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Emmanuel TOURNIER (1901-1989)

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    Emmanuel Tournier naquit le 12 mai 1901 à Saint-Lupicin, petit village de mille habitants à douze kilomètres de Saint-Claude, Jura. Les revenus de l’agriculture étant assez médiocres, nombre de paysans de la région cherchaient un supplément de ressources dans l’artisanat. Le père d’Emmanuel était contremaître dans une usine de lunetterie à deux kilomètres du village. D’un caractère droit, il inculqua à ses enfants le sens du devoir tandis que la maman leur donnait l’exemple d’une foi à toute épreuve. Joies et épreuves se succédèrent dans leur foyer : joie de la naissance de neuf enfants dont Emmanuel fut le neuvième, épreuves de la mort des deux premiers emportés par la diphtérie, tout petits, à huit jours d’intervalle. Départ pour le front des trois aînés lors de la première guerre mondiale. Dès les premiers mois de celle-ci, l’un d’entre eux, Gabriel, fut tué au front. Un quatrième frère, alors au noviciat des Pères Blancs, voulut le remplacer, il fut tué à son tour l’année suivante. Un troisième frère, grièvement blessé, devait décéder quelques années plus tard, le 30 mai 1926, le jour même où le jeune prêtre Emmanuel Tournier célébra à Paris sa première messe. Cette vie austère, jalonnée de joies et d’épreuves, ainsi que l’exemple de ses aînés, marquèrent la personnalité de M. Tournier, son sens du devoir, et sa joie de vivre, autre trait de caractère du jeune homme.

     

    Après avoir terminé ses études au petit séminaire diocésain, Emmanuel Tournier fit deux ans d’études au grand séminaire de Saint-Claude, puis il partit au service militaire. Ce dernier fini, en juin 1923, il postula son admission au séminaire des Missions Étrangères. L’appel vers les missions, il le dut peut-être à l’exemple de son cousin germain, M. Gustave Mayet, alors missionnaire au Japon ; peut-être encore à l’exemple de l’un ou l’autre des jeunes séminaristes du diocèse de Saint-Claude, qui rejoignaient ce séminaire de Paris ; ou tout simplement au désir de servir plus généreusement dans les missions lointaines.

     

    Les autorités diocésaines manifestèrent une forte réticence au départ d’Emmanuel Tournier pour les missions lointaines, invoquant « l’extrême pénurie » des prêtres dans les paroisses du diocèse. Une centaine de paroisses étaient alors vacantes d’où arrivaient à l’évêché « les supplications les plus touchantes pour avoir un prêtre ». Ces réticences ne changèrent pas la détermination du jeune Emmanuel de partir pour les missions ; il se sentait d’ailleurs d’autant plus libre de partir qu’un de ses frères, Raphaël, venait d’être ordonné prêtre pour le diocèse un mois avant sa demande adressée aux Missions Étrangères.

     

    Entré au séminaire de la rue du Bac en septembre 1923, il y termina ses études de théologie, et il fut ordonné prêtre le 29 mai 1926. Quelques heures plus tard, il reçut son affectation au service des procures, et au mois de septembre suivant, il s’embarqua pour Shanghaï. Ce départ qui suivait de près la mort de son frère aîné, fut très dur pour ses parents. Lui-même ne devait plus revoir sa mère qui s’éteignit en 1931 pendant son séjour en Asie.

     

    Le service des procures est le service d’intendance des missions. Établis le plus souvent dans les ports, les procureurs envoient aux missionnaires ce dont ces derniers ont besoin et qu’ils ne peuvent trouver sur place, et leur assurent un centre d’accueil et de repos parfois si nécessaire. Aux temps des persécutions en Chine et au Vietnam, c’étaient les procureurs qui avaient en outre la charge de trouver aux missionnaires des moyens de se rendre dans leurs missions, et de correspondre avec eux. Toute la vie du P. Tournier fut consacrée au service des missionnaires et des missions, d’abord à Shanghaï, à l’embouchure du Fleuve Bleu, qui permettait les communications fluviales avec les missions du Sichuan (Setchoan), puis à Hong Kong, à la Procure centrale pour les missions d’Extrême-Orient, où il assista M. Vircondelet, Procureur général, et où il vécut des moments difficiles pendant l’occupation japonaise durant la dernière guerre mondiale.

     

    Ses compétences furent sollicitées pour la procure de Paris en 1950. M. Auneveux, missionnaire en Chine, venait d’être affecté à ce poste important. Emmanuel Tournier, venu passer quelques mois de repos en France, y fut retenu pour initier M. Auveneux à la gestion des affaires et il lui fut d’un précieux secours. Cette mission accomplie, il retourna à la procure de Hong Kong dont il devint le responsable, M. Vircondelet prenant, à la suite d’une décision de l’Assemblée générale de 1950, le titre d’Économe général de la Société. Assisté de MM. Peinaud et Ibarrart, il assura la bonne marche de cette procure jusqu’en 1956.

     

    Au service des procures d’Extrême-Orient, M. Tournier était un confrère charmant. Sa jovialité le rendit populaire auprès de ses confrères qu’il accueillait avec beaucoup de cordialité quoique son sens du devoir le fit parfois paraître un peu scrupuleux et tatillon dans le travail.

     

    En 1956, M. Tournier se vit confier par M. Vircondelet, Économe général, la tâche délicate d’établir au Canada, une nouvelle procure pour le soutien financier des missions, tâche qu’il accepta avec dévouement. La ville de Toronto fut choisie comme lieu d’implantation de cette nouvelle procure. Dans les débuts, avant l’achat d’une petite propriété, la communauté des Pères Basiliens du Collège universitaire de Saint-Michel lui accorda gracieusement l’hospitalité. M. Tournier se fit de fidèles amis parmi ces Pères Basiliens qui l’aidèrent à trouver des laïcs dévoués pour collaborer à l’établissement et au fonctionnement de la nouvelle procure destinée à rendre de précieux services aux missions. M. Tournier demeura responsable de la procure de Toronto pendant dix ans. Les amitiés qu’il s’était créées et aussi sa vie de prière l’aidèrent durant ces dix années d’une vie quasi monastique à Toronto. En effet, s’il eut comme assistant M. Cambon pendant un certain temps, il vécut le plus souvent sans compagnon, et cette vie de solitude lui était parfois pénible. Au terme de ces dix années, il initia un confrère plus jeune, M. Jean Simon, aux affaires et, en 1966, il laissa à ce dernier la direction de la procure.

     

    À la demande de M. Peinaud, Économe général, il partit assurer l’intérim de la procure de Singapour. Rentré à Paris, il se sentait encore valide malgré ses soixante-sept ans, et en accord avec le Supérieur général, il s’offrit à servir à la procure de Paris, où M. Auneveux fut heureux de lui confier la comptabilité, travail qu’il accepta avec enthousiasme. S’initiant rapidement à la nouvelle machine comptable qui venait d’être achetée, il s’appliqua aux comptes avec l’ardeur d’un jeune procureur. Un confrère le décrit « homme de devoir, fidèle à son travail qu’il faisait minutieusement, toujours présent à l’heure d’ouverture du bureau, heureux de recevoir et d’accueillir les confrères revenant de mission et de se tenir au courant de ce qui se passait en Asie. Un confrère qui aimait rire et communiquait aux autres sa bonne humeur ».

     

    En 1976, âgé de soixante-quinze ans, il décida de se retirer. L’occasion lui fut offerte de prendre résidence à Giromagny, petite ville du territoire de Belfort, proche de son Jura natal. Il y vécut paisiblement en compagnie de sa fidèle gouvernante, Mademoiselle Blanche, qui fut pour lui d’un grand dévouement. En 1984, à la suite d’un petit accident cérébral, il dut se retirer à Montbeton, partageant avec une régularité exemplaire la vie de prière de la communauté. « Sa préoccupation, pour ne pas dire son tourment, était la récitation de son bréviaire ; il ne pouvait se résoudre à ne plus le réciter, malgré une vue de plus en plus défaillante. Ce souci était la marque de la place qu’avait eue la prière dans toute sa vie. Il eut encore la joie de célébrer en 1986, ses noces de diamant sacerdotales avant de perdre progressivement la vue, la mémoire et même la possibilité de s’exprimer. Sans souffrir d’une maladie proprement dite, il s’éteignit paisiblement le 9 septembre 1989, laissant parmi ses confrères de Montbeton le souvenir et l’exemple d’un homme de prière. »

     

     

    • Numéro : 3311
    • Année : 1926