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Adolphe UNTERLEIDNER (1879-1923)

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    M. UNTERLEIDNER (Adolphe-Joseph), né à Dinsheim (Strasbourg, Basse-Alsace), le 6 septembre 1879. Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères, le 8 octobre 1899. Prêtre, le 21 juin 1903. Parti pour le Cambodge, le 5 août 1903. Mort à Saïgon, le 4 juillet 1923.

    M. Adolphe Unterleidner naquit le 6 septembre 1879 à Dinsheim (Basse-Alsace). Il était le Benjamin d’une famille de quatre frères. Ses premières années se passèrent dans sa chère Alsace dont il ne parla jamais qu’avec fierté.

    Il fit ses études secondaires à l’école apostolique de Clairmarais, dans le Pas-de-Calais. Quand arriva le moment de choisir une voie, il se sentit d’abord attiré vers les Assomptionnistes. Peut-être l’exemple de son frère Claudius, qui était déjà dans cette Congrégation, où il devint un professeur éminent, exerçait-il sur lui un naturel attrait, mais le jeune Adolphe n’hésita pas longtemps : sa nature ardente s’accommodait mieux des grands espaces et des luttes ouvertes sur les champs d’apostolat en pays de mission ; le 8 octobre 1899 il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères.

    Au séminaire il ne se distingua pas de ses confrères sinon peut-être par une gaîté presque exubérante, franche et de bon aloi. C’est dans le cadre du règlement que se déroula sa formation sacerdotale et ce règlement, il l’observa avec amour, mais ni plus ni moins strictement que l’ensemble de la communauté. N’est-ce pas faire en lui l’éloge de cette vertu si aimable : la simplicité ?

    Ordonné prêtre le 21 juin 1903, il reçut sa destination pour la Mission du Cambodge. Il fut d’abord envoyé à Soai Rieng pour apprendre la langue. Doué d’une heureuse mémoire, il fit dans cette étude de rapides progrès ; aussi fut-il bientôt à même de voler des ses propres ailes. Le district de Soai Rieng fut divisé en deux et la partie Est fut confiée à la direction de M. Unterleidner, la résidence était à Prasant.

    Tout était à faire : la fondation de ce poste datait à peine de deux ans ; l’église était une masure couverte en chaume située au milieu d’un village païen. Le premier souci du missionnaire fut de chercher un terrain à proximité pour y transporter l’église et grouper autour d’elle ses néophytes. Il usa de toutes les influences qu’il pût rencontrer pour se faire céder par les Cambodgiens quelques rizières de l’autre côté de l’arroyo, sur la lisière du village. Il bâtit là une assez vaste église, mais il dut encore la couvrir en chaume, ses ressources ne lui permettant pas de faire mieux. Il songea aussi à se construire une maison : il la fit proprette et fort agréable, mais ici encore, pour la couverture le chaume dut remplacer la tuile. On traça un beau chemin qui longeait la chrétienté et les chrétiens s’installèrent de chaque côté. Ceux-ci avaient assez de terrain pour faire un jardin, quelques-uns même purent cultiver une petite rizière. La résidence d’un missionnaire zélé dans la chrétienté de Prasant attira plusieurs familles de catéchumènes ; celles qui persévèrent, unies aux familles chrétiennes déjà établies, donnèrent bientôt à la nouvelle chrétienté l’aspect d’une chrétienté centrale.

    M. Unterleidner devait lui aussi administrer les postes de Talok, Kompong Telok, Bunghai, chrétientés déjà anciennes qui se trouvaient à l’extrémité de l’ancien district de Soai Rieng ; elles étaient à une distance de trente-cinq kilomètres, et les voyages se faisaient à cheval. Ces chevauchées sont devenues légendaires : son cheval portait un nom qui marquait bien les aspirations et l’ardeur juvénile de son cavalier ; il s’appelait  « Bataille ». Les confrères qu’il invitait à ses randonnées se souviendront longtemps de l’air martial avec lequel, dressé sur son « Bataille » il semblait prendre la tête d’une colonne imaginaire, et lançait, d’une voix aiguë et prolongée, le cri des charges héroïques : En avant ! A la baïonnette ! Comme le Chevalier-Apôtre, M. Unterleidner avait dû hésiter, dans son jeune âge, entre deux vocations : Soldat ou Missionnaire.

    Il était missionnaire, Mgr Bouchut suivait avec intérêt notre jeune confrère. Le grand poste de Nanggu devenait vacant par le départ pour la France de son titulaire, M. Conte. Ce dernier, à cause de ses infirmités se voyait incapable de continuer la direction de cet immense district ; il fallait donc lui donner un successeur et il fallait un homme actif et entreprenant. Etant venu à Soai Rieng pour la Confirmation, Monseigneur fit du district de Nanggu une description des plus brillantes, puis, brusquement le proposa à M. Unterleidner. Celui-ci, interdit, ne sut que répondre ; mais la réflexion survint rapide : Il lui faudrait se séparer de ses néophytes de Prasant ! Puisque le choix semblait lui être permis, non, il ne les  quitterait pas, même pour les nombreux  et fervents chrétiens de Nanggu. Mais Monseigneur insista, et il fallut faire le sacrifice.

    Il arriva dans son nouveau poste au milieu de l’année 1908, et ne tarda pas à se rendre compte de la situation : Les chrétiens adonnés à la pêche gagnaient péniblement leur vie, et cependant ils habitaient sur la lisière d’une immense plaine en friche, couverte de hautes herbes et infestée par les nuées de moustiques. Défricher cette plaine  inoccupée et y cultiver des rizières, c’était procurer au pays le double avan­tage du bien-être,et de la salubrité. Les objections vinrent nombreuses, inspirées par la crainte des difficultés et la théorie du moindre effort : La plaine est trop basse, disaient les chrétiens, chaque année l’inondation est trop haute et étoufferait le riz à peine germé. Le nouveau curé n’abandonna pas son projet, mais en étudia activement la réalisation : il s’informa des différentes espèces de riz cultivées dans les régions du voisinage ; il en découvrit une qui a la propriété, si le grain est semé à temps, d’allonger sa tige à mesure que l’inondation monte. On se mit aussitôt à l’œuvre : on défricha, on cultiva et l’on récolta. Aujourd’hui, cette plaine insalubre et inculte s’est transformée en une immense rizière ; les chrétiens jouissent de cette honnête aisance qui n’est pas mauvaise conseillère comme la pauvreté ; plusieurs ont construit de confortables maisons et la fabrique de l’église elle-même a vu ses revenus augmenter. La vieille église trop petite tombait en ruines ; M. Unterleidner entreprit de la reconstruire et plus grande et plus belle : il voulait qu’elle fût une des plus belles de la Mission. Un confrère habile lui fournit un plan détaillé ; il se fit bailleur de fonds et surveillant des travaux. L’œuvre fut menée à bonne fin, et en février 1920, Monseigneur bénissait la nouvelle église de Nanggu.

    Après la mort de M. Conte devenu curé de Long Xuyen, M. Unterleidner fut également chargé de ce poste qui est un lieu de passage pour les confrères de la Mission. Il fallait là un pied à terre d’un usage pratique et en rapport avec l’importance de ce chef-lieu. Notre confrère mena aussi à bonne fin cette entreprise, et aujourd’hui Long Xuyen possède un presbytère qui fait bonne figure au milieu des maisons européennes, et où les missionnaires de passage trouvent une agréable hospitalité.

    Tout en construisant des églises, notre confrère ne négligeait pas les âmes qui lui étaient confiées. N’étaient-elles pas aussi des temples à édifier ? Nescitis quia temptum Dei estis ? Dans ses chrétientés il veillait avec un soin vraiment maternel à l’instruction de la jeunesse et à la réception fréquente des sacrements ; l’ « increpa » et l’ « obsecra » de l’Apôtre étaient aussi sa méthode et l’on peut dire qu’il a laissé à son successeur des chrétiens bien instruits et réellement fervents. L’affection de ses ouailles lui rendait ce travail d’édification facile : Il était le bon pasteur et ses brebis le connaissaient et ne pouvaient ne pas l’aimer.

    Avec ses confrères, il était le coq gaulois qui réveille, stimule, dissipe la nuit ou la tristesse et avec le soleil annonce l’espérance : Gallo canente spes redit. Dans les réunions, sa voix souple et forte était toujours mise à contribution. Son amour d’Alsacien pour la France était intransigeant : il aimait à raconter qu’à l’école primaire, lorsqu’avec ses petits camarades alsaciens, il jouait aux soldats, les deux camps se distinguant infailliblement en prussiens et français, jamais il n’avait voulu être prussien… même pour rire.

    Un jour, dans une de ces conversations où le patriotisme de M. Unterleidner s’exaltait, un confrère fit allusion à l’Alsace devenue allemande : Ce n’était qu’une innocente et discrète taquinerie et c’est bien ainsi que le comprenait M. Unterleidner car il lisait sur le regard et le sourire de son confrère l’intention de donner à son patriotisme l’occasion d’exploser. L’occasion ne fut pas manquée, en effet : Notre patriote alsacien se dresse, bombe la poitrine et déclare avec un geste de fierté : « C’est la France qui nous a sacrifiés ; les Alsaciens ne se sont pas livrés d’eux-mêmes. » Puis il énumère la liste qu’il connaît par cœur des généraux qui se battent pour la France. « Peut-on dire, ajoute-t-il, que les Alsaciens n’aiment pas la France ? »

    M. Unterleidner avait toujours joui d’une excellente santé, aussi quand la maladie vint le visiter, il ne voulut pas y croire. Une maladie de foie, qui était en incubation chez lui, ne fut pas traitée à temps, et elle allait provoquer un prompt dénouement. On transporta le pauvre malade à la clinique du docteur Angier, à Saïgon, mais il était trop tard : le docteur déclara le mal incurable. Cependant, grâce aux bons soins de cet excellent praticien et des Sœurs infirmières, la vie put être prolongée encore de deux mois. La fin approchant, on proposa au malade les derniers sacrements qu’il reçut en pleine connaissance. Les dernières heures furent très pénibles et l’agonie fut longue. Le malade rendit le dernier soupir le 4 juillet à deux heures du matin.

    « Opera eorum sequuntur illos ».

    • Numéro : 2742
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1903