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Denis TRANIER (1879-1932)

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    M. Denis Tranier était Aveyronnais de naissance, et de l’Aveyronnais il possédait les qualités de terroir. Malheureusement, nous n’avons aucun détail ni sur la famille, ni sur la jeunesse de notre confrère. Il appartenait au diocèse de Rodez si riche en vocations sacerdotales et religieuses. Après avoir terminé ses études au petit Séminaire Saint-Pierre, il entra en septembre 1897 au Séminaire de la rue du Bac, où il avait demandé à être admis, avant la fin de ses cours. Il s’y retrouva aussitôt en famille, car une bonne partie des aspirants d’alors étaient originaires de son diocèse. En effet, c’est vers cette époque de la Béatification de nos Bienheureux et des noces d’or sacerdotales du vénéré Père Delpech, le saint et si regretté Supérieur de notre chère Société, que les Séminaires de Lyon et de Rodez se disputaient l’honneur d’envoyer le plus grand nombre de sujets aux Missions-Etrangères.

    À Bel-Air et à Paris, rien ne vient distinguer de ses confrères le jeune aspirant, tout à ses devoirs de chaque jour. Il est affable, régulier, aime le jeu, le bruit à l’occasion, mais dans l’intimité seulement, parce que d’un tempérament plutôt calme et froid à l’ordinaire. Quatre années se passèrent, et ce fut le 22 juin 1902 le sacerdoce, puis sa destination pour la Mission de Pondichéry, à lui, qui avait rêvé de la Chine, de la cangue et du martyre, comme tout aspirant missionnaire.

    Dès son arrivée à Pondichéry, il se mit à l’étude du tamoul avec d’autant plus d’ardeur qu’il avait hâte de voler de ses propres ailes. Pour rendre service et s’initier aux us et coutumes de l’Inde, il accepta, mais sans grand enthousiasme, il faut l’avouer, de prolonger son séjour au centre de la Mission, bien qu’il soupirât après la vie au grand air et les randonnées dans la brousse. Enfin l’heure désirée sonna et il fut servi à souhait : le district de Cortampet, ayant perdu son titulaire, Monseigneur Gandy, de sainte mémoire, exauça les vœux de M. Tranier en le nommant à ce poste, où le Rouergat allait enfin revivre dans les montagnes et parcourir des kilomètres à volonté : car en plus de ce district montagneux, il fut chargé des gros villages d’anciens chrétiens de Namiandel et de Marthuvambady.

    C’est là que pendant près de 20 ans M. Tranier donna toute sa mesure, se perfectionnant dans la connaissance de la langue et des usages du pays, s’adaptant aux relations qu’il était obligé d’avoir avec des gens querelleurs et rancuniers, principalement avec les protestants qu’il sut tenir en échec à Marthuvambady où ceux-ci perdirent toute influence, grâce à son zèle et à sa ténacité. Difficultés à régler, catéchumènes à instruire, voyages multipliés entre ses différentes annexes, il se dépensait partout, et comme il était jeune il se livrait à de nouvelles initiatives qu’il cherchait à faire aboutir pour le plus grand bien des chrétiens, fût-ce au prix de cruels déboires.

    Avant obtenu des terrains pour la fondation d’un village chrétien, où il avait établi de nombreux convertis, il ne s’accorda plus ni trêve ni repos qu’il n’eût trouvé ou fabriqué lui-même le matériel nécessaire à l’irrigation de ces vastes terrains, demeurés incultes jusque-là. Ce fut le commencement de ce « mouvement perpétuel » qui dura des mois et des mois, le faisant se lever la nuit et se promener des heures entières sous sa véranda de Cortampet qui en garda longtemps les traces.

    De tous ses chrétiens sans exception il était le Père, quelquefois un peu sévère, mais ne laissant jamais partir un visiteur même importun sous une impression désagréable. A tous il a distribué le trésor des grâces divines, prodigué ses conseils et ses enseignements, car, au milieu de ses soucis matériels, M. Tranier demeura toujours fidèle à son règlement du Séminaire, et ses exercices de piété avaient les premières heures de chacune de ses journées. A tous, pauvres, riches païens il ouvrait largement son cœur et sa bourse, et jamais un malheureux ne fit en vain appel à sa bonté. Ses chrétiens, il les aima jusqu’à travailler de ses mains avec eux, au milieu d’eux, peinant beaucoup pour améliorer leur sort ; il ne parvint cependant jamais à trouver le secret d’irriguer les terrains sans pompe à moteur comme il l’avait d’abord espéré.

    Il accepta cet insuccès avec sa simplicité ordinaire, comme il le faisait des privations et des souffrances de sa vie de broussard, couchant toujours sur la dure, se nourrissant de riz cuit à  l’eau, assaisonné de toute la théorie des condiments hétéroclites du pays, endurant de longues marches à pied par des sentiers impossibles et sous un soleil de plomb, supportant pendant des années et des années des gens indifférents quand ils ne lui étaient pas hostiles : tel fut le lot de la vie quotidienne de M. Tranier à Cortampet, et notre cher confrère trouvait cela très naturel, jamais il ne lui vint à l’idée de s’en plaindre.

    Ce genre de vie finit toutefois par avoir raison de sa santé. Un repos à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore lui fut prescrit, après lequel il alla terminer sa convalescence chez ses confrères du North Arcot, et remplacer bénévolement pendant deux mois le missionnaire malade chargé de Vellore.

    La santé de M. Tranier ne lui permettant plus le ministère de la grande brousse, il reçut avec reconnaissance sa nomination de chapelain de Notre-Dame de Lourdes à Villenour, lieu de pèleri­nage dans les environs de Pondichéry. Là, pendant cinq ans, il continua à se dévouer, à se donner tout entier au culte de la Sainte-Vierge, partageant ses journées entre ses exercices de piété, le ministère de la confession, l’entretien et l’embellissement de ce petit coin de terre dans la Mission de Pondichéry.

    Malgré les soins dont il était entouré dans ce poste où il jouissait de bien des facilités, sa santé demeura rebelle à tous les traitements de la Faculté qui prescrivit alors un retour en France. M. Tranier se soumit, avec la résignation et la simplicité qu’on lui a toujours connues, à cette nouvelle destination qu’il n’avait point désirée, et notre cher confrère nous quitta pour se rendre au Sanatorium de Montbeton.

    Eloigné de sa chère Mission, il ne l’oublia jamais, et tous les mois, avec le journal des communiqués du Séminaire de Paris, il nous adressait quelques lignes écrites de sa main, où il redisait son indéfectible attachement à sa Mission et à tous ses confrères.

    Que fut sa vie à Montbeton ? Celle des Indes sans doute, c’est-à-dire vie de renoncement, d’humilité, de dévouement et de piété. Tous ceux qui ont été avec lui au Sanatorium en furent les témoins édifiés.

    Le cher M. Denis Tranier repose maintenant dans le gracieux petit cimetière de notre Maison de Montbeton où il a rendu sa belle âme à Dieu le 30 juillet 1932.

    « Bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi, in reliquo reposita est mihi corona justitiae. »

     

     

     

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    • Numéro : 2623
    • Pays : Inde
    • Année : 1902