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Michel TRIMAILLE (1927-2009)

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    Michel Trimaille, né le 28 novembre 1927 à Montlebon, dans le département du Doubs, était l’aîné d’une famille de huit enfants, sept garçons et une fille. Son père était expert comptable à Morteau. Baptisé le 1 décembre suivant dans l’église paroissiale de Sur-la-Seigne, il apprit dès son jeune âge au foyer de ses parents à vivre en chrétien, et c’est tout naturellement, semble-t-il, qu’à quatorze ans il entra, en 1941, au petit séminaire du diocèse de Besançon, le séminaire de Consolation, pour ensuite passer deux années au grand séminaire de philosophie de Faverney, de 1946 à 1948. Il demanda alors à être admis au séminaire des Missions Étrangères.

    Dispensé de service militaire en tant qu’aîné de famille nombreuse, Michel Trimaille entre en septembre  1948 d’abord au séminaire de  Bièvres, où il prépare le baccalauréat de philosophie scolastique qu’il passera à la fin de l’année à l’Institut catholique de Paris, puis, en 1949, au séminaire de la rue du Bac, où il commence ses études de  théologie. Vite remarqué pour ses capacités intellectuelles, il est envoyé à Rome, d’abord  au séminaire français de 1950 à 1952, puis à la Procure des Missions Étrangères de 1952 à 1955. Là il obtient successivement, en 1953 une licence en théologie à l’université grégorienne et, en 1955, une licence en Écriture Sainte à l’Institut biblique pontifical. Entre temps, avant de recevoir le sous-diaconat, il a été agrégé définitivement à la Société en septembre 1951, puis ordonné prêtre le 6 juillet 1952 par monseigneur Vérineux dans l’église de Morteau, après avoir reçu sa destination pour la mission de Phnom Penh.

    Avant de rejoindre sa mission, à partir de septembre 1955  il passe une année à l’école biblique et archéologique française de Jérusalem, au terme de laquelle il obtient le diplôme d’élève titulaire, et c’est en septembre de l’année suivante, en 1956, qu’il arrive à Phnom Penh. Il se met alors à l’étude de la langue vietnamienne à Banam, dans la province de Preyveng, Après quelques mois il est nommé vicaire des curés du lieu, successivement les Pères Vuillez et Gouin. Mais en août 1958 il est nommé professeur au grand séminaire de Saïgon et doit rejoindre son nouveau poste pour enseigner l’Écriture Sainte aux futurs prêtres vietnamiens. Ainsi commença pour lui une longue carrière d’enseignant, au cours de laquelle il put transmettre à d’innombrables étudiants, en même temps  que les connaissances nécessaires pour comprendre les textes bibliques, la véritable science qu’est  l’amour de la Parole de Dieu.

     

     

    En juillet 1961 Michel Trimaille est rappelé en France par le supérieur général pour enseigner au  séminaire de Bièvres, où les deux cycles de théologie et de philosophie, viennent d’être regroupés. Il devait rester à Bièvres  jusqu’à la fermeture du séminaire en 1974.  Pendant plus de douze ans donc il sera au service des aspirants  non seulement comme professeur, en les initiant à l’art de l’exégèse, mais tout autant comme accompagnateur spirituel pour ceux qui ont recours à lui et comme animateur des équipes  où se pratique la révision de vie.  Il est également maître de chant, un maître de chant exigeant  et soucieux de la qualité de la célébration liturgique, qui ne tolère pas la médiocrité du répertoire. Il est aussi chargé  de la bibliothèque et des achats nécessaires pour la tenir à jour. Tout en se montrant fraternel avec les aspirants il ne mâche pas ses mots quand il doit faire une remarque à tel ou tel coupable d’un manquement. Michel Trimaille dit ce qu’il a à dire sans s’embarrasser de circonlocutions, quel que soit d’ailleurs celui à qui il s’adresse. Toute sa vie il fera preuve d’une franchise un peu abrupte parfois qui ne pouvait pas laisser son interlocuteur indifférent. Il n’aimait pas la médiocrité et s’indignait facilement quand il voyait quelque part du relâchement. À Bièvres  il se sent responsable avec les autres de la bonne marche de l’ensemble, et il agit et parle en conséquence.  À partir de septembre 1966 il exercera la charge de vice-supérieur. Mais son activité à l’intérieur du séminaire ne l’empêche pas d’exercer un ministère dans les paroisses des environs. Pendant des années il assurera régulièrement chaque dimanche la célébration de la messe et la prédication à l’église du Petit-Clamart.

    En 1974 il va résider au 128 rue du Bac, où il continuera à s’occuper des rares séminaristes MEP tout en enseignant au CERM (centre d’études et de recherches missionnaires) qui était jusqu’alors à Chevilly-Larue chez les Pères spiritains. Il commence à enseigner également à l’Unité d’Études et de Recherches  de théologie et de sciences religieuses de l’Institut catholique. Promu “chargé de cours” en 1977, il deviendra  “maître-assistant” en 1980 et continuera à enseigner à l’Institut catholique au cycle A et au cycle B jusqu’à l’âge de la retraite en 1994.

    À propos de son expérience de professeur à l’Institut catholique Michel Trimaille dira lui-même, dans une lettre adressée au supérieur général, qu’elle a été pour lui « une stimulation au travail, une sorte d’aiguillon, non seulement au point de vue biblique mais au plan de l’adaptation à des situations nouvelles  vécues par des étudiants très divers, qui exigent de nous autre chose qu’un savoir, mais un témoignage de foi, d’espérance et de charité ». Il montre bien là que, pour lui, avant d’être la transmission d’informations nécessaires pour comprendre un texte, l’enseignement de l’Écriture Sainte est d’abord le témoignage donné par un maître désireux de communiquer sa foi. Les étudiants de Michel Trimaille gardent le souvenir de sa passion pour le texte du Nouveau  Testament qu’il analysait avec précision, et labourait pour ainsi dire en tous sens, donnant à voir la structure du texte grec en commentant les schémas qu’il gribouillait au tableau. Lecture minutieuse et rigoureuse qui lui permettait d’ouvrir des perspectives souvent suggestives. Il travailla d’abord les évangiles synoptiques, en particulier saint Marc, puis les lettres pauliniennes, acquérant une connaissance si précise du texte qu’il put dire un jour avoir rêvé en grec de l’Épitre aux Romains.

    Il avait un réel talent pédagogique apprécié par beaucoup, et savait rester attentif aux questions de ses élèves, français ou étrangers, se montrant toujours disposé à leur venir en aide. Ceux-ci lui en étaient reconnaissants. Un de ses anciens étudiants devenu évêque devait dire publiquement  plus tard que c’est en écoutant les cours du Père Trimaille et grâce à lui  qu’il avait appris à aimer l’Écriture Sainte et à se nourrir de ses enseignements. Michel Trimaille était doué d’une bonne mémoire mais c’était aussi un  travailleur acharné. La préparation de ses cours, sans cesse remise en chantier, occupait le plus clair de son temps mais il était toujours prêt à rendre service et il a répondu avec générosité à ceux qui demandaient sa collaboration. C’est ainsi qu’au fil des ans il a été amené à écrire de nombreux articles, parus dans diverses revues :  Cahiers Évangile, Assemblées du Seigneur, La Maison Dieu, Spiritus, Esprit et Vie, Le Monde de la Bible, Revue MEP, etc. Il a également collaboré à la traduction œcuménique de la Bible, la TOB, et de même à la traduction liturgique. Et il prépara pendant longtemps la publication de son livre ”La Christologie de Saint Marc”,  paru  en 2001 chez Desclée dans la collection Jésus et Jésus Christ.

     

    Michel Trimaille consacra pendant de longues années toute son énergie à son travail à l’Institut catholique  mais il n’oubliait pas pour autant sa vocation première. « J’ai toujours pensé que je n’étais pas entré aux Missions Étrangères pour être professeur dans un Institut catholique en France » écrit-il en 1977 au supérieur général. « Je n’ai jamais refusé d’envisager le professorat en mission, au contraire...mais je crois aussi qu’il faut accepter certaines mutations qui ne sont pas de notre fait, qu’il y a un type de fidélité autre que de s’accrocher coûte que coûte  à ce qu’on a décidé à un certain moment et qu’on voudrait maintenir contre vents et marées, peut-être par orgueil, par refus d’accepter de ne pas être maître de l’avenir....» Après avoir réfléchi à la proposition qu’on lui avait faite d’aller résider à l’île Maurice pour enseigner dans la Région de l’Océan Indien, en accord avec l’autorité il pensa plus sage de rester à Paris tout en s’organisant pour se réserver des moments de liberté lui permettant d’aller animer des sessions en Extrême Orient. Et il ajoute en faisant part de sa décision : « Si mon port d’attache doit rester le 128 rue du Bac, je veux bien y donner quelques cours aux confrères de la maison, et surtout y donner le témoignage de la possibilité d’une vie plus fraternelle, plus solidaire, en partageant avec ceux qui le désirent ce que je peux, par la grâce de Dieu, avoir de foi et d’esprit missionnaire. »

    En décembre 1980 il est nommé responsable du secrétariat  pour la formation permanente et, à ce titre, il aura soin pendant des années d’envoyer périodiquement aux confrères en mission des renseignements sur les possibilités de recyclage en France pendant les congés et des listes de livres récemment parus susceptibles de leur être utiles. En juillet 1981 il devient responsable de la bibliothèque de la rue du Bac,  sur laquelle il veillera jalousement et où, avec l’aide de madame Annie Salavert, bibliothécaire diplômée, il lance tout un programme de classement et de modernisation. Pas plus que les bénéficiaires des informations diffusées par lui, les usagers de la bibliothèque n’étaient sans doute pas toujours bien conscients du travail ingrat qu’il faisait  ainsi dans l’ombre pour rendre service à tous.

    Mais c’est principalement en animant à plusieurs reprises des sessions d’études bibliques, en France et dans  les pays de mission, que le Père Trimaille put contribuer au travail de la formation permanente et réaliser le désir qui l’habitait de partager sa foi, une foi nourrie et sans cesse approfondie par la lecture des textes qu’il disséquait dans ses cours de l’Institut catholique. Il aimait manifestement ce qui était pour lui un ministère, mettre ses compétences au service des autres. Au Japon, en Corée, en Malaisie, en Indonésie et en Inde, dans l’Océan Indien... il s’est efforcé de  transmettre un peu de sa science   aux confrères assistant à ces sessions. Certains, parmi les plus anciens, moins familiers que lui avec les méthodes de l’exégèse moderne, s’étonnaient parfois en l’entendant de  découvrir, pour des textes déjà cent fois relus, des possibilités d’interprétation auxquelles ils n’avaient pas songé jusqu’alors, mais tous devaient reconnaître la clarté de l’exposé et la rigueur des explications données pour étayer une hypothèse ou justifier un choix.  Le Père Trimaille parlait devant un auditoire bienveillant sans doute mais constitué pour une part de vieux routiers dont certains n’étaient pas  disposés à s’en laisser conter. Cela ne l’impressionnait pas. Il avait le don d’éveiller la curiosité et de stimuler l’attention et sa force de conviction entraînait l’adhésion. Il savait aussi écouter les autres, se montrer cordial avec tous et désireux de connaître les conditions dans lesquelles chacun travaillait. Les confrères qui ont pris part à ces sessions en ont gardé un bon souvenir et lui sont restés reconnaissants de ce qu’il leur a apporté.

    À Paris, où il résidait la plupart du temps, il tenait bien sa place dans la communauté de la rue du Bac pour autant que ses activités à l’extérieur lui en laissaient le loisir. Il faisait part à qui voulait l’entendre de son opinion sur les événements et les décisions affectant la vie de la Société aussi bien que sur l’actualité politique en France, opinion affirmée avec d’autant plus d’assurance qu’elle n’était pas toujours très nuancée, pimentant volontiers  son propos d’expressions cocasses qui provoquaient le rire des auditeurs. On dit que souvent le soir dans la salle où plusieurs se retrouvaient pour regarder la télévision les commentaires qu’il ne pouvait s’empêcher de faire à haute voix couvraient celle du présentateur. Les murmures de ceux qui réclamaient le silence le laissaient indifférent. C’était pour lui comme un besoin de faire part à d’autres de ses impressions.  Il était capable  aussi de se mettre en colère et de  protester vigoureusement contre telle décision qu’il jugeait inopportune ou quand le supérieur de la maison se montrait, selon lui, trop laxiste ou trop accueillant pour des groupes de visiteurs jugés trop bruyants. Et puis, satisfait sans doute d’avoir pu manifester son indignation, il retrouvait son calme et se montrait tel qu’il était vraiment, un bon confrère au cœur délicat malgré ses airs bougons et ses sautes d’humeur occasionnelles.

    Les années passent. En 1994, parvenu à l’âge de la retraite,  il est libéré de ses cours à l’Institut catholique. Désormais il peut consacrer  davantage de temps à la rédaction de son livre et des articles qu’il publie dans les revues. Il lui arrive de faire de brefs séjours à Morteau où habite sa sœur, et il finira par y résider presque à mi-temps. Il a toujours gardé des liens avec le diocèse de Besançon, son diocèse d’origine, et peu à peu il commence à envisager de se mettre  à son service  avec le statut de prêtre habitué.  Ce sera chose faite à l’automne 2004.

     

    A peine est-il installé à l’Hôtel-Dieu de Morteau, ancien hôpital reconverti en logements, que les demandes de service affluent. Il se trouve là à deux minutes à pied du presbytère

    où il prend ses repas de midi avec le curé, qui le tient au courant de la vie des chrétiens et le recommande aux animateurs de la pastorale du secteur.

    Alors qu’il a déjà un programme chargé de conférences sur la Bible à donner au Centre diocésain de  formation à Besançon, à Morteau même, au couvent des Fontenelles, chez les Travailleuses missionnaires et ailleurs encore, voilà que, pris d’une forte fièvre le lendemain de Noël  2005, il doit être hospitalisé et subir une opération des tympans qui l’affaiblira durablement. Il se trouve donc obligé d’annuler plusieurs réunions. Cependant malgré une santé déficiente il reprend son ministère, répondant à toutes les  sollicitations qui se faisaient de plus en plus nombreuses. Il prend part au travail de l’équipe de coordination pastorale dans le service liturgique du secteur. Il célèbre l’eucharistie dominicale dans les  paroisses et à l’hôpital. Il anime différents groupes de réflexion et de partage, se montrant toujours prêt à aider les catéchistes et à annoncer la foi aux enfants et aux adolescents.  Lui  qui avait longtemps eu affaire à des auditoires d’étudiants n’en était pas moins très à l’aise avec le tout venant des chrétiens qui recouraient à lui. Aussi bien ses racines étaient dans le Val de Morteau, son pays natal, dans le terroir et le tissu humain qu’il était heureux d’avoir retrouvés. Le journal local annonçant son décès le présente comme «un érudit, un homme de science, mais missionnaire avant tout, qui passa les dernières années de sa vie à creuser le sillon de la foi dans le Val de Morteau. La figure de l’abbé au pardessus noir accentuant encore son autorité naturelle, à cheval sur la liturgie, ne passait pas inaperçue. Forte personnalité qui ne s’en laissait pas conter, il était respecté par les paroissiens et aimé par les jeunes ».

     

    En juin 2008 Michel Trimaille a la joie de recevoir l’archevêque de Hué, en visite en France, et de le conduire sur les lieux où sont nés les saints martyrs franc-comtois, Joseph Marchand, Isidore Gagelin et Étienne Cuenot.  Et, le soir du dimanche 22 juin voilà qu’il ressentit une violente douleur à la poitrine et au dos, symptômes habituels de l’angine de poitrine. Il est hospitalisé d’urgence à Pontarlier où on diagnostique une insuffisance cardiaque. Il est opéré du cœur au Centre Hospitalier Universitaire de Besançon.  Il peut passer ensuite quelques jours à Morteau  avant d’aller se reposer à Lauris à partir de la fin du mois d’août. Il semble se remettre mais fin septembre il est de nouveau hospitalisé, cette fois à Aix-en-Provence, à la suite d’une embolie pulmonaire due au déplacement des stents implantés à Besançon.

    Revenu à Lauris il doit de nouveau être hospitalisé d’urgence à cause d’un œdème pulmonaire, cette fois à Cavaillon, puis quelques jours à Arles. Au mois de novembre 2008 il sera rapatrié à Morteau, à l’hôpital, où il doit suivre un stage de rééducation à la parole. Mais son état ne cesse de s’aggraver et c’est là qu’il décède le 10 janvier 2009.  Ses obsèques ont été présidées par monseigneur Lacrampe, archevêque de Besançon, entouré d’une vingtaine de prêtres du diocèse et de représentants des Missions Étrangères, avec la participation d’une nombreuse assistance.  Au commencement de la célébration l’archevêque a tenu à dire sa reconnaissance et à rendre hommage à Michel Trimaille pour avoir mis ses compétences au service du diocèse au cours des dernières années et pour avoir toujours répondu favorablement aux demandes qui lui étaient adressées, donnant jusqu’au bout  le témoignage du zèle missionnaire qui l’avait habité durant toute sa vie.

     

    • Numéro : 3959
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1956