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Yves TYGREAT (1925-1954)

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    Sur la côte nord du Finistère la mer, les rochers ; un peuple dur, pécheurs, goémoniers, cultivateurs, sur une terre dure. C’est là qu’autrefois on se chargeait d’organiser les naufrages pour profiter des épaves. Mais aujourd’hui, grâce au travail de ses fils, grâce à sa foi entière, une des régions qui fournit le plus de prêtres, tant au diocèse qu’aux missions.

     

    À Kerdelan, hameau à cinq kilomètres du bourg de Plouguerneau, naquit le 17 juillet 1925, Yves-Gabriel Tygréat dans une famille de cultivateurs. Il en était le cinquième enfant mais deux d’entre eux étaient déjà au ciel. Enfance entre la terre et le milieu familial. A six ans il dut aller en pension à l’école du bourg, car il était, bien entendu, exclu par ses parents de l’envoyer à l’école laïque, beaucoup plus proche. C’est là, chez les Frères de l’école chrétienne, qu’il fit l’apprentissage sévère de la vie de communauté. Sous la férule des Frères son intelligence s’ouvrit peu à peu ; dès cette époque il pensait à faire de toute sa vie hommage au Seigneur. Mais en bon Breton peu expansif, il laissa mûrir sa vocation dans le silence. C’était d’ailleurs une réponse aux prières de sa mère, qui, quoique ayant perdu deux de ses enfants, souhaitait ardemment en offrir un au service du Seigneur.. À la fin de ses études primaires il entra au petit séminaire de Pont-Croix, dans le sud Finistère, où il se mit ardemment à l’étude malgré le dépaysement et la séparation de sa famille. Dès cette époque sa vocation était orientée vers les missions. Aussi, lorsque la guerre de 1939 obligea le petit séminaire à réduire ses effectifs, fut-il pris en charge par le P. Le Restif, alors recruteur des M.-E. en Bretagne, et envoyé au collège de Lannion ( Côtes-du-Nord ) où il fit sa quatrième. Puis Il put rentrer au petit séminaire de Beaupréau, en troisième, et, grâce à son travail acharné, intelligemment dirigé par ses professeurs, et surtout par le Père Davias qui était supérieur à cette époque, il parvint à la fin de ses humanités à se ranger parmi les meilleurs éléments qui entrèrent au séminaire de Paris en 1945.

     

    À cette époque, le séminaire de philosophie de Bièvres était occupé par l’armée américaine, après l’avoir été par les armées française puis allemande. Aussi est-ce à la rue du Bac qu’Yves Tygréat commença sa philosophie, dans une communauté qui rassemblait, avec les jeunes recrues du petit séminaire, des vétérans durement formés par les combats ou les stages dans les camps de prisonniers. Ce mélange n’avait pas que des désavantages et provoquait chez les jeunes un mûrissement intellectuel et moral qui les mettait directement en état de réfléchir avec fruit sur leur vocation. Mais en 1946 Bel-Air rouvrait ses portes, et Yves Tygréat fut parmi ceux qui eurent la tâche de lui redonner son esprit, sa vie. Il y continua sa philosophie au grand air, ce qui n’était pas pour lui déplaire, car il ne fut et ne voulut jamais être un citadin. Revenu à Paris, il mena à bien l’étude de la théologie grâce à cette assiduité qui lui avait été enseignée à Beaupréau. Ses principaux loisirs furent occupés à rendre service aux confrères, soit en courant les rues à la recherche des livres qu’on lui commandait à la boutique, soit en réparant leurs chaussures en vue des longues marches du mercredi dont il était un apôtre aussi exemplaire que véhément.

     

    Le 28 mai 1950, il fut ordonné prêtre ad titulum Missionis, aboutissement de ses désirs de toujours, mais surtout de son travail incessant pour s’instruire et se former.

     

    Le 29 juin suivant il reçut sa destination pour Hunghoa, au Nord-Vietnam. Cette mission était alors loin d’être en paix, mais ce n’était pas pour effrayer un lutteur comme lui. Il passa ses dernières vacances au milieu de sa famille à Guipavas près de Brest, où elle habitait alors, et c’est là qu’il chanta sa première messe, non sans quelque difficulté, car le chant grégorien, et le chant tout court, lui donnèrent toujours l’occasion d’exercer sa patience.

     

    Le 1er novembre 1950 il débarqua à Saigon, où un message l’attendait lui enjoignant de s’installer et de commencer l’étude de la langue vietnamienne à la procure de cette ville. A cette époque en effet, on parlait nettement de l’évacuation totale du Nord-Vietnam par les troupes franco-vietnamiennes, et un Père ne sachant pas parler aurait été plutôt une gêne qu’un secours. Il commença donc courageusement son travail, et, à grand renfort de vocalises, d’interrogations, et d’essais plus ou moins réussis, il se mit en état, quand la situation le permettrait, de pouvoir s’attaquer directement à l’étude pratique de la conversation.

     

    Le 21 avril 1952, il débarquait à Sontay, chef-lieu provisoire du vicariat apostolique de Hunghoa.

     

    Là il continua l’étude de la langue ; les premiers pas il les avait faits à Saigon, il ne s’agissait que de continuer. Son énergie de Breton têtu le fit s’atteler vigoureusement à la besogne, de sorte que quelques mois plus tard il pouvait rendre quelques services. Le P. Tygréat fut envoyé dans la petite chrétienté de Yenkhoai, située à 18 kms de Sontay, non loin du mont Bavi. Tout de suite il conquit le cœur de ses braves gens, les aida, les protégea. Il commença de faire la classe aux enfants le matin, et le catéchisme le soir. Tout le monde était en paix et joie. Le jeune missionnaire se formait un peu plus chaque jour et promettait de devenir un remarquable apôtre : surnaturel, dévoué, ardent au travail.

     

    Mais les desseins du Seigneur sont toujours mystérieux. La mort devait prendre le Père Tygréat dans les prémices de son apostolat, en pleine fleur de l’âge, à 29 ans.

     

    À la suite des événements, le Père avait décidé de rester avec ses chrétiens jusqu’au bout ; un dernier voyage à Sontay pour voir son évêque et prendre toutes dispositions, puis il était rentré dans son district. Près du village restait encore une minuscule garnison, avec deux Européens. Dans l’après-midi du 22 juillet, vers 4 heures, le Père se rendit au poste dans l’intention de rendre visite aux soldats. En arrivant il toucha une mine de protection du fortin. Touché à la nuque il fut tué sur le coup. Sans délai le poste télégraphia l’accident à Sontay ; dès le lendemain matin, Mgr Mazé et le P. Lajeune arrivaient à Yenkhoai pour les obsèques. Ils étaient les seuls car la route, coupée en plusieurs endroits, était difficile : tant à l’aller qu’au retour, les deux voyageurs firent des rencontres peu agréables, le P. Lajeune fut même arrêté et retenu toute une nuit. Les obsèques du P. Tygréat furent, du fait des circonstances, très simples mais très pieuses.

     

    Il avait décidé de rester avec ses chrétiens ; le Seigneur le prit au mot : le cher Père Tygréat repose près de l’église de Yenkhoai. Il sera un modèle et une protection pour sa jeune chrétienté dans la tourmente qui s’annonce.

    • Numéro : 3892
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1950