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Louis TURGIS (1842-1894)

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    M. Louis Turgis naquit à Chemillé, petite ville du diocèse d’Angers, le 15 octobre 1842. Dès son enfance, il se fit remarquer par sa foi, son intelligence et son ardeur au travail. Au mois d’octo­bre 1856, il entra au collège de Combrée. Il s’y distingua par un tra­vail infatigable et se maintint toujours à la tête d’un cours qui comp­tait plus de 45 élèves. Reçu bachelier, après ses études, il entra en 1863 au Séminaire des Missions-Étrangères avec cinq de ses condisciples.

    Il fut à Paris ce qu’il avait été au collège : pieux et travailleur, tout entier à l’observation de la règle, apportant à l’étude des sciences ecclésiastiques l’ardeur et la persévérance qu’il avait mises à celle des belles-lettres. Ce fut là que la santé commença à le trahir, et qu’il inaugura contre la maladie la lutte qui ne devait finir qu’avec sa vie.

    Ordonné prêtre en 1866, avec les aspirants de son cours, au lieu de partir comme eux pour les Missions, il se voit condamné à revenir en Anjou pour soigner sa santé. Rétabli en apparence, après deux ans passés comme précepteur, il est enfin nommé missionnaire au Su­tchuen oriental s’embarque au mois d’août 1868, et arrive dans sa Mission à la fin de cette même année.

    C’était l’âge d’or. La paix régnait, les païens étaient bienveillants ; l’expédition française de 1860 avait ouvert l’empire chinois à l’influence chrétienne, et cette influence était plus grande au Su-tchuen que partout ailleurs, grâce à deux hommes : M. Delamarre, missionnaire du Su-tchuen, interprète du plénipotentiaire français, lors de la si­gnature du traité de Pékin, et Mgr Desflèches, évêque de Sinite, dont le nom était connu dans tous les prétoires. Jamais le christianisme n’avait eu, en Chine, une existence plus brillante, et n’vait donné plus d’espérances pour l’avenir.

    Après un séjour de quelques mois dans une famillé chrétienne, M. Turgis est chargé du district de Yun-tchouan, illustré par le vénérable M. Gléyo et tout rempli encore du souvenir de Mgr de Maxula. Le voilà en pleine Chine, au milieu d’un millier de chrétiens bien formés, parmi des foules de païens ! Le voilà libre, jeune, plein d’ardeur et d’espérances. Deux ans s’écoulent, deux ans de vraie vie de missionnaire, de cette vie d’un jeune prêtre qui a quitté sa famille pour en trouver des centaines d’autres. Partout dans son vaste district, il est chez lui ; toutes les maisons chrétiennes sont sa maison ; il se voit entouré de respect et de con­fiance ; les vieillards se prosternent pour le saluer et l’appellent leur père ; il parle, il est écouté ; il commande, on obéit ; il punit, on se soumet ; à son arrivée dans une station les enfants accourent au-devant de lui, grands et petits se précipitent vers le pauvre oratoire et entonnent le chant de joie ; à son départ, les visages s’assombris­sent et les fronts s’inclinent pleins de tristesse sous la dernière béné­diction ; M. Turgis trouve là l’existence qu’il avait rêvée, il est heureux.... Hélas ! les beaux jours furent de courte durée.

    Les fatigues de l’acclimatation épuisèrent vite ce tempérament déjà miné par la souffrance. Dès 1871, M. Turgis ne peut plus supporter les fatigues de la visite des chrétiens ; on le place au grand séminaire de Pee-ko-chou comme professeur de philosophie et il y reste pen­dant un an. Là encore, la vie est belle. Il est au milieu de trente jeunes Chinois appartenant aux meilleures familles de la Mission et destinés a être prêtres ; il oppose devant eux les splendeurs de notre foi aux fables stupides du paganisme, et forme au raisonnement ceux qui doivent plus tard combattre l’ignorance et détruire les préjugés de leurs compatriotes. Il voit ces jeunes gens s’agenouiller pieusement devant l’Auteur de toute science dans la gentille chapelle aux lambris de vermillon ; aux grands jours de fête, l’autel, avec ses chandeliers et ses fleurs, lui rappelle les autels de France ; il entend la cloche du séminaire jeter fièrement trois fois le jour l’Angelus aux échos des montagnes voisines et couvrir de son joyeux carillon la cloche des bonzes qui gémit lugubre au déclin du jour ; il conduit à la promenade en plein pays païen les élèves du sanctuaire que tout le monde respecte. Là encore, il a trouvé le bonheur ; il le goûte pendant un an.

    Comme sa maladie ne faisait que s’aggraver, au mois de janvier 1873, le pauvre infirme est obligé de quitter le Su-tchuen, pour revenir à Shang-hai et à Hongkong, et de là en France.

    Après plusieurs mois de convalescence, il accepte du ministère dans son diocèse ; il est d’abord vicaire, puis professeur de langues vivantes au petit séminaire de Mongazon. Cependant neuf années d’absence ne peuvent lui faire oublier les Missions ; il aspire toujours à repasser les mers.

    En 1882, Mgr Gasnier étant venu à Angers, M. Turgis quitte de nouveau la France et s’embarque avec Sa Grandeur pour la Mission de Malacca. Il y reste deux ans professeur. Mais ce qu’il voulait, c’était la Chine et le Su-tchuen !

    En juillet 1884, il arrive à Hong-kong. On était alors au plus fort de l’expédition française au Tonkin ; il ne fallait pas penser à pénétrer en Chine : on retint notre confrère au sanatorium. Huit jours après, il est saisi par un rhumatisme violent qui le force à garder le lit près de deux mois. Enfin, au mois d’avril 1885, il est sur le fleuve Bleu, en route vers le Su-tchuen. Son long désir va-t-il être accompli ! Non ! Une pleurésie le terrasse, et bientôt il revient à Hong-kong dans un état lamentable. Il passe à Nazareth les années 1886 et 1887, puis en 1888, il revient en France. Toujours souffrant, il entre dans plu­sieurs familles comme précepteur. En février 1893, il est chargé d’une petite paroisse de 300 âmes. Des attaques répétées de pleurésie le tiennent au lit presque tout l’hiver. Avec la chaleur, notre confrère semble reprendre vie, lorsque tout à coup, au mois de juillet, la terrible maladie de la pierre se déclare à l’état aigu. On le transporte à  la pension Saint-Martin à Angers, pour qu’il y reçoive les soins des meilleurs médecins ; mais tout est inutile. M. Turgis, usé par vingt ans de souffrances, expire le 24 juillet, à une heure de l’après-midi, après une longue agonie.

    Son corps repose dans le grand cimetière d’Angers, en attendant l’heure de la bienheureuse résurrection.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 998
    • Pays : Chine
    • Année : 1868