite montagne pour y aménager plus tard un cimetière catholique, qui sera béni par son successeur. Confidentiellement, il révèle à des chrétiens qu'il désire "devenir terre de l'île d'Awaji" en étant inhumé sur place, mais son rêve ne se réalisera pas. Pour les réunions des paroissiens, il prévoit un bâtiment à part avec des salles convenables, ainsi que cuisinette et toilettes, et, bien évidemment, ce bâtiment sera mis sous la protection de N.D. de Fatima. Il lui arrive quelquefois de faire des confusions dans les comptes, mélangeant biens personnels et biens communautaires, et confie toutes les dépenses et dettes engagées à la Providence ... en l'occurrence, bien des fois, ce sera la générosité présumée de la Société Mep !

     

    Grande île montagneuse, de tradition principalement bouddhique avec des résurgences de religion animiste primitive, l'île d'Awaji compte fort peu de baptisés et les catéchumènes ne se bousculent pas à l'entrée de l'église ! Les membres du Præsidium de la Légion de Marie s'efforcent de seconder leur curé dans ses tâches paroissiales. Lui, il n'oublie pas qu'il est missionnaire "ad Gentes", et rapidement il exerce son charisme de visiteur d'hôpitaux et de maisons de retraite pour personnes âgées.

     

    Les tuberculeux, souvent hospitalisés depuis plusieurs années, ne sont pas bien riches : il leur apporte couvertures ou vêtements, sans distinctions entre chrétiens et non-chrétiens, et sa charité inventive n'a pas de limites. Le "Pape d'Awaji", avec sa soutane blanche d'étranger, parcourt à bicyclette des distances importantes pour offrir aux pauvres et aux souffrants consolations matérielles et spirituelles, souvent accompagnées de l'incontournable "Médaille miraculeuse". Après la guerre, les orphelins et les veuves étaient nombreux. Ils furent particulièrement l'objet de sa bonté. Beaucoup d'habitants de l'île, ne connaisssant pas son nom de famille, crurent qu'il s'appelait "Marie" tant ce nom sortait fréquemment de ses lèvres.

     

    Le registre paroissial des baptêmes se gonfla en très peu de temps. Celui des défunts aussi, car de nombreux baptêmes étaient donnés à l'article de la mort. Dans son enthousiasme et afin de permettre à une âme d'être sauvée, - et par inattention, sans doute ! - le père Unterwald fit aussi couler l'eau du baptême sur le front d'un bonze, dans une chambrée d'hôpital! Comment résister à ce missionnaire qui laissait tant transparaître l'amour de Dieu pour les hommes ? Une malade lui dit un jour : "Quand on voit votre visage, on saisit ce qu'est le Père du Ciel!". La vénération à son égard allait même parfois beaucoup plus loin. Par exemple, un jour, après avoir prié avec un mourant, il lui laissa une Médaille miraculeuse sous l'oreiller. Tous les pronostics médicaux annonçaient une mort certaine au cours de la nuit suivante, mais le malade repris force et recouvra la santé. On cria au miracle et certaines personnes affirmèrent alors que le missionnaire exerçait des charismes surnaturels. Alsacien ayant connu au pays natal les tensions entre catholiques et protestants, il s'efforça de créer des liens avec des pasteurs protestants de l'île, de manière très simplement humaine, sans s'encombrer de haute théologie. Sa visite fraternelle à un prêtre anglican malade ne passa pas inaperçue, surtout à une époque où l'œcuménisme était encore balbutiant ... ni plus ni moins que son éternelle soutane et sa fidèle bicyclette ! Grâce à ses approches répétées et la droiture de ses démarches, il réussit en définitive à favoriser et à amplifier les contacts entre les pasteurs protestants eux-mêmes, devenant élément catalyseur d'une unité des chrétiens qui se recherchait. Finalement, grâce à lui, les pasteurs créèrent entre eux une association fraternelle, dans laquelle l'Église catholique garde toujours une part active.

     

    Ce serait manquer à la mémoire du père Unterwald que de ne pas mentionner ceux qui lui tenaient tant à cœur. En trouvait-t-il un dans la rue qui soit orphelin, aussitôt il l'accueillait, l'entourait de son affection et le conduisait au presbytère. Son amour pour les chats n'était peut- être pas partagé par tous ses confrères. En effet, ils envahissaient la table des hôtes et n'hésitaient pas à se délecter directement dans leur assiette. Un bonze de l'île, qui avait fréquenté notre missionnaire pendant de nombreuses années, était en admiration devant lui et fit une interprétation très bouddhiste de son attitude. Selon ce qu'il écrivit dans le journal local d'Awaji, il crut y discerner "un être humain qui avait dépassé le "satori" des hommes pour s'élever jusqu'à l’illumination des animaux".

     

    Très longtemps, la Saint-Henri fut un jour de joie pour le père Unterwald. Il recevait ses confrères du diocèse, venus spécialement passer la journée sur l'île avec lui pour sa fête patronale. Il ne refusait pas les boissons apportées, mais il appréciait surtout - en bon Alsacien - la variété de la charcuterie spécialement choisie pour lui à Kobé, ce qui lui procurait un très grand plaisir. Car les jours ordinaires, c'était son esprit de pauvreté qui apparaissait sur sa table, tels ces fruits et légumes trop avancés, achetés à bas prix, ou ces marmites de pommes de terre simplement cuites à l'eau. Et le Concile de Vatican II ouvrit l'Église au vent du large. Mais il fallut un certain temps à ce vent pour traverser le Pacifique et arriver jusqu'à l’île d'Awaji. Le renouveau liturgique ne fut pas spécialement ressenti comme une ouverture missionnaire par le curé de Sumoto et la "conversion" exigée - par exemple de célébrer la Messe face au peuple et non en lui tournant le dos - ne fut pas instantanée pour l'apôtre de l'île. Les années passèrent. Les registres de baptême se remplissaient en moyenne de 7 à 8 personnes par jour. Il gardait toujours son humour, accueillant très chaleureusement, et son rayonnement demeurait grand. "En sa présence, j'avais l'impression d'être soulagée, rassurée et de recevoir le don de la paix du cœur" témoigne une personne. Par contre, son psychisme évoluait mal et l'emportait quelquefois vers des sommets où mystique, théologie et imagination se confondaient curieusement. La sainteté de l'amour qui émanait de lui ne s'atténuait pas, mais des blocages sur des idées fixes et certains comportements étonnaient de plus en plus ses proches. Un beau matin, discrètement, il partit pour la France prendre un temps de repos-provisoirement, pensait-il - et il aurait bien voulu emmener ses onze chats avec lui, mais bien sûr cela ne fut pas possible.

     

    À la fin de 1979, il se retrouve donc en France. Sa sœur aînée, Mme Sidonie Tritz, est infirme. Il prend attentivement soin d’elle, dans son appartement de Mulhouse, devenant ainsi cuisinier, balayeur, apprenti infirmier, etc. avec le dévouement sans limites qu'on lui connaît. Sa charité le pousse encore à rendre visite à des malades ou à des personnes isolées. Comme il a du temps libre et que sa vie a été offerte pour les Japonais, il accepte quelques heures de réunion, dans une Université alsacienne, pour y enseigner des rudiments de japonais et faire découvrir aux étudiants les richesses culturelles du pays où il a passé plus de 45 ans de sa vie missionnaire. Sa sœur s’est éteinte, et lui-même se retrouve dans une maison de retraite, à Thann, dans le Haut-Rhin, avec sa fidèle soutane et ses réflexes missionnaires de tout donner de ce qu’il avait entre les mains. Son frère Marcel venait le voir toutes les semaines, mais lui aussi quitte cette terre. Lui-même subit une opération de la prostate, qui diminua encore plus ses facultés.

     

    De dépouillement en dépouillement, le père Unterwald est appelé à offrir au Seigneur sa mémoire, devenue défaillante. Le 14 septembre 1998, à deux jours de son 90ème anniversaire, un saint homme, un peu extravagant mais plein d'humour et de bonté, achevait sa vie missionnaire terrestre, et pouvait enfin contempler le vrai visage de Marie - dont il était le fils si aimant - et rencontrer enfin les Personnes de la Trinité, mystère qu'il avait tant cherché à élucider quand il était à Sumoto. Il repose dans une tombe familiale du cimetière de Mulhouse.

     

     

    • Numéro : 3494
    • Pays : Japon
    • Année : 1933