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Amédée TUAL (1924-2009)

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    Amédée Tual, fils de Yves Tual et de Léonie Traëger,  est né le 20 août 1924 à Brest et a été baptisé le 25 du même mois en l’église saint Martin de Brest. Son père, décoré de la Légion d’honneur,  était mécanicien principal de première classe de la marine nationale.

    Concernant son enfance et son adolescence, nous savons seulement qu’il fit ses études secondaires au collège Notre Dame de Guingamp, de 1931 à 1942, études sanctionnées par l’obtention du baccalauréat de mathématiques élémentaires. Il n’a pas dit comment   lui est venu le désir de devenir prêtre. Toujours est-il qu’au terme de ses études à Guingamp il est entré directement  au grand séminaire du diocèse de Saint-Brieuc. C’est seulement un peu plus tard, semble-t-il, qu’il connut l’existence de la Société des Missions Étrangères.

    Dans une lettre adressée le  20 septembre 1944 au supérieur général de l’époque, Mgr Lemaire, il explique comment, après avoir reçu la tonsure et les deux premiers ordres mineurs,  impressionné par une conférence sur le Bienheureux Théophane Vénard donnée  par le Père François Le Du, il a été encouragé par ce dernier à demander sans plus attendre son admission au séminaire de la rue du Bac. Sa demande ayant été agréée, il se rend à Paris et y poursuit sa marche vers le sacerdoce. Ordonné prêtre le 29 juin 1947,  il reçoit le même jour sa destination pour le Collège général de Penang en Malaisie,  un grand séminaire à la charge de la Société des Missions Étrangères où se préparent au sacerdoce des jeunes hommes originaires de plusieurs pays d’Asie  dans lesquels il n’y a pas encore de séminaire national. Il part effectivement pour la Malaisie le 15 janvier 1948.

    Amédée Tual a-t-il été surpris par son affectation au séminaire de Penang? Bien plus tard il devait parler de son arrivée au milieu des séminaristes qui y faisaient alors leurs études comme du  “plongeon inattendu d’un jeune missionnaire” parmi des jeunes gens venus de différents pays  pour se préparer au sacerdoce. Peut-être avait-il imaginé autrement son avenir en mission.  Lui même, n’ayant alors que vingt-quatre ans, se trouvait à peine plus âgé, sinon plus jeune,  que certains des étudiants du Collège général. “J’étais un étranger parmi mes élèves”, ces derniers étant aussi  eux-mêmes des étrangers les uns par rapport aux autres. Situation imprévue qui lui permit de méditer le mystère de l’Église : “Nos différences étaient dépassées par une compréhension et une vision de foi communes qui les transcendaient tout en les respectant. Nous nous sentions membres d’une même famille, l’Église de Jésus Christ. Et comme les membres d’une même famille, encore aujourd’hui nous gardons entre nous des liens réciproques que les années n’ont pas distendus” (extrait d’une homélie prononcée en octobre 2000 dans la chapelle de la rue du Bac). Il dira de même : “Au Collège de Penang, je me sentais au cœur de la mission, cette mission confiée par la Congrégation de la Propagande aux premiers vicaires apostoliques de la Société au XVII° siècle : instruire des jeunes gens pour les rendre aptes à devenir prêtres et à servir le christianisme de tout leur cœur.”

    À son arrivée en Malaisie,  Amédée Tual demande et obtient de disposer de  quelques mois hors du séminaire pour commencer à apprendre le tamoul. Pour ce faire il résidera dans une paroisse de Singapour. Par la suite, durant tout le temps qu’il passa au séminaire, il se montra toujours soucieux de faire autant que possible du ministère en rendant des services dans les paroisses des environs. Les documents écrits conservés au service des archives ne donnent pas de précisions sur les étapes de sa carrière d’enseignant à Penang,  mais on sait  qu’il enseigna pendant plusieurs années la théologie fondamentale, en latin bien sûr puisque c’était la langue commune en usage au séminaire à l’époque. C’est après dix années passées à Penang qu’il reçut, en juillet 1958,  une lettre de Mgr Lemaire l’avisant qu’il l’affectait au service des Procures de la Société sous l’autorité directe due l’Économe général et lui enjoignant  de se mettre sans tarder à sa disposition.  Affectation tout aussi  inattendue sans doute que celle qui l’avait envoyé à Penang dix ans plus tôt. En lui demandant d’accepter sa nouvelle mission,  Mgr Lemaire dit comprendre qu’il doit lui en coûter d’avoir à quitter le Collège général, mais il l’exhorte à  le faire en esprit d’obéissance,  “cet  esprit d’obéissance que depuis dix ans vous avez enseigné à vos élèves et à vos dirigés : par votre geste d’abnégation vous contribuerez encore à leur formation sur ce point, plus et mieux que par beaucoup de discours.” Mgr Lemaire sait qu’Amédée Tual  “sera regretté par le supérieur, les confrères et les élèves de Penang” mais le prie de comprendre qu’il est lui-même poussé par la nécessité de trouver du personnel pour les services des Procures qui ont grand besoin de renfort.

    Et c’est ainsi que, sans l’avoir désiré ni prévu, Amédée Tual fut amené à exercer de nouvelles fonctions auxquelles rien, semble-t-il,  ne l’avait préparé. Tout au plus avait-il pendant quelques mois fait fonction d’économe du séminaire, en  l’absence du Père Lobez titulaire du poste, et montré qu’il était  capable de tenir les comptes et les registres en ordre. Mais il ne suffit pas de savoir  tenir des livres de comptes  pour devenir procureur. Malgré ce handicap apparent,  il acquerra bientôt à  l’école de ses devanciers une compétence qui sera reconnue par tous,  et se  dévouera par la suite avec une constance sans défaut pendant plus de quarante ans au service des confrères de la Société, en accomplissant dans l’ombre un travail ingrat dont tous ont bénéficié. Plus tard, arrivé à l’âge de prendre sa retraite, faisant retour sur son expérience il devait dire : “Si les tâches administratives m’ont éloigné des territoires de mission, je me suis rendu compte assez vite que ces tâches étaient indispensables pour le soutien des activités missionnaires, et je me suis toujours senti missionnaire à part entière. Nous sommes tous membres d’un même corps, chacun des membres apportant un contribution nécessaire à l’ensemble du corps”.

    À l’automne 1958, sur ordre du Père Vircondelet, qui est alors Économe  général, Amédée Tual rejoint  la procure de San Francisco, où il sera l’assistant du Père Arvin-Berod. C’est là qu’il commence l’apprentissage  de son nouveau métier, sous la direction de celui-là même qui a fondé la procure dans les années d’après guerre. Le Père Arvin-Berod a su utiliser les facilités que donne la législation aux États-Unis  pour constituer avec des laïcs  experts du monde de  la finance une association, la Mission Auxiliary Society,  qui lui a permis de recueillir des dons et de faire progressivement de cette procure un centre important de gestion du patrimoine de la Société.  Après la retraite du Père Arvin-Berod  en 1961, c’est le Père Jean Peinaud qui lui succèdera à la direction de la procure, avant d’être nommé  Économe général trois ans plus tard par le Père Maurice  Quéguiner, supérieur général.  Le Père Héribert Duquet  prend alors la succession du Père Peinaud à la tête de la procure de San Francisco, mais ne restera que trois ans à ce poste, de 1964 à 1967.  En effet, le Père Peinaud a été contraint par des raisons de santé de remettre sa démission et c’est au Père Duquet que le supérieur général a fait appel pour le remplacer  à Paris. Et c’est alors, en 1967, qu’Amédée Tual devient  à son tour responsable titulaire de la procure de Francisco. Il  le restera pendant dix ans, jusqu’en 1977. Il aura donc passé près de vingt ans, pratiquement sans discontinuer, à un poste où il s’est  trouvé, pour ainsi dire, aux premières loges pour apprendre à connaître quels sont les besoins des différentes missions et des établissements communs à la charge de la Société. Un poste où il a profité du savoir-faire de ses prédécesseurs et où il s’est habitué à travailler en lien avec les autres procureurs qui sont en fonction en différents pays. Un poste où l’expérience de la collaboration avec une équipe de laïcs compétents lui a permis de se familiariser au fil des ans avec les pratiques du monde de la finance. Il a pris goût au mode de vie américain au point de devenir lui-même citoyen  américain après quelques années de séjour à San Francisco.

    En 1977 Amédée Tual est donc nommé Économe général par le Père Roncin, supérieur général, en remplacement du Père Duquet,  qui a demandé à être déchargé de la fonction  qu’il exerce depuis dix ans.  Résidant à Paris, où il est arrivé le 13 mai 1977,  il doit désormais veiller à coordonner le travail de l’ensemble des procureurs, qui à l’époque étaient plus nombreux qu’aujourd’hui....à Hongkong, à Genève, à San Francisco, à Toronto et à Paris même....Il doit contrôler les comptes tenus par les Économes des régions et des groupes missionnaires, et donner éventuellement des conseils pour une meilleure gestion du petit capital dont disposent ces groupes. Il ne ménagera pas sa peine pour ce faire, visitant chaque année une région différente  pendant plusieurs semaines pour rencontrer les confrères sur le terrain. Il sait se montrer fraternel avec tous et s’intéresser aux activités de chacun. De retour à Paris il sait ensuite se faire à l’occasion l’interprète de ceux qui ont besoin d’une aide financière et recommander les demandes  de subventions adressées par eux aux autorités. Participant au Conseil permanent de la Société, comme d’ailleurs aux Conseils pléniers annuels, il aura toujours le souci de partager les ressources existantes, non seulement pour les activités missionnaires des membres de la Société mais aussi bien plus largement pour les besoins des Églises locales dont il connaît bien les besoins. Rue du Bac, il est particulièrement attentif aux prêtres venus de différents pays d’Asie pour étudier à Paris, veillant à ce que nul ne manque du nécessaire.

    L’Économe général doit aussi superviser les travaux d’entretien et de modernisation des maisons de Société. Une responsabilité qu’Amédée  Tual  a assumée consciencieusement tout au long de son mandat, aussi bien au centre de la rue du Bac que dans les maisons de retraite de Monbeton et de Lauris,  en particulier quand il a fallu agrandir les bâtiments à Montbeton et construire une nouvelle maison à Lauris. Quand il se rendait dans ces maisons,  il ne manquait jamais  de rendre visite à chacun des confrères qui y résidaient et de passer un moment avec eux.  Ces derniers appréciaient ces visites et lui étaient reconnaissants du désir manifeste qu’il avait de leur assurer autant que possible une vieillesse paisible.

    Pendant les vingt-trois  années qu’il a passées au poste d’Économe général Amédée Tual a dû procéder, de concert avec les procureurs intéressés,  à quelques aménagements du système mis en place au cours des ans par ses prédécesseurs, Une partie des opérations faites jusqu’alors  à la procure de Hongkong ont dû être confiées pour un temps à un gestionnaire agissant sur la place de Londres. Il a fallu décider des transferts de compétences.  Le maintien  des procures de Toronto et de Genève, qui avaient longtemps rendu de grands services à l’ensemble  grâce au dévouement de leurs titulaires, ne paraissait plus aussi nécessaire qu’au temps de leur fondation. Elles ont été fermées. Autant de décisions difficiles à prendre, dont  les raisons n’étaient pas évidentes pour les non spécialistes, et qui n’étaient pas dans tous les cas dénuées d’inconvénients pour les personnes directement concernées.  Amédée Tual  s’est efforcé de tenir compte des avis des uns et des autres mais il a toujours agi en gardant conscience du fait que c’était à lui de trancher. Sans doute parce qu’il avait un sens aigu de ses responsabilités, il savait faire preuve d’obstination pour défendre ce qu’il pensait être le domaine de ses attributions. Toujours apparemment d’une parfaite égalité  d’humeur, il ne laissait rien paraître des sentiments qu’il éprouvait sans doute quand il lui arrivait d’être critiqué ou incompris. Sous des dehors invariablement  très amènes, c’était un homme de caractère à qui les difficultés ne faisaient pas peur.

    Après l’Assemblée générale de 1998,  Amédée Tual demandera à être  déchargé de sa responsabilité mais il devra attendre l’année 2000 pour avoir un successeur en la personne de François Gouriou. Il se met alors à la disposition de Mgr Fruchaud, l’évêque de Saint-Brieuc, son diocèse d’origine, et celui-ci lui confie l’aumônerie des Filles du Saint Esprit à la maison Notre Dame de Plestin-les-Grèves dans les Côtes-d’Armor.  Amédée Tual exercera là son ministère  non seulement au service de la communauté, qui compte environ quatre-vingt religieuses, mais aussi au service des nombreux visiteurs, prêtres et laïcs, qui viennent là pour des retraites ou des récollections, et de même des personnes âgées, seules ou en couples, résidant dans des locaux mis à leur disposition par les sœurs.

    Il sera donc loin d’être inactif et tout ce monde aura beaucoup d’occasions d’apprécier sa serviabilité et sa bonne humeur. Mais vint le temps où de grandes difficultés pour marcher et d’autres ennuis de santé lui rendirent la tâche impossible. En 2006 il prit le parti de  se retirer à Lauris et c’est là qu’il mourut le 3 février 2009.

     


     

    • Numéro : 3785
    • Pays : Malaisie USA Canada
    • Année : 1948