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François TRIQUET (1833-1885)

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    M. Triquet est né dans la paroisse de Moye (Savoie), d’une de ces familles patriarcales qui furent l’honneur et la force des temps anciens. Il avait quinze frère ou sœurs ; trois de ses frères sont religieux capucins et deux de ses sœurs religieuses de Saint-Jose ph.

    « De bonne heure, nous écrit un de ses amis, M. Triquet se sentit appelé à l’état ecclésiastique. Envoyé au Petit Séminaire de Rumilly, où j’ai eu le bonheur de le connaître pendant deux ans, il se distin­gua toujours par une intelligence rare, une grande fermeté de carac­tère tempérée par une douceur et une amabilité de tous les instants. Il s’enthousiasmait à la lecture des Annales de la Propagation de la Foi ; déjà il sentait que les limites du diocèse de Chambéry étaient trop restreintes pour suffire à l’ardeur de son zèle, et il disait à tous ses compagnons qu’il voulait absolument se faire missionnaire. »

    Mgr l’Archevêque, qui manquait alors de prêtres, s’opposa à son départ. « Ordonné prêtre en 1858, M. Triquet fut envoyé comme vicaire dans la paroisse de Domessin où, pendant quatre ans, il sut s’attirer l’estime et l’affection de tous les paroissiens par sa piété, sa fidélité à tous ses devoirs et sa grande charité. »  Enfin arriva le moment où ses vœux se réalisèrent, M. Triquet put entrer au Séminaire des Missions-Étrangères en 1861, et l’année suivante il partait pour le Coïmbatour.

    Pendant sept à huit ans il exerça le saint ministère à Outacamund, dans les montagnes des Neilgherries. Ce poste renommé pour son extrême salubrité était le rendez-vous et en quelque sorte le sanato­rium de nos trois missions des Indes. Les missionnaires de Pondi­chéry, du Maïssour et du Coïmbatour y recevaient du cher M. Tri­quet le plus aimable accueil et les soins les plus dévoués.

    En se prodiguant pour rendre la santé à ses confrères, M. Triquet vit la sienne décliner rapidement. Sur le conseil de son vénérable Évêque, il revint en France en 1878 ; il y resta un an et reprit la route des Indes. Il fut alors chargé d’un petit district, mais ses forces ne pouvaient y suffire. Il fut donc envoyé une seconde fois en France par son Evêque, sur la demande du Séminaire de Paris, et placé à la tête du Sanatorium d’Aix. La Providence ne lui laissa point le temps d’exercer le ministère de charité qu’on lui confiait.

    Nous empruntons à M. Beauté le récit des derniers moments de notre confrère. « Aussitôt que j’appris que M. Triquet avait reçu l’Extrême-Onction, j’accourus près delui. Je trouvai là une bonne religieuse de l’Espérance qui prodiguait ses soins au cher malade. Les soins du jour ne suffisaient plus ; pour permettre à la religieuse de se reposer, nous fûmes obligés d’organiser la veille de nuit. Chacun des missionnaires valides et le Frère Henri prirent part à ces veilles, malgré les protestations du malade qui n’admettait pas que l’on se fatiguât ainsi pour lui. Il parlait peu, mais parfois il nous témoignait à sa façon qu’il sentait bien tout ce que nous faisions pour lui : « Combien je vous donne d’embarras ! disait-il. Pour le tranquilliser il nous suffisait de lui répondre : Mais, cher Père, si nous étions à votre place et que vous fussiez à la nôtre, n’agiriez-vous pas de même à notre égard ? »       . -

    « Bientôt le malade ne put supporter aucune nourriture. Le P. Bareille et moi crûmes devoir passer la nuit du 5 au 6 février près de lui ; nous avions remarqué qu’il était plus agité que de cou­tume et que sa respiration était plus précipitée. A chaque instant il demandait à boire ; un feu intérieur le dévorait. À deux reprises différentes il étendit ses bras en croix en disant : « J’étouffe » ; — pas une autre plainte ne sortit de sa bouche. Pour l’aider à souffrir patiemment, nous lui rappelâmes que nous étions au vendredi et qu’il eût à unir ses souffrances à celles de Notre-Seigneur. Il baisa avec force le crucifix que nous lui présentions à ce moment. — « Mon Dieu .... Mon Dieu ... Jésus …Jésus   » —  répétait-il presque à chaque respiration. Vers deux heures du matin, il demanda de l’eau. Après avoir bu il se redressa sur son oreiller : « — Il n’y a qu’un seul Seigneur, dit-il. » — Nous crûmes que le délire commençait ; c’était sa profession de foi qu’il allait faire avant de mourir. — « Il n’y a  qu’un seul Seigneur ... c’est Lui … qui a … sauvé le monde … Je lui demande pardon. ... à Lui... à mes frères … à mon père … à ma mère … pardon pour mes propres péchés ... pardon pour les péchés du monde entier ! » — Puis il se tut. Nous profitâmes de ce moment pour lui demander s’il voulait qu’on écrivit à ses parents. — Non... après... — Que faudra-t-il leur dire de votre part ? — « Que je suis mort ! D’ailleurs, ajouta-t-il, ce n’est pas le moment de s’occuper des choses matérielles ; je veux être tout entier aux choses spiri­tuelles. » À partir de ce moment il ne parla plus.

    Voyant que sa respiration s’embarrassait, nous nous approchâmes de son lit pour lui suggérer quelques pieuses aspirations. Il avait encore toute sa connaissance ; nous le comprenions par les efforts qu’il faisait pour prononcer chacune de nos paroles... « Mon Jésus, miséricorde ! » est l’aspiration qu’il semblait affectionner davantage après les prières des agonisants, ce fut le dernier cri de son âme. À cinq heures dix minutes du matin, le vendredi 6 février, il s’endor­mait doucement dans le Seigneur. « Fiant novissima nostra hujus similia. »

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 804
    • Pays : Inde
    • Année : 1862