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Clément TRANIER (1881-1910)

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    Le 4 janvier 1881, naissait à Bor (Aveyron), d’une famille fon­cièrement chrétienne, un enfant que, dès ses plus jeunes années, la Providence sembla guider avec un soin tout particulier. Célestin-­Clément Tranier, dont les parents étaient assez fortunés, prit cepen­dant part, jusqu’à sa première communion, aux travaux des champs, avec les personnes de son entourage. Mais son intelligence, sa piété faisaient prévoir déjà que cet enfant quitterait bientôt son troupeau pour suivre une autre destinée. Il devait, en effet, modifier, plus tard, sa façon de vivre. Il fut pasteur encore, mais pasteur d’âmes.

    À l’école du village, il avait été un élève studieux, docile, réservé, reconnaissant, et plus tard, il aimait à énumérer toutes les bonnes qualités de son vieil instituteur. Le voyant doué d’excellents moyens pour l’étude, ses parents l’envoyèrent au Collège ecclésiastique de Graves. Le jeune Célestin ne connaissait encore que les éléments de la langue latine et cependant on le plaça dans une classe dont la majeure partie des élèves avaient deux ou trois années d’avance sur lui. Au bout de quelques mois, il brillait aux premiers rangs.

    Le jeune homme travaillait avec ardeur, mais il s’efforçait aussi d’avancer dans la perfection. Ses anciens condisciples se souviennent de sa bonne conduite, de son édifiante piété ; et, en effet, il fut un modèle. Vint l’époque de quitter cette maison où il laissait tant de souvenirs, des maîtres estimés, des camarades aimés. Tout jeune homme chrétien, entrant dans sa vingtième année, cherche à orienter sa vie. Célestin Tranier demanda à Dieu de l’éclairer. A la lumière de la grâce, il entrevit l’arène où les élus de Dieu combattent le bon combat. Il n’hésita pas un seul instant. Il serait prêtre et mis­sionnaire.

    Le monde ne comprend pas, souvent, ou ne veut pas comprendre cette pureté d’intention qui fait accepter tous les sacrifices, pour le bien des âmes et la gloire de Dieu. Comme tant d’autres, Célestin Tranier rencontra des obstacles ; mais il se sentait appelé ; il ne céda pas. Quand la nature eut réclamé ses droits, il sut faire prévaloir les droits de la foi et il entra au Séminaire de la rue du Bac en sep­tembre 1900.

    Aux Missions, l’aspirant conserva et ne fit que fortifier les précieuses qualités tant appréciées au Collège de Graves. Après quatre années d’études sérieuses et de formation à l’apostolat, il reçut la prêtrise, le 26 juin 1904, et fut envoyé, dans la Mission de Cochinchine Occidentale.

     

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    En arrivant sur ce sol d’Extrême-Orient, où tous ses désirs le por­taient depuis longtemps, le jeune missionnaire voulut se mettre au travail et rapidement. Il fut envoyé auprès de M. Benoît à Chu-Va. En quelques mois, il apprit l’annamite et s’initia parfaitement à l’administration d’une chrétienté. Il passa ensuite successivement à Cau-Ngan, à Cai-Mon, à Bien-Hoa.

    Après la retraite de 1908, Mgr Mossard, voyant le missionnaire de Bai-Xan fatigué, lui adjoignit M. Tranier. Bai-Xan était une chré­tienté de quinze cents âmes, à laquelle étaient rattachés quelques petits centres, qui élevaient le nombre des fidèles à deux mille environ.

    M. Tranier demanda comme faveur, outre sa part de minis­tère, de s’occuper de la jeunesse. Ce n’était pas une sinécure. Trois cents enfants fréquentaient les écoles. Il fallait y maintenir l’ordre. A la rentrée des classes, les élèves furent partagés en sections suivant leur degré d’instruction. Chaque heure devait avoir un travail fixé. Les absences furent proclamées à l’église, les places de composi­tions affichées sous les yeux de toute la paroisse. Le chant et les céré­monies de la messe furent compris dans le programme. La discipline est une chose inconnue des Annamites et, devant l’effort nécessaire, il y eut à l’origine, quelques récriminations ; mais le missionnaire était un homme d’énergie ; il parvint au but qu’il voulait atteindre. Les élèves firent de tels progrès, que, en 1909, l’inspecteur des écoles catho­liques de la Mission en fut réellement étonné.

    M. Tranier ne réservait pas tout son zèle aux soins de la jeunesse. Il était très tenace, et nouveaux ou anciens chrétiens, jeunes et vieux, devaient venir près de lui pour entendre les points de religion qu’ils pouvaient avoir oubliés. Il savait allier à cette sévérité extérieure une tendresse quasi-maternelle pour les pauvres, pour les malades qu’il allait souvent visiter. On peut affirmer que son séjour à Bai-Xan fut pour lui une source de mérites, mais aussi une source de beaucoup de grâces pour la chrétienté.

    Au début de l’année 1910, le prêtre indigène, chargé de la paroisse de Tan Trieu, mourut après quelques jours de souffrances. Il lui fallait un successeur. Monseigneur Mossard ne pouvait faire un meilleur choix que celui de M. Tranier qui était d’une santé robuste ; son zèle pour les âmes et son savoir-faire le désignaient pour ce poste. A la proposition de son évêque, il répondit en partant immédiatement pour Tan-Trieu.

    À peine arrivé, il se mit de suite au courant des besoins matériels et spirituels de sa nouvelle paroisse. Le presbytère, la maison des Sœurs indigènes, les écoles exigeaient des réparations. En quelques mois tout était restauré avec goût et solidité. Il fallait aussi s’occuper des âmes. Son énergie et sa vigilance firent disparaître de la chrétienté le jeu et les maux qu’il entraîne avec lui. Par sa patience à régler les différends, il fit régner la concorde et la paix. En peu de temps son influence s’était solidement établie sur tous les chrétiens. La paroisse était heureuse et son pasteur formait de vastes projets pour son bien spirituel.

     

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    Mais l’homme propose et Dieu dispose.

    Le 17 juillet, M. Tranier, en allant faire une visite à un confrère voisin, fit une chute grave qui lui causa de fortes douleurs au côté droit. Malgré les instances de son hôte, il voulut retourner chez lui pour faire le catéchisme de persévérance aux jeunes gens. La nuit suivante, il ne put dormir ; une soif ardente le dévorait, pendant que des cauchemars l’agitaient. Les notables de Tan-Trieu le conduisirent à Saïgon. Le dimanche 24 juillet, le docteur déclara l’état du malade désespéré et tout remède inutile. Un confrère lui communiqua la triste nouvelle. Quoique jeune et plein d’espérances, M. Tranier fit généreu­sement le sacrifice de sa vie et se prépara à recevoir les derniers sacrements. Vers midi, il s’éteignit doucement. Les quelques années que M. Tranier passa en mission laissent à tous le souvenir d’une vie sainte et bien remplie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2785
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1904